‹ Études sur le rituel funéraire des anciens ÉgyptiensChapitre 12 sur 12 · chapitre 125, qui lui est Spécialement consacré. Bornons-nous à re · texte numérisé non relu

chapitre 125, qui lui est Spécialement consacré. Bornons-nous à re

marquer ici que le défunt emploie deux moyens principaux pour se concilier la faveur du juge : premièrement, il invoque Hotepeschous et les esprits purificateurs pour effacer les taches de sa vie; le chapitre 126 nous montre, dans sa vignette, le bassin du feu purifiant, gardé par les quatre esprits chargés de cette mission d’indulgence. L'âme leur adresse l’allocution suivante (1) : « O ! ces quatre singes, « qui résidez sur le devant de la barque du soleil ! vous qui apportez la « justice au seigneur universel; juges de mon châtiment ou de mon «triomphe; (vous) qui (réconciliez avec les dieux?) par le feu de « vos bouches! (vous) qui recevez les offrandes des dieux et les dons « destinés aux mânes; (vous) qui vivez de la justice, qui vous nour- « rissez d’une vérité sans détour et qui abhorrez les iniquités! effa- « cez toutes mes souillures, détruisez toutes mes iniquités. Vous qui « ne conservez aucune tache, accordez-moi d'éviter Ammah, d’en- « trer dans Ra-Sta et de traverser les portes mystérieuses de l’A- « menti. Donnez-moi. donc les deux pains sacrés (Schensu et Peresu) « comme aux autres esprits. » Les quatre esprits répondent au suppliant : « Entres et sors, dans Ra-Sta; traverses, viens! Nous effa- « çons toutes tes souillures, nous détruisons toutes tes iniqui- « tés, etc. » |

L’osiris employait un autre moyen d'invocation dont il est nécessaire de bien se rendre compte pour comprendre l’économie des textes religieux. L'homme, pénétré de sa petitesse en face du dieu qu'il invoque, n'ose parler en son nom; Jamblique nous apprend que l’Égyptien, dans sa prière, se couvrait de la divinité et revêtait le caractère d’un dieu; instruit par l'initiation, il se servait des paroles sacrées qui contenaient les mystères des attributs divins. De là cette appellation constante de l’osiris un tel: de là ces formules : « Je suis le grand dieu, etc., je suis l’âme en deux ju- « meaux, etc. » Ces rites expliquent assez clairement l’origine de la croyance aux effets des formules magiques sur les esprits infernaux, conjurés à l’aide des noms divins.

L'âme, rajeunie dans le sein d’Isis, est admise dans le cycle des astres qui suivent Sothis et Sahou (Orion). Plusieurs chapitres contiennent des hymnes consacrées à cette résurrection divine; nous citerons en première ligne le chapitre 64, dont nous avons préparé la.

(1) V. Todtenbuch, ch. 126, 1, 2, 8, 4, 5.

traduction. Il n’est plus question de changement ni de métempsycose pour l'âme glorifiée : « L’éternité devient le cours de la vie! » dit à l’osiris le texte du chapitre 109 (4). La destinée du corps des élus n’est pas mentionnée dans le chapitre 17; nous savons cependant qu’il devait être associé à la faveur de la résurrection. D’après le chapitre 15%, la lumière divine lui avait accordé la grâce d'être préservé de la corruption : on voit, au chapitre 89, l’âme qui vient réveiller sa momie sur le lit funèbre, el le dieu leur promet qu'ils ne seront plus jamais séparés.

Les âmes contre lesquelles le juge a prononcé la fatale sentence sont livrées aux bourreaux; les esprits chargés de ce rôle odieux sont dépeints comme les compagnons de Set, l'ennemi d'Osiris. Il est facile de reconnaître ici l'application d’une loi générale dans la lutte des cultes antagonistes : les dieux du voisin sont métamorphosés en démons. L'hostilité entre les partisans de Set ou Typhon et ceux d’Osiris dura jusqu’au temps des Grecs (2). Dans la doctrine du Rituel funéraire, Set est identifié avec le génie du mal, le grand serpent, celui que le chapitre 15 nomme Apap (3) et « qui dévore les âmes. » Notre texte nous apprend que les corps devaient aussi recevoir leur part du châtiment; on y voit les démons chargés d’infliger aux damnés la peine du feu; mais la seconde mort figure en première ligne parmi les supplices des méchants. Souvent c'est Horus lui-même, dans son caractère de dieu vengeur, qui décapite les mânes et livre leurs âmes à l’annihilation. Il semble donc que l'éternité n'ait été promise qu'aux esprits justifiés, si toutefois les angoisses d’une mort perpétuelle ne sont pas Suus-entendues dans ces sombres légendes.

Le lecteur percevra facilement de nombreux points de contact entre ces doctrines et les croyances religieuses des autres peuples de l'antiquité. La tradition hébraïque mérite surtout un examen comparatif auquel le long séjour de la famille de Jacob en Égypte donne un intérêt historique tout particulier. Je me réserve de

(1) V. Todtenbuch, 109, 11.

(2) Set était vénéré comme dieu à Ombos; il paraît sur une stèle de Leyde comme vainqueur du serpent. C’est le même personnage qui, sous les noms de Soutech et de Baal, était le dieu des populations sémitiques de la Basse-Égypte. Dans notre chapitre lui-même, Sef, au verset 35, apparaît dans un rôle favorable.

(3) V Todtenbuch, ch. 15, 1. 7.

- Présenter quelques remarques à ce sujet, quand j'aurai complété la publication des textes que doit comprendre ce travail; mon seul but est aujourd’hui de résumer fidèlement les notions qui résultent du chapitre 17 : j'espère que l’abondance des matériaux et le ton particulier d'enseignement qui y règne auront justifié la priorité que je lui ai accordée.

Paris, = Typographie de Pirer fils aîné, rue des Grands-Augustins, d.

Page 1