ABUS
Si très fort a effé cajié
^^uil ne tient ne a chau, ne a sable.
Employez Corruption de préférence : où donc la chercher.'^
Mais au Valais, a la Grant salle,
Ceit le lieu où plus a fiance.
TienJroit-elle point audience
Avec les chapperons fourre^
Dieu! que par eulx sont maint^fol^rai<7 (')
Sans rasoir, sans eau d^ sans pigne.
tO Rasés.
-«•( 99 )•«— C'est encore aux basochiens que nous pouvons attribuer la farce de MalBre Patelin, qui remonte soit à la fin du xiv* siècle, soit au XV* : tant de traits dénotent une vieille habitude des mœurs judiciaires, tant d'observations ne peuvent être le fait que de légistes de profession! C'est une satire dirigée par les clercs du Palais contre des individus qu'ils voyaient journellement, qui vivaient au milieu d'eux 5 Patelin était le type de ces pauvres diables d'avocats véreux qui, dès les premiers temps du Parlement, s'abattirent sur le Palais pour rançonner le client inexpérimenté ou sans défense.
Nous avons rappelé la monBre ou revue des clercs : la plantation du mai était l'autre grande fête annuelle de la communauté, remontant presque aussi haut qu'elle même, au xiv" siècle. Le chanceher qui avait, depuis le milieu du XVI* siècle, remplacé le roi, présentait au Parlement une demande presque toujours accordée. La solennité était tellement entrée dans les mœurs qu'il n'eût pas fallu moins qu'un cas exceptionnel, comme il se présenta en 1589,
•( lOO )* « i ■
«vu les txoubles & la calamité du temps» , pour en interrompre le retour. Un arrêt de juin 1541 autorisa même le receveur des amendes, Nie.
Hardy, «a payer, bailler & délivrer aux trésoriers & receveurs généraux du royaume de Basoche la somme de 60 1. pour avoir fait exécuter & jouer sur la table de marbre deux criz, l'un aux Roys, & l'autre à la my-caresme, 6i au mois de may dernier fait venir & planter les mays». Les détails de la cérémonie étaient réglés par les trésoriers. En mai, ils s'entendaient avec les tambours, trompettes & violons, avec le gantier pour la fourniture des gants, & le mercier pour celle des livrées, tantôt bleues & blanches, tantôt bleues & jaunes. Après avoir obtenu du maître des eaux & forêts promesse de livraison de deux arbres pour /f plafit du may, ils prévenaient la Basoche du jour où l'on irait marquer les arbres dans le bois de Bondy ou de Livry : en général un dimanche de la fin de mai. Le jour venu, le chancelier avec sa troupe se trouvait dans la cour du Palais 5 à sept heures du matin le cortège en grand uniforme & précédé du drapeau de la communauté, don de la reine Anne
--«•( lOI )«<^ —
d'Autriche, se mettait en marche, aux sons de la musique, pour la foret, où remise lui était faite des deux arbres. L'avocat général des clercs prononçait une harangue, puis on dînait sur place. Au retour, le chancelier & ses dignitaires rendaient visite aux présidents, procureur général & avocat général du Parlement j trois jours durant, ils donnaient des aubades dans la Salle du Palais en l'honneur de ces messieurs 5 le samedi suivant, au bruit des fanfares, ils plantaient, en remplacement de ceux de l'année précédente, les deux nouveaux arbres, ornés des trois écritoires, armes de la Basoche, de rubans & d'écussons à la date de la fête, au pied du grand escalier, dans la cour d'honneur qui en garda le nom de cour du mai.
Malheureusement ces rassemblements donnèrent lieu plus d'une fois à des excès qui entraînèrent la répression & une restriftion graduelle Be la fête. En 1555, le Parlement défendit aux chancelier, trésorier & suppôts de la Basoche de « planter leur may en armes & assemblées, ains doucement & paisiblement, à peine de s'en prendre à eux ».
Au xviii" siècle, la fête était beaucoup plus calme : les clercs avaient commis dans les forets royales des dégradations à la suite desquelles le Parlement dut réduire le nombre des .participants : ils se réunissaient à cette époque le I*' mai, au nombre d'une trentaine, se promenaient dans Paris à cheval, en armes & en uniforme, &, après les aubades traditionnelles, partaient pour Bondy.
A cette époque aussi, la condition des clercs s'était sensiblement améliorée. L'augmentation des affaires avait chassé l'étude du rez-dechaussée : établie au premier étage, celle-ci montrait une tenue meilleure. Les consultations s'étaient transportées des bancs du Palais dans le cabinet du procureur qui, présent plus souvent, surveillait le travail de son personnel. Les clercs, plus cultivés, commençaient à avoir un extérieur plus avenant, à se plaindre moins de la nourriture & du logement.
Les notaires, dont l'origine, bien modeste encore, remonte aux Romains, apparaissent dans notre pays, dès le vii*" siècle, comme dépositaires ou rédacteurs publics des aftes
prives. Des la création de la prévôté de Paris, au XII* siècle, ils rcssortircnt au Châtclct. Au xiii'' siècle déjà, leur nombre, monté de 60 à 117, parut excessif. Philippe le Bel y pourvut en excluant les plus ignorants & les plus décriés par leur avidité ou leurs mœurs. Mais ces expulsés ne restèrent pas à court d'expédients : ils continuèrent à fonctionner sous main, ce que voyant les conservés obtinrent l'ordonnance de 1317, qui mit fin à l'irrégularité. « Nous ordonnons, disent les Ordonnances du Louvre, que pourvu que^*^ il ha plusieurs notaires moins sufEsans & de mauvaise vie, si comme l'en dit, que s'en enquerra de ce, & osteront les commissaires à ce députez ceulx qui tels seront, & y mettra l'an bonnes personnes, & ceux contre qui les commissaires qui a ce seront députez enquerront, ils les suspendront tout premièrement de leurs offices.» Les notaires se plaignaient que leurs concurrents interlopes leur enlevassent, à force d'intrigues, toutes les affaires, tandis qu'eux-mêmes restaient dans leurs
(') Vu que.
bancs (*^ à attendre les bribes dédaignées par des rivaux sans scrupules.
Au XIV ' siècle, les notaires affichaient un faste excessif : ils avaient des maisons magnifiques, des valets, des meutes, des logis de campagne, & rivalisaient de luxe avec les avocats, Jean le Malingre & Cl. Loiseleur possédaient chacun quatorze maisons dans la Cité.
Le premier était seigneur de Gonesse^ à Paris, le service de sa maison comprenait cinquaiitedeux personnes, serviteurs de tout ordre, aumônier, barbier -étuviste, physicien (médecin) & fraters (garçons chirurgiens). Loiseleur, lui, tenait table ouverte, où il recevait toute la société cultivée, entre autres G. Delorme, organiste des Saints-Innocents, &J.Dumerle, organiste de la Sainte-Chapelle. Comme marguillier de Sainte-Madeleine dans la Cité, il
(^) Chaque notaire avait^ dans la grande salle du Châtelet^ un banc \ son nom. Assez grossier sous saint Louis, ce banc devint plus élégant au siècle suivant, & leurs titulaires rivalisèrent de conceptions artistiques pour attirer la clientèle. Pierre Dormezan fît exécuter sur le dossier de son banc ha Pèche miraculfusej Jehan Gauthier le Furet, La Multiplication des Pains dans le désert, deux fort belles sculptures de ritalicn Rugolini.
traitait, aux grandes fêtes de Tannée, non seulerhent le clergé de la paroisse, mais encore cent cinquante pauvres. Sa femme, Sarah la Tabellionne, fille d'un Juif converti, traversait la ville, montée sur une riche haquenée, précédée d'un page & suivie d'un écuyer éthiopien. Dans les grandes occasions, elle portait sur elle plus de 40,000 ducats de pierreries, de diamants & de bracelets.
Le pouvoir royal voyait de mauvais œil ce faste & l'avidité qui l'alimentait : il établit une taxe sur « ces gros chapperons fourrez ». Le roi Jean les rappela, en outre, à l'observation des dimanches & fêtes religieuses. Ne pouvant paraître ces jours-là au Châtelet, ils tournaient la défense en s'installant dans des locaux voisins : parloirs de couvents, boutiques, salles de cabarets, & dépêchaient dans tout le voisinage leurs plus jeunes clercs avec mission de rahaûre la clientèle : de là le titre de saute-ruipau qui leur est resté jusqu'à nos jours. Ces jeunes chasseurs recevaient, à titre de stimulant, une prime de 6 d. par client. Le notaire Math.
Laisné, neveu du curé de Saint-Barthélémy dans la Cité, & jouissant par suite d'un certain
-->*•( io6 y*-i' -
crédit auprès du personnel de Saint-Lcu, dans la rue Saint-Denis, qui en était une succursale, s'établissait chaque dimanche dans une petite pièce, sous le clocher de cette dernière, & y travaillait aussi librement que chez lui. Il avait un petit clerc dont Taftivité & l'entregent lui amenaient chaque fois de quarante à cinquante clients.
Au XV* siècle, les notaires conquièrent une place grandissante dans la bourgeoisie parisienne par leurs lumières & leur probité : ils prennent part à tous les mouvements publics, sont mêles à toutes les grandes affaires tout comme la magistrature & le barreau : si bien que Charles VI d'abord, puis Louis XIV & Louis XV reconnurent la compatibilité de leur profession avec le privilège de noblesse.
Les bancs ou charges de notaires, conférés gratuitement sous Louis IX ^^^, cessèrent de
^') Cette gratuité n'excluait pas le payement au titulaire de la charge d'une indemnité par son successeur : c'était le pot de vin. De lo k 20 écus d'or (600 a 1,200 francs aujourd'hui) jusqu'au xiv* siècle, il monta jusqu'à 80 écus d'or (15,000 francs) sous Louis XI. La vénalité, introduite par François P', remplaça les gratifications plus ou moins volontaires par un prix d'achat régulièrement débattu. Au
l'être lors de la guerre des Anglais, qui imposa de si pressants besoins d'argent à la royauté 5 François P' en institua définitivement la vénalité. Leur clientèle, qui en déterminait le taux, variait, non suivant le talent ou l'aftivité du titulaire, mais suivant la place qu'occupait son banc. Les douze premiers faisant face à la rivière, ceux du grand & du petit guichet, le banc du crucifix sous le grand Christ de fer, passaient pour les plus achalandés & se payaient en conséquence. Vers la fin du règne de Henri II, les notaires délaissèrent leurs bancs du Châtelet pour ouvrir en ville des étudies où leur ancienne vogue les suivit. Les bancs euxmêmes ne bougèrent pas, portant toujours le nom & l'adresse de leur titulaire. Ils devenaient insensiblement la proie de Toubli, lorsque la populace de la Fronde, dédaigneuse des souvenirs vénérables du passé, envahit le Châtelet & prit son plaisir à les brûler sur le Pont au Change. Stupidement brutale à son ordinaire, elle n'épargna même pas les deux chefs-d'œuvre
XVI* siècle, une charge valait de 12,000 a 18,000 livres (aujourd'hui 40,000 francs), au siècle suivant, de 15,000 à a 20,000 livres, & au xviii", 25,000 & jusqu'à 35,000 livres.
• f»*( io8 )•
de Rugolini, que les étrangers admiraient encore en 1640.
Les barrbares introduisirent dans les Gaules, pour tous les cas d'attentats contre les personnes, la coutume de la vengeance privée, à peine atténuée par le système du rachat ou composition j régime de pur arbitraire. Les Elfahli^ements de saint Louis, le plus ancien code du moyen âge qui nous soit parvenu, fixent une progression régulière dans le système des peines : c'était un certain progrès sur le passé, & quoiqu'il atténuât bien des châtiments, la pénalité en était encore singulièrement rigoureuse. Les faux monnayeurs, les brigands, les meurtriers, les traîtres étaient pendus & leurs corps traînés 5 les voleurs d'églises perdaient les yeux 5 les hérétiques, les sorciers, les femmes adultères étaient brûlés. On coupait l'oreille au voleur pour un cas simple, on perçait la langue avec un fer chaud au blasphémateur. Au point culminant de ce système pénal se dressait la question : préparatoire^ si elle ne devait qu'arracher au prévenu l'aveu de son crime ou la désignation de ses complices 5 préalable, quand
elle précédait comme aggravation de châtiment la peine capitale 5 ordinaire ou extraordinaire , suivant la durée & la rigueur des tortures infligées. Mais, dans tous les cas, le patient devait rester au préalable huit à dix heures sans manger.
A Paris, on pratiqua longtemps la question par Veau, à la fois la plus cruelle & la moins dangereuse. Le patient, étendu sur une table, était immobilisé par des cordes3 puis on lui serrait le nez avec les doigts pour le forcer à avaler en versant lentement dans sa bouche quatre co^uemars d'eau (environ 9 litres) dans la question ordinaire, le double dans la question extraordinaire. L'épreuve terminée, il était détaché « & mené chauffer dans la cuisine » , dit un vieux texte.
Plus tard, on préféra les brodequins, La viélime était assise sur un banc grossier3 après avoir entouré ses jambes de fortes planchettes fixées par des cordes, on faisait entrer à coups de maillet entre les planches séparant les deux jambes quatre coins de bois ou huit, selon les cas 5 une semblable pression faisait parfois éclater les os des jambes.
La question préparatoire était appliquée.
non par le bourreau, mais par le tourmenteur juré, qui faisait la dépense & les apprêts voulus pour l'exécution par le feu, fournissait les échelles du gibet, les chaînes de fer, &c. Apres la question préalable, le condamné passait des mains du tourmenteur juré dans celles du maiSfre des haultes œuvres j le plus infime des officiers de justice. Ses lettres royales de commission étaient enregistrées au Parlement, mais, après les avoir scellées, le chancelier, dit-on, les jetait dédaigneusement sous la table. Le bourreau n'était pas admis à habiter en ville, si ce n'est sur les dépendances immédiates du pilori. En revanche, il jouissait de certains privilèges : le droit de havage, en vertu duquel il prélevait sur toute charge de grain amenée aux Halles la quantité qu'il pouvait prendre avec la main, se servant, à cet effet, d'une cuiller en bois pour garantir les denrées de la souillure de son contaélj le péage du Petit-Pont, des redevances sur les chasse-marée, les vendeurs de harengs, de cresson 5 une amende de 5 s. sur les porcs errant dans les rues^*^. Outre la dé-
^'^ Ce droit subsista jusqu'en 1775.