CHAPITRE VII
NERF GRAND HYPOGLOSSE.
Le nerf grand hypoglosse fait partie des nombreuses distîibutions nerveuses que l’on rencontre dans la langue. Je ne parlerai pas de son volume qui est considérable, de son trajet , de ses rapports. Je me bornerai à dire qu’il naît , par deux ordres de filets , du sillon qui sépare les éminences olivaires des pyramides antérieures ; que ces deux ordres de filets traversent isolément la dure-mère, avant de se confondre dans le trou condylien antérieur.
Il est curieux de suivre ce nerf dans sa terminaison à la langue, et de rechercher quelle est sa destination. Jusqu’à ce jour tous les physiologistes ont
pensé que ses filets se terminaient dans l’épaisseur des muscles de la langue, et non dans la membrane muqueuse de cet organe. On le voit successivement envoyer des rameaux dans les muscles génio-hyoïdien, génio- glosse, lingual , et dans les fibres musculaires intrinsèques si bien décrites par M. Blandin. Si r 'on cherche ses anastomoses , on voit qu’il communique par de nombreux blets avec le spinal, le pneumo-gastrique et les paires cervicales. Enfin, outre les rameaux qu’il envoie à la langue, il en fournit encore aux muscles stemo-thyroïdien et sterno-hyoïdien.
Ainsi le nerf grand hypoglosse s’anastomose souvent avec ceux qui l’entourent , et vient enfin se perdre exclusivement dans des muscles , et principalement dans ceux de la langue.
Suivant Ch. Bell, il naît d’une colonne qui lui est commune avec les racines antérieures des nerfs vertébraux ; ce qui lui a fait penser qu’il devait être regardé comme un nerf purement moteur. Je ne pense pas que , si on le regarde comme étant destiné seulement au mouvement, ce soit à cause de son origine , car on sait que l’extrémité céphalique de la moelle epinièie est bien sensible dans toute sa circonférence. Mais je suis conduit à penser que c’est un nerf moteur , par la raison toute simple qu’il se rend exclusivement dans les muscles et non dans les membranes.
Si, après l’avoir misa découvert, on l’irrite, ranimai manifeste la plus vive douleur; d’une autre part, son excitation fait entrer les muscles en contraction!
11 est donc doué des deux grandes propriétés , sensibilité et mouvement.
Les usages du nerf grand hypoglosse ne sont pas seulement éclairés par l’expérimentation. La pathologie est venue encore fortifier les résultats fournis par les expériences physiologiques.
Dans le service de Dupuytren on observa un malade qui avait de la difficulté cà parler, difficulté qui existait concurremment avec une atrophie d’un côté de la langue. On reconnut à l’autopsie que le nerf grand hypoglosse avait été comprimé par une tumeur développée dans le trou condylien antérieur.
J’ai eu moi-même l’occasion d’observer une femme chez laquelle les deux nerfs grands hypoglosses avaient été comprimés de manière à produire seulement et graduellement l’abolition de la parole.
L’ouverture du cadavre me permit de reconnaître que les nerfs avaient été réellement pressés , au point d’interrompre toute communication avec les renflemens nerveux, et d’anéantir ainsi dans la langue toute faculté de contraction , par défaut d’influence des agens qui y président.
Ce court exposé nous prouve donc que le nerf grand hypoglosse est sensible , puisqu’il est douloureux ; qu’il ne lui manque pour être nerf de sensation, que de se terminer dans une membrane; que sa faculté motrice n’est qu’une dépendance de la sensibilité, et qu’enfin il préside aux mouvemens des muscles de la langue»