‹ Etudes sur le Paris d'autrefois (volume 5)Chapitre 10 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

Douille des suppliciés, il touchait un droit sur es boutiques environnant le pilori, un droit (parfois une tête de cochon) pour chaque exécution faite sur le territoire d'un monastère, une redevance annuelle de cinq pains & cinq bouteilles de vin sur l'abbaye de Saint-Martindes-Champs. Le total de ces diverses rétributions constituait une source de revenus assez rondelette, qui finit par atténuer quelque peu le préjugé populaire contre ce personnage.

En 1418, le bourreau Capeluche, alors capitaine de la milice bourgeoise, vint en cette qualité toucher la main du duc de Bourgogne à son entrée solennelle avec la reine Isabeau. En outre, la populace lui attribuait l'expérience pratique de certaines maladies contre lesquelles le mire restait impuissant, & allait lui acheter à haut prix de la graisse de pendu, qui passait pour une merveilleuse panacée.

L'exécution était précédée de X amende honorable: simple, elle se passait dans la Chambre du conseil où le condamné, nu-tête & à genoux, reconnaissait que « faussement il avoit di6l ou faift quelque chose contre l'autorité du roy ou l'honneur de quelqu'un, & en demandoit

pardon à Dieu, au roy & à justice y) y publique ^ elle obligeait le condamné, pieds nus, en chemise, la corde au cou & suivi du bourreau, à porter un cierge jusqu'à la porte d'une église, où il s'agenouillait pour répéter la même formule.

Les supplices étaient infiniment variés : au xvf siècle, le criminaliste flamand Damhoudere en énumérait jusqu'à treize sortes. « Bruslez, dit Rabelais, tenaillez, cisaillez, noyez, pendez, empalez, espaultrez, desmembrez, exenterez (arrachez les entrailles), découpez, fricassez', grisiez, tronçonnez, crucifiez, bouillez, escarbouillezj escartelez, debesillez (cassez les bras), dehinguandez (cassez les reins), carbonnadez ces meschans. »

Quand un malheureux devait être ars^ on érigeait au lieu désigné un poteau autour duquel on élevait jusqu'à hauteur -d'homme un bûcher composé de paille & de boisj on avait soin de ménager un espace libre devant le poteau pour placer le patient & un passage pour l'y conduire. Revêtu d'une chemise souffi-ée, lié de cordes & de chaînes, il était conduit au poteau 5 le passage une fois comblé avec de

la paille & des fagots, on mettait le feu de tous les côtés à la fois.

« Aujourd'hui lundi 6 (juillet), on a brûle en place dé Grève, publiquement, à 5 heures du soir, deux ouvriers âgés de dix-huit & vingtcinq ans, que le guet a trouvés en flagrant délit dans les rues le soir, commettant le crime de sodomie. On a cru que la peine avait été commuée à cause de Tindécence de ces sortes d'exemples, qui apprennent à bien de la jeunesse ce qu'elle ne sait pas. Bref, l'exécution a été faite pour faire un exemple. Le feu était composé de sept voies de petit bois, de deux cents de fagots & de paille. Ils ont été attachés à deux poteaux & étranglés auparavant. »

La décollation s'opérait au moyen d'une épée à deux mains, ou glaive de justice. En 1476, le bourreau de Paris toucha 60 s. p.

«pour avoir acheté une grande espée à feuille, & pour avoir faid remetre à poinâ & rabiller la vieille espée qui s'estoit esclatée & ebreschée en faisant la justice de messire Loys de Luxembourg». De bonne heure, le privilège de ce suppuce fut réservé à la noblesse : ainsi fut exécuté, lors de l'insurreélion Cabochienne,

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