INTRODUCTION
L'interprétation actuellement appliquée au Rig- Veda par l'école alleittande\ quelle enseigne en Allemagne par la bouche de M. Roth et de ses disciples, ou en Angleterre par celle de M. Max MùUer, pourrait être appelée l'interprétation pittoresque. C'est celle au^i qiii a eu longtemps cours dans notre pays, et elle y a été assez fidèlement résumée par un écrivain qui, 'pour la vivacité du coloris , pour l'éclat des images, n'a rien à envier 'à M. Max MùUer luimême. L'illusti^e pl"ofesseur d'Oxford pourrait seulement lui reprocher de reléguer au second plan la
* L*école anglafse n*à produit que. là traduction inachevée de Wilson, calquée sur le commentaire indigène. En France, la méthode sévère apprise à l'école de. lîQtre grand Eugène Burnouf par son digne âève,M. Adolphe Régnier, ^op tôt arraché à nos études, n'a donné qu'un préambule, la belle Etude sur T idiome des Védas. L'édition magistrale ' du PritiçâJihya du Rig-Veda ne touche pas à proprement parier à l'inlerprétalioii des hymnes. La traduction de Langlois, œuvre très méritoire, si l'on tient compte du temps où elle a été écrite, n'a plus ^Pi*e aujourd'hui qu'un intérêt historique.
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paisible et charmante aurore, pour mettre au premier l'orage déchaîné et furieux.
« Cette lutte gigantesque * incessamment répétée , qui renaît de chaque ouragan , domine le premier culte védique. Les mille hymnes du Rig-Véda en sont remplis comme d'une Iliade de Téther. A la passion qui les enflamme, aux alternatives d'angoisse ou d'espoir qui les abattent ou qui les exaltent, on sent qu'ils étaient chantés souvent pendant la tempête, en face du combat sublime livré dans le ciel. Leurs poètes étaient là, gonflés des souffles et des électricités de l'orage, comme la Pythie des exhalaisons du trépied. Leur enthousiasme a la trépidation des tourmentes; les strophes se succèdent haletantes, comme des messagers rapportant les nouvelles d'une bataille aux prises; un cri final d'allégresse répond au dernier éclat de la foudre, et retentit presque aussi haut qu'elle. Chacun de ces cantiques est une tragédie naturelle, avec son exposition d'ombres et de vapeurs amassées, ses péripéties de trombes et de rafales, son épilogue fulminant. Aujourd'hui encore, ces vieux poèmes, cinquante fois séculaires, palpitent de la terreur, tressaillent de la joie qui les inspira : il semble qaon les déchiffre à la laear des éclairs^.)}
Je serai le dernier à rire de la méthode que paraît préconiser la fin de ce brillant morceau : il fut un temps où, tenant pour la mythologie solaire, je
* "Paul de Saint- Victor, Lès deux masques, II, p. i a 2-1 a 3.
croyais que le premier soin d*im védiste devait être de voir lever 1 aurore.
Depuis, jai adopté pour le déchiffrement des hymnes védiques une méthode plus terre à terre, mais qui me parait plus sûre. Cette méthode est en tout cas d'une simplicité enfantine. Elle consiste à comparer le dictionnaire du sanscrit classique, tel qu'il a été établi par les indigènes qui parlaient la langue , ou tout au moins l'écrivaient, et par les savants européens qui ont dépouillé , pour vérifier et compléter ce travail, une littérature immense et dune clarté généralement parfaite , et le dictionnaire védique , tel qu'il a été dressé par M. Roih et reproduit par M. Grassmann , pour les besoins d'une interprétation aisée de dix nville distiques souvent assez obscurs. Toutes les fois qu un mot qui n'a dans le premier de ces dictionnaires qu'un sens parfaitement, déterminé, ou comportant tout au plus quelques nuances très voisines les unes des autres, a dans le second un, deux, ou même une demi-douzaine de sens distincts, je fais une croix. Puis, quand je rencontre le même mot dans quelque passage difficile , au lieu de puiser dans les richesses, d'origine un peu équivoque, que le second dictionnaire met à ma disposition, j'essaie d'abord si par hasard je ne pourrais pas me contenter du sens unique donné dans le premier.
C'est en opérant ainsi ^jue j'en suis arrivé à douter que les peintures védiques fussent, comme on l'a fait croire à Paul de Saint-Victor, des études d'après nature. Je me suis hasardé à dire qu'on y sentait le