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jour rcnthousiasme des dévots. La générosité de ces derniers leur permit de bâtir, dans le voisinage de leur vaste établissement, plusieurs maisons d'excellent rapport j mais, observe M. de Sainte-Foix, «ces richesses ne les enorgueillissent pas 5 ils continuent toujours d'envoyer des quêteurs dans les maisons ^^h). En 1612, c'est le noviciat des Jésuites du faubourg Saint-Germain 5 en 1613, les Capucins du faubourg Saint- Jacques 5 en 1628, les Prêtres de la Doélrinc chrétienne au faubourg Saint- Viftor, & les Augustins déchaussés ou Petits-Pères 5 en 1623, les Jacobins du faubourg Saint-Germain 5 puis c'est la congrégation de l'Oratoire, dont les nobles traditions & l'illustration de plusieurs de ses membres lui ont fait une place à part dans l'histoire du clergé régulier 5 ses prêtres ne prononçaient pas de vœux, les règlements leur
^'^ Ils avaient le sens très moderne des affaires &, non contents de mettre k profit la dévotion des fidèles, ils y ajoutèrent encore d'autres sources de revenus. Ils possédaient le secret de deux compositions dont ils firent un commerce lucratif : le blanc des Carmes, qui donnait a la surface des murs le poli du marbre, &: Veau de melifie ou des Carmesi point de petite-maîtresse qui ne portât son flacon d*cau des Carmes.
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laissant autant d'indépendance que le comportait le maintien du bon ordre. « C'est un corps, disait Orner Talon, où tout le monde obéit, & où personne ne commande. » Cette congrégation est toujours restée un foyer de lumières & de bonnes mœurs, & elle a puissamment contribué, dans les temps qui ont précédé la Révolution, au progrès & au bien public.
Le plus illustre, à cette époque, est encore l'ordre des Bénédiâins, leur doyen d'âge à tous 3 fidèle à des traditions de science & de vertu qui remontent à dix siècles, il entreprend, dans la vieille abbaye de Saint-Germain-des- Prés, les grands travaux qui ont consacré pour toujours sa réputation. Au commencement du xvif siècle, cependant, une réforme s'imposait, dont les religieux de la congrégation de Saint- Maur furent l'admirable instrument. Leur arrivée fut une bonne fortune pour la vieille maboii^ & sous le régime nouveau qu'ils y ont introduit : striâe observation de la règle, piété, ardeur au travail, ils inaugurèrent la série de ces œuvres historiques qui ont rendu célèbres, avec l'ordre tout entier, les noms de Mabillon, Montfaucon, Félibien, Lobineau.
A ce moment, dans la seconde moitié du xvii' siècle, le rôle de l'abbaye était bien diminué. Le temps n'était plus où l'abbé, indépendant de révcque, ne relevait, au spirituel, que du papej où sa suzeraineté féodale s'exerçait sur toute la. rive gauche de la Seine, & sa juridiélion, représentée par un nombreux personnel d'officiers de justice, sur le feubourg Saint-Germain } il les perdit sous Louis XIV. L'abbaye, il est vrai, était une des plus riches de France : le trésor de l'église renfermait de précieuses reliques du passé, la châsse de saint Germain, œuvre des grands orfèvres du xiii" siècle, ornée d'or, d'argent, de perles & de pierres précieuses, qui passait pour une merveille de richesse & de goût. Le réfeftoire, du xiii' siècle, était orné d'anciens vitraux. La bibliothèque voisine se développa surtout au début du xviii* siècle : c'était l'une des plus curieuses de Paris par ses trésors bibliographiques & l'une des premières ouvertes au public. Dans l'église, on admirait surtout la chapelle de la Vierge, un bijou de l'architeélc Pierre de Montreuilj le reste des bâtiments conventuels était vaste, mais délabré.
Depuis la dernière réforme, les religieux vivaient dans une pauvreté tout ascétique : le mobilier des cellules comprenait une couchette , une table & une chaise de bois, un prie-Dieu, un bénitier d'étain ou de pierre, un chandelier de fer, une lampe de fer-blanc ou de cuivre, quelques images de dévotion & c'était tout.
Enfin, le maigre était perpétuel, & Ton ne voyait de viande qu'à l'infirmerie.
Si l'aspeft des cellules & de leurs longs corridors froids & silencieux n'avait rien d'attrayant, quel charme, d'autre part, empreint dans l'affabilité & la simplicité presque naïve des moines entre eux, dans la cordialité prévenante de l'accueil fait aux visiteurs du dehors, dans cette urbanité digne ôc grave qui sentait son XVII* siècle dans ce qu'il avait de meilleur. Il n'est pas aisé, après les bouleversements qu'a subis notre société, de se rcprésenfer ce que devait être un milieu pareil, sous l'inspiration de ces savants de premier ordre : d'Achéry, Mabillon, Montfaucon, dont les célèbres travaux d'érudition ont jeté un si grand éclat sur la science française à cette époque. A partir de 1665 & en une quarantaine d'années, Mabillon
public, au prix d'un travail énorme, les (Euvres de saint Bernard, les Vies des saints de l'ordre de saint Benoit, le Traité de Diplomatique, bien connus de tous les érudits. Sous sa robe de bure noire, Mabillon alliait à la modestie & à la pieté du Bénédiftin une science prodigieuse, la traditionnelle indépendance de critique & l'esprit de libre recherche, qui ont donné à cet ordre une place à part. Saint-Germain-des-Prés devint ainsi un rendez -vous intelleftuel, un centre d'études & de consultations où tous les savants sérieux tenaient à honneur d'être admis. Dans ces réunions d'élite, qui se tenaient à l'abbaye le dimanche, « après vespres », on rencontrait Du Gange & Baluze, deux maîtres de l'érudition française : l'un calme, réservé, aimant peu le monde, serviable & toujours prêt à s'effacer 5 l'autre vif, entier, plein d'-cntrain, brusque même, réunissait ses amis à des soupers fort différents des réunions de l'abbaye, du reste profond, sagace & d'une singulière hardiesse d'esprit pour ce temps j d'Herbelot, le fondateur des études orientales en France 5 l'abbé de Longuerue, savant hébraïsant, au reste réputé pour ses bons mots qui le faisaient
un peu redouter & pour la liberté de ses opinions j Renaudot, le petit-fils du fondateur de la Galette de France, & qui, lui-même, parlait dix-sept langues 5 l'abbé Bignon, que Leibnitz appelait (d'illustre M. Bignon, qui fait honneur aux sciences » > Thévenot, le savant voyageur 5 les fircres Anisson, les célèbres libraires de Lyon, originales figures de Mécènes qui, par leurs conseils & leurs offres, suscitaient la publication d'ouvrages nouveaux 5 & Ménage, le grammairien, & Pellisson, le correspondant de Leibnitz. Tous avaient un trait commun :
leur passion pour la science du passé, remarquable en un siècle où Fénelon trouvait l'art ogival choquant, & où Boileau faisait remonter la littérature firançaise à Ronsard.
Au dehors, Mabillon correspondait avec tout ce que l'Europe savante comptait d'esprits éminents : abbés des monastères d'Italie, de Suisse &: d'Allemagne, évêques, professeurs d'universités, grands seigneurs, princes régnants eux-mêmes 5 il leur envoyait ou en recevait des informations & des faits nouveaux, des consultations sur des points controversés, des copies même de manuscrits.
Au commencement du xviif siècle , Mabillon mourut, & MontÉaucon continua ses travaux :
physionomie plus vivante, plus colorie que l'humble & pacifique Mabillon, pleine d'originalité avec sa fougue d'ancien cadet & ses saillies gasconnes j enfin un prodigieux travailleur, qui publia des éditions monumentales de saint Athanase, d'Origène, une Paléographie grecque, science entièrement nouvelle, & trouva encore le temps d'apprendre plusieurs langues orientales. « J'employais, écrit -il, treize ou quatorze heures par jour à lire ou à écrire, comme j'ai toujours fait jusqu'à présent. »
En même temps, un esprit nouveau a commencé à pénétrer dans l'enceinte du monastère, y apportant un écho des bruits du dehors. La cellule de Montfaucon continue bien à recevoir ses visiteurs, mais ce ne sont plus les mêmes figures, & qui n'y apportent plus les mêmes idées : le charme discret & un peu grave de l'autre siècle a fait place à une certaine diversité, presque de l'opposition déjà. Prélats & grands seigneurs y frayent avec des professeurs & des savants : Bignon, que nous connaissons déjà, à la conversation si attrayante j le doux
& modeste RoUin , janséniste convaincu jusqu'à la jfin & cependant bien vu de tous 5 Frcret, un des plus grands noms de la science française pour la lucidité presque divinatoire avec laquelle il avait commencé à déchiffrer le problème de nos origines nationales ^ La Gurne de Sainte-Palaye, qui apporta, le premier, un talent singulier & une grande persévérance à étudier les monuments, si dédaignés alors, de la vieille langue du moyen âge , en même temps un homme du monde, avec de l'esprit ëi du meilleur. Des grands seigneurs aussi : le cardinal de Polignac, bel esprit & lettré délicat, jadis un des plus empresses courtisans de Versailles ^^^j & le cardinal de Rohan, prélat mondain & ami du faste plus qu'évcquej le duc & la duchesse du Maine, deux princes du sang qui ont laissé, le premier surtout, une réputation d'esprit & de goût pour toutes les choses de l'intelligence 5 le duc de Coislin & le maréchal d'Estrees, deux érudits en même temps qu'hommes d'esprit 5 & le duc de Saint-
^^^ D'après Saint-Simon, c'est lui qui se fit une réputation pour avoir dit un jour au roi que a la pluie de Marly ne mouille pas ».
Aignan, & le maréchal de Noailles, & Saint- Simon lui-même 5 des gens de robe, les présidents Mole & de Lamoignon.-Dans ces relations entre gens de conditions différentes, insensiblement les barrières tendent à s'abaisser & les rapports à acquérir plus d'abandon.
Les étrangers de passage à Paris ne manquaient pas dans ce cercle ^ la circulation commençait à 'devenir plus aftive, les voyageurs devenaient plus nombreux & l'élément international donnait déjà à la société de l'abbaye une physionomie sui generis, « Il n'est point dans Paris, écrit le voyageur Jordan ^^^, de couvent où les étrangers trouvent plus de plaisir que dans l'abbaye de Saint -Germain -des - Présj tout y respire la science & la politesse. L'étranger n'y voit rien qui le choque. Ici le religieux est occupé à l'étude & fait du travail son principal plaisir. Cette maison renferme d'ailleurs les plus savants hommes de France, qui consacrent toute leur étude au bien de l'Église & de l'État. » Dans sa visite à Mont-
(') Voir son HiHoire d'un voyage littéraire fait en ij^^ en France, en Angleterre cJ>* en Hollande, L'auteur était un Allemand issu de Français réfugiés en 1685.
faucon, il le trouva « enfoncé dans la leâure de vieux manuscrits grecs nouvellement arrives. C'est un vieillard oftogénaire, plein de politesse & d'honnêteté, d'une humeur douce & gaie ».
Dans l'intérieur même du monastère, des symptômes se manifestaient des mœurs nouvelles. Apres une succession d'abbés mondains, mais de mœurs douces & exerçant l'autorité la plus indulgente, le cardinal de Bissy venait de mourir : c'était en 1 737, & Ton ne savait quel successeur lui désigner. « M. le comte de Clermont, prince du sang, écrit à ce sujet dans son journal l'avocat Barbier, voudrait attraper le morceau, mais pour cela il faudrait réellement prendre l'état ecclésiastique & n'être pas en habit galonné & en épée. Les moines n'aimeraient pas un abbé dans leur palais qui serait journellement occupé par M"* Camargo, ci-devant danseuse de l'Opéra, & par des compagnies assortissantes. » Au scandale de tous, ce fut bien le comte « qui attrapa le morceau ». Destiné des l'enfance aux grandes dignités de l'Église, il avait été tonsuré à l'âge de neuf ans & pourvu de riches bénéfices 5 homme d'esprit.
mais sans aucune vertu ecclésiastique, il scandalisait, par ses désordres, le Paris de son temps. «Monsieur le comte de Clermont, continue Barbier, ne mène pas une conduite bien régulière. Il est abbé & jouit de plus de deux cent mille livres ^^î de revenu. Il est sans épée, mais les cheveux en bourse & en habit brodé & galonné. Il doit deux millions dans Paris & change tous les jours de maîtresse. » Avec les revenus de Saint-Germain-des-Prés, l'illustre abbaye qui remontait presque aussi haut que la monarchie, le nouvel abbé allait défrayer le luxe de M"" Leduc, sa nouvelle passion. Du moins avait-il eu la discrétion de s'installer seul dans le logis abbatial de Saint-Germain 5 mais, durant trente-quatre ans qu'il garda sa dignité, il n'y résida que le moins possible, recevant ses religieux le matin, soit à la Groix-de-Berny, makon des champs de l'abbaye, soit au logis abbatial, soit à l'hôtel de M"* Leduc, rue de Richelieu.
Ce prince du sang était, à l'un des premiers rangs de la société, le type de ces Mes du
^^} Exaâement 271,000 livres.
xviu* siècle, viveurs spirituels mais débauches, tels que Chaulieu & Voisenon, qui achevèrent de discréditer l'Église aux yeux d'un monde déjà peu porté à la dévotion. Quand il y avait beaucoup d'enfants dans une femille, on en destinait un à l' Église j peu ou point engagé dans les ordres, il portait un petit chapeau à cornes, un habit ou petit collet noir, brun ou violet, les cheveux coupés en rond : ainsi paré, il se faisait appeler monsieur Fabbé^^\ Les plus favorisés étaient ceux qui parvenaient à obtenir un riche bénéfice en commende. Pas de sort plus heureux que celui, d'un riche prieur ou d'un abbé commendataire ,: il avait de la considération, de l'argent, point de supérieurs & rien à faire. Tel était le comte de Clermont. A un rang bien inférieur, un autre abbé avait, bien des années auparavant, laissé, lui aussi, à la grave maison un souvenir peu orthodoxe.
('^ On rencontrait cts petits abbes partout o\x ils n'-avaicnt que faire : au bal, k la comédie. Leur exquise politesse, leur élégance les mirent k la mode & leur ouvrirent l'entrée des meilleures maisons où, grâce k quelque esprit, parfois un certain talent pour les petits vers galante, beaucoup d'entre eux vivaient dans le parasitisme, les intrigues ou même des complaisances inavouables.
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C'était cri 1720 qu'un jeune prêtre du nom de Prévost arrivait à Saint-Germain-des-Prés, venant d'Évreux, où il avait prêché le carême, sur la renommée des grands travaux auxquels il désirait prendre part. Son ardeur fut de courte durée : le nouveau religieux ne subissait qu'à grand' peine la règle avec ses obligations, & trouvait le repos du cloître fastidieux. Dom Prévost chercha une diversion à son ennui dans le récit des aventures d'une e^çistence singulièrement mouvementée. Ses confrères l'écoutaient avec un sourire étonné. Il prit patience durant quelques années, puis obtint son transfert dans un ordre moins sévère & en profita pour s'enfuir en Hollande. C'est là qu'il publia son premier roman, les Mémoires d'un homme de qualité, ou VHiffoire de Manon Lescaut.
La nomination du comte de Clermont, la main mise par la cour sur le patrimoine de l'Église pour doter ses favoris, Ànt mirtc âêfà !a décadence prochaine. Les opinions de l'époque commencent à gagner les esprits jusque dans la pieuse enceinte. Sans doute les bons ouvriers ne manquent pas plus qu'autrefois, & les travaux de premier ordre se poursuivent toujours.
mais on travaille de préférence isolément :
Saint -Germain -des -Prés n'est presque plus qu'une association de vieux garçons retirés dans une habitation commune, & plus d'un moine finit par n'avoir guère du religieux que la robe 5 le savant prédomine tellement en lui que le public éclairé se demande pourquoi il porte encore ce costume, & parfois il se pose luimême cette questioir. Après avoir tenu une place considérable dans l'histoire de la science française , la vieille abbaye recule graduellement & s'enfonce dans l'ombre avant de disparaître tout à fait. Le même eifacement se retrouve dans les autres maisons, absorbées par des dissensions intérieures, souvent par les soins les plus mesquins, & la commission, nommée après la dissolution de la compagnie de Jésus pour restreindre le nombre des monastères, est assurée de répondre au sentiment public en supprimant les Célestins, les Servites, etc. Les ordres religieux ont terminé leur rôle bien avant 1789.