‹ Études sur le modernisme [microforme]Chapitre 1 sur 7 · ÉTÉ · texte numérisé non relu

ÉTÉ

QUÉBEC IMPRIMERIE DE LA C - DE “ L'ÉVÉNEMENT ” e Fabrique

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Deux PRINCIPES QUE L’ ENOYCLIQUE ASSIGNE COMME soUROES DES DIFFÉRENTES FORMES DE L'ERREUR MODERNISTE : L'Agnosticisme et L’Immanence vitale. — Crrrique DB L’Agnosticisme.

Dans l’histoire de la pensée humaine, au dix-neuvième siècis, une page célèbre est celle où le philosophe Jouffroy raconte comment, pendant une nuit d’insomnie, il ussista au naufrage de ses vieilles croyunces, en vit les derniers débris devenir la proie du doute, et se leva frappé d’épouvante, en présence du vide sur lequel il lui semblait qu’il devait désormais flotter, sans lest et sans boussole,

A l'exemple de Jouffroy, tout bon moderniste a eu son heure tragique, où il a vu s’écrouler sa foi traditionnelle. Mais, contruirement au philosophe franc-cnmtois, il ne s’est pas abandonné à l’effarement ; car il n’a pas tardé à découvrir la cause du cataclyeme où sa foi avait sombré. Ayunt confronté la raison avec l’histoire, n’ayant rencontré dans les annales intellectuelles de l'humanité que contradictions, chaos, querelles, batailles au nom d’idées mal définies et de mots creux, il a reconnu, à la suite de Kant, que tout le mal venait d’une fausse manœuvre initiale, de l'erreur qui avait fuit confier À l’inte ligence la direction du composé humain, sous prétexte qu’elle était en nous le phare allumé par le Créateur pour montrer à la volonté l'idéal à réaliser. On s’était trompé; on ne s’était pas aperçu que la raison pure travaillait simplement sur les perceptions des sens ; que les « catégories », où s’alignaient ses jugements, les cadres idéaux où

s’harmonisaient ses syllogismes, n'étaient que des formes à priori de sa propre nature, et que les conclusions où elle aboutissait n'étaient que &rs créations purement subjectives de sa propre activité interne. Oui, en dépit de ses dissertations les plus savantes, la raison demeurait en face d’une sorte de miroir, qui ne faisait que lui renvoyer sa propre image. Au delà des phénomènes, tels qu’elle les contemplait daus la perception des sens, c'était pour elle l’Inconnaissable. Les prétendues réalités immatérielles, dont elle s’imaginait avoir une connaissance certaine, telles que Dieu, l’âme, la liberté, la vie future, n'étaient que des constructions subjectives, que des produits de son habileté iutime. En extériorisant ces réalités, en les posant comme des êtres évidemment existants, elle dépassait ses moyens de connaissance, elle transportait au dehors des certitudes non fondées. Mais l’Inconnaissable n’en restait pas moins l’Inconnaissable, et la : ie n’en demeurait pas moins ouverte à des disputes intermivables, à des conflits d'idées qui se traduisaient malheureusement trop souvent en conflits matériels et marquaient la route des siècles d’une longue traînée de sang.

Il étuit temps d’enlever à la Raïs vo pure une primauté usurpée et stérile pour l’attribuer à qui de droit, à la conscience, généra‘rice de vie et d’action. La conscience, eutendant par là cet ensemble de forces plus ou moins mystérieuses, d’aspirations vagues, de besoins mal définis, qui dorment au fond de notre être, voilà où l’on devait désormais venir chercher toute règle

. certaine de vie. La grande illusion de nos pères avait consisté

à chercher la Vérité en haut, alors qu’elle était en bas, alors qu’elle ne demandait qu’à surgir des profon “s de la conscience !,

Du reste, que signifient ces termes : haut et bas f Il n’existe ni haut, ni bas, dans l'immense espace sphérique qui nous envelonpe. Y existe-t-il mime autre chose qu’une substance ou une force unique, diffuse dans les orbes lumineux, qui roulent à travers l’immensité du firmament, comme dans les solitudes

1 — « Le but que les catholiques poursuivent, c’est de faire É sed les

noux à l'Humanité devant leur idole romaine qu'ils supposent divinement nspirée. Pour eux tout descend d'en haut, pour nous fout vient d'en bas, des profondeurs de la conscience et de la raison. Vsilà le drame grandiose F s'agite au sein de la société moderne». (V. Duruy. Lettre inédite à Mme Cornu, 1865, citée par l'Ami du Clergé, 1* octobre 1908).

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