SUR
Présentée à l'Académie de médecine, le 25 janvier 1870, par M. Vdlpian.
Depuis quelques années il s'est produit eu Allemagne une théorie nouvelle de la suppuration qui est loin encore d'avoir été acceptée par tous les observateurs. Elle est fondée sur un fait très-important, le passage des globules blancs du sang à travers les parois vasculaires. Ce phénomène avait déjà été observé par M. Aug. Waller ; mais M. Cohnheim, en le décrivant plus exactement, a fait ressortir en même temps l'importance considérable qu'il possède dans l'inflammation, et surtout celle qui se caractérise par l'apparition du pus.
A notre époque de pareils travaux ne pouvaient passer inaperçus. Un grand nombre d'observateurs, parmi lesquels on coinpte même des adeptes très- distingués des théories antérieures, et en particulier de celle de M. Virchow, s'empressèrent de vérifier et d'accepter dans toutes leurs conséquences les faits invoqués par M. Cohnheim. D'autres, au contraire, après avoir fait des expériences semblables et constaté des phénomènes très-analogues, restèrent cependant indécis ou opposants.
Cette question, d'abord discutée en Allemagne, n'a pas tardé, vu l'importance du sujet, à être également débattue en France.
MM. Ranvier et Cornil, dans leur Manuel a" anaiomie pathologique, ne se prononcent pas sur la sortie des globules blancs.
De notre côté, nous avons entrepris sur ce sujet, dans le labora-
toire de M. Vulpian, une série de recherches dont une partie a été communiquée à la Société de biologie, et nous avons reconnu que la description de M. Cohnheim était, sur presque tous les points, d'une exactitude remarquable.
M. Vulpian, qui a suivi nos expériences avec la plus grande attention, a exposé la nouvelle théorie de la suppuration, à son cours, et considéré l'extraYasation des globules blancs comme un fait d'observation facile.
Et cependant un nouvel observateur français, M. Feltz, vient d'arriver à des conclusions tout opposées.
Aussi croyons nous utile d'attirer l'attention de l'Académie sur les principaux résultats de nos recherches, en les résumant brièvement sous forme de propositions.
Toutes nos études ont été faites jusqu'à présent sur des grenouilles curarisées, et nous avons eu le soin de varier autant que possible les conditions de l'expérience.
— Les phénomènes vasculaires qui succèdent à l'irritation locale dépendent de conditions nombreuses qui rendent leur étude trèscomplexe ; mais on peut dire, d'une manière générale, que pour produire la suppuration il faut que la substance irritante agisse de manière à gêner la circulation sans l'entraver complètement.
— Au moment où se fait l'apparition du pus, les phénomènes vasculaires le plus souvent réalisés sont :
1" Contraction et état moniliforme des artérioles; 2° Dilatation des capillaires ;
3° Dilatation des veinules beaucoup plus prononcée que la contraction des artérioles.
Eu même temps il y a toujours un ralentissement plus ou moins marqué du cours du sang.
— Autour du point irrité tous les vaisseaux sont élargi?, la circulation est très-active et probablement accélérée.
— Dans ces conditions il se forme d'une manière en quelque sorte mécanique, une accumulation de globules rouges et blancs dans les capillaires et une accumulation de globules blancs le long de la puroi interne des veinules.
i — En vertu du nouvel état de la circulation et de la disposition des éléments à l'intérieur des vaisseaux, un très-grand nombre de globules blancs ne sont plus soumis qu'à une seule impulsion ; corn-
pléteinent arrêtés et comprimés latéralement ils tendent a traverser la paroi vasculaire.
Us y parviennent efiectivement, et I on peut assister, dans un certain nombre de tissus suffisamment transparents au phénomène de leur migration à travers La paroi vasculaire.
— La forme et la densité des globules blancs ne sont pas les seules qualités qui rendent ce résultat possible. L'issue de ces éléments est puissamment facilitée par leurs propriétés de contractilité.
— Dans les points où il y a stase capillaire, un certain nombre de globules rouges et blancs, placés entre deux forces qui se font équilibre, sont également sollicités ù s'extravaser, et la malléabilité des globules rouges est suflisante pour qu'eux aussi puissent sortir des vaisseaux.
— L'étude des parois vasculaires faite à l'aide d'injections au nitrate d'argent montre que les globules peuvent traverser la paroi des vaissaux-sans qu'il y ail destruction de l'épithélium.
— Les éléments sortent non-seulement parles stomates admis par M. de Recklinghausen et dont l'existence n'est encore que probable, mais très-vraisemblablement aussi par les intervalles qui séparent les cellules épithéliales et qui doivent être notablement agrandis par l'élargissement souvent considérable des petites veines.
— Pendant que ces phénomènes ont lieu du côté des vaissaux et de leur contenu, les éléments du tissu eonjonctif ne présentent aucune trace de multiplication nucléaire ou de prolifération, et l'on ne voit jamais se former de globules de pus, soit dans ces éléments, soit dans les cellules épithéliales.
— Ces faits expérimentaux sont continués par l'élude des premières phases de L'inflammation suppuralive chez les animaux supérieurs et chez l'homme. On voit, en effet, dans ces cas, ainsi que MM. Volkmann et Steudener et M. Vulpian l'ont montré pour l'érysipèlo par exemple, une accumulation de globules blancs dans les petits vaisseaux et autour d'eux.
— La doctrine de M. Virchow qui consiste à regarder la formation du pus comme une néoplasie inflammatoire est donc inexacte.
— La suppuration n'est qu'une des formes de l'inflammation exludative.