‹ Études sur le PéloponèseChapitre 1 sur 66 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DU CARACTEEE SPARTIATE.

Les races conquérantes et les constitutions militaires répugnent par leur nature aux délicatesses de la civilisation. Les plaisiis de l'intelligence et du goût trouvent difficilement leur place dans une cité qui ressemble à un camp. On dirait que les peuples, comme les particuliers , ont devant eux des routes différentes : ils ne peuvent en préférer une et s'y engager sans s'éloigner des autres. C'esl pour cela que l'opinion prête toujours à l'esprit

2 L'ART A SPARTK.

'militaire quelque chose d'austère, d'élroit, de rude, qui est moins l'ignorance que le dédain des belles choses et des jouissancesqu'elles procurent. II y a longtemps que le sage Homère a personnifié cet antagonisme de la foice et de la science, du génie de la guerre et du génie des arts , en mettant aux prises Mars et Minerve*. L'histoire a justifié par un grand exemple l'allégorie du poëte : Rome conquérante repousse les lettres et les arts, et les étouffe chez ses nouveaux sujets^; le jour où elle se laisse séduire à leur charme, c'en est fait des vertus romaines.

Sparte, bien plus encore que Rome, a présenté au monde l'idéal d'une cité guerrière. L'enfant qui ne promet pas un guerrier vigoureux est condamné à mort dès sa naissance : tant la vie des citoyens est jugée inutile, si elle ne peut être consacrée aux combats. L'Etat décharge les particuliers de tous leurs soucis : il élève leurs enfants, dresse pour eux des tables communes; il leur interdit la culture des terres, l'industrie, le commerce, le travail en un mot, comme pour supprimer l'ambition et l'avarice. La patrie réclame en échange toutes les heures, toutes les pensées de ceux dont elle brise^les liens les plus naturels pour se les

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[lliad., XX, V. 69.) ' Notamment en Ktnirie.

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