‹ Études sur le PéloponnèseChapitre 30 sur 40 · Av6[a]; 'AXf;av5pow · texte numérisé non relu

Av6[a]; 'AXf;av5pow

Ligne F". — La couronne, les bandelettes^ les lettres , toute la tête de l'inscription sont dans un état de conversation tel, qu'aucune confusion n'est possible. Il y a bien AtopUpcc. C'est un exemple curieux d'une des particularités du dialecte éléen.

a Les Erétriens, » dit Strabon, « avaient reçu c( une colonie de l'Élide ; c'est pourquoi ils émet ploient fréquenmient la lettre f , non-seulement <c à la fin des mots , mais au milieu : usage que « raille la comédie. »

Dans une inscription très-ancienne, trouvée à Olympie par M. Gell, on voit, en effet, le f substitué au 9 & la fin des mots les plus usuels , de l'article , de l'enclitique, toïp pour toI:, Ttp pour

Déplus , on trouve dans Pausanias un exemple du ^ à la place du <r au milieu du mot. Au lieu de donner & Apollon le surnom de ThesmioSj comme les Athéniens, les Éléens l'appelaient Thermios. De même, ils disaient ôépfAa pour ôéifAot.

Ligne 2. — Mst* IxE/eCpoo a le même sens que plus haut, avec la trêve, à V arrivée de la trêve, au commencement de la trêve sacrée, qui a suivi l'olympiade...

Il est assez singulier, que , dans trois inscriptions, nous ayons les trois manières différentes

de compter le temps. Dans la première^ la date est fixée par Folympiade qui suit; dans la seconde, par Folympiade qui court; dans la troisième , par Folympiade qui précède : le futur, le présent , le passé.

La durée du sacerdoce se prêtait, en effet, à ces variations. Archélaûs, par exemple, entrait en charge après la 255" olympiade, exerçait ses fonctions pendant la 256®, les quittait à Farrivée de la 257®. Il est clair qu'avec ces trois termes et différentes prépositions on peut imaginer plusieurs combinaisons chronologiques, qui toutes arrivent au même résultat.

Quant & la date perdue de cette troisième inscription , il est probable qu'elle est un peu antérieure aux deux précédentes; mais il ne faut pas remonter beaucoup plus haut que la première. Car les caractères offrent une ressemblance complète : ce sont les mêmes M, les mêmes €, les mêmes C. D'im autre côté, ce qui me ferait olasser cette table sacrée avant les deux autres, c'est la rareté des noms et surnoms romains.

Lignes 4-8. — Le nombre des théocoles, comme celui des spondophores, comme celui des ^Ttiffitovoop/Ti<xTa(, est encore de trois. Evidemment c'est une loi, et non plus un hasard, qui se rencontre

aussi constamment. Titus Flavius Damaristus est peut-être le grand-père ou le grand-oncle de Titus Flavius Archélaûs. Titus Flavius Narcissus, le ypatxfxaTeuç, appartient à la même famille.

Lignes 12-15. — L'absence de devins iamides ne peut s'expliquer que par des naissances tardives et des morts prématurées : de sorte que , pendant plusieurs années , cette famille ne pouvait fournir aucuns devins aux autels d'Olympie : les pères étaient morts, les fils trop jeunes : on attendait.

Lignes 16 et 17. — Le Yp«f^î^«'p8*'^Ç> au lieu de venir le dernier, comme nous l'avons vu précé- . demment, passe avant le musicien et les enfants. Il doit probablement cette légère prérogative au lien de parenté qui l'unit à l'un des trois grands prêtres.

Lignes 20-24. — Cette fois, les licKTwovSopxv <rca( ne sont pas les fils des théocoles, mais leurs petits-fils. Le seul Niger, comme Damaristus n'avait pas d'enfants, était entouré dans les cérémonies saintes par quatre membres de sa famille, Sophon et Posidippe ses fils, et ses petits-fils Syntrophus et Aristonicus.

Deux lettres manquent au nom de Syntrophus; le sommet de la première est encore visible et paraît appartenir à un A ou un N. Je ne

LA CITÉ OLMPIQUE. 286

connais pas d'exemple de ce nom dans les inscriptions grecques : mais Syntropkus et Syntropfte sont extrêmement communs dans les inscriptions latines.

Ligne 24. — Le mot incomplet que contient cette ligne ne peut être un nom propre ; car il n'y avait que trois i7ri(T7rov5opy7i^«^ et tous les trois viennent d'être cités. En outre, la terminaison TT^ç indique un nom qualificatif et désigne vraisemblablement les fonctions que remplissait Anthas, fils d'Alexandre.

D'autre part, il est à remarquer que le ïuXcuç ne figure poîat dans cette inscription, et que, d'ordinaire, il occupe l'avant-dernier rang dans les tables sacrées, le dernier par conséquent, lorsque le greffier n'est pas après lui, comme il arrive ici.

De même que nous avons vu appeler les camilles de trois titres différents (Cnto«rov§otpdpoi, ÔTTOffTtovSopyïierTal, lîtiffTrovSopy^ïiarai), il se pourrait que les fonctions de ïuXeuç fussent désignées par plusieurs mots," d'autant que le nom ÇuXeu; (bûcheron) devait paraître bas et peu flatteur pour celui qui le portait.

K]aôïj»i.epo[au]Tr,ç signifierait donc le sacrificateur ordinaire, de chaque jour, celui qui assistait le grand prêtre, et peut-être le remplaçait pour les

sacrifices les moins importants. Bien que ce mot se présente pour la première fois, il n^est pas inadmissible, et les inscriptions nous en ont révélé bien d'autres. Il est composé comme l'adjectif xaÔTjfAepofiioç, et rappelle le mot îepoôuTTjç, qui n'est également connu que par les inscriptions. J'avais présenté jadis cette restitution avec une extrême réserve. Je la maintiens aujourd'hui avec toute confiance, fort de l'approbation d'un des maîtres de la science épigraphique, de M. Le Bas.

Ligne 25. — Le nom du dernier personnage est-il Anthas? La terminaison ac est plus fréquente dans le dialecte dorien, et nous en avons des exemples dans ces inscriptions mêmes : Aphrodas, Sceptas, Sotéridas.

Je résume dans un rapide tableau les faits les plus vraisemblables qui résultent de ces trois inscriptions et des textes qui les éclairent.

Les charges sacrées étaient de deux sor.tes, les unes temporaires, les autres à vie.

Les ministres qui n'exerçaient leurs fonctions que pendant la durée d'une olympiade étaient :

Les trois théocoleSj nommés par le sort ;

Les trais spondophores ,\qvû[^ :S\& ou plus proches parents ;

Les trois hypospondophcres, leurs fils plus jeunes ou petits-fils ;

Les joueurs de Aute, désignés probablement par un concours.

Les ministres à vie étaient :

Les détins j qui appartenaient à deux familles privilégiées, et prenaient possession des autels par droit héréditaire ;

Les exégètes, interprètes des dogmes , gardiens des traditions, dont Télection avait été sans doute déterminée par quelques difficiles épreuves ; mais cette garantie et leur science assuraient la perpétuité de leurs fonctions ;

Le xyleus, ministre subalterne et agent commercial de la communauté ;

Le greffier^ gardien des fastes olympiques , des décrets du sénat, des revenus sacrés.

Ce n'était pas seulement aux grands jours que ces ministres entouraient les autels : ils vivaient à Olympie même, dans la solitude et la retraite, et habitaient le Théocdion. Chaque jour ramenait un nouveau devoir, un nouveau sacrifice, auquel tous étaient tenus d'assister, excepté le greffier et les deux théocoles qui n'étaient pas de service ce mois-là.

C'était naturellement quand les charges temporaires allaient expirer et les charges à vie re- ^«onamencer une nouvelle carrière, au moment où la religion préparait ses plus magnifiques

2SS ÉUDE.

pompes, que Ton gravait sur la pierre les noms de tous ceux qui avaient servi les dieux pendant l'olympiade.

Comme ces trois tables sacrées sont du ui® siècle après Jésus-Christ, on doit Sfe demander si les renseignements qu'elles offrent ont un caractère légitime de généralité ; si la constitution religieuse d'Olympie sous les empereurs est encore la constitution des beaux temps de la Grèce. Sans vouloir rien affirmer, il me semble que dans ces inscriptions tout atteste la plus grande fidélité aux traditions, et les formules, qui appartiennent évidemment & une époque beaucoup plus reculée, et les titres des différents ministres, et l'hérédité des charges dans certaines familles d'origine antique et fabuleuse. La confirmation constante qu'elles rencontrent dans le texte de Pausanias n'est pas non plus sans valeur, bien que Pausanias ne vécût qu'un siècle plus tôt, sous l'empereur Adrien.

Quand la Grèce eut été asservie par les Romains, les jeux d'Olympie perdirent ce caractère de grandeur, d'orgueilleux enthousiasme, que la liberté donne aux fêtes nationales. Mais rien ue prouve que cette décadence fût allée plus loin. Les plaisirs étaient plus nécessaires que jamais aux Grecs, depuis que la vie politique ne les oc-

cmpait plus; les conquérants Tavaient si bien compris que, le lendemain de la ruine de Corînthe, de peur que les jeux Isthmiques ne fassent interrompus , ils chargèrent les Sicyoniens de les faire célébrer.

La Grèce , condamnée au calme sous le joug de ses maîtres , se consola par l'amour des arts, des lettres déchues, par les fêtes. Les Romains, les premiers, concouraient par leur présence à accroître la pompe et l'éclat des jeux Olympiques. Les proconsuls et les magistrats qui gouvernaient la province d'Achaïe, les jeunes Romains quî, selon l'habitude, complétaient en Grèce leur éducation, les voyageurs qui la visitaient, les riches Romains qui venaient y bâtir de tous côtés des palais et des villas, tous ces barbares civilisés savaient applaudir aux vainqueurs d'Olympie, et même y faire disputer le prix en leur nom.

Les Éléens, qui avaient exercé avec tant de zèle et de jalousie leur rôle de pacificateurs, de juges, de maîtres des cérémonies, purent se donner tout entiers à ces soins importants. La main protectrice de Rome était lourde parfois, quand elle enlevait à Olympie quelques centaines de statues pour embellir un palais ou un temple ; et si le Jupiter lui-même échappait à la convoitise de Caligula, c'est que l'on croyait alors qu'il

était impossible de transporter Timmense colosse^ de Phidias. Mais les Eléens avaient anssi des jours de joie et d'orgueil^ quand les empereurs venaient assister à leurs fêtes, quand Néron des* cendait lui-même dans le stade pour j disputer la victoire.

Je ne pense donc pas que les jeux Olympiques eussent rien perdu de leur célébrité, quoiqu'il» eussent perdu leur véritable grandeur. Ce ne fut plus la Grèce libre, mais Tempire romain tout entier qui eut le droit de s'y asseoir. Comment les traditions sacrées n'eussent-elles pas été conservées avec plus de respect encore que les traditions du stade et de l'hippodrome? Elles se continuèrent jusqu'à l'avènement du christianisme. Alors Olympie vit fermer ses temples et renverser ses autels; et, comme si la nouvelle religion avait une force que Rome elle-même n'avait point eue, le Jupiter de Phidias alla orner une place de Constantinople et périr misérablement dans un. incendie*

L'ACHAIE

l'achaÎe.

En quittant les monts Aroaniens et l'Arcadie pour gagner le golfe de Corinthe, on arrive en quelques heures au bord de la mer. Des dernières hauteurs, l'œil embrasse l'ensemble de cette belle vue qui va se dérouler lentement, comme un panorama, à chaque pas sur les cdtes de l'Achaïe, jusqu'à ce qu'elle se revête, à Sicyone, de tout son charme, à Corinthe, de toute sa grandeur. Depuis le promontoire Anti-Ehium, la clef du golfe, jusqu'au promontoire de Junon Acrœa et jusqu'au fond de la mer des Alcyons, apparaît le littoral de la Grèce continentale ; le détroit qui le sépare du Péloponnèse a, par moments, si peu de largeur, qu'on dirait un fleuve , si un fleuve pouvait égaler Tazur et le calme de ses eaux.

292 L'ACHAÏB.

La route aboutit à la mer sur la droite du BuralcuSj petit torrent qui coulait près de la ville de Bura et lui devait son nom. Bura^ moins connue (^Hélice, située quarante stades plus à l'ouest, ftit enveloppée avec elle dans une de ces grandes catastrophes qui consternent, non pas seulement un peuple, mais un siècle entier. C'est le pendant de Pompéi et d'Herculanum.

Hélice était la ville la plus florissante de l'iEigiale, capitale des Ioniens, qui la fondèrent, capitale des rois achéens, quand ils eurent chassé les Ioniens, siège de l'assemblée et du gouvernement républicain , quand la forme démocratique fut substituée à la royauté. Homère , en la nommant, lui donne l'épithète d'«ùp««v, qu'il ne donne qu'aux grandes villes. Bâtie sur le bord de la mer, elle était consacrée au dieu des flots, .et le nom de Neptune Héliconien était en telle vénération qu'il fut transporté par les Ioniens à Milet et à Téos ; Homère en parle plusieurs fois dans ses vers.

« Ainsi mugit le taureau qu'on traîne à l'autel « du dieu Héliconien, » dit-il quelque part. Dans un autre passage, Junon reproche au dieu de ne point voler au secours des Grecs, « qui lui por- « tent à Hélice et à M^m tant d'agréables prête sents )).

L*ACHAJi£. , 298

Je remarque le nom d'^wo^CYotu que lui donne en ce moment sa sœur. Ce fut, en effet cette puissance çui ébranle h terre qu'éprouvèrent les Héliciens : triste récompense de tant de prières et de tant de sacrifices.

Deux ans ayant la bataille de Leuctres , dans rhiver de 373, pendant la nuit, un tremblement de terre renversa de fond en comble la ville d'Hélice ; les eaux de la mer, franchissant leurs li« mites, ensevelirent et les ruines et les habitants de cette malheureuse cité. Neptune n'épargna même pas son temple, et les flots s'élevèrent jusqu'à la cime du bois qui lui était consacré. Dans sa colère, il ne souffrit pas davantage que les cadavres fussent retirés et reçussent la sépulture. Le sol même de la ville s'était abîmé sous les eaux.

Toute l'Achaïe consternée chercha l'explication de ce désastre. Les anciens ne voulaient aux bouleversements terrestres que des causes divines. C'était là toute leur physique. On se rappela que des suppliants avaient été arrachés aux autels et massacrés. D'autres parlaient des refus qu'avaient opposés les Héliciens aux Ioniens d'Asie qui voulaient qu'ils leur cédassent la statue du dieu. Quelques-uns accusaient leur violence à l'égard des députés ioniens qu'ils n'a-

294 L'ACHAÏB.

vaient même pas laissé sacrifier sar Tautel, et dont ils avaient dispersé les offrandes. Elien dit même qu'ils les égcurgèrent dans le temple, de (xmcert avec les habitants de Bnra.

Aussi Bura fut-elle enveloppée dans la même ruine. Tous ses habitants périrent également sous les débriâ de leur patrie, et leurs cadavres ne furent protégés que par la position de la ville sur la montagne. Comment ne pas reconnaître l'éclatante vengeance du dieu? .j^Effium, distante de quarante stades conmie Bura, n'avait pas éprouvé la moindre secousse! Au reste, les avertissements du €iel n'avaient pas manqué; les sources avaient tari ; le soleil s'était montré ou plus rouge que le sang ou voilé de noir ; des feux avaient sillonné le ciel, et la terre avait fait entendre de sourds mugissements I

Le territoire d'Hélice fut réuni à celui d'^gium, qui hérita en même temps de sa prospérité et devint la capitale de l'Achaïe. Quant à Bura, comme un petit nombre de ses habitants avaient survécu, ils fondèrent une seconde fois leur ville anéantie; riches de tant d'héritages, ils firent venir pour l'embellir le marbre du Pentélique, et appelèrent le sculpteur Euclide, Athénien.

Mais le souvenir de cet événement se perpétua pendant des siècles : les matelots montrèrent

toujours la place d'Hélice. Ils faisaient même un grand détour pour ne point se briser contre un Neptune de bronze qui se maintenait à fleur d'eau sur sa base : statue de la Vengeance éternisée. Les Romains en parlaient encore, poètes comme naturalistes :

tt Si quseras Helîcen et Buran, Achaïdos urbes, u Invenîes sub aquîs et adhuc ostendere nautœ fc Inclînata soient cum mœnîbus oppîda mersîs. )>

<i Helicen et Buran, » dit Pline, a in sinu Co- « rintbio, quarum in alto vestigia apparent. »

Mais le poëte et le prosateur se trompent tous les deux ; Bura, située sur une montagne escarpée, à une lieue de la mer, ne pouvait se voir sous les eaux ; de plus, elle avait été reconstruite à son ancienne place. Hélice avait véritablement disparu. Du temps de Pausanias, les ruines se voyaient encore un peu, quoique rongées par l'action de la mer.

Il paraît, du reste, que la colère de Neptune dure encore. Le 23 août 1817, ^gium à son tour (aujourd'hui Vostitza) fut aux deux tiers renversée par un tremblement de terre , et cinq villages, sur le territoire de l'antique Hélice, furent complètement anéantis.

A l'orient de Bura, en s'avançant vers Si-

296 L*ACHAiK

cyone, se présente bientôt le Crathis , qui roule, mêlées à ses eaux^ les eaux du Styx^ et ne tarit jamais : éloge qu'on ne saurait adresser à la plupart des torrents qui arrosent TAchaïe ; caor ils se dessèchent dès que Tété a fondu les dernières neiges. Sur les bords du Crathis était ^gœ, où Neptune n'était pas -moins vénéré qu'à Hélice, comme le prouvent les vers d'Homère cités plus haut, et ces autres vers :

« Neptune arrive à ^gœ; là, au fond de la « mer, était construit son magnifique palais tout a en or, éclatant, éternel. »

EUe fut abandonnée par ses habitants à cause de sa faiblesse, ^gire, située quelques stades plus loin, sur le Crius, s'agrandit à leurs dépens, et leur offrit une nouvelle patrie où le nom même était à peine changé.

Dans le principe, iEgire s'appelait Hypérésiaj et Homère ne la connaît que sous ce nom. Mais, dans une guerre contre les Sicyoniens, les habitants, par une ruse digne d'Annibal, rassemblèrent toutes les chèvres du pays, et, pendant la nuit, leur attachèrent aux cornes des torches alhuaées. L Wmi, croyant qu'ils avaient reçu du renfort, s'éloigna en toute hâte. On éleva un temple à Diane, à l'endroit où s'était arrêtée la plus belle chèvre, chef de ces étranges auxiliaires, et

L'AOHAÏB. 297

la ville reconnaissante prit elle-même le nom d'^gire. Tontes ses monnaies portaient l'image d'une chèvre. Il est à remarquer qu'à quelques lieues de distance trois villes portaient des noms analogues : ^gœ, jEgium^ JEgire,

Nous retrouvons à-^gire le sculpteur athénien Euclide, qui Ait appelé ensuite à Bura. Il avait fait en marbre pentélique la statue de Jupiter. L'hostilité de Sicyone explique pourquoi les Achéens ne s'adressaient pas de préférence aux artistes si célèbres et si nombreux de cette ville toute voisine. Et puis , le nom d'Athénien avait tant de prestige 1 ^gire était à douze stades de la mer ; mais elle avait un port qui est marqué aujourd'hui par quelques pierres éparses sous les eaux. Les habitants du pays les appellent Mavra litharia (les pierres noires).

Enfin, la dernière ville de l'Achaïe, à l'orient, était Pellènej qui est citée également dans le recensement homérique. Située sur une colline tirès-élevée et assez éloignée de la mer, elle avait, comme -ZEgire, un port où les Argonautes avaient abordé, disait-on, et qui, pour cette raison, s'appelait Aristonautœ, Il est difficile d'en reconnaître la place. Pour les galères anciennes , que &llait-il, surtout dans un golfe aussi hospitalier que le golfe de Corinthe? Un repli de la côte et

298 L'ACHAIE.

une plage sablonneuse où l'on pût tirer à sec les vaisseaux. On voyait à Pellène une statue de Minerve en ivoire et en or. Les habitants prétendaient qu'elle était l'œuvre de Phidias, et qu'il l'avait faite avant la vierge du Parthénon. On célébrait aussi à Pellène des jeux assez renommés, dont Pindare fait mention.

Le Sys séparait lé territoire de Pellène de celui de Sicyone. C'était le dernier fleuve de l'Achaïe.

L'Achaïe justifie bien son nom primitif d'^giale. Ce n'est qu'une côte, qu'une longue lisière de terres et de rochers resserrés entre les montagnes de l'Arcadie ou de l'Élide et la mer.

Elle s'étendait depuis la Sicyonie jusqu'au promontoire Araxe, en face de l'île de Céphallénie, c'est-àr-dire sûr tout le littoral septentrional du Péloponnèse. Le pays passait pour pauvre et stérile dans l'antiquité; mais il est singulièrement enrichi aujourd'hui par la culture du raisin de Corinthe.

- Les auteurs ne nous apprennent même pas si les -^gialiens étaient de race pélasgique, comme cela paraît vraisemblable. Chassés par les Ioniens, ils passèrent en Italie et en Sicile, et y portèrent les noms des lieux qu'ils quittaient (Cratkis^ Se" linuSj Sybaris, Léontion, Panorme), Les Ioniens, chassés à leur tour par les Achéens, allèrent en

Asie, après une halte de cinquante ans dans l'Attique, et fondèrent, en Carie et en Lydie, douze villes, en souvenir des douze villes qu'ils occupaient dans r JEgiale. Ces dernières étaient, d'après Hérodote et Strabon, en allant de l'est à l'ouest : Pelle ne, JEgire, JEgœ, Bura, Hélice, jEgium, Rhypes, Patrœ,Pharœ^ Olcnm , Dymc, Trytée. Polybe met Lêontion et Ccrynca à la place de Rhypes et d'-^gœ.

Les Achéens, chassés eux-mêmes d'Argos et de Lacédémone par les Doriens, avaient perdu leur roi Tisamène, petit-fils d'Agamemnon, dans la bataille qu'ils livrèrent aux Ioniens. Mais ses fils Sparton, Daïménès, Tellis, Léontamènes, son frère Damasias, ses parents plus éloignés Préygènes et Patréus se partagèrent le pays conquis et le pouvoir.

L'-^giale, qui prit de ces derniers maîtres le nom d'Achaïe, resta dès lors plus que jamais isolée de la Grèce et oubliée de l'histoire. Les Achéens, cette race glorieuse tant chantée par Homère, qui étend leur nom à tous les Grecs, s'ensevelirent dans le calme et l'égoïsme, indifférents même à l'invasion des Perses, jusqu'au jour où, opprimés à leur tour, ils reparurent avec tant d'éclat aux dernières heures de la Grèce épuisée et de la liberté mourante.

800 UACHAIE.

Aussi la Grèce jetail-elle parfois un regard d'envie sur la sage conduite et Theureuse situation de ce pays. A une époque inconnue ^ la royauté avait été abolie. Le gouvernement démocratique , établi à sa place y était si habilement constitué^ les affaires publiques étaient administrées avec tant de simpKcité et d'ordre , que les habitants de la Grande Grèce, soulevés contre les pythagoriciens , empruntèrent aux Achéens la plupart de leurs lois et de leurs coutumes. Les Thébains ne voulaient d'autres arbitres de leurs différends avec Sparte que les députés de l'Achaïe réunis à ^gium.

Nous avons peu de détails sur cette sage constitution de l'Achaïe. La base de la confédération politique était la plus parfaite égalité. Chaque ville possédait à peu près la même étendue de territoire, le même nombre d'habitants, et comptait dans son district sept à huit bourgs trèspeuplés. Il était donc naturel qu'elles envoyassent toutes autant de députés à l'assemblée générale qui se tenait à Hélice , et, après la destruction d'Hélice , à iEgium , au centre de l'Achaïe. Béunie au milieu du printemps, l'assemblée réglait les affaires extérieures , en petit nombre , du reste , votait les lois nécessaires , lois uniformes pour toutes les villes, puisqu'elles

avaient déjà les mêmes mœurs et les mêmes magistratures, nommait des délégués pour faire exécuter les lois y puis se séparait. S'il survenait une guerre ou une circonstance grave , ces délégués, pouvoir exécutif central, convoquaient les députés. Mais de telles occasions étaient fort rares. Les Eléens et les Arcadiens qui entouraient l'Achaïe étaient des voisins bienveillants et pacifiques ; les Sicyoniens , plus remuants , étaient trop faibles pour causer de sérieuses inquiétudes. Toute l'attention de l'assemblée était concentrée sur le bien-être intérieur du pays.

Dans chaque ville aussi se retrouvait l'égalité entre les citoyens. Adonnés & l'agriculture , pauvres dans un pays peu fertile, sans commerce et presque sans industrie , ils ne voyaient au-dessus d'eux aucune de ces fortunes qui font naître l'ambition ; de même que la rareté des guerres empêchait de se produire ces gloires redoutables qui s'érigent en tyrannies. L'harmonie régnait entre les citoyens comme entre les douze villes.

Les Achéens étaient souvent invités par les Grecs à se mêler aux guerres qui les unissaient contre l'étranger ou les déchiraient entre eux. Mais , satisfaits de leur obscure et heureuse condition, ils excellaient à trouver de beaux prétextés à leurs refus. Ainsi , ils ne prirent point

part aux guerres médiques , parce qu'ils ne voulaient pas obéir à un Dorien de Sparte, eux qui avaient commandé l'armée des Grecs sous les murs de Troie!

La même raison fut alléguée , quand les Lacédémoniens voulurent les entraîner dans la guerre du Péloponnèse. Mais, comme par rancune contre les Doriens qui les avaient chassés jadis d'Argos et de Lacédémone , ils témoignèrent à Athènes, puissance éloignée, puissance maritime , une bienveillance qui ne les exposait pas à de grands sacrifices. Ils les laissaient descendre et camper au promontoire Rhium, quand leur flotte arrivait jusqu'au golfe de Corinthe. Un jour, cependant, les Athéniens embarquèrent avec eux un corps d'Achéens. Aussi, plus tard, les Achéens se laissèrent-ils contraindre de trèsbonne grâce par Lacédémone à renoncer à cette alliance.

Je ne sais comment ils se trouvèrent à la bataille de Chéronée. Peut-être l'ambition des Macédoniens les alarmait-elle sérieusement. Mais cette défaite leur servit de leçon pour se renfermer plus soigneusement que jamais chez eux, et d'excuse pour repousser les nouvelles avances des Grecs lors de la guerre Lamiaque. a Ils n'étaient pas encore remis de leurs pertes à Chéronée. »

Enfin, dans la guerre de Thèbes contre Sparte, ils ne consentirent à intervenir que comme arbitres , lorsqu'ils en furent priés.

Ainsi, grâce à leur isolement, à leur sagesse, j'ajouterai à leur égoïsme , les Achéens jouirent pendant six à sept siècles de la paix et d'une médiocrité préférable aux plus brillantes destinées. A l'époque où les grandes villes , Athènes, Lacédémone, Thèbes, retombèrent épuisées, corrompues , prêtes à la servitude , ce peuple obscur avait conservé sa jeunesse, sa sève, ses vertus ; les autres «Grecs , en se serrant autour de lui, crurent par ce contact se retremper et se régénérer eux-mêmes. C'est ainsi qu'il parvint à son tour à l'hégémonie, et le nom achéen, tant de siècles éclipsé , servit de 'nouveau de ralliement et de nom commun à la dernière confédération des Hellènes.

Mais, pour préparer ce nouveau rôle, une transformation était nécessaire. Il fallait que la vieille constitution achéenne, moule trop étroit, fût brisée, il fallait que le danger réveillât de son égoïsme cette nation assoupie ; il fallait, qu'opprimés à leur tour, ils apprissent à reconquérir et à défendre leur patrie, et à ne plus la séparer de la patrie commune. Les intrigues des rois de Macédoine commencèrent cette œuvre , en se-

mant la discorde parmi les villes de l'Achaïe. Une fois divisées, elles offrirent à Démétrius, à Cassandre, à Antigone Gonatas, une proie facile. Soumises les unes après les autres, elles reçurent les imes après les autres une garnison macédonienne et un tyran.

Mais, chez un tel peuple, la servitude ne pouvait être longue, ni le repentir tardif. Dymé, Patrœ , Tritéa , Pharae , revinrent les premières à leur ancienne alliance. Bientôt Mgimn. et Bura les imitèrent. Enfin , au temps de l'expédition de Pyrrhus en Italie, vers la 124°» olympiade, les tyrans avaient été tués, les garnisons macédoniennes chassées, et l'Achaïe était unie comme par le passé.

La constitution nouvelle ftit toute miKtaire. Ils élurent, non plus des magistrats pacifiques, mais des chefs de guerre, des stratèges, que l'on prenait dans chaque ville à tour de rôle. Évidemment le temps n'était plus d'une sage administration et d'un gouvernement modèle. Il fallait ne penser qu'à combattre et à sauver la liberté reconquise. C'est pourquoi, quelques années après , sans craindre la tyrannie , on n'élut plus qu'un seul chef d'armée, afin que les opérations eussent plus d'unité et de vigueur.

Sicyone , la ville la plus voisine , demanda la

première à entrer dans la ligue achéenne. Ensuite ce furent Corinthe, Épidaure, Trézène, Mégare, l'Arcadie, Égine, Athènes. Bientôt la ligue prit une extension si grande que les Achéens proprement dits y disparaissaient. Mais d'eux était venu l'élan, l'exemple, le principe de vie politique : il était juste que la gloire restât attachée à leur nom.

SIGYONE.

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