LE LADON
pastorales, ignorants des guerres, des arts delà civilisation, oubliés du monde qu'ils oubliaient , de la gloire dont ils ne savaient pas le nom, mais heureux et comblés des bienfaits de la nature.
Quand chaque fleuve a une histoire poétique, une fable attachée à son nom, le Ladon, si digne d'inspirer l'imagination populaire, ne peut manquer d'avoir la sienne. Elle est touchante, et sert d'introduction à l'histoire si célèbre d'Apollon et de Daphné. Les Aicadiens semblent s'être approprié toutes les fables de la Grèce, ou plutôt ils semblent les avoir conservées intactes et primitives. Il n'y avait point de poètes chez eux poulies arranger selon certaines conventions et constituer un domaine quelque peu banal, où l'art se substitue à la naïveté.
Daphné était une jeune Arcadienne qui vivait aux bords du Ladon', célèbre par sa beauté et son aversion pour les hommes. Leucippe, fils d'OEnomaiïs et frère d'Hippodamie, devint amoureux d'elle, et imagina cette ruse pour l'approcher et lui plaire : il laissa croître ses cheveux, les tressa comme une jeune fille, se revêtit d'une robe de femme, et se mêla aux chasses de Daphné et aux jeux desescompagnes.il avait réussi à luiinspirer
' P.ius., Arcad., XX. Dan^^ un aiitir livre , l'ausanias dit inènic ([uc Dapliné était lillc 'In Ladun.
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l'amilié la plus vive : mais Apollon, lival terrible, troubla ces heureuses amours. Un jour, il inspira aux compagnes de Dapliné le désir de se baigner dans les belles eaux du Ladon : Leucippe, (jui s'y refusait , fui dépouillé de ses vêlements, sa ruse découverte, et les jeunes vierges, animées par le dieu, le percèrent de leurs flèches.
Le Ladon a plusieurs sources, ou plutôt, si l'on trr croit les anciens et la vraisemblance, il n'en ;i (pi'une, qui est le lac de Phénée. Les eaux du lac se perdent dans des gouflres souterrains, et reparaissent dans le pays de (Jitor- par- plusierns ouvertures, qui sont appelées Sources du Ladon. La plus considérable est au-dessous de Lykouria.
Il semble que ce petit fleuve porte avec lui la puissance fécondante et le charme (pd se répand sur toute la contrée. A peine a-t-oii passé sa source, c|ue l'Ârcadie reprend son caractère le plus général, sa nature sévèr-e quoique riche, ses montagnes accumulées, ses ravins, ses torrents. Lvkouria est située sur le flanc occidental du mont Scialhis, cachée dans un de ses plis, dans un vallon fertile qui semble égaré au milieu des rochers. Elle séparait le territoire de Clilordu territoire de Phénée : c'est tout ce (jue rrous savons sur ce lieu cpii ne dut jamais être iurpor larrt, car- la terre ne suffit qu'à un [)etit norrd)re d'habitarris. Le nom est encore le ménrtî aujourd'hui.
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L'ascension du Sciathis est longue el pénible; mais, en s'enfonçanl sous les grands sapins (|ui le couvrent, en trouvant ces ombres, ce silence, celle majesté des forets du nord, en apercevant sur la droite le pic le plus élevé que la neige couvre encore à la fin de mai, on oublie la fatigue, el l'on se detnande comment un pays aussi pelil (|ue l'Arcadie peut réunir des contrastes aussi violciiis, non-seulement de vue el de paysage, mais de lois naturelles et de climat. Ces réflexions prennent une bien autre force, au moment où le sommet du Sciatliis et la dernière ligne de sapins ont été atteints, et lorscpie s'offre soudain à la vue le lac de Phénée.
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