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rent l'idéal, cette volupté de l'âme, et s'attachèrent moins à créer qu'à copier, <^ondition qui rend une école plus durable et la soutient plus longtemps à sa hauteur première. Les génies d'imagination écrasent toujours leurs élèves , et souvent les égarent. Les génies d'imitation les forment et revivent en eux tout entiers.
L'école de Sicyone, qui ne prit rang véritablement qu'au commencement du quatrième siècle , représente la troisième phase , le dernier développement de l'art grec. Elle vint à son temps ; c'est ce qui explique surtout son succès. Il n'est pas besoin de dire que la peinture, dans les questions de principes , n'a pas de chronologie et ne doit pas être séparée de la sculpture. Art plus difficile et plus coruplexe, elle fleurit beaucoup plus tard; mais elle ïi'était qu'une application particulière du génie grec, qui s'était développé avec la sculpture, avec l'architecture, avec les lettres. Tous les principes existaient quand elle atteignit sa; perfection. Ses différentes écoles purent donc les représenter simultanément. Après le principe hiératique et ses conventions, après le principe idéaliste et Phidias, le principe réaliste devait dominer à son tour. II régna principalement dans la double école de Sicyone, où il fut érigé en systètoe par Lysippe,
aussi bien que par Eupompe et ses successearB. Pamphile, élève d'Eupompe , quoique Macédonien de naissance , avait adopté Sicjône pour patrie ; il y passa sa vie , héritier de la gloire et de l'enseignement d'Eupompe. Il Ait peintre d'histoire, comme le prouvent les HCraclides sup^ pliants j une Bataille près de Pàliante, une Victoire des Athéniens; gtandes compositions où brillait cette raison qu'admire Quintilien , et qu'il devait à l'étude des sciences exactes. Initié à toutes les connaissances humaines, il préférait l'arithmétique et la géométrie , sans lesquelles , disait-il , l'art ne pouvait atteindre à la perfection. Écrivain érudit, il composa deux traités sur la peinture et sur les peintres célèbres. Cette réunion de talents, cette sagesse dogmatique qui a toujours séduit les Grecsi , lui assurèrent, une autorité assez sômblable à l'autorité d'un législateur. Il sut donner à l'art un caractère si grave, si savant, et en même temps si pratique, qu'il en fit uhe des bases dé l'éducation « Il persuada aux Sicyoniens, dont l'exemple fut bientôt suivi par toute la Grèce , de faire apprendre à leurs enfants le dessin avant toute autre chose, et dé lui donner le pas sur toutes les études de l'homme libre. Il avait une si haute idée de la dignité et des difficultés de son art, qu'il n'admettait au nombre
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de ses disciples que ceux qui lui payaient un talent et s^engageaient à étudier dix ans auprès de lui. Aussi forma-t-il presque tous les grands artistes de la génération suivante. Apelle, quoique déjà célèbre / se soumit à ces conditions , et travailla avec Pamphile, puis avec Mélanthe, son successeur, c< moins, » dit Plutarque, « pour « profiter de leurs leçons que pour partager leur « réputation ». Pamphile peignait aussi à Teacaustique : il enseigna ce procédé à Pausias. On cite encore, parmi ses œuvres , Ulysse sur son vaisseau.
Mélanthe prit, après lui, la direction de l'école' de Sicyone. On a vu tout à l'heure que Quintilien le confondait avec Pamphile dans un même éloge. C'était le plus sage des peintres ; Apelle lui-même, au témoignage de Pline, lui était inférieur pour la science de la composition. Mélanthe n'employait que quatre couleurs , comme tous les vieux maîtres, et il s'efforçait, de son propre aveu , de donner à ses œuvres uû caractère hairdi et une certaine rudesse. Ainsi, malgré le silence de la critique ancienne , on reconnaît à dé légers indices l'influence du génie dorien. Un seul tableau de Mélanthe nous est connu, c'est lé fameux portrait du tyran Aristrate, debout sur un char, à côté de la Victoire. On pré-
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tendait que tous ses élèves, sans en excepter Apelle y Y avaient mis la main.
Fausias était né à Sicyone. Fils d'un peintre nommé Briès, il reçut d'abord les leçons de son père. Plus tard, il passa dans l'atelier de Famphile, où il trouva Mélanthe et Apelle. Dans sa jeunesse, il aima une marchande de couronnes nommée Glycère. En se jouant, il copiait les fleurs dont elle était entourée et prétendait créer avec son pinceau des couronnes plus belles encore ; c'est ainsi qu'il devint un peintre de fleurs consommé. Il était pauvre alors , et Glycère le faisait vivre du produit de son petit commerce. Aussi, plus tard, quand il fut connu, voulut-il consacrer le souvenir de ses bienfaits. Il fit son portrait et la représenta tenant une couronne. Ce tableau était un de ses plus célèbres ; une simple copié fiit payée deux talents par Lucullus.
Pausias faisait d'ordinaire de petits table aux exécutés avec infiniment de soin , et peignait de préférence des enfants. Ses rivaux lui reprochaient pour cette raison de travailler avec lenteur et avec effort. Piqué de ce blâme , Pausias acheva d'une seule haleine un tableau qui fiit appelé l'û^^e^rô cP un jour. Le sujet était encore un enfant. Ce qui prouve bien mieux , du reste , la facilité de son talent, c'est qu'il appliqua, le
premier, la peinture à la décoration des voûtes et des plafonds. Lés compàrtimenls que l'on appelle caissons , et où l'on peignait d'ordinaire des étoiles et des palmettes , étaient particulièrement propres à recevoir de petits sujets ou des boti* quets de fleurs.
Pausias fit aussi de grands tableaux. Il avait appris de Pamphile un genre de peinture où il excella, la peinture à l'encaustique. Ce procédé offrait des ressources nouvelles dont Pausias montra le premier toute l'étendue, et c'est par là qu'il devint surtout célèbre. En même temps que la cire prêtait son brillant à la peinture des fleurs, la solidité qu'elle donne aux couleurs permettait à Pausias de pousser aussi loin que possible la science du clair-obscur. C'est ce qu'a très-bien dit l'auteur de V Histoire comparée de h, Peinture, et ce qu'il démontre par une interprétation aussi ingénieuse que vraie du texte de Pline. Pausias, en effet, avait composé un tableau admiré par les Grrecs, et plus tard par les Romains, qui l'emportèrent en Italie et le placèrent sous les portiques de Pompée. C'était un Sacrifice de bœufs. Se proposant de faire voir dans toute sa longueur ime des victimes, il l'avait présentée, non pas de côté, mais de face, c'est-à-dire en raccourcL t( Ordinairement, » continue M. Fortoul, « quand
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c( an voulait montrer qu'un objet était en saillie, « on le peigûait de couleurs claires, et on le faite sait ressortir en l'entourant de couleurs noires. « Mais Pausias peignit son bœuf tout noir; il « fit ainsi un corps de l'ombre inême, par la- .(( quelle, artiste souverainement habile, il sut « représenter avec une solidité égale les parties <i planes et celles qui fuyaient. On voit, par ce « témoignage précieux de Pline, que Pausias pos- « sédait deux talents bien différents des pein- « très renommés : celui des raccourcis les plus « hardis, et celui de ces ombres lumineuses que « les modernes ont tant estimées sous le nom de a clair-obscur. »
Ce tableau fut le modèle des nombreux artistes qui se firent, comme on dirait aujourd'hui, peintres d'animaux. Pausias était proprement l'inventeur de ce genre : a Mais, » ajoute Pline, « si beaucoup- l'imitèrent, personne ne l'é- « gala. »
On reconnaîtra le même talent d'exécution dans les peintures qui ornaient le Tholos d'Épidaure, petit édifice circulaire en marbre blanc. D'un côté, l'on voyait V Amour tenant une lyre, ^3on arc et ses flèches à ses pieds ; de l'autre, 1'/vressCj tenant une bouteille de verre. Ce qui paraissait merveilleux , c'est qu'à travers la bou-
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teille transparente on distingnaît les traits de la femme.
Je ne pnîs toutefois m'empêcher de remarquer que Pansias n'aborda jamais la grande peinture, la peinture d'histoire, comme ses prédécesseurs ; ou plutôt il Taborda une fois et sans j réussir. Les habitants de Thespies Tavaient chargé de décorer un mur peint jadis par Polygnote, et qu'il avait ÊJlu reconstruire. Son œuvre, coniparée à celle du vieux mattré , fut jugée bien inférieure, parce qu'il s'était essayé dans un genre qui n'était pas le sien ; c'est-èrdire qu'il lui avait fallu traiter une grande composition, héroïque ou historique, sujet nouveau pour lui : les critiques de ses rivaux en font foi. Car je ne puis attribuer son infériorité, ainsi qu'on l'a fait, à un changement de procédé ou de style. Entre la peinture ordinaire et l'encaustique, la différence n'est pas telle qu'un talent aussi souple et aussi fécond en inventions que celui de Pausias se trouve embarrassé. Quant à supposer qu'il s'était efforcé de reproduire le style, là manière de Polygnote, c'est là une idée tout à fait moderne. Nous ne pratiquons si facilement le pastiche aujourd'hui que parce que nous n'avons plus ni écoles, ni véritables traditions.
Non, il vaut mieux avouer que Pausias, entré
(ard dans l'atelier de Pamphile, rie suivit pas la méthode sévère et en quelque sorte didactique que les chefs de l'école avaient adoptée. Malgré ses succès, il montre déjà les dangers de l'imitation exacte ; elle s'éprend trop vivement de la nature, elle se laisse entraîner par le plaisir d'en reproduire des faces nouvelles, et, après avoir copié des athlètes ou des héros, elle se joue avec des animaux et des fleurs. La tradition classique, l'enseignement fut conservé bien plus pur par Mélanthe. Lorsque Pamphile fut mort, ce fut auprès de Mélanthe, et non pas auprès de Pausias, qu'Apelle vint continuer son noviciat.
Le fils même de Pausias, son élève, Aristolaûs, semble être rentré, par une sorte de réaction, dans la voie dont Pausias s'était écarté. Il peignit aussi un Sacrifice de bœufs , peut-être à ses débuts, pour imiter le chef-d'œuvre paternel. Mais ses autres tableaux annoncent un style tout différent ; en effet, ils le firent ranger parmi les peintres les plus graves, les plus sévères. Us représentaient Épaminondas, Périclès, Médée, la Valeur, Thésée, le Peuple athénien, sujet qu'il n'emprunta vraisemblablement à Parrhasius que pour le traiter avec autant d'austérité que le peintre d'Éphèse y avait mis de subtilité et de grâce.
Méchopane ou Méchophane, un autre élève de
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Pausias, loin de suivre l'exemple du maître, se jeta, à. sou tour, dans l'excès opposé. L'antiquité ne nous a signalé aucune de ses œuvres. Mais nous savons qu'il avait adopté une manière savante qui ne plaisait qu'à un très-petit nombre d'amateurs et que les arUstes seuls pouvaient comprendre. Généralement ses tableaux paraissaient d'une couleiur dure et désagréable : on lui reprochait de prodiguer le jaune.
Pline range parmi les élèves de Pausias Sô^ erate, qu'il oppose à Méchophane, parce qu'il était aussi goûté du public que Mécbophane l'était peu. L'on admirait son Esculape avec ses trais filles, son Jason, et l'on riait fort devant son Paresseux, qui tressait une corde de joncs et laissait son âne la manger à mesure. On conçoit le succès d'un pareil sujet : c'est tout à fait ce que nous appelons un tableau de genre. Pline nomme encore Mnasitkcus.
Jusqu'au temps d'Aratus, la tradition de l'école nous échappe, sans qu'elle paraisse, pour cela, avoir été interrompue ; car nous la retrouvons alors et toujours florissante, même quand l'art dépérit dans le reste de la Grèce. Nous savons, par exemple, que, pendant cet intervalle, la courtisane Lamia, maîtresse de Démétrius, avait fait construire dans la nouvelle ville rebâtie par ce
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prince un pœcile, c'est-à-dire un portique décoré de peintures par les artistes sicyoniens.
Néalcès est le talent le plus saillant, c'est le maître parmi les peintres qui entourent Aratus. Il passait pour un*ariiste habile, ingénieux, spirituel. Il avait im jour pris pour sujet un Com-^ bat naval entre les Égyptiens et lés Perses; mais, comme le théâtre du combat était le Nil, dont les eaux sont de la même couleur que la mer, il fallait fidre comprendre ce détail géographique. Il y réussit en ajoutant un âne qui buvait dans le fleuve et un crocodile qui le guettait. Les Grecs goûtaient fort ces finesses^Peut-ètre serart-on plus touché des larmes qu'il versa quand Aratus, dont il était Tami, voulut détruire le portrait du tyran Aristrate, ce chef-d'œuvre de Mélanthe et de ses élèves. Néalcès demandait sa grâce ; Aratus se montrait républicain implacable ; enfin le peintre tout en pleurs s'écria : « Faisons la guerre aux « tyrans et non à leurs monuments. Épargnons « le char et la Victoire, et je ferai disparaître x( Aristrate.» Il l'effaça en effet, et mit une palme à sa place.
Cet amour, ce culte de l'art était général à Sicyone ; il explique comment, malgré la décadence générale, « la peinture y florissiait toujours et a conservait, sans altération, Une beauté, )> dit
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Plutarque, « qui là seulement semblait impérîs- « sable, n
On cite encore de Néalcès sa Vénus*, et l'oii racontait sur son Chenal écumant la même fable que sur Vlalysus de Protogène. Une éponge lancée avec colère aurait produit ce que le pinceau était impuissant à obtenir. Ces légendes , aussi charmantes qu'invraisemblables, ne sont, chez les Grecs, que des tours délicats, des raffinements d'admiration.
Néalcès avait une fille nommée Anaxandra, qui cultiva aussi la peinture. Son broyeur de couleurs, Erigonus, prit dans son atelier un tel goût pour l'art et le cultiva avec tant de succès, qu'il forma à son tour un élève célèbre, Fasias.
Léontiscus était à peu près contemporain de Néalcès, puisqu'il fit le portrait d'Aratus. H peignit, en outre, une Joueuse de lyre. Vers le même temps vivait ArcésilaûSj peintre*, quoique son père Tisicrate fût sculpteur.
Un autre contemporain de ces artistes , c'est Timunthe, qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du Sacrifice d^Iphigénie. Il avait représenté la Bataille livrée par Aratus atix Étoliens, près de Pellène, en Arcadie. Cette grande composition faisait revivre les vraies traditions de l'école.
On citera encore, sans pouvoir déterminer l'é-
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poque à laquelle ils vivaient, Thaïes^ dont Diogène de lîaerte admire le style large et grandiose, et qu'il faudrait peut-être, pour cette raison, rapprocher du temps de Pamphile et de Mélanthe, Néoclès et son élève Xénon. Ces deux derniers n'étaient point des peintres obscurs ni sans mérite, car Pline a recueilli leurs noms. Mais nous n'avons sur eux aucun détail. Je ne sais même si Néoclès était Sicyonien. Xénon, son élève, l'était : c'est le seul indice. Tous ces artistes, quoi qu'en dise Plutarque, étaient loin des maîtres, et le siècle des Ptolémées n'était plus le siècle d'Alexandre. Les Grecs d'alors le savaient bien, et lorsque Aratus, bon connaisseur en peinture, voulait acheter par des présents les secours de Ptolémée III, il ne commandait point des tableaux à Néalcès, à Timanthe, à Léontiscus, mais il envoyait au puissant roi d'Egypte les œuvres de Pamphile et de Mélanthe, dépouillant sa patrie de ses richesses les plus précieuses.
Je suis persuadé, du reste, que nous ignorons tout un grand côté de la peinture à Sicyone, et que les Bomains l'ignoraient également : je veux parler de la peinture monumentale. Les maîtres sicyoniens, peintres d'histoire, étaient éminemment pi^i^res à décorer les édifices de ces œuvres dont l'exécution rapide est souvent mieux inspi-
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rée que le tM>in et le fini de Tatelier. On ne doit rien oonclnre de Téchec de Paosias à Thespies.. Pansiag fiit plutôt nh. novateur que le représen* tant d'une école didactique et constante dans ses principes. Après tout', sMl fut vaincu, ce fiit par Polygnote , par un grand maître , par un mort, c'est*&rdire par un de ces rivaux que préfère toujours aux vivants le respect ou la malignité des hommes. Les preneurs de villes sont le fléau des arts : ï)émétrius ne le prouva que trop à Sicfone. La ville fut détruite pour être rebâtie sur la hauteur ; alors disparurent ou fiirent dispersées, les peintures qui décoraient les monuments de cette autre Athènes. Lamia, savante et éprise du beau comme Tétaient les grandes courtisanes de l'antiquité, lui rendit aussitôt son Pcecile. Mais ce triste événement explique le si^ lence des critiques alexandrins , et surtout le silence de Pline.