‹ Etudes sur le goître et le crétinismeChapitre 20 sur 50 · L. LumBR · texte numérisé non relu

L. LumBR

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chimique de la surface du sol, ou son renouvellement par déblais et remblais.

L'emploi des filtres domestiques ou publics serait évidemment utile partout où Ton fait usage d'eaux troublées par des impuretés.

L'addition, dans ces filtres, de substances propres à précipiter les sels magnésiens, que M. Grange a proposée, sous l'inspiration de sa théorie étiologique, ne semble pas avoir eu même à ses yeux une grande importance, puisque c'est sur la ressource de l'usage des sels iodurés que se sont définitivement concentrés ses espérances et ses efforts.

La propriété qu'a l'iode de guérir les goitres, qui consistent en hypertrophies simples de la glande thyroïde , est depuis longtemps connue, et son efficacité thérapeutique, à doses infinitésimales, a été constatée, même avant la découverte de l'iode^ par les succès obtenus au moyen de l'éponge calcinée et de la poudre de Sancy.

Jtf . Grange est le premier ^ je crois j qui ait proposé remploi en général de tiode, comme moyen préservatif dans les pays atteints de l'endémie du goitre.

En demandant, le 2 janvier 1850, l'autorisation de propager et de diriger l'application de cette mesure prophylactique spéciale, dont l'administration aurait fait en grande partie les frais, M. Grange s'exprimait ainsi :

c De mes observations personnelles et des observations précieuses j> que M. Boussingault a faites dans les Andes, on peut conclure que ]> l'usage du sel ioduré, à faibles doses, à 1 millième par exemple, ne ^ donne lieu à aucun accident et préserve de la manière la plus remari) quable du goitre, et Irèà-probablement aussi du crétinisme, les po- » pulalioDs qui sont exposées à ces maladies endémiques. On pourrait i> employer avec succès et avec économie les sels de varech purifiés.

p Je me suis servi, avec le succès le plus complet, du sel de cuisine

T> ordinaire, auquel j'ai mêlé des quantités variées d'iodure de potas- » sium, depuis 1/1,000 jusqu'à 1/10,000 du poids total du sel ; les y> personnes que j*ai soumises à ce traitement ont, les unes obtenu » une guérison rapide, les autres une diminution notable de la tumeur. 3> Je crois que la dose la plus convenable serait 5/10,000; cette quan* D tité suffit pour guérir le goitre naissant en quelques mois, et les goî- D très considérables éprouvent une diminution graduelle; dans aucun s> cas il ne s'est manifesté, chez les malades qui suivaient ce régime, 3> aucun accident, aucune indisposition qu'on pût rapporter à l'usage p du selioduré. d

Pour M. Grange, T efficacité curative et préservative de l'emploi de l'iode n'était fondée que sur l'observation; pour M. Chatin, elle est en outre rationnellement consacreeparlatbeorie.il pense, avec M. Grange, que les sels naturellement iodurés, qu'on retire des varechs, ouïes sels des salines et des marais salants, préalablement mélangés d'une petite quantité d'iode, atteindraient le but désiré, et que, dans beaucoup de localités, ils seront le meilleur prophylactique auquel on puisse avoir recours. Mais il ne regarde pas comme indispensable l'importation des composés iodurés dans les contrées où le goitre est endémique.

Il estime que dans les Alpes et les Pyrénées, il serait possible d'utiliser les eaux sulfureuses, toujours chargées d'iode, en les laissant se désulfuriser par leur exposition àVair, ou en déterminant cet effet par des moyens mécaniques, et en les conduisant dans les sources et les cours d'eau qui manquent d'iode.

Pour les contrées, où les eaux pluviales entraînent de l'iode, on n'aurait qu'à substituer, dans les usages domestiques, l'eau des citernes à celle des sources et des cours d'eau, privés de ce principe. M. Chatin a indiqué, d'après ses recherches sur les différences présentées par les diverses contrées relativement à Tioduration de l'air, des eaux et du

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sol, des zones où les indications prophylactiques pourraient être réalisées, suivant les cas, par Tun ou l'autre de ces trois moyens.

Il me paraît incontestable qu'en ce qui concerne la prophylaxie du goitre, l'usage de l'iode doit être recommandé et encouragé, lors même qu'il n'aurait d'autre effet préservatif que de diminuer, dans les populations, la proportion des goitreux par laguérison des individus atteints de l'affection.

C'est ainsi qu'à Rozières, d'après le témoignage de M. le D' Barrey, l'emploi de la teinture d'iode à l'intérieur et de Thydriodate de potasse en frictions locales, non-seulement a fait obtenir un grand nombre de guérisons durables, mais encore a fait presque complètement disparaître l'affection chez les enfants traités dans les écoles publiques.

4* Fondation d'établissements spéciaux,

EnOn, conformément aux vues de Fodéré, et à l'imitation de ce qui avait été fait en France pour les idiots par Itard, Ferrus, Falret, Voisin, Mitivié, etc., le D' Guggenbùhl a pris l'initiative de la fondation d'établissements spéciaux pour le traitement palliatif et curatif du crétiniçme, en créant son asile de TAbendberg.

Depuis cette tentative, la plupart des auteurs ont rangé au nombre des moyens les plus puissants de combattre le crétinisme, l'admission des crétins dans les hôpitaux et la fondation d'établissements spéciaux.

En adoptant cette pensée^ la Commission sarde a essayé de donner quelque précision au ])ut qu'on devait se proposer dans sa réahsation.

€ Il serait à désirer, dit-elle, qu'on recueillit les crétins actuels dans 7> un institut semblable à celui de l'Abendberg. On y réunirait spécia- ]> lement les crétins qui laissent quelque espoir d'amélioration et les ^ enfants qui, soit à cause de leurs familles, soit à cause des signes

:p qu'ils présentent, feraient présumer des dispositions au crélinisme. > Ce qui était dans les vœux du plus grand nombre des médecins, ce que la Commission sarde avait demandé, et ce que le gouvernement sarde, sur l'initiative et par les soins de MM. Crotli et Bich, avait tenté de réaliser, pour le but restreint du traitement curatif du crétinisme, dans des conditions assez peu favorables pour qu'il fût permis de prévoir l'insuccès , la France le fera. Lorsque s'inspirant du sentiment d'amoiu* de Thumanité et du progrès, qui a donné naissance à ces institutions. Sa Majesté a ordonné la création d'un asile pour les crétins de la Savoie, elle a voulu que l'institution fût ordonnée, dans son but et ses moyens, par rapport aux véritables exigences delà science et de la charité publique. Et c'est ainsi que se sont posées pour moi, qui avais eu la satisfaction de concourir ainsi que M. Dieu, préfet de la Savoie, à l'adoption de cette mesure, des questions qui n'avaient pas été jusqu'alors positivement étudiées^ à tous leurs points de vue, questions que j'ai examinées dans mes rapports à Sa Majesté et à Son Excellence le ministre de l'intérieur, dont la solution n'a qu'une relation très-éloignée avec la prophylaxie et qui se rattachent essentiellement à l'assistance publique, en général, et à l'application de la législation sur les aliénés, en particulier.

5** Difficulté de réaliser certaines conditions des programmes

prophylactiques.

A propos de ces questions, comme au reste à propos de celles qui relèvent directement de l'hygiène publique, se révèlent, dès qu'on cherche à apprécier, avec quelque exactitude, les moyens d'action dont la société et l'administration disposent, d'immenses difficultés dont n'est pas toujours suffisamment frappé l'esprit de la plupart de ceux qui, sous l'inspiration des sentiments les plus généreux, forment les vœux les plus louables ; et elles ont échappé à ceux qui, dans une impatience

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d'ailleurs légitimée par la profondeur et retendue du cHal, en ont fait quelquefois remonter la responsabilité jusqu'à l'administration.

C'est que, pour réaliser la plupart des conditions des programmes prophylactiques formulés par les auteurs, il ne suffit pas de la bonnes volonté d une administration éclairée, ni même, ce qui est plus difficile à rencontrer, de la bonne volonté des intéressés eux-mêmes, il faut en core de l'argent et du temps, beaucoup d'argent et beaucoup de temps. D'autre part, les incertitudes et la science elle-même ont nécessai* rement entraîné les hésitations de l'administration, même lorsque des moyens immédiatement praticables lui étaient proposés.

Enfin, il y a des impossibilités morales et matérielles devant les quelles l'administration doit, comme tout le monde, s'abstenir.

Dans cette situation, en face de tant de questions encore controversées et de tant d'obstacles de toute nature à vaincre pour atteindre, dans la limite du possible, le but de l'extinction graduelle du goitre et du crétinisme, le devoir de l'administration est de s'appuyer sur ce que l'observation éclairée par la science a permis de reconnaître avec la plus entière évidence, pour entreprendre de favoriser, par l'application de mesures spéciales à la prophylaxie du goitre et du crétinisme, dans les contrées où régnent ces endémies, les améliorations que là, comme partout ailleurs, le progrès de la civilisation doit nécessairement amener dans la santé publique.

Les mesures qu'il serait nécessaire de prendre pour donner satisfaction aux divers programmes proposés par les auteurs, se rapportent à quatre groupes distincts, d'après leur nature et d'après les attributions des pouvoirs constitués dans l'État, à l'hygiène publique et à la législation.

11 en est de même de tout ce qu'il parsdt utile et possible d'entreprendre dès à présent, d'après les enseignements résultant de l'état actuel de la science, et des mesures immédiates à proposer par la commission.

tM ÉTUDES SUR LE GOITRE

L'adoption de'ces mesures par l'administration supérieure représenterait le commencement de la période d'action continue et persévérante qui, tout en assurant le perfectionnement de la science en tout ce qui touche le goitre et le crétinisme, conduira à faire obtenir certainement; à une époque peu éloignée, l'amélioration de la santé publique et, par suite, la diminution du goitre et du crétinisme dans les localités actuellement infectées, et probablement, à l'aide du temps et du progrès général de la civilisation, la disparition presque générale de ces affections, au moins dans ce qu'elles ont de plus hideux et sous la forme endémique.

6^ Mesures relatives à l'hygiène publique.

Les mesures qui se rapportent à l'hygiène publique sont à la fois les plus importantes et les plus pressantes. (Vest aussi dans cette direction que les efforts de Tadministration ont le plus de chances de succès prochains et que les moyens dont elle dispose ont le plus de puissance •

Les mesures d'hygiène publique, à appliquer aux contrées et aux localités où régnent endémiquement le goitre et le crétinisme, se résument à trois objets principaux : l'assainissement du sol, Tassai* nissement des habitations , Fassainissement des eaux potables.

Ces mesures, dans ce qu'elles peuvent avoir de généralement utile, ne sont autres que celles qui, partout, sont généralement prescrites par la science et Texpérience, et mises en pratique, pour la part qui lui appartient, par l'administration, selon son pouvoir et ses ressources.

Mais, pour en approprier l'application d'une manière spéciale à la prophylaxie du goitre et du crétinisme, il no suffirait pas de préciser, d'une manière générale, les relations qui peuvent exister entre certaines conditions déterminées d'insalubrité dans le sol, les habitations et les eaux, le développement endémique du goitre et du crétinisme et

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les moyens de supprimer ou de modifier ces conditions relatives qui ont été signalées avec tous les développements nécessaires dans le cours de ce rapport ; ce qui est indispensable, c'est que -les conditions d'insalubrité et les moyens à employer, pour les effacer ou les atténuer, soient l'objet d'une étude approfondie et d'une détermination rigoureuse dans chaque contrée, dans chaque localité.

Ce n'est qu'à cette condition que l'administration, placée en face d'indications précises, pourra s'appliquer à leur donner satisfaction par l'adoption de mesures réellement appropriées au but.

Il y a donc, comme première mesure, à prescrire Télude des condi« tiens d'insalubrité et des moyens les plus propres à y remédier, dans les locaUtés où existent les endémies, et à saisir de celte étude les conseils d'hygiène, dans les départements et les cantons d'où dépendent ces localités, en imprimant à leurs travaux une direction en rapport avec le but que l'administration se propose.

Pour assurer ce résultat, il serait, je pense, convenable qu'une instruction spéciale, indiquant avec tous les détails nécessaires, toutes les constatations de faits à réaliser, toutes les études à faire, toutes les indications à donner, pour chaque contrée et pour chaque localité, fût adressée aux conseils d'hygiène.

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