COMMENT LE MODERNISME DÉMOLIT L'ÉGLISE
L'autorité divine de la Bible, de la Tradition, du Dogme étant détruite, reste à renverser l’autorité sociale de l'Eglise ; à quoi nos modernistes s’appliquent avec un acharnement d’autant plus ab que cette dernière autorité a des effets plus immédiats et plus pratiques. Leur instrument de démolition est toujours leur pue d’Agnosticisme, d’Immanence et d’ Evolution. Ecoutez es novateurs italiens :
La conception de l'Eglise, œuvre du Logos, domaine fermé à l’action ‘les lois qui régissent l’évolution des collectivités humaines, a été pendant de longs siècles le postulat de l’histoire catholique... La critique Te a débarrassé inexorablement notre esprit de ces idées préconçues. Le Christianisme, pour le critique, est un fait, comme tous les autres, soumis aux mêmes lois de développement, influencé par les mêmes causes politiques, juridiques et économiques, susceptibles des mêmes variations. Sa nature de fait religieux ne lui ôte pas ses autres qualités, communes à tout événement historique, où s'exprime l’activité spirituelle des hommes !.
S'il n’entra jamais dans l’esprit de Jésus d’enseigner un corps de doctrine, ni de promulguer aucune loi, ni d'inventer aucun rite et sacrement, comment lui serait-il venu à l’idée de fonder une hiérarchie, gardienne d’une doctrine, d’une loi, d’une litur-
ie? Tout au plus peut-on avancer que Jésus a été l’initiateur
u mouvement d’où l'Eglise est sortie. En réalité « l'Eglise fait suite à l'Evangile de :; ésus, elle n’est pas formellement dans l'Evangile, elle en a procédé par une évolution nécessaire, dont on a seulement à vérifier les conditions? ». Sans doute, nul des disciples de Jésus ne se prenait pour le gardien d’une essence doctrinale que le maître n’avait pas prêchée ; mais ils vivaient des substantiels souvenirs de la prédication du royaume ; ils sen-
1— Programme des Modernistes, pp.
2— Loisy. Autour d'un petit livre, pp.
taient le besoin de communiquer l’expérience originale du divin, qu’ils avaient eu le bonheur d’éprouver en compagnie du Fils de Marie. La communauté chrétienne s’accroissait rapidement : elle comptait bon nombre d’adhérents grecs et romains. En même temps que naissait le besoin d'adapter le messianisme à la mentalité des nouveaux-venus, la nécessité apparaissait de créer un Se ape hiérarchique, capable de donner de la stabilité à la religion nouvelle, puis de « conserver, d’accroître, de propager le trésor commun de foi». Ainsi, tandis que levait cette luxuriante végétation de dogmes trinitaires et christologiques à empreinte plus ou moins grecque, l'organisme social se compliquait de jour en jour. La nécessité de se développer et de se défendre amenait la création des mille rouages d’une administration très étendue : souveraineté de l’évêque de Rome, évêchés, provinces ecclésiastiques, conciles, paroisses. .. Le cadre hiérarchique était d’autant ne facile à former qu’il n’y avait qu’à se modeler sur l’admira-
le réseau administratif de l’Empire Romain, dans les limites duquel se propageait la nouvelle foi. Le titre de Souverain Pontife n’est-il pas une dignité laissée vacante par le départ de l’empereur, et recueillie par l’évêque de Rome 1? Quant à l'institution divine de Eglise, faut-il le rappeler ? « elle est un objet de foi, non un fait historiquement démontrable. » (Loisy). Là encore il faut avec soin dissocier l’élément surnaturel de l'élément humain. Ce qui a fondé une Eglise divine, c’est la foi au Christ glorieux ! Cette Eglise-là est bâtie non par Jésus, mais sur Jésus, sur le Jésus ressuscité, non sur le Jésus prédicateur du message évangélique. Du moment que la Foi divinisait l’auteur, il était logique qu’elle divinisât l’œuvre. Ajoutez qu’ainsi l’œuvre acquérait
u prestige et une force conquérante sans égale. De quelque façon qu’on l’envisage, l'Eglise « est le fruit de la conscience collective, autrement dit : de la collection des consciences individuelles, consciences qui, en vertu de la permanence vitale ?, dérivent d’un premier croyant, Jésus-Christ. » (Encyclique).
1— Toujours cette théorie du besoin, gond sur lequel tourne tout le système moderniste ! L'appareil social de l'Eglise a été postulé par le besoin d’un bon gouvernement religieux, tout comme l'appareil dogmatique des formules et l’appareil moral des préceptes avaient été postulés par le besoin d’une mentalité différente et d’une vie religieuse chaque jour plus intense.
2 — Il faut savoir qu’au principe d’immanence les modernistes rattachent le principe de permanence divine qui diffère du premier «à peu près comme
La clef de voûte de toute société est l'autorité, hors de laquelle il n’y 8 qu’avarchie et éparpillement d’individualités impuissantes. L'autorité a pour mission d’unir tous les membres du co social et de les guider ers une fin commune : elle doit en même temps, « par une action prudemment conservatrice, sauvegarder les éléments essentiels à la vie du corps. » (Encyclique). Dans une société religieuse ces éléments sont le dogme et le culte. De là dans l’Eglise catholique le triple pouvoir discipiinaire, doctrinal, liturgique.
Selon leur habitude, les modernistes ici conservent le mot et détruisent la chose. En assujettissant l'Eglise à l’Etat, par une conséquence fatale de leurs principes, ils réduisent À néant le pouvoir disciplinaire de l'Eglise. Îls lui maintiennent son pouvoir liturgique, mais lui soustraient la matière où s'exercer. Les sacrements n'étant, d’après eux, que de simples signes ou symboles, institués pour nourrir la foi ; la foi d’autre part étant purement subjective, on ne voit pas trop à quoi rimeraient les prescriptions rituelles de l’autorité ecclésiastique !, Chaque fidèle
l'expérience transmise par tradition de la simple expérience individuelle ». En vertu de cette seconde théorie, nos adversaires se glorifient de pouvoir afirmer que l'Eglise et les sacrements ont été institués médiatement par Jésus-Christ. « Voici de quelle manière. Toutes les consciences chrétiennes furent enve'oppées en quelque sorte dans la conscience du Christ, ainsi que la plante dans son germe. Et de même que les rejetons vivent de la vie du germe, ainsi faut-il dire que tous les chrétiens vivent de la vie de Jésus-Christ. Or, la vie de Jésus-Christ est divine selon la foi: divine sera donc aussi la vie des chrétiens. Et c’est pourquoi s’il arrive que la vie chbrétienne, duns la suite des temps, donne naissance aux sacrements eë à l'Eglise, on pourra affirmer en toute vérité que l'origine en vient de Jésus- Christ et qu'elle est divine. C'est par le même procédé que la divinité sera octroyée aux Saintes Ecritures, qu’elle le sera aux dogmes » (Encyclique). 4 n'oublions pas que cette divinité n’est qu’une création de la foi subjecve.
1— Les novateurs comparent les sacrements « à de certaines paroles, dont on dit vulgairement qu'elles ont fait fortune, parce qu’elles ont la vertu de faire rayonner des idées fortes et nétrantes, qui impressionnent et remuent. Comme ces paroles sont à ces i ées, de même les sacrements au sentiment religieux» (Éncycl.). Quant au culte, en général, il est né d’un double besoin : le prenisr « de donner à la religion un corps sensible ; le second de la propager, à quoi il ne faudrait pus songer sans formes sensibles ni sans les actes sanotitiants que l’on appelle sacrements » (Encycl). Les sacrements réduits à des actes individuels! Dès lors toute sanctification, comme toute vérité, comme toute foi est autonome, elle vient de nous-mêmes, vient d’en bas et non d’en haut. Ainsi le veut le principe d'immanence qui met partout l’homme à la place de Dieu.
n'est-il pas l’auteur de sa propre sanctification, comme de sa
de vérité rationnelle et divine ! Ne peut-il régler les actes —. tifiants, comme il l'entend ! Quand au pouvoir doctrinal, qui est représenté par le magistère ecclésiastique, nos intrépides réformateurs lui trouvent un objet.
Nulle société religieuse, disent-ils, n’a de véritable unité, que si la conscience religieuse de ses membres est une, et une aussi la formule qu'ils adoptent. Or, cette double unité requiert une espèce d'intelligence uriverselle, dont ce soit l'office de chercher et de déterminer la formule de dant le mieux à la conscience commune, qui ait en outre suffisamment d’au-
er formule une fois arrêtée, pour l’imposer à la communauté.» (Encyclique.)
Le magistère ecclésiastique est cette intelligence qui choisit la sormule, et cette autorité qui l’impose. Mais, retenons-le bien, il l’impose uniquement parce qu’il a reconnu qu’elle répondait à la conscience commune. Tout en commandant, ce magistère reste subordonné à la conscience de la collectivité, d’où il tire son origine. En définitive, son rôle est surtout de diriger, d’orienter le mouvement religieux, qui se manifeste dar la masse des fidèles.
La pensée de Tyrrell sur ce point mérite toutefois une mention à part. Le lecteur se rappelle que notre réformateur anglais veut bien admettre une certaine Révélation, close avec la mort du dernier apôtre. Dès lors pour iui le rôle du magistère ecclésiastique, c’est de perpétuer sans altération dans la conscience de toutes les générations cette même construction révélée de l’ordre surnaturel, qui a déterminé et caractérisé la foi, l'espérance et : charité de l’âge apostolique ; c’est de protéger et d'interpréter
ar ses propres définitions cette œuvre de l'Esprit Saint. Il le ait d’ailleurs par un instinct ou tact divin, par cet instinct spirituel qui détermine l'Eglise À résister, comme avec un certain aveuglement et comme avec une obstination déraisonnable, à toute assertion de la raison qui met ou semble mettre en péril le sens et l'esprit de la Révélation apostolique. Ce n’est pas par la dialectique, c’est par l'Esprit que l'Eglise interprète l'Esprit. Ses affirmations sont prophétiques, ce sont des oracles divins. Leur valeur au sens prophétique n’est pas une nouvelle Révélation, mais la valeur même — Révélation apostolique, qu’ils protègent et qu'implicitement ils affirment de nouveau. De semblables oracles ne renferment point une vérité de philosophie, de théologie ou de science; ils ne protègent donc pas, (tout au moins dans
— Gi —
leur valeur propre) les catégories et les formes de la pensée juive et hellénique, qui ont servi à représenter intellectuellement et verbalement l’objet révélé. Rappelons-nous que les analogies, auxquelles les écrivains inspirés ont eu recours pour exprimer l'Œuvre de l’Esprit en eux (telles : Paternité, Filiation, Royauté, second Adam, etc.) appartenaient uniquement au temps et au lieu de leur propre origine.
Une tradition purement littérale d'une Révélation ainsi enregistrée serait sûrement mal interprétée par des esprits que domineraient des systèmes hilosophiques, scientifiques et historiques autres que ceux de l'âge apostoique ; elle leur donnerait une construction assez différente de l’ordre surnaturel, une impression différente, un aspect différent, une direction différente. Contre ces conceptions et ces variations, il appartient à l'Eglise de préserver l'unité d'esprit. Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu, Père de tous. Et cela elle le fait en rejetant ou modifiant ces éléments philosophiques, scientifiques et historiques qui, en intervenant dans la Croyance, produisent une fausse représentation ou une fausse interrétation du depositum fidei, et menacent l'unité et la pure apostolicité de foi chrétienne.
Les décisions, qui ont un but si bienfaisant, l'Eglise a raison de les canoniser; car elles sont vraies, vraies dans leur sens le . plus profond, vraies de cette vérité de la Révélation, qu’elles proclament de nouveau !. Toutefois, en tant que formules, n’ajoutant rien et ne pouvant rien ajouter à la Révélation apostolique, elles n’ont qu’une valeur protectrice.
Encore cette valeur protectrice ne saurait-elle être immuable ni efficace pour tous les temps. Les interprétations profectrices,
ue l'Eglise promulgua aux premiers siècles de notre ère, durent être protégées elles-mêmes des décisions subséquentes, faute de quoi elles auraient altéré au lieu de conserver le sens primitif de la Révélation.
La mission de l'Eglise c’est donc de transposer incessamment la valeur des formules dogmatiques, afin de maintenir l’équation entre le sens intime de la Révélation et la mentalité propre à
1 — Quelle pauvreté cache cette griserie de mots? Il y a beau temps que nous savons à quoi nous en tenir sur cette vérité de la Révélation, que nous vante notre moderniste ! Elle consiste tout entière dans un phénomène de conscience, dans le sentiment subjectif du divin! c’est-à-dire que c'est une vérité qu'il faut chercher à côté du sens naturel exprimé par la formule verbale.
chaque époque. N'est-ce pas du reste ce besoin de transposition
ui a donné naissance aux travaux interrompus des Pères, des Dostrers, des Conciles sur les documents inspirés ? Travaux précieux, grâce auxquels nous pouvons à notre tour étudier et reconnaître l’immuable et toujours identique substance de la Révélation se manifestant par action et réaction dans une multiplicité infinie de combinaisons et avec une variété admirable d’expressions soit pratiques, soit spéculatives ! ! Mais, on le voit, ce n’est pas en inventant de nouveaux systèmes théologiques, c’est en s’efforçant de revenir au pur esprit de la pie apostolique qu’on dégage le mieux l’immuable unité de la sainte Révélation au cours des siècles. Or, remarquons-le bien, entre un savant du vingtième siècle et un Père de l'Eglise du quatrième ou un théologien scolastique du treizième, | est celui qui est le plus apte à pénétrer jusqu’au noyau et à découvrir l’authentique moelle de
la Révélation! Le savant du vingtième siècle, sans contredit ! car il possède à son service des secours scientifiques, historiques, critiques qui manquaient aux Pères de l'Eglise et aux docteurs scolastiques. Avec plus de sûreté il peut déchirer l’enveloppe mythologique ou pseudo-théologique, dont l'ignorance de nos ancêtres entoura le Réalité révélée. Il pourra être vilipendé,
traité de révolutionnaire et d’anarchiste intellectuel. Somme toute, il ne f : ‘ue mettre en lumière la substance même de la Révélation; : . ra qu’amener ses contemporains à un contact plus direct avec 1 : rit de Dieu.
Ne nous laissons pas prendre à ces allures de défenseur des intérêts de Dieu et ds la Révélation. De quelque façon qu’il sy renne, Tyrrell, comme Loisy, n’a qu’une préoccupation : annuer l’autorité du magistère de l'Eglise. Déjà, en voulant à tout prix dissocier complètement la théologie de la Révélation, il avait prétendu se faire le champion de celle-ci. Nous avons vu qu’en réalité il s’en faisait le destructeur. De même pour l’Eglise,
1— Très bien! Seulement c'est toujours ce double sens qu'il s'agit de donner aux interprétations de l'Eglise, qui est embarrassant. Les prenez. vous dans leur sens propre, vous voilà à côté de la vérité révélée! Les prenez-vous dans leur valeur he er et protectrice, vous tombez dans une sorte d'énigme! Quel est l’objet protégé? Comme ce n’est pas celui qu’indique la signification naturelle des mots, chacun est libre d’en imaginer un à sa guise au gré de son sentiment. C'est sans doute où veut en arriver
Tyrrell avec son galimatias mystique.
Il ne veut pas qu’elle soit une théologienne ni une autorité vivante et enseignante. Il en fait une prophétesse, ne connaissant
ue les tâtonnements aveugles de l’amour, parlant sous l’inspiration d’un Dieu, À l'instar des pythonisses antiques ; il n’attribue aucune valeur absolue aux formules dont elle s'efforce de vêtir le sentiment qui l’agite. Qu’elle demeure la gardienne autorisée du dépôt de la foi, soit ; mais à condition que ce dépôt ne renferme rien de doctrinal ; mais à conditior que principes, institutions, culte, liturgie, se modifient sans cesse pour se plier aux aspirations et aux besoins des consciences de chaque génération ! Mais à condition que l’Eglise ne se regarde pas comme une sorte de soldat de Dieu, armée de foudres et d’anathèmes contre tous les esprits libres, que ne satisfont plus des formes surannées de religion ! !
L'Eglise, qu’elle ne l’oublie pas plus longtemps, procède de la conscience collective de la communauté chrétienne, et doit lui rester soumise !
Pas d’illnsion ! si on lui reconnut dans le passé une autorité sans contrôle, si on érigea son gouvernement en autocratie infaillible, ce fut uniquement par suite d’une erreur commune aux Juifs et aux Romains (aux Romains de l’époque impériale), erreur qui faisait découler l'autorité d’en haut, qui la regardait comme un don de Dieu à — êtres privilégiés. Aujourd’hui l'humanité est complètement dégagée d’un concept aussi grossier. Elle reconnaît que l'autorité, elle aussi, vient d’en bas et non d’en haut. Dans l’ordre civil la conscience a créé le régime porulaire ; or il n’y a pas deux consciences, il n’y a pas deux vies : à l’autorité ecclésiastique de se plier aux formes démocratiques ! Malheur à elle si elle refuse ! « Il y aurait folie : s’imagi-
1— «Forcer le vision prophétique ou poétique à se modeler sur certaines formes sous peine d’anathème, c'est réduire au silence, c’est éteindre cet esprit, qui ne peut vivre que de liberté.» (Tyrrell.) Faut-il, pour la centième fois, dissiper l’'équivoque cachée sous ces grands mots ! Les formes, dont il s'agit, ne sont que l'énoncé précisé et mis à notre portée d’un fait révélé! Nous les imposer, ce n'est pas tyranniser la vision prophétique, c'est simplement nous faire adhérer à cette même vision mieux expliquée et mieux comprise ! C’est toujours le même jeu chez nos adversaires! Ils voudraient nous amener à croire qu’en donnant notre assentiment aux formules dogmatiques, que nous propose l'Eglise, nous adhérons, non à l’objet révélé, mais à des concepts philosophiques et surannés ! Il n’en est rien |
ner que le sentiment de la liberté, au point où il en est, puisse reculer. Enchaîné de force et contraint, terrible serait son expre: il emporterait tout, Eglise et religion ». (Encyclique.)
ui, que l’Eglise se garde de provoquer un conflit avec les consciences de ses sujets !
Qu'elle se garde avec le même soin de venir en lutte avec la raison sur le terrain qui est propre à celle-ci. De ce champ de bataille, nous avertit Tyrrell, elle ne peut sortir que terrassée et déshonorée. N'est-ce pas l’histoire d’une époque qui n’est pas encore très lointaine? N'est-ce pas l’histoire de cette théologie présomptueuse qui a osé réclamer le sceau de l'Esprit pour ses spéculations, et sa façon d’envisager le monde créé? Au nom de cette sagesse miraculeuse dont elle se pensait assistée, ella s’est raidie de toutes ses forces contre la marche en avant de la science humaine ! Vaine résistance sans doute ! Elle a dû succomber et se laisser entraîner vaincue, hors du champ de lutte, mais non saus avoir entravé, pendant des siècles, tout essor intellectuel et religieux. « Elle a crucifié le Christ, et lequel de ses prophètes n’at-elle pas persécuté? Et cela toujours au nom de Dieu, de la Vérité, de la Conscience et de la Religion.» Ainsi déclame Tyrrell. Puis päseant de la théologie aux hommes d’Eglise, le malheureux apostat n’en vient-il pas à tenir un langage qu’on oi sorti de la bouche d’un Father ? Ce sont ces hommes,
it-il,
qui, soit par leur théologisme, soit par leur orgueil corporatif, soit par leur mondanité et leur sensualité, soit par leurs entreprises et leurs maladresses, sont surtout responsables de tous les scandales, de toutes les hérésies, de tous les schismes, et de l'incrédulité, par lesquels l'Eglise a été mise en pièces et le progrès du Christianisme retardé.
Les modernistes s'offrent à mettre un terme à cette ère de scandales, d’hérésies et d’incrédulité. Ils agissent à peu près comme ces Romains, flétris par Tacite, qui appelaient « pacificr » faire la solitude. Ils enlèvent tout objet précis à la foi, à l’Eglise ils suppriment tout dog. e à protéger et toute autorité pour le faire : puis ils se présentent à nous, le rameau d’olivier à la main =!
1— Depuis que ces pages ont été écrites, G. Tyrrell est mort. Sur sa tombe, creusée en un cimetière anglican, M. l'abbé Brémond a fait, au nom du coryphée moderniste, un acte de foi à l’Eglise catholique. Le malheur
biblio scssritinnn
De semblables pacificateurs méritent un autre nom. Ce sont des traîtres et des complices de l'ennemi ! Ce qu’ils veulent, c’est la capitulation sans conditions de l'Eglise devant la science et devant l'Etat! Pour la reduire plus sûrement, ils restaient dans la Ee ; ils en sapaient les remparts de l’intérieur, tandis qu’au dehors les assiégeants les battaient violemment en brèche !
Le oh n’a pas voulu êt-e plus longtemps dupe d’une stratéie aussi hypocrite. Aux suppliques insolentes qui lui demandaient ’abdiquer, de courber l’autorité de Dieu devant celle de l’hom-
me, de sacrifier l’éternelle et immuable vérité venue d’en haut aux fugitives émotions de la sensibilité, il a répondu par un énergique : non possumus. Il a ajouté un ordre catégorique aux rebelles d’avoir à se soumettre ou à sortir de la société qu’il commande !,
Démasqués, ils ont dû s’exécuter. Honneur à ceux qui se sont soumis ! Quant aux autres, ils ont pris rang parmi les protes-
est que G. Turrell avait, durant sa vie, singulièrem. .t altéré, comme on voit, la notion de cette Eglise ; le malheur est qu'il soit parti sans laisser la moindre rétractation. On a droit de se demander s’il aurait ratifié l'acte de foi fait par M. Brémond, en son nom, ou bien cet acte n'aurait-il été, comme un journal romain l’a qualifié sévèrement, qu'une comédie sacrilège?
1— Dans la brochure qu'ils ont publiée en réponse à l’Encylique, les modernistes italiens expriment leur étonnement que l'Eglise continue à rejeter leur programme. Car, disent-ils, ils n’ont cherché qu’à se rapprocher de leur siècle en pus sa langue, en pénétrant dans sa pensée, afin que, par ce contact, il pût sentir l’affinité qui existe entre ses plus nobles tendances et les enseignements du catholicisme.
C’est un des leurs, c’est Loisy, qui se charge de dissiper leur illusion. Il écrit: « Le modernisme met en question ces principes, à savoir, l’idée mythologique de la révélation extérieure, la valeur absolue du dogme traditionnel et l'autorité absolue de l'Eglise; en sorte que l'Encyclique de Pie X était com. mandée par les circonstances, et que Léon XIII ne l'aurait pas faite sensiblement différente, au moins pour l'essentiel et dans la partie théorique.» (Simples réflexions, p. 275).
Bien inutile donc la supplique impertinente que les novateurs italiens adressent au Pape, et que nous transcrivons ag ge pour mémoire : « Père, écoutez-nous, nous vous offrons un moyen, dont l'efficacité s’est déjà révélée, de reconquérir dans le monde la force spirituelle, que l'Eglise a malheureusemeut perdue. Avant de nôus repousser, avant de vous enfermer d’un geste solennel dans les souvenirs de la théocratie politique et intellectuelle du moyen:-âge, songez à la responsabilité que vous avez devant Dieu, devant la société, devant l’histoire, et réfléchissez bien, si, en prenant cette attitude de retour au passé, vous ne condamnez pas à une déchéance certaine l'institution que vous gouvernez aujourd’hui.” (Programme, p. 16).
tants, les rationalistes, les panthéistes, les athées ! Ils sont parmi leurs pareils. Ils peuvent continner leur lutte contre l’œuvre du Christ ; mais elle est infiniment moins à craindre que lorsqu'ils combattaient de l’intérieur, loups sous la peau de bergers. La situation est normale. Etre excommuniés est un malheur immense pour eux ; mais c’est un bienfait inappréciable pour le ge de l'Eglise.
fameux exégète protestant Harnack constate qu’en cette querelle Pie X ne cherche aucun avantage politique, qu’il vise uniquement l'intégrité de la foi et le salut des mes. Venant d’une telle plume l’éloge vaut la peine d’être cité et de clore ce chapitre.
Je dirais presque que le pape secoue les consciences de ses fidèles ! Ne devrions-nous pas nous en réjouir ? Il les pousse, il est vrai, aussitôt dans une voie toute tracée et fait terriblement souvenir de sa puissance, dans ses
pie disciplinaires ; mais il appelle leur attention sur des questions
e foi, il la dirige sur le modernisme, qu'il dépeint en détail, non sans faire preuve de connaissance ! Et il accepte les conséquences inévitables de toute agitation intellectuelle, parce que l'enjeu, la vraie foi orthodoxe, lui paraît d’une si haute importance. S'il ne s'agissait pour lui que de sa domination propre, cette encyclique serait l'écrit le plus malhabile du monde. Non, il s'agit vraiment pour lui de la foi chrétienne, et de la sainte théologie, telle qu’il l'entend, et ainsi du salut des âmes de ses tidèles. (Internationale Wochenschrift, n° 9, cité par L. Roure, Etudes, 20 juin 1908).
L'APOLOGÉTIQUE MODERNISTE.—COMMENT ELLE SUBORDONNE LA FOI À LA SCIENOE, ET L'ÉGLISE À L'ÉTAT.— ATTITUDE DES MODER- NISTES VIS-À-VIS DES CONDAMNATIONS PORTÉES PAR L'ÉGLISE
Un reproche parti du camp rationaliste, auquel certains catholiques ou soi-disant tels ont été sensibles plus que de raison, c’est celui de n’être pas des chercheurs libres dans le domaine de la science, d'aborder l'étude de l’homme et du monde suivant des lois faites d'avance, avec un cadre tout préparé auquel ils étaient obligés, bon gré mal gré, de plier leurs découvertes. Ils se sentaient envahis d’une tristesse profonde à la pensée qu'ils devaient laisser aux ennemis de l'Eglise le monopole de l’érudition originale, et se contenter, quant à eux, de travailler sous le joug d’une
hilosophie tombée en discrédit. Il ne pouvait plus en être ainsi. ü fallait en finir, comme disait Loisy, avec une science approuvée par les supérieurs.
C'est sous l'empire de semblables préoccupations que commenga à s’infiltrer dans le bercail catholique cette doctrine moderniste, s’efforçant de concilier la fidélité à l'Eglise avec une indé ndance d'esprit aussi absolue que celle de n'importe quel librenseur, POest alors que de pauvres âmes, troublées par les objections anti. chrétiennes, consultant des théologiens et des exégètes renommés, en reçurent des réponses étrangement rassurautes, Ils avaient exposé leur crainte de venir, dans leur pensée, en contradiction avec un texte de l’Ecriture ou une définition de l’Eglise. Ils apprenaient que leur crainte était puérile,que leurs doutes n'étaient pas des doutes. Ils ne pouvaient disaient-ils, croire à l'inspiration immédiate du texte biblique. La belle affaire! Maisils ne savaient donc pas que la Révélation ne : arantissait nucnne philosophie, aucune science, aucune doctrine, que les textes étaient de purs symboles ? ls ne pouvaient se soumettre au magistère de l'Eglise ! Mais pouvai- 1t-ils refuser de voir en lui une direction, une institution rotectrice de la Révélation? Ils avaient grande difficulté À croire l’Incarnation, à l'Eucharistie, À la Confession ! Soit | mais quelle difficulté pouvaient-ils avoir À considérer le Crucifix comme le symbole du plus haut idéal, et Jésus comme le plus ait des hommes? Quelle difficulté à entendre la messe avec e déeir et l'intention d'offrir leur vie en union avec le sacrifice volontaire, continuel, universel du Christ mystique, c’est-à-dire de l’ensemble des hommes qui de tout temps, dans tous les âges, dans toutes les races et dans toutes les reli gions, ont travaillé, ont combattu sans trève pour un noble but, pour Dieu, pour la vérité, pour la justice, pour la Rédemption de l’homme ? Quelle difiiculté à considérer dans le prêtre au con‘ssionnal ce qu’il est directement, le représentant de cette sociéi .: 1 bons, en qui Dieu se révèle, contre qui nous avons péché, .… a:ec qui nous voudrions nous réconcilier, au lieu d’y con ‘tirer un représentant officiel de Dieu ? Est-ce que de pareilles vérités peuvent être une contrainte pour l'esprit ? Est-ce qu’elles RÉ ae pas de tout enseignement et de tout règlement ecclésiastiques, voire de tout texte sacré ? D’autre part, ne sont-elles pas les seules essentielles ? Que sont les textes scripturaires et les formules dogmatiques sinon la représentation intellectuelle de ces sentiments mystiqes, représentation construite avec des matériaux précaires, dont il n’y a pas lieu de s'inquiéter aujourd’hui, s'ils
cessent d’être utilisables, c’est-à-dire d'être des instruments de ps . moyens de mener une vie plus religieuse et plus spirie
Que l’homme moderne conserve à l'égard de l'Eglise et de sa hiérarchie une attitude déférente ! Après tout elle est une institution bienfaisante ; par ses décisions protectrices de la Révélation elle nous transmet les expériences primitives des chrétiens ; elle nous instruit sur la mentalité des différents âges par les défpitions de ses Conciles et de ses Papes ; elle est un trait d’uuion entre les membres d’un même corps mystique, par la profession des formules et la célébration des rites sh impose à tous. Oui, les pionniers du progrès moral et religieux de l’humanité sont déférents
autant que le permettent la conscience et la sincérité, vis-à-vis des interprètes officiels de la penete de l’Eglise ; mais ils doivent cependant sterpelter
catholique, c'est-à-dire la pensée du Christ. C'est lui, ajoutent-ils, c'est le Christ, qui
otre expérience religieuse étant le sens des relations ynamiques, qui relient notre esprit à l'esprit universel, nous donne un critère pratique, en vertu duquel nous pouvons écarter toute théorie incompatible avec cette expérience. (Quarterly Review, oct. 1905, cité par J. Lebreton, 4bid.).
Forts de semblables trouvailles, nos modernistes ne rougissent lus de l’Eglise ni de sa doctrine, Ils se présentent je front haut, evant les savants de toute opinion. Que ceux-ci ne s’avisent
“etes leur objecter les lisières humiliantes de l’Ecriture, de la
ition ou du Magistère ecclésiastique ! Ils ne connaissent donc pas la nouvelle apologétique ! Ils ignorent donc quelle transformation fondamentale elle a subie ? Ils ignorent donc la mé-
1— Cf. G. Tyrrell: Lettre à un professeur d'Université.
« Si le germe primitif suffit à votre vie, vous pouvez vous dispenser du développement, surtout s’il vous choque et vous entrave », —: Si vous êtes aussi bon catholique que Simon-Pierre, je ne vois pas pourquoi vous mettriez en doute votre loyauté à l'égard de son successeur. Après tout l'Eglise visible (différente en oela de l'Eglise invisible) n’est qu’un moyen, une voie, une créature, dont il faut se servir dans la mesure où elle est utile, qu’il faut laisser de oôté, quand elle devient un embarras »,
Pr ro et {la religion elle-même, n'ont d'autre valeur qu'une valeur
thcce désormais en vigueur! C’est une méthode qui tire sa force noi d'en haut, maïs d’en bas, non des documents sacrés, écrits ou parléa, mais des sources psychologiques et exclusivement scientifiques. Les modernes champions du catholicisme défendent encor: l'Eglise, sans doute, mais ce n’est pas sur les données des
ie Fa nts, ni sur les histoires, écrites sous œ des
miles ru-thodes : c’est sur une histoire réelle, rédigée à ia re ‘le+ principes modernes, et selon toute la rigueur des mé- 0 \'iu0'lcFnes,..., Le ue s'ucharnent pas à conserver intact le dépôt de la foi, tel 4 : luten lent les Tres, les Conciles et les Papes! Non! non! aura ‘rserable Tistorique, dogmatique, liturgique, qui constitue dress 9° ue ur hui, ils concèdent velontirsen/il 8e renecntrée nombre cuoses, dont on pourrait s’offenser, nombre l'err ui « 'e vntradictions dans le dogme (ce qui ne les oftusqé pas, . ii là, ce qu’ils trouvent tout naturel—errare humanun est—\ : 1bre d’affirmations fausses dans les Livres Saints,
ce qui #’expiique aisément vu que ces Livres ne traitent que de religion et de morale, non d’histoire et de science ; que l’histoire y sert seulement
d’involucre, où les expériences religieuses et morales s'enveloppent pour pénétrer plus facilement dans les masses. Si en eflet les masses n'entendaient pas autrement les choses, il est clair qu'une science et une histoire plus rfaites eussent été d'obstacle, plutôt que de secours. Au surplus, les ivres Saints étant essentiellement religieux, sont par là même nécessairement vivants. Or la vie a sa vérité et sa logique propres, bien différentes de ln vérité et de la logique rationnelles, > 5 autre ordre, savoir: vérité d'adaptation et de proportion soit avec le milieu où se déroule la vie, soit avec la fin où elle tend... (Encyclique).
Tel doit être, en substance, le langage de l’apôtre moderne ui désire réussir. Il lui faut cesser de prêcher des dogmes et es vérités toutes faites : qu’il se contente d'amener l’adversaire
à faire l’expérience de la religion catholique, expérience qui est, nous nous en souvenons, le vrai motif de la foi. Mais cette expérience elle-même, il n’est pas nécessaire qu’elle porte sur tout le bagage théologique des Docteurs scolastiques, non plus que sur les symboles et professions de foi, puisque rien de cela n’entre dans la Révélation proprement dite. Ge qu’il s’agit de faire expérimenter au non-croyant c’est seulement le germe déposé par Jésus dans le christianisme. Ce germe, il faut donc le dégager, le déterminer, puis montrer