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interstellaires qui les séparent, comme dans les atomes de poussière que promène l'ouragan sur nos plaines et nos monta. gnes, comme dans les muscles vivants, qui permettent de nous mouvoir, de penser, de nous déterminer librement ? Eh oui! Rayons de, endants du soleil et des étoiles et la rétine de notre œil, vit.ations atmosphériques ébranlant le fragile tympan de nos oreilles, gonflements de la sève dans les minces vaisseaux de la tige des plantes, mouvements spontanés des animaux, opérations subtiles et immatérielles de notre esprit, tout cela ne serait-il pas que les innombrables modifications d’un élément primitif et fondamentalement identique, en dehors duquel néant ?
Si des peuplades antiqnes, à compris la tribu nomade que guidait à travers les plaines de la Mésopotamie le patriarche chaldéen, nommé Abraham, si ces peuplades remplirent les “gts éthérées d’êtres supérieurs ; s’ils leur dressèrent des temples et des autels, révérant les uns, redoutant les autres, leur immolant des victimes charnelles, ce fut par une aberration due à l'enfance de l’esprit hamain, La science et la critique histori-
ue nous ont enfin appris que ces prétendue dieux n'étaient que forces de la nature s’exerçant dans des plans difiérents de ceux où se déploie notre propre activité Dieu ! le voilà. C’est ce substratum universe!, ce réservoir d'énergies latentes, qui ne cessent de s’actuer, d'évoluer vers de nouveaux modes d’être et
vi font de l’univers un spectacle si varié, mais en même temps si mobile !
Si ce Dieu n’est pas l’Infini actuellement existant, il est l’Indéfini, il a une virtualité d'expansion inépuisable ; il est dans un perpétuel devenir, il se parfait tous les jours. Combien une pareille Re du monde dépasse en sublimité grandiose celle de ce dualisme traditionnel et puéril qui place d’un côté * \nfini personnel et de l’autre un fini éphémère, dont l’nn rt le créateur de l’autre par un simple acte de volonté ! Non, Luu | l'univers n’est pas divisé, il est un ! C’est dans cette admirable et divine Unité que nous existons, aue nous vivons, que nous nous mouvons ! Somme toute, Hæckel, le théoricien du monisme, se rapproche de saint Paul plus qu'on ne croit.
Si un tel système nous dispense de :hercher Dieu par delà les nuages de la métaphysique, ou sur la crête de quelque Olympe ou de quelque Sinaï, il ne saurait inspirer l’effroi du vide, qui saisit le timi”e Jouffroy ; car il fait de l’univers un organisme pénétré de vie t de vie divine jusque dans le moindre de ses mouve-
ments, Non certes, l'univers, privé de cette Pers ne, demesn-
rément grande, sous laquelle les religions anciennes nous repré-
sentent Dieu, n'est pas inerte et vide ; il n'est pas sourd, il n’est
pas sans Âme et sans entrailles. Pour constater cette vérité, il
ps au moderniste de descendre au fond de sa conscience. Là découvre
un sentiment vague de ce qu'est en son fond l'immensité, où nous som. mes perdus, à savoir quelque chose qui, en plus grand, nous ressemble, dont nous sommes un reflet, bien que l’idée que nous en avons ne soit qu'un reflet de nous même (Loisy).
En dépit du mystère, dont il sait qu’une expérience pragressive dissipera toujours davantage les Gbecurités, sans les supprimer jamais, « il afirme sa conscience dans la valeur morule de l'univers, dans la fin morale de l'être »; il se met avec un couroge consolé à sa tâche quotidienne, persuadé que tout acte par lequel il s’équilibre, se perfectionne, s’adavte À la vie, contribue eu même temps à poser Dieu, À développer Dieu, à avancer la réulisation du divin dans le monde,
Mais cela, direz-vous, si ce n’est pas l’a:séieme grossier d’un Dantec, c’est quelque chose d’équivalent, c’est le monisme panthéistique de Hæckel ! « Monisme ! Panthéisme ! » vous répoud
Loisy,
Ce sont des mots, je tâche de À des choses. La foi veut le théisme, la
raison voudrait un panthéisine, doute elles envisagent deux aspects du vrai, et la ligne d'accord nous est cachée.
Ce qui est sûr c’est qu’en concevant Dieu comme un grand Individu, cvmme un être personnel, avec qui nous pouvons entretenir des relations, nous commettons un anthrobomorphisme des moins déguisés. Il ne s'ensuit pas pourtant que ce soit une loi abstraite qui gouverne le monde.
Non, c'est une réalité profonde, une force éminemment vivante ; et, quoi. que cette volonté supérieure et la nôtre ne soient pas dans le fond essen. t llement distinctes, elles ne se confondent pas dans !’ordre de la vie phénoménale!,
En rour ‘onduisant comme si cette autre volonté avait autorité eu nôtre, nous sommes dans le droit chemin, d’autant
1— Loisy, Quelques lettres, pp. 44-45.
mieux qu’ainei nous tendons nécessairement vers l'idéal moral, que no1s montre la conscience. A la bonne heure ! Voilà qui est E pour se faire entendre. L'auteur de l’Encyclique so plaint
e ne pouvoir saisir la pensée exacte des modernistes à propos de l’immanence, tant leurs opinions sur cette matière sont diver. gentes.
Les uns, dit-il, l'entendent en ce sens que Dieu est plus présent à l'homme que l'homme n’est présent à lui-même, ce qui, sainement comhris, est irrépposatie. D'autres veulent que l'action de Dieu ne fasse qu'un avec l'ac
on de la nature, la cause preinière pénétrant la cause seconde : ce qui en réalité la ruine de l'ordre surnaturel. D’autres enfin ex liquent tellerla chose qu'ils se font soupçonner d'interprétation panthéiste. Ceux-ci ui d'accord avec eux-mêmes et vraiment logiques !,
Il me semble que, d’après les textes cités, Loisy mérite pleinement etc: upçon de panthéisme et cet éloge d’être logique avec lui-même. Îl est vrai qu’il ne parle pas ex ausei . il est même de ceux auxquels on reproche le plus d’avoir abusé des faux-fuyants, des sous-entendus et même du privilége que tout homme faillible réclame ‘2 pouvoir se contredire à certaines heures. Quoi qu’il en soit, cv qui est en cause dans la grande querelle moderniste, c’est, comme le déclare encore M. Loisy, non l’origine de tel ou tel dogme, mais {a Philosophie générale de la
1 — Nous saisissons, dans cette courte citation, la manière et le ton de l'Encyclique, manière et ton qui ont provoqué l'admiration de la presse entière. Nulle part, comme dans l'Encyclique, on +e trouve r ‘ses en relief. en même or 4 que jugées èt laconiquement : mé.ue sarcasti uement refutées, les idées des modernistes. Nulle par, :-n plus, hors du docu. ment pontifical, on ne trouve une synthèse de ce : 1dez-vous de toutes les hérésies. M. Fonsegrive, dans sa lettre su Temps, sisait à ce Li, « Rassembler les idées éparses à travers un gran i nombre d'écr ts, la plupart obsours, quelques-uns très subtils et tr: difficiles, rechercher et découvrir les liens secrets qui, souvent, à l'insu ‘3 auteurs mêmes, rattachent les unes aux autres toutes cer :ü?s8, constibt..r une théorie qui organise en un même tout cohérent les idé-s r hilosophiques de M. LeRoy, les vues historiques et exégétiques de M. i,::, ou du baïon de Hügel, les conceptions reli-
euses de Tyrrell ou de M. Fogazzaro, les constructions apologétiques de M.
berthonnière, les aspirations sociales de l'abbé Murri, c'est un chef. d'œuvre intellectuel qui suppose, chez celui qui l’a conçu et mené à bien, autant de force d'esprit que de pénétration et d'ingéniosité »,
On en peut conclure que pour obtenir une vue d'ensemble sur le moder. nisme il fut avoir recours à l’Encyclique, mais nr que le modernisme n'éxiste que dans l'Encyclique ; car les principes, ” forment comme l'ossature du système construit par le Pape, sont bien, hélas ! des principes communs aux différentes catégories de modernistes,
Connaissance religieuse, dont nos adversaires, sciemment ou non, font une simple branche de Kantisme. Vous vous étonnez qu’un
isy, par exemple, déclare, non moins carrément qu’un Renan, le miracle invérifiable ; qu’il l’exclne du nombre des vérités historiques, objet de la science, pour le ranger parmi ces choses historiquement indémontrables, qui constituent l’objet de la foi,
C’est done que vous n'êtes Pas, comme lui, imbu de criticieme kantien. Autrement vous sauriez que
l'histoire saisit les phénomènes avec leur succession et leur enchaînement, perçoit la manifestation des idées et leur évolution sans atteindre le fond des choses... S'il s’agit des faits religieux, elle les voit dans la limitation de leur forme sensible, non dans leur Cause profonde. Elle est à l'éyard de ces faits, dans une situation analogue à celle du savant devant les réalités de la nature, petites ou grandes. Ce que le savant perçoit n’est qu'un infini d’apparences, une manifestation de forces; mais la grande force cachée
derrière tous les phènomènes ne se laisse pas toucher directement par l’expérience !,
Ici vous vous récriez. Sans doute, répondez-vous, la grande force cachée ne se laisse pas toucher par l'expérience ; Mais 8a
Jamais montré au bout du télescope d'aucun savant comme un élément du monde physique, est-il douteux qu’il en soit l’élément principal, l'élément créateur et ordonnateur? Ne concluonsnous pas logiquement de l’existence d'objets créés à une cause créatrice, d’un ensemble ordonné à une cause ordonnatrice ? De même, de certains faits historiques, qui dépassent évidemment la puissance des hommes et incluent une dérogation manifeste aux lois de la nature, ne concluons-nous pas, sans crainte d’erreur, à l'intervention d’une cause surhumaine ? Illusion ! répliquent vos adversaires, et il vous renvoient, pour vous éclairer, à l’école de Kant et de ses disciples ?, Sans parler de leurs théories sur la
nt généralement (ce qui s'appelait le
réalisme) ; après lui le subjectivisme (idéalisme) envahit une multitude d’intelligences. C'est au point que Gebert a pu dire : « Les esprits qui pensent
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transfiguration et défiguration des faits historiques par la foi, dont nous parlerons plus loin, ils vous font remarquer que ces conclusions, qui vous paraissent si ri oureuses, sortent de premisses métaphysiques, qu’elles sont le fruit du travail de l’intelligence irradiant la perception des sens. Or ce travail, —vous vous rappelez ce qu’en dit le guide des modernistes, —il est purement subjectif ; ilest exécuté au moyen de lois inhérentes À notre raison, et sans lien perceptible avec la réalité des choses. Peu importe qu’il nous invite À conclure À l'existence d’un Dieu, cause créatrice et ordonnatrice du monde; ces catégories de cause, d'effet, de partie, de tout, comme ces cadres idéaux de Dieu et du monde, ne sont que des formes suivant lesquelles l’intelligence classifie le résultat de ses opérations subjectives ; elles nous laissent parfaitement ignorants sur la réalité objective de cette cause et de cet effet, que nons appelons Dieu et le monde.
Dieu, devant la raison pure, demeure un inconnaïseable. Il ne saurait donc être ni un objet de science, ni un personnage historique !,
L’erreur fondamentale est là ! Qu’on l'appelle Kantisme, Spencérisme, modernisme, agnosticisme, peu importe : elle consiste À enfermer la science et l’histoire dans le cercle des phénomènes sensibles, à exclure du domaine des certitudes tangibles toute théologie naturelle, toute révélation intérieure, toute intervention vérifiable d’un Etre Suprême dans les lois de la nature et les choses humaines. Attribuer une valeur de réalité À ces vénérables inventions, c’est, nous dit l’Encyclique interprétant la pensée de ses adversaires, adhérer À l’intellectualisme, « système qui fait sourire de pitié et dès longtemps périmé». Vraiment ! Il n’a
se peuvent aujourd'hui diviser en deux classes: ceux qui datent d'avant Kant et ceux qui ont reçu l'initiation et comme le baptême philosophique de sa critique». Qu'on n'oublie pas qu’en accusant les modernistes de Kantisme nous entendons simplement faire allusion à l'orientation de leur pensée, qui est réellement kantienne, non à l'ensemble des doctrines du philosophe alle. mand, auxquelles nous ne prétendons pas qu'ils adhèrent entièrement.
— Dans le modernisme pur il ne faut pas considérer le concept abstrait comme une sorte de projection de quelque forme intérieure hors de nousmêmes,non plus que le phénomène comme un objet possédant une réalité propre distincte de l'idée. Le fond du monde est quelque chose de psychique, qui se développe et arrive à prendre conscience de lui-même. Les phénomènes sont ce développement, la connaissance est cette prise de conscience, Doctrine moniste. Mais dans une doctrine moniste, consé-
cependant pas fait sourire de pitié les Pères du concile du Vatican qui ont frappé d’anathème quiconque nierait, non seulement la possibilité pour l’homme d’être instruit directement par une révélation divine, mais aussi la capacité, pour la raison humaine, d’arriver, au moyen de choses créées, À une connaissance certaine du seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître ! Seulement, un concile est si peu entendu en exégèse et en histoire ! Quelle autorité peuvent avoir ses décisions? Aussi n’est-il pas nécessaire d’y revenir pour ruiner radicalement les propositions de nos adversaires. Il n’est pas même besoin d'employer les arguments traditionnels qui prouvent le fondement objectif de nos idées universelles et métaphysiques. Il suffit, avec l’Ami du Clergé (20 février 1908), de nous en tenir anx perceptions des sens. Pourquoi les modernistes ne contestent-ils pas un fondement réel à lu sensation phyrique ? Parce que la sensation apporte avec elle l'évidence de son objet. Or, à cette évidence, qui s'impose, participent fatalement certaines notions immatérielles, Prenez le plus agnostique des modernistes : s’il reçoit un soufflet, aussi bien
ue de l’objectivité désagréable de cette sensation il a l’évidence antécédent d’où elle émane, et du rapport qui existe entre les deux phénomènes, rapport de case à effet.
Il en est ainsi dans chaque perception sensible. Instinctivement, en éprouvant une modification dans notre œil, dans nos oreilles, sur notre épiderme, noue nous disons que ce phénomène procède d’un antécédent, qui en est cause. î y a association inséparable de ces trois termes : antécédent, conséquent et lien entre les deux. Or le lien est perçu par l'intelligence sous la notion de causalite, qui est une notion métaphysique. Autant vaudrait pourtant nier la réalité de la sensation que de mettre en doute qu’une réalité objective corresponde à une semblable notion. De même, autant voudrait nier la perception réelle de choses visibles que de nier la réalité du rapport de cause à effet que notre intelligence saisit entre l’uuivers changeant et un être immuable, se représentant l’un comme créé et l’autre comme
quente avec elle-même, il n’y a pas d’objectivité ; il ne saurait y avoir au plus que deux aspects d’une même chose, qui se dédouble imparfaitement, qui s'oppose à elle-même de cette façon particulière, d'où surgit la conscience. Le modernisme se surprend à prof .ser, au moins implicitement, cette unité substantielle de tout.—(L. Roue. Etudes, 5 février 1906).
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créateur. Dans une boutade très spirituelle, le « vieux moraliste » de l’Ami du clergé pousse encore sa thèse. Il démontre péremptoirement que, simplement pour distinguer un melon d’un cigare, il faut avoir recours à une idée abstraite. Pourquoi, en effet, rebuterions-nous le garçon d’hôtel qui s’aviserait de nous offrir un cigare À la place du melon que nous aurions demandé ? Pourquoi? Parceque dans le cigare nous ne découvririons pas le D spécifique du melon; et nous plaindrions le pauvre pré qui serait capable de confondre des objets d'espèce si ifférente.
Or remarquons que l’idée espèce est une idée métaphysique, abstraite ; son objet est la substance ou nature propre qui appartient à toute une catégorie d'êtres. Elle existe dans notre esprit universalisée, dépouillée des traits individuels. Dira-t-on qu’une telle idée n’a pas de certitude objective et réelle ? Mais alors nous ne saurions jamais »i, en prenant un fruit de telle espèce, nous ne prenons pas réellement le fruit d’une espèce voisine. La distinction serait purement subjective.
La preuve est faite surabondamment :
Il n'y a ni direction possible de la vie réelle objective, ni raisonnement possible dans l'esprit sur les choses du monde sensible, ni échange possible d'idées dans le langage sans emploi d'idées universelles à portée objective.
Pas un homme qui ne fasse perpétuellement de la métaphysique, sans le savoir.
Les idées abstraites imprègnent notre langage, pénètrent notre conduite et nos actions, aussi bien que nos raisonnements. C’est par où nous nous distinguons des animaux. Mais ei ces idées n’avaient point de valeur objective, si elles n'étaient que des formes ou des constructions subjectives de la raison, nous ne nous éleverions au-dessns des brutes que pour devenir des êtes bizarres, fantastiques, avec une faculté merveilleuse, opérant dans le vide ; nous serions une invention dérisoire de la nature. C’est pourquoi l’agnosticisme n’est pas seulement contraire au bon sens : il est anti-peychologique, anti-humain, et il crou.e sous les contradictions multiples qu’il porte en lui-même.
Maintenant, les modernistes sont-ils coupables d’agnosticisme ? L’Eucyclique les en accuse formellement. Ils ne peuvent s’en justifier : ils ont besoin (nous le prouverons plus tard) d’être agnostiques pour défendre certains principes, auxquels ils tien-
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nent comme à la prunelle de leurs yeux, pour établir, par exemple, que la science et la foi sont complètement étrangères l’une à l'autre, que ni la Révélation, ni le magistère de l'Eglise n’ont un caractère absolu d’infaillibilité.
Au surplus, nous avons là l’explication de leur incurable défiance pour les opérations de l’esprit : défiance de prime abord bien étrange, venant d'hommes qui prétendent faire partie de l'élite intellectuelle de notre espèce. N’allons pas au moins la re pour un acte d’humilité. Non, non! Elle n’est qu’une orme raffinée d’orgueil et de révolte. Tout dans l’enseignement et la conduite ue ces gens-là est calculé pour s’affrauchir du joug de l’autorité divine et humaine. S'ils rétrécissent le champ du vrai, c’est pour n’avoir à recevoir l’aumêne intellectuelle de personne, pas plus de Dieu que d’un homme ! Soit, diront-ils, nous ne voyons pas loin ; l’inconnaïssable nous enveloppe ; le faisceau de nos connaissances certaines se borne aux perceptions des sens. C’est peu : du moins nous voyons ce que nous connaissons. La vérité que nous possédons est bien de nous ; elle vient de nous ; elle a progressé par notre labeur personnel ; elle est notre conquête; elle est autonome ! ! Plus de ces certitudes frelatées et inconsis-
1— Autonomie de la pensée!» Encore un de ces axiomes, au nom desquels on voudrait nous faire croire à l'impossibilité de toute révélation, sous prétexte que la vérité ainsi communiquée nous serait hétéronome et ne ferait pas partie du trésor vérifiable de nos connaissances ! Comme si nous entendions la Révélation ainsi qu'un placage purement accidentel et de surface qu’on appliquerait sur l'intelligence! Eh1 sans doute, du moment que la pensée est un acte vital, il faut qu’elle soit autonome dans un sens très réel. Tout comme l'estomac doit s’assimiler la nourriture pour en faire un élément de vie physique, l'esprit doit s'assimiler les objets pour en faire un élément de vie intellectuelle. Nous ne connaissons rien d’ailleurs qu'à travers l’image, ou verbe intérieur, que notre intelligence se forme des choses extérieures. Mais suit-il de là que notre faculté connaissante ne puisse se former une image que d’un objet atteint directement par sa pro- Fe énergie et non d’un objet transmis à elle par voie de témoignage ?
ullement. Que l'objet, qui détermine la modification de notre esprit, soit perçu directement ou indirectement ; qu’il soit appréhendé dans sa totalité ou partiellement, d’une façon très inadéquate et même simplement analogique, l'acte vital de la pensée n’en est ni plus ni moins autonome.
Ce qui est vrai seulement, c’est que nous connaissons l’objet plus ou moins complètement ; ce qui est vrai encore, c'est que le mode de connaissance par appréhension directe est plus satisfaisant, plus reposant pour l'esprit— croire sans voir est toujours pénible. De là le malaise qu’occasionne la foi chez certains esprits. Pour adhérer à un mystère dont la nature nous échappe
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esprit, ans sa lement nome.
moins ssance sprit— » la foi happe
tantes, qu’on voudrait nous imposer du dehors! Plus d'adhésion forcée à des objets qui sont totalement au-delà de notre portée ! Plus d’une vérité, dont le germe n’est pas en nous, qui n'aurait pas surgi de nous, comme la tige surgit du sol ou la graine est tombée ! Avouons que ce langage ne respire guère les vertus
1 chrétiennes de docilité et d’humilité !
RE | Gi TT TT NN oui à
Encore L'IMMANENCE VITALE. —LA RÉVÉLATION RÉDUITE AU SEN- TIMENT DU DIVIN.—CE QU’EST L'EXPÉRIENCE RELI- GIEUSE. —CE QU'ELLE VAUT.
Par leur agnosticisme, nous l’avons vu, les modernistes ferment à la raison pure toute issue vers Dieu. En compensation de la lumière intellectuelle ainsi sacrifiée, ils nous offrent des moyens de connaissance jusqu'ici trop peu appréciés.
ous signalons, disent-ils, d’autres sources de certitude, qui ne jaillissent pas dans un monde mystérieux, sis par delà les nuages, mais qui ne demandent qu’à sourdre des profondeurs les plus intimes de otre nature. — Eh, non! Pour découvrir Dieu il n’est pas nécessaire de construire toute une série de syllogismes, se déroulant dans le vide de la métaphysique. Dieu ! Que nous eutendions par ce mot le Dieu de Spinoza et de Hæckel, ou le Dieu de Sénèque, de Voltaire, de Jules Simon et autres théistes, ou le Dieu des musulmans, ou le Dieu en Trois Personnes des chrétiens, il est en nous, il est en germe, caché dans les profondeurs inaccessibles du subconscient. Seulement, c’est un germe vivant, il aspire à se développer. Le besoin du divin trahit sa présence, au moins chez les hommes qui ne négligent pas de se placer dans certaines conditions morales requises. Dès lors le besoin devient sentiment et entre dans le domaine de la conscience proprement dite. Ce sentiment suscité par le besoin du divin, c’est l’éveil de Dieu en nous : il a ceci de particulier, nous dit l’Éncyclique, qu’il
et sur le témoignage d’un autre, cet autre fût-il un Dieu-homme, il nous faut
renoncer au désir légitime de voir de nos yeux et de nous rendre compte
des choses par notre puissance de déduction et d’induction. La foi exige
un sacrifice et un renoncement que nous pouvons toujours refuser: c’est
pes la liberté de la foi existe; mais elle n’a rien à voir avec l'autonomie e la pensée.