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comment, toujours immanent et permanent au sein de la religion catholique, il est ailé se développant lentement au cours de l'histoire, #’adaptant successivement aux divers milieux qu'il traversait, empruntant d'eux par assimilation vitale toutes les formes dogmatiques, cultuelles, ecclésiastiques,
ui pouvaient lui convenir, tandis que d'autre part il surmontait tous les Gbeteles, terrassait tous les ennemis, survivait à toutes les attaques et à tous les combats... Quiconque, disent-ils, aura bien et dûment considéré tout cet ensemble d'obstacles, d'adversaires, d'attaques, de combats, ainsi que la vitalité et la fécondité qu'y affirme l'Eglise, devra reconnaître que, si les \ois de l'évolution sont visibles dans sa vie, elles n'expliquent pas néanmoins le tout de son histoire: qu'ute inconnue s'en dégage, qui se dresse devant l'esprit... (Encyclique).
L'ineroyant se trouvera ainsi en face de cet Znconnaissabl d’où vient toute religion (ear, souvenons-nous-en, c’est au bo de cet abîme mystérieux, qui s'ouvre pa: ‘e'à les phénomènes sensibles, que le besoïn du divin s’éveille «1. | homme et lui fait sentir la Lane pet rte TE sa conscience) ; . conclura que le
rme a r Jésus était bien un germe religieux, qu’il porqit Ag rl as de l’esprit divin, qu'il peut semi où À 2e sécurité à la forme religieuse qui en est issue, comme étant, sinon la seule vraie, du moins comme étant une forme propre à alimenter sa vie morale et à le pousser vers un idéal de perfection et de justice.
O’est d’ailleurs tout ce qui sers nécessaire pour transformer l’incroyant en croyant ; car, « dans tout fait religieux, à la réserve de la réalité divine et de l'expérience qu’en a le fidèle, tout le reste, notamment les formules religieuses, ne dépasse point la sphère des phénomènes, n’est point soustrait par conséquent au domaiue scientifique !.»
1— L'Encyclique regrette qu'il y ait des catholiques qui, répudiant l'immanence comme doctrine, l’emploient néanmoins comme méthode d’apoloétique, s’efforçant de persuader au non-croyant qu'en lui, dans les profon- , à mêmes de sa nature et de sa vie, se cachent l'exigence et le désir d'une religion, non d’une religion quelconque, mais de cette religion spécifique qu'est le catholicisme, et qui est, disent-ils, absolument postulée par le plein épanouissement de la vie Erreur ! Car ces apologistes : paraissent admettre dans la nature humaine, au regard de l'ordre surmature!, non pas seulement une capacité et une convenance—choses que, de tout temps, les apologistes catholiques ont eu soin de mettre en relief — mais une vraie et rigoureuse exigence. :
Que répondre d'ailleurs aux personnes chez qui le catholicisme ne serait postulé par aucune exigence, qui n'éprouveraient même le besoin d'aucune religion, qui prétendraient se passer totalement de Dieu et ne pas s’en trouver plus mal? Leur répliquerez-vous qu'elles négligent de se mettre dans
L'idée même de Dieu est tributaire de la science, attendu que celle-ci dans l'ordre logique, comme on dit, s'élève jusqu’à l'absolu et à l'idéal. A la science, à la philosophie de connaître de l'idée de Dieu, de la guider dans son évolution, et s’il venait à s'y mêler quelque élément étranger, de la corriger. (Encyclique).
Les nouveaux adhérents à la foi moderniste pourront être bien tranquilles, ils n’auront pas à souffrir de ce dualisme troublañt entre la science et la foi, qui a torturé tant de nobles âmes daus le passé ; ils n'auront à sacrifier aucune de leurs opinions scientifiques ; ils ne seront entravés par aucune lisière dans leurs recherches et leurs critiques, que celles-ci aient pour objet un texte sacré ou un texte profane. L'objet de la foi proprement dite n’étant que la réalité divine, à l'exclusion de l’idée de Dieu qui la représente, toute conception générale de l’univers est l'œuvre de la science et ne relève que de la science. La foi ne peut y contredire, puisqu'elle n’a rien à y voir, puisqu’au contraire elle doit s'adapter aveuglément dans son développement à l’évolution intellectuelle et morale, que la science seule contrôle.
Bref, ce que l’apologiste moderne propose À l’incrédule, ce n’est pas de courber son esprit sous l’autorité d’une parole divine venue d’en haut, c’est simplement de se replier sur lui-même et de découvrir au fond le plus intime de sa nature le germe même que Jésus-Christ porta en sa propre conscience et qu’il légua au monde, où il continue à circuler à travers le fleuve des générations humaines. Ce qu’il lui propose, en d’autres termes, en lui proposant d’embrasser le christiauieme, c’est d’affirmer sa personnalité, c’est d’épanouir sa vie dans sa pléuitude et dans son idéal le plus élevé. Il n’est pas question d’une foi ui serait une reconnaissance des droits de Dieu ; ce qui résulte de la doctrine nouvelle c’est partout et toujours l’entière autonoinie et la complète indépendance de l’homme. Leurs auteurs sont bien des semeurs d’erreurs
les conditions morales requises pour sentir le besoin religieux? De leur côté elles vous affirment que tel n’est pas le cas, et que si elles ne se mettent pas dans les conditions que vous dites requises, c'est précisément parce
u’elles ne sentent pas le besoin de s'y mettre, en un mot, parce que rien + leur nature ne postule Dieu et la religion, parce que rien n'y trahit la présence du divin. Que répondre à un Le Dantec, par exemple, qui se proclame un athée convaincu, intégral et sincère? Est-il des êtres raisonnables
ui sont privés du sens divin, comme il en est qui sont privés d’un œil ou Are —— En me alors ee pour toujours du paradis mo-
erniste! un paradis, il est vrai, qui n'est pas coup plus à regretter que celui de Mahomet !
faites non pour édifier, mais pour détruire ; non pour susciter des catholiques, mais pour précipiter les catholiques à l’hérésie, mortelle même à toute religion. (Encycl.)
Nous venons de voir comment l’apôtre moderniste libère le chrétien et le savant de toute autorité religieuse ; voyons comment il libère le citoyen. Rien ne lui est plus aisé. 11 lui suffit d'appliquer aux rapports entre l’Eglise et l'Etat la méthode critique qu’il a appliquée aux rapports entre la foi et la science : il lui suffit d’assigner à l’une et à l’autre leur domaine respectif situé sur deux plans parallèles : dans l’un l’Eglise poursuivant une fin spirituelle avec des moyens dérivés de la foi et de l’Inconnaissable ; dans l’autre l'Etat poursuivant de son côté une fin temporelle par des moyens scientifiques et humains. La séparation est parfaite. Plus de questions mixtes, où l’Eglise puisse réclamer le rôle de reine et maîtresse. Cette hégémonie usurpée procéda jadis de la conception d’une Eglise directement instituée par Dieu ; conception périmée aujourd’hui, où l’idée démocratique a envahi les rangs de l’Eglise comme ceux de la société civile. Ces prémisses posées, il est clair que le citoyen peut rester catholique, et pourtant,
sans ue préoccuper de l'autorité de l'Eglise, sans tenir compte de ses désirs, de ses conseils, de ses commandements, du mépris même de ses réprimandes, il peut poursuivre le bien public en la manière qu'il estime la meilleure. Tracer et prescrire au citoyen une ligne de conduite, sous un prétexte quelcon ue, est un abus de la puissance ecclésiastique. Contre cet abus c'est un devoir de réagir de toutes ses forces. (noyclique).
Bien plus :
De même que la foi doit se subordonner à la science quant aux éléments
hénoménaux, ainsi faut-il que dans les affaires temporelles l'Eglise s’assujettisse à l'Etat. Posé en effet que dans les choses temporelles l'Etat est maître, s'il arrive que le croyant, aux actes intérieurs de religion, dont il ne se contente pas d'aventure, en veuille ajouter d'extérieurs, comme serait l'administration des sacrements, la conséquence nécessaire, c’est qu'ils tombent sous la domination de l'Etat.
S'il plaît à l'Etat d'interdire les processions, le port de l’habit ecclésiastique, toute cérémonie publique pour enterrements, baptêmes, mariages ; s’il pe de mettre entre les mains de quelques francs-maçons pillards l’administration des biens d’Eglise, le soin de pourvoir au culte, l’Eglise n’a qu’à s'incliner : l'Etat opère dans son domaine.
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Briand, avec sa loi sur les associations cultuelles, était un bon moderniste !. Bon moderniste aussi Napoléon I“ avec ses articles organiques, ajoutés subrepticement au Concordat de 1802, et c’est vraiment dommage que Louis XVI n’ait pu être conseillé par quelque Loisy ou quelque Tyrrell de son temps : il n’aurait pas encouru la colère des membres de l’Assemblée Nationale en refusant, plusieurs mois durant, sa signature à la constitution civile du clergé. Pie VI, s’il avait été illuminé des clartés nouvelles, n’aurait pas anathématisé cette même constitution, et des centaines de prêtres n’auraient pas porté leur tête sous le couperet de la guillotine pour refus de serment à l’œuvre de la Constituante. On n’a pas idée combien le modernisme ost pacifiant. Mais il est pacifiant comme la mort ! car c’est bien de mourir en se suicidant qu’il demande à l'Eglise. Comme il u’cst pas un seul acte de l'autorité ecclésiastique qui ne se traduise à l’extérieur, elle devrait être totalement assujettie à l’Etat, ce qui revient à dire qu’elle devrait cesser d’exister, en tant que société distincte. Conclusion qui n’est pas pour déplaire aux réformateurs, hantés du même rêve que les protestants libéraux et les rationalistes de tout acabit : reléguer la religion dans l'intimité de la conscience et laisser à l'Etat la réglementation de tous les actes de la vie sociale : ce qu’ils appellent par euphémisme, harmoniser la religion avec les formes civiles. Voilà qui réduit singulièrement les soucis de l'autorité ecclésiastique ! Voilà en particulier qui la dispense d’assembler des commissions pour codifier un droit canonique. Elle n’a qu’à prendre le Code Napoléon et les codes en usage duns les différentes nations, puis s’harmoniser avec eux. Qu'elle s’harmonise, même si quelque code s'inspirant de J.-J. Rousseau établit une foi civique, et punit de mort quiconque refuse d’y adhérer au moins extérieurement. Oh ! le bienfait de l'harmonie moderniste ! à
De même que l’Eglise doit s’harmoniser avec les formes civiles, elle doit le faire, nous l’avons vu, avec les aspirations et les tendances de la conscience collective, qui est la souveraine dans la
1— On ne sera pas étonné de voir cette loi approuvée par Loisy : « après tout, écrit-il, elle ne réglait que l'état civil des cultes, sans empiéter sur leur régime intérieur. Elle ne lésait aucun droit de la conscience reli- |mtr Evidemment! Du moment que les droits de la conscience sont ; tés à l'expérience du divin au fond de la nature, rien n’est capable de es léser.
8 ff) A D
communauté religieuse comme le suffrage universel est souverain dans l’Etat démocratique. Ce serait une méconnaissance de son mandat, ce serait un abus singulier de son autorité, si, au lieu de prêter l'oreille aux aspirations de la collectivité des fidèles, l’Eglise s’avisait « d'interdire aux consciences individuelles de proclamer bautement et ouvertement leurs besoins, si elle bâillonnait la critique, l’empêchait de pousser aux évolutions nécessaires. .., !» Ce serait un abus: mais quoi ! nos modernistes ne s’étonnent pas qu’il se prolonge encore en notre siècle de lumière : ils trouvent même cette prolongation bienfaisante, Ne faut-il pas un frein au progrès comme Sont mobile lancé sur une pente. Sous la seule action des stimulants et des besoins, qui poussent à l’ada tation avec le milieu ambiant, l’évolution, entraînée hors de A ligne traditionnelle, risquerait de rompre avec le germe initial et conduirait à la ruine plutôt qu’au progrès. N'est-ce pas, en partie au moins, pour modérer la marche de l’inévitable évolution que la conscience collective des premières générations chrétiennes créa l’autorité ecclésiastique ? Et, quoique par suite de l’immixtion de notions fausses cette autorité ait passé pour issue directement de Dieu, elle n’en représente pas moins la force conservatrice. Elle la représente en droit et en fait :
1— «Non! il n'est pas nécessaire que l’on se courbe en esclave silencieusement devant des ee qui, en dépit de leurs prétentions, ne sont que les mandataires de l'Eglise et non ses maîtres». (Loisy, Quelques lettres, p.184). Ailleurs le même Loisy s'exprime ainsi: «Je n’admets ni cette autorité absolue, irresponsable, qui n'exige une soumission aveugle que parce que elle est elle-même aveuglée ; ni ces droits nécessaires, dont je sais pertinemment que les titres sont caducs... Cette obéissance et cette soumission, nulle puissance au monde n’a le droit de les exiger absolument, avec une autorité indiscutable et au nom de Dieu même. La liberté de la science et la notion catholique de l'orthodoxie sont choses aussi incompatibles que le feu et l’eau». c
Sans rejeter aussi radicalement le magistère ecclésiastique, l'Allemand Schell le réduisait à un rôle singulier avec sa fameuse théorie de l’ Eglise qui enseigne et de l'Eglise qui étudie. «Dans la définition des vérités l’Egiise qui apprend (ou étudie) et l'Eglise qui enseigne collaborent de telle sorte que le rôle de celle-ci se borne à sanctionner les opinions eommunes de celle-12. Déjà Dôllinger avait dit devant ie Congrès des savants à Munich (28 sept. 1863) : « De même que chez le peuple hébreu, à côté du sacerdoce régulier, existait le prophétisme ; de même, dans l'Eglise, à côté des autorités ordinaires, il y a une autorité extraordinaire, qui est l'opinion publique : c'est par celle-ci (qu’elle forme) que la science théologique exerce l'infiuence qui lui revient, et à laquelle, à la longue, rien ne résiste ».
En droit, parce que la défense de la tradition est comme un instinot naturel de l'autorité ; en fait, parce que, planant au-dessus des contingences de la vie, l'autorité ne sent pas, ou que très peu, les stimulants du progrès. La force progressive, au contraire, qui est celle qui répond aux besoins, couve et fermente de-s les consciences individuelles, et dans celles-là surtout, qui sont en contact plus intime avec la vie... C'est en vertu d'une sorte de compromis et de transaction entre la force conservatrice et la force progressive que les changements et les progrès se réalisent. 1l arrive que les consciences individuelles, certaines du moins. réagissent sur la conscience collective: celle-ci à son tour fait pression sur les dépositaires de l'autorité, jusqu'à ce qu’enfin ils vienneut à composition; et, le pacte fait, elle veille à son maintien (Encyclique).
Ainsi done, il n’y aurait pas une hostilité aussi foncière qu’on croit entre Pie X et Loisy ou Tyrrell. Pie X représenterait simplement la force conservatrice, et ses adversaires, la force progressive. De cet antagonisme résulterait une évolution lente et sûre de l'Eglise vers l'idéal voulu par Dieu. Que les laïques soient les facteurs du progre et les hommes d’Eglise plutôt des conservateurs, rien de plus rationnel. Ces derniers vivent d’abstrac-
tions théologiques. Les premiers sont en contact plus intime avec la vie et les consciences.
Mieux que personne, sûrement mieux que l'autorité ecclésiastique, ils en connaissent les besoins ; ils les incarnent pour ainsi dire en eux. Dès lors,
rs une parole et une plume, ils en usent publiquement ; c'est un devoir.
(Encyclique).
Ils proposent des réformes : réformes de l’enseignement de ia philosophie et de la théologie dans les séminaires ; réforme du catéchisme, où ils voudraient qu’on n’insérât plus que les dogmes révisés et à la portée du vulgaire ; réforme du gouvernement ecclésiastique, du culte, de la discipline, même celle relative au célibat des prêtres ; ils demandent au pouvoir ecclésiastique de changer de ligne de conduite sur le terrain social et politique ; de se tenir sans doute en dehors des organisations politiques et s0ciales ; mais de s’y adapter néanmoins pour les pénétrer de son
esprit.
En morale ils font leur le principe des Américanistes, que les vertus aotives doivent aller avant les passives dans l'estimation que l’on en fait, comme dans la pratique. (Encyclique).. etc...
Que l'autorité les réprimande tant qu'il lui plaira : ils ont pour eux leur conscience et une expérience intime qui leur dit avec certitude que ce qu’on leur doit, ce sont des louanges, non des reproches. Ils réfléchiesent qu'après tout les pro, ne vont pas sans crises, niles crises sans victimes. Viotimes ! soit, le seront, après les prophètes, après Jésus-Christ. Contre
NT er
l'autorité, qui les maltraite, ils n’ont point d'amertume: elle fait son devoir d'autorité seulement ; ils déplorent qu'elle reste sourde à leurs adjurations, parce que, en attendant, les obstacles se multiplient devant les âmes en marche vers l'idéal. (Encyclique) ,
Oui, ils sont sans amertume ; car, enfin, tout le monde ne peut avoir la perspicacité des modernistes; tout le monde ne peut, comme eux, contempler par delà les différentes formes reli- | pren auxquelles s’est successivement attachée l'humanité,
inévitable marche du sentiment du devoir. Leurs adversaires peuvent être parfaitement convaincus et sincères en brandissant contre eux leurs anathèmes les plus solennels. Ils peuvent être convaincus et sincères comme l’étaient
ces Juifs fidèles et z6lés, qui ne voulaient point entendre le Christ et son hérésie, qui citaient les prophètes pour prouver que les Juifs seuls seraient sauvés, que le judaïsme durerait jusqu’à la parousie finale, et à la fin soumettrait le monde à son empire. Comme ils avaient raison, et, en même pq re comme ils avaient tort! Le judaïsme devait vivre une vie ressuscitée et glorieuse dans le Christianisme. Eh bien! l’histoire ne peut-elle se ré ter? Les théologiens ne peuvent-ils avoir raison dans un sens tout autre qu'ils ne l’imaginent? Le bras de Dieu est:il raccourci qu'il ne puisse encore des
ierres susciter des fils à Abraham ? Le catholicisme ne peut-il pas, comme e judaïsme, avoir à mourir pour vivre d'une vie plue grande et plus haute ? Chaque organisme n'at-il point un développement limité, après lequel il doit mourir, content de survivre dans sa descendance? Les outres de vin sont extensibles, mais pas indéfiniment ; un moment vient où elles éclatent, et il faut en acheter de nouvelles. (G. ryrrell, cité par J. Lebreton. Revue pratique d'apolog., t. IV, p. 547). ?
1— : L'Eglise que j'ai servie, et que je crois servir encore n’est pas, en réalité, l'institution papale, devenue une source d’obscurantisme, d'oppres sion et de division, au lieu d’être une source de lumière, de liberté et d'union mais la société invisible des amis de la vérité, qui doivent être aussi, je présume, les amis de Dieu.» (Loisy, Quelques lettres, p. 186).
2— J'ai la conviction que le jour viendra, et peut-être plus tôt que nous n'osons l’espérer, où le mouveinent libéral catholique deviendra le mouvement catholique libre, dans lequel le protestantisme et le romanisme seront dépassés et réconciliés dans l'unité supérieure d’une religion sans dogme. (J. Lloyd Thomas, Hibbert Journal, juillet 1907, p. 801). Dans le même numéro (p. 905), M. J.-B. Wallace es père que l'union des chrétiens libéraux « amènera les chrétiens vraiment spirituels à ne point consumer leurs forces en des discussions spéculatives relativement insignifiantes, et à concentrer tous leurs efforts pour coopérer à l'établissement universel du Roysume des Oieuz, ce nouvel ordre d'amour et de service mutuel, Comme le note M. J. Lebreton, de pareilles illusions s'expliquent mieux sous la plume de protestants que sous celle d’un Tyrrell.
Le moderniste est donc bien tranquille pour lui-même et pour sa doctrine. Si rien ne se perd et rien ne se crée dans la nature, le sentiment religieux, tel que coucrétisé aujourd’hui dans le christianisme, ne subira le déchet fatal que lui impose la marche de la eivilisation, que pour se transformer en un nouvel ordre d'amour et de justice plus fécond en fruits de vie que l’ordre actuel, gâté par l’intransigeance d’un autoritarisme sans fondement !. Oui,le moderniste a confiance dans l’avenir, qui ne pourra pas manquer de le justifier et de reconnaître dans ce qu’on appelle aujourd’hui des témérités l’expression de la vraie vie religieuse.
S'il n’a point d’amertume, il garde tout de même au fond du cœur un regret: c’est que le triomphe de ses idées soit différé
r l'attitude de l’Eglise, c’est que l'Eglise perde l’une des plus
Îles occasions de se montrer le salut des peuples, en refusant de prendre pour guides des théologiens éclairés, tels que Tyrrell et Loisy. SRE ae était si favorable, pourtant !
Rarement, s'écrie Tyrrell, dans son histoire, les me ont été fixés sur elle dans une attente plus anxieuse ; on espérait qu'elle aurait du pain pour ces millions qui meurent de faim, pour ceux qui souffrent de ce vague besoin de Dieu, que l’Encyclique méprise si fort. Le protestantisme, dans la personne des penseurs qui le représentent le mieux, n'était plus satisfait par sa négation brutale du catholicisme, et commençait à se demander si Rome
elle aussi, ne se départait pas de son médiévalisme rigide. Le mouvemen
moderniste avait transformé tous les rêves vagues de réunion en espérances enthousiastes. Hélas! Pie X vient vers nous avec une pierre s une main et un scorpion dans l’autre.
Voilà un langage qui détonne légèrement avec la sérénité dont se vantent nos modernistes ; voilà qui prouve que leur cœur n’est pas totalement vide de fiel, et qu’ils ne sont pas insensibles au discrédit que les condamnations de Pie X ont fait rejaillir sur leurs idées et leurs persnnnes. On a beau croire, ferme comme roche, à l’évolution nécessaire du sentiment religieux et au triomphe final de ses opinions, ou reste homme, n’est-il pas
1— Si le catholicisme évoluait, dans le sens du progrès scientifique et de l'humanité actuellement civilisée, il est certain que l'établissement catholique, avec sa hiérarchie de droit divin, son dogme intangible, ses sacrements magiques, en subirait un déchet considérable. Mais il n’a pas d'autre alternative que de se transformer pour vivre ou de 8e rétrécir en une secte de plus en plus fermée pour mourir. (Loisy. Quelques lettres, 26° lettre).
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vrai? on ne se désintéresse pas du temps où l’on vit et l’on von. drait bien que le triomphe commençât dans le présent. C’est ce ue voudraient, sans aucun doute, les auteurs du Programme des tenistes ui n’hésitent pas À comparer Pie X à Juiien l’Apostat écartant de l’enseignement les maîtres chrétiens !, Ils nous sera bien permis de voir dans cette intempérance de parole un grain d’amertume et de conclure que la sérénité n’est pas devenue le monopole des réformateurs ? J ’ajouterai même que le dépit les a singulièrement rendus injustes, Non ! non! Pie X ne méprise pas ce vague besoin de Dieu dont, mieux que Tyrrell, il sait que des millions d’âmes souffrent. Cette souffrance provoque en lui une compassion ineffable. A la suite de J ésus, son Maître, il s’écrie : Misereor super turbam. Oui, il a grande pitié de cette multitude d’affamés et d’altérés, errant duns un désert, qui les séduit par d’incessants mirages. Seulement il sait que pour secourir efficacement les millions de pauvres déçus, il ne faut commencer par éteindre le flambeau éclatant que le Fils de Dieu a allumé lui-même sur la Montagne de la sainte Sion, et ui est destiné à guider les blessés de la vie vers l’hôtellerie du
n Samaritain, où ils pourront trouver non une pierre ni un scorpion, mais l’huile et le vin, l’huile pour cicatriser leurs plaies, le vin pour leur rendre espérance ot confort.
Pie X laisse à d’autres le souci d’éteindre les étoiles au firmament des âmes ! Sa préoccupation à lui, c’est de garder intact le dépôt de vérités qui sont tombées des lèvres d’un homme Dieu 3 c'est de conserver toute son efficacité au sang qui a coulé des blessures du Crucifié et qui continue à circuler à travers les canaux divins des sacrements ! Cette préoccupation sera celle de ses successeurs, comme elle a été celle de ses prédécesseurs ! Que les modernistes ne se fient pas trop à l’avenir ! Si l’avenir voit surgir des hérésiarques, disciples de ceux d’aujourd’hui, il verra en face d’eux se dresser la même impassible figure du Vicaire de Jésue-Christ, et de son bras partiront les mêmes foudres, qui les réduiront à la même impuissance !
1— Il n'était pas nécessaire d'aller chercher si loin ! Que ne l'ont-ils comparé à Waldeck-Rousseau excluant de l'enseignement religieux et reli. gieuses ?
M. Tamierme, 8. J.