HISTOIRE DES ÉLÉENS
dont les fonctions étaient à vie ; Aristote en fait mention.
L'histoire des Éléens ne devint celle de toute l'Elide qu'après la destruction de Pise. La rivalité des deux villes est célèbre, et, pour la suivre, il faut remonter plusieurs siècles.
Œnomaûs est le premier roi de Pise qui nous soit connu. Il était contemporain d'Épéus, roi des Éléens. Tout le monde sait comment Pélops conquit sa fille et son trône ; mais ce qu'il faut remarquer surtout, c'est que Pélops, fils de Tantale, chassé de la Lydie par Uns, était venu en Grèce avec de grandes richesses pour lever des troupes et reconquérir ses États. Il avait réuni une armée d'Achéens en Thessalie, puis était passé dans le Péloponnèse pour augmenter ses forces. Mais, trouvant un royaume tout prêt, il oublia sa patrie et ses projets, et s'établit en Élide avec les Achéens qui l'avaient suivi. Par conséquent, il est probable que l'hostilité de race, autant que le désir de présider aux jeux Olympiques, rendit plus acharnée la lutte des deux villes.
Les enfants de Pélops, grâce aux richesses de leur père, trouvèrent des trônes dans le Péloponnèse : ainsi Pitthée, Trœzen, Atrée, Thyeste; mais on ne sait pas quel fut son successeur
dans le petit royaume de Pise, qui pendant plusieurs siècles resta enseveli dans l'oubli.
Pausanias cite un certain Pantaléon^ qui, dans la 34* olympiade, s'empara de la tyrannie et la transmit à ses fils Démophon et Pyrrhueu Sous ce dernier, Pise fut vaincue et détruite, et il semble qu'elle ait tout fait pour s'attirer ce désastre, en bravant à plaisir les Eléens. Dès la 8® olympiade, les Piséens avaient appelé Phidon d'Argos, le plus violent des tyrans de la Grèce, et présidé les jeux avec lui. Dans la 34®, Pantaléon rassembla une armée chez les peuples voisins, et assura une seconde fois à son peuple une préséance qui devait lui être fatale. Les Eléens se montrèrent pourtant modérés, malgré la puissante alliance des Lacédémoniens. Car, dans la 48® olympiade, inquiets des armements de leurs ennemis, ils avaient pris les devants et envahi leur territoire. Mais ils se laissèrent toucher par les prières et les promesses de Démophon, et seize femmes choisies dans chacune des seize villes de l'Élide arrangèrent le différend à l'amiable. Leur indulgence fut mal reconnue. Sous le règne de Pyrrhus, les Piséens leur déclarèrent la guerre de leur propre mouvement, et soulevèrent contre eux les villes de la Triphylie. Ils furent vaincus, leur ville détruite, et ils allèrent
HISTOIRE DBS ÉLÉENS. 197
chercher un asile en Étrurie, où Pise leur dut yraisemblablement sa fondation et son nom»
Dès lors, les Éléens, maîtres de toute l'Élide, se livrèrent entièrement à la paix, à l'agriculture et à la célébration des fêtes solennelles qui attiraient toute la Grèce. Pendant longtemps, ce caractère pacifique et sacré de l'Elide fut reconnu si sincèrement par le reste des Grecs , que les troupes étrangères déposaient leurs armes en entrant sur le territoire consacré à Jupiter ; les Eléens ne les leur rendaient qu'à la frontière. L'invasion des Perses les tira de ce calme profond, et ils coururent s'unir aux défenseurs de la commune patrie. Les Lacédémoniens, leurs anciens alliés, qui auraient voulu armer le monde entier contre Athènes, les forcèrent de se mêler aux sanglantes agitations de la Grèce et de les suivre en Attique. H est vrai que cette violence tourna bientôt contre eux : les Éléens, impatients de secouer leur joug, se liguèrent avec les Arcadiens, les Argiens et les Athéniens. Et même, lorsqu'Agis envahit l'Élide, ils le battirent à Olympie et le chassèrent de l'enceinte du temple où il avait osé engager le combat.
Agis avait entrepris cette expédition, disait-il, pour venger Lycds, athlète lacédémonien que les Hellanodices avaient fait frapper de verges.
198 ÉLTDE.
Comme les Éléens avaient exclu les Lacédémoniens des jeux, il s'était donné pour Thébain ; la sévérité avec laquelle cette supercherie fut punie prouve avec quelle autorité les Éléens maintenaient leurs privilèges contre les plus puissants États.
Mais l'âge d'or de l'Élide ne devait plus renaître. Affaiblis par des divisions intestines, dont les causes et les détails sont ignorés, ils subirent l'alliance de Philippe, roi de Macédoine ; et , si leur patriotisme refusa de combattre avec lui à Chéronée, leur haine contre Lacédémone les poussa à le suivre dans son invasion en Laconie. Après la mort d'Alexandre, ils s'unirent aux Grecs contre Antipater.
Leur fin fut obscure, et la domination romaine les trouva prêts pour la servitude. Peut-être cette période de leur histoire fut-elle la plus heureuse, sinon la plus honorable. Ils retrouvèrent forcément cette paix intérieure et extérieure qu'ils avaient depuis longtemps oubliée. Leurs fêtes et leurs pompes leur restaient, occupations qui ressemblaient à la vie politique, source de richesse, sacerdoce que les Romains eux-mêmes continuèrent de respecter.