CHAPITRE IX
Nerf p ne u m o-gasi rique.
Le nerf qui mérite le plus notre attention est sans contredit le nerf pneumo- gastrique , si remarquable par l’étendue de son trajet, par ses distributions dans les nombreux organes sur lesquels il agit.
Regardé par les uns comme faisant une dixième paire de nerfs, distincte, et par les autres comme une partie seulement de la huitième, il intéresse peu sous ce rapport la physiologie et la pathologie.
Nous nous bornerons à donner un aperçu de son origine, de son trajet, de ses distributions, de ses anastomoses , de son organisation et de ses usages.
Ce nerf, désigné sous le nom de moyen sympathique, de nerf vague , prend son origine du même sillon que le glosso - pharyngien , c’est-à-dire entre les éminences olivaires et les corps resliformes , ou mieux sur une des divisions des pyramides et des cordons supérieurs de la moelle.
Dans le crâne , il est d’abord accolé au glossopharyngien , puis pénétrant dans le trou déchiré postérieur il en est séparé par une bandelette fibreuse ou osseuse , ayant à son côté le nerf spinal qui l’accompagne , et prend dans le même trou une forme ganglionnaire , où l’on rencontre de la substance grise mêlée à de nombreux filets nerveux. Ce ganglion ressemble à celui de Casser, et à ceux des
nerfs intervertébraux : à sa sortie de ce trou, il a une apparence plexiforine , et il est souvent accompagné par de la substance grise dans l’espace de quelques lignes.
Le long du cou , il s’avance placé entre l’artère carotide et la veine jugulaire interne, renfermé alors dans la même gaine que la première : celte gaine n’olfre pas la même résistance dans toutes les races d’animaux.
Quand ce nerf pénètre dans la poitrine, on le voit accompagner encore les gros vaisseaux , s’étendre à droite, entre la veine et l’artère sous-clavière, puis derrière les deux veines sous-clavières , réunies en arrière de la veine-cave supérieure. Il arrive ensuite dans le sillon qui sépare l’œsophage de la trachée, et, le contournant bientôt pour arrivera la racine du poumon, il vient gagner la partie postérieure de l’œsophage. Du côté gauche le pneumo - gastrique pénètre entre la carotide et la sous-clavière, contourne la crosse de l’aorte, et vient concourir à formerle réseau de l’œsophage, pour pénétrer ensuite dans la cavité abdominale. Ce cordon gauche se distribue au grand cul-de-sac de l’estomac à sa face antérieure , et le cordon postérieur aboutit dans le plexus solaire , à la face postérieure de l’estomac et au duodénum.
Les filets qui composent ce nerf sont en grand nombre, et disposés de telle sorte qu’ils imitent des plexus ; il a été comparé pour sa structure au grand sympathique, mais je crois qu’aucune comparaison
ne peut être établie entre eux que sous le rapport du mode de distribution.
Ce nerf offre beaucoup de résistance ; les filets en sont très rapprochés, et le névrilème qui l'entoure est remarquable par sa densité.
Quoi qu’il en soit , il est une chose surtout qu’il ne faut pas perdre de vue , c’est le trajet de ce nerf, qui semble être le compagnon des gros vaisseaux comme des plus petits et des plus délicats.
Si l’on demande enfin quelle est la terminaison définitive de ce nerf; dans quel tissu il vient finir, si c’est toujours dans le même, ou dans des tissus de natui'e différente ; ce sera surtout une question délicate, dont la solution offre une grande importance. Ce nerf est destiné à la fois aux muscles, aux membranes et aux vaisseaux.
Il envoie au pharynx des rameaux, qui se terminent dans les fibres musculaires et dans la muqueuse de cet organe, comme cela a lieu pour le glosso-pharyngien.
Il distribue à l’œsophage de nombreux filets, qui se perdent dans les fibres musculaires de cet organe auquel ils doivent l’animation, et d’autres qui parviennent jusqu’à la muqueuse œsophagienne.
Le cœur, mobile dans la poitrine , et agité de mouvemens incessans, reçoit aussi de ce nerf des filets, qui accompagnent les vaisseaux et se perdent dans les fibres musculaires.
L’estomac lui doit aussi des filets en grand nombre, qui viennent pour la plupart aboutir dans les
libres musculaires, et dont quelques uns se rendent à la muqueuse stomacale.
Après avoir formé à la racine du poumon un admirable plexus, il envoie des filets multipliés aux bronches et à la muqueuse qui tapisse les conduits de l’oreane. D’autres rameaux suivent dans son
épaisseur le trajet des artères , jusque dans leurs plus petites divisions.
Enfin le larynx, si remarquable par le nombre de ses muscles, reçoit de ce nerf quatre gros rameaux, qui viennent se perdre dans les muscles et dans la muqueuse laryngée , pour leur donner la sensibilité et le mouvement.
Il n’est pas de nerf dans l’économie , si ce n’est le grand sympathique, qui offre des anastomoses aussi multipliées et des communications aussi fréquentes , soit avec lui-même , soit avec les autres nerfs.
Ainsi , on voit derrière la racine du poumon les nerfs pneumo-gastriques gauche et droit se diviser , se réunir, se séparer de nouveau, pour se joindre encore et communiquer ensemble par de larges et nombreuses anastomoses, constituant ainsi le plexus bronchique.
Ces mêmes communications se retrouvent autour de l’œsophage qui, enlacé déjà parleurs cordons, se trouve complètement entouré par les anastomoses qu’ils s'envoient entre eux.
Les nerfs laryngés supérieur et inférieur communiquent entre eux par une longue chaîne anastomotique des plus remarquables, qui existe entre ces deux nerfs , derrière le cartilage thyroïde.
Dans le trou déchiré postérieur, le nerf spinal s’anastomose par plusieurs filets très déliés avec le ganglion du pneumo-gastrique, qui à son tour envoie un rameau au ganglion pétreux.
Le nerf facial reçoit du pneumo-gastrique un rameau qui, après avoir fourni un filet anastomotique au filet de Jacobson, vient directement aboutir au premier par un canal court , qui commence dans le temporal , au niveau de l’apophyse styloïde , et se termine au nerf moteur de la face.
Sorti du trou déchiré postérieur, le pneumogastrique communique avec le grand hypoglosse, le spinal et le grand symphatique; puis, par le rameau pharyngien, il s’anastomose sur les parois du pharynx avec le rameau du glosso-pharyngien , de manière à former, par leur union avec quelques filets du grand sympathique , le plexus de même nom.
Le pneumo-gastrique communique bien souvent par des filets avec le grand sympathique, ce qui a fait penser à des anatomistes que ces deux nerfs avaient la plus grande analogie d’usage et de distribution.
Ainsi, 1° au cou, il s’anastomose avec des filets fournis par le ganglion cervical supérieur; 2° il communique sur les côtés du pharynx et le long du cou avec les mêmes rameaux de ce nerf, dit de la vie organique; 3° le grand sympathique vient compliquer par ses filets anastomotiques le plexus pulmonaire; 4° le cordon droit du pneumo-gastrique, en se jetant
dans l’abdomen , vient en partie aboutir au plexus solaire auquel il semble donner naissance.
Le cœur, regardé par quelques uns comme soumis à l’action de la volonté, mais que depuis long-temps on a considéré comme obéissant à l’influence du système nerveux de la vie organique , et comme échappant à la puissance du sensorium commune , reçoit évidemment des nerfs excitateurs de deux sources : 1° du grand sympathique; 2U du pneumo-gaslrique. Tous ces nerfs se confondent de manière à former le plexus cardiaque.
Le pneumo- -gastrique fournit des nerfs cardiaques au cou , et d’autres après la naissance du nerf récurrent. On peut les diviser en rameaux qui vont au péricarde, et en ceux qui vont au cœur.
On peut se faire une idée de l’importance du nerl pneumo-gastrique, si l’on jette un coup d’œil sur lès fréquentes anastomoses qni existent entre le droit et le gauche, si l’on examine ses nombreux rapports avec les nerfs voisins, et ses divisions multipliées au sein des organes , où il se perd en s’épuisant dans des membranes et dans des muscles.
Le rôle que ce nerf joue dans l’économie m’a engagé à décrire d’abord ses fonctions en général , puis à parler de son influence en particulier sur chacun des organes auxquels il se distribue.
D’abord disons que le nerf pneumo- gastrique a été regardé par les uns comme étant exclusivement un nerf sensible , et par les autres comme possédant seulement la faculté de donner le mouvement aux organes dans lesquels il se répand.
Ch. Bell l’a rangé parmi les nerfs qui naissent de la colonne qu’il appelle respiratoire : suivant lui , il n’existe que chez les animaux qui ont un appareil de respiration associé «à un cœur et à des poumons. Il le regarde connue n’étant pas essentiel à l’estomac; c’est à tort qu’il veut faire penser que le pneumogastrique n’a aucune influence sur l'estomac des animaux chez lesquels il existe , par cela seul qu’il manque dans certaines classes de l’échelle animale. Il n’y a rien d’inutile dans l’économie, et l’expérimentation démontre qu’il est nécessaire à la contraction de l’estomac ; que, chez les animaux où il n’existe pas, il est remplacé par d’autres nerfs, et qu’enfin il n’y a pas besoin de la même force de contraction dans tous les animaux.
Ch. Bell ayant établi que tous les nerfs respiratoires étaient des nerfs moteurs et non des nerfs sensitifs , a voulu le prouver encore à l’égard du pneumo-gastrique par les vivisections.
Sur un àne récemment mort , il a excité les nerfs respiratoires, y compris, bien entendu, les pneumogastriques ; ii a vu se faire des contractions dans les muscles auxquels ces nerfs vont se distribuer : ainsi il a divisé le nerf récurrent et le nerf laryngé , et le mouvement des muscles du larynx a été aboli. Voilà donc, suivant ce physiologiste, ce que c’est qu’un nerf moteur, un nerf respiratoire. Assurément il n’y avait pas besoin de cette autre expérience qui consiste à comprimer Je nerf vague, à déterminer de cette manière de la difficulté dans la respiration, à en faire un nerf respiratoire qui préside à des mouve-
mens qui sont en harmonie avec ceux des autres qu’il a qualifiés du même nom , pour nous annoncer que le pneumo-gastrique était réellement nerf de la respiration.
Bischoffa pensé que le pneumo-gastrique était essentiellement nerf du sentiment, excepté toutefois une portion qui est empruntée au nerf spinal et qui préside au mouvement.
Examinons cette grande question , c’est-à-dire si le nerf pneumo-gastrique est un nerf du sentiment ou du mouvement , ou bien s’il possède exclusivement la faculté d’être nerf sensitif ou nerf moteur.
Le nerf pneumo-gastrique est-il sensible ? Est-il sensible dans tout son trajet, dans toute son étendue? Peut-on le démontrer par des preuves convaincantes? Le lecteur trouvera cette conviction dans le résultat de l’expérimentation , dans la connaissance de l’origine du nerf, et de sa distribution dans les tissus au sein des organes.
L’anatomie démontre que le nerf pneumo-gastrique vient tout à la fois d’une colonne sensible et d’une colonne conductrice; ce qui déjà lui fait préjuger la faculté de sentir que nous lui attribuons. En effet , nous avons vu cette faculté appartenir aux nerfs qui naissent d’un point sensible des renflemens nerveux.
Si maintenant nous examinons son mode de terminaison, nous voyons qu’il fournit des filets qui pénètrent le larynx et se répandent dans la membrane muqueuse où ils se ramifient; or, la sensibilité est là développée d’une manière évidente. Il en est de même des membranes muqueuses de l’estomac , de
l'oesophage , du pharynx, qui reçoivent des filets du pneumo-gastrique , et qui sont sensibles à un degré plus ou moins remarquable.
On ne peut donc attribuer la sensibilité de ces membranes muqueuses qu’au pneumo-gastrique, puisqu’on ne la rencontre que dans les points où ses filets se distribuent et se terminent.
Ainsi l’excessive sensibilité de la muqueuse à l’entrée du larynx contraste de la manière la plus frappante avec l’insensibilité, pour ainsi dire, de celle des bronches. On trouve la raison de cette différence dans les deux nerfs laryngés supérieurs , qui envoient de si volumineux rameaux à la membrane muqueuse du larynx.
Si maintenant nous en appelons aux vivisections , nous verrons que, quel que soit le point du nerf attaqué, l’animal trahit toujours par ses cris l’excessive douleur qu’il ressent. De nombreuses expériences , variées de mille manières, soit en le déchirant, soit en l’incisant complètement ou incomplètement, m’ont constamment donné le même résultat. Qué faut-il donc penser de l’opinion du physiologiste anglais, pour qui le pneumo-gastrique est un nerf exclusivement moteur?
Quant à l’opinion de'Bischoff, qui le regarde comme étant à la fois sensible et moteur, en faisant dépendre toutefois sa faculté motrice du nerf spinal qui la lui communiquerait, nous verrons que, si elle est vraie, autant qu’il considère le pneumo-gastrique comme nerf sensible , elle n’est plus qu’une erreur quand il attribue sa faculté motrice au nerf spinal , qui lui-
même, comme nous le verrons plus lard, est sensitif et moteur.
L’extrémité correspondante au renflement nerveux est toujours très sensible ; ce qui démontre que le courant a lieu de haut en bas et des points encéphaliques vers la circonférence.
Le nerf pneumo-gastrique est-il destiné au mouvement, et a-t-il la faculté de rendre les muscles irritables? Quand on l’irrite, on voit les fibres musculaires se contracter, et bientôt on rend les contractions répétées , irrégulières , convulsives. L’estomac, l'oesophage, le pharynx, se contractent vivement sous l’influence de son excitation.
D’un autre côté, si l’on coupe le nerf pneumogastrique, on abolit pour toujours le mouvement dans les muscles auxauels il se distribue. Bientôt les
organes n’ont plus de résistance contre les corps qui veulent les traverser. Devenus tout à fait passifs , ils se laissent distendre par les gaz, les matières alimentaires , etc.
J’ai mis le pneumo-gastrique a découvert sur differens animaux. Je l’ai pincé, et à l’instant même il y a eu douleur et contraction rapide comme l’éclair dans l’œsophage et dans l’estomac. Aussitôt que cessait le pincement, le calme se rétablissait. Cette excitation momentanée représente celle que produit le bol alimentaire lorsqu’il traverse l’œsophage.
Le moment est venu d’étudier l’action spéciale du pneumo-gastrique sur les organes auxquels il se distribue : je vais commencer par le cœur. Rechercher Je principe des batlemens du cœur et par consé-
quent la cause qui le pousse à se mouvoir el à en l retenir ses contractions, était autrefois chose difficile et délicate , au point que c’est Stahl qui le premier a dit que cet organe était un muscle, et qu’il se contractait à la manière des muscles. Stahl, grand partisan d’un principe animateur de l’ame, éprouva d’abord beaucoup de difficultés à expliquer comment il se faisait que cet organe important ne fut pas sous l’influence de ce principe insaisissable, sujet de tant de débats et d’inépuisables querelles philosophiques. Pour se rendre compte de ce fait , il a dit que le continuel mouvement dont est doué cet organe l’avait arraché à l’empire de l’ame. Pour fortifier l’opinion de Stahl, ses partisans citèrent les mystérieux et merveilleux exemples d’hommes qui suspendaient à volonté les baltemens de leur cœur. Tout le monde connaît 1 histoire fameuse de ce capitaine qui , a-t-on dit , enchaînait les baltemens de son cœur par la seule puissance de la volonté.
Les faits de ce genre sont environnés d’un trop grand doute pour que nous puissions y ajouter foi. Je dois dire cependant, au grand étonnement sans doute de nos lecteurs, que je ne vois pas pourquoi le cœur, qui reçoit des nerfs soumis à l’influence de la volonté, ne subirait pas cette influence s'il était fixé sur les parois, de la poitrine sur des surfaces osseuses. Comme certainsinlestins, il ne peut être soumis ausensonum commune ,à cause des dispositions anatomiques.
Bientôt vint le grand Haller qui voulut éclairer la théorie du mouvement du cœur. Il s’efforça de prouver que chaque fibre musculaire qui compose cet
organe renferme en elle-même une propriété qui lui était inhérente, et qui suffisait pour exciter la contraction sans le secours du système nerveux. 11 appela cette propriété irritabilité musculaire : depuis elle a porté son nom. Pour la démontrer, Haller accumula des preuves spécieuses et plus ou moins vraisemblables. Il établit, par exemple, que le galvanisme n’apporte aucun changement dans les battemens du cœur, que les décapités les conservent quelque temps, et enfin que les fœtus privés de la moelle et du cerveau ont une circulation complète.
On combat ces argumens un à un , et on répond : Le galvanisme précipite évidemment les battemens du cœur. Si le cœur des décapités bat quelque temps encore, cela est expliqué par le reste de l’influx nerveux conservé. Enfin les fœtus qui conservent un cœur avec absence de cerveau et de moelle épinière sont bien rares , et la circulation d’ailleurs est entretenue par celle de la mère.
Haller, comme Stahl,a trouvé des partisans. Ils ont voulu trouver un appui de la théorie de ce grand homme dans la structure du cœur, qui , suivant eux , est dépourvu de nerfs. Cette grossière erreur n’est pas demeurée long-temps debout.
Sœmmerring et quelques autres ont pensé que les nerfs n’étaient pas destinés aux fibres du cœur, mais bien aux vaisseaux sur les parois desquels ils venaient se perdre.
Scarpa , par ses belles recherches, a détruit cette opinion, qu’il a reléguée dans l’oubli en démontrant
que les filets nerveux venaient se fondre, se perdre dans les fibres charnues du cœur.
Haller, par conséquent, admettait que ses fibres musculaires portaient avec elles la faculté de se contracter, et que la cause qui mettait enjeu cette irritabilité n’était autre que l’abord du sang’ vers l’organe.
Puisqu’il est démontré actuellement que le cœur reçoit des nerfs , et que ces nerfs se perdent dans les fibres musculaires, il est évident que l’agent de contraction est le système nerveux, source de tout mouvement.
Il ne peut plus actuellement y avoir qu’une opinion sur ce point. Il ne s’agit plus que de démontrer quelle est la partie du système nerveux à laquelle est réservé ce pouvoir.
Examinons successivement si les contractions du cœur tirent leur source: 1° du cerveau 5 2° de la moelle épinière ; 3° du grand sympathique ; 4° du pneumo-gastrique. Cette analyse nous conduira peutêtre à la solution de cette importante question.
Legallois , Brodie et Haller ont pensé que le cœur n’était nullement placé sous l’influence du cerveau. Cette opinion est fondée , s’ils veulent parler de l’influence de la volonté. En effet , dans les impressions vives de l’homme, on voit le cœur s’agiter, les battemens se précipiter, et certes on ne peut attribuer ce désordre qu’à la perturbation cérébrale. Mais il faut avouer que l’action du cerveau , dans ce cas , n’est que bien éloignée , et qu’il ne peut agir que par l’intermédiaire du système nerveux, de la moelle épinière
et du pneumo-gastrique, qui ont sur lui une influence directe.
Les physiologistes modernes pensent que l’action du pneumo-gastrique sur le cœur est nulle. Nous discuterons plus lard cette opinion , et nous allons nous occuper d’abord de la moelle épinière.
Legallois a placé les mouvemens du cœur sous l’empire de la moelle épinière, et cette assertion, exclusive d’ailleurs , est fondée sur des expériences qu’il a tentées sur des animaux.
Legallois a détruit de bas en haut la moelle épinière, au moyen d’une tige de fer passée par l’extrémité inférieure du canal vertébral , de manière à labourer les cordons nerveux que renferme ce conduit. Il a vu les mouvemens du cœur s’anéantir, à mesure que la destruction de la moelle s’étendait. Il ne restait plus que de légers battemens, semblables à ceux d’un cœur extrait de la poitrine. Cette mort du cœur était d’autant plus prompte et plus appréciable , que l’animal était plus âgé.
Les résultats contraires ont été obtenus par des expériences tentées par messieurs Flourens, Philips et Tréviranus , sur des animaux mammifères , et par Clift sur des carpes. On peut ajouter que M. Brachet a vu, dans le même cas , les battemens du cœur persister après la destruction de la moelle. Les physiologistes ont conclu de là que Legallois s’est trompé dans les conclusions qu’il a tirées de ses expériences , qui, suivant les auteurs cités plus haut, démontreraient que la mort est arrivée par l’absence d’action du système nerveux sur les vaisseaux capillaires.
M. Brachet , convaincu que la destruction de la moelle laissait survivre les baltemens du cœur, a cherché ailleurs, c’est-à-dire dans un autre nerf, l’influence du système nerveux sur le cœur.
Dans les classes inférieures, c’est le grand sympathique, ou le pneumo-gastrique, qui apporte au cœur l’influx nerveux. Prenant pour base ces recherches d’anatomie comparée , M. Brachet a cherché l’agent des baltemens du cœur dans le grand sympathique, suivant l’exemple de M. Dupuylren , qui, avant lui , avait eu l’idée de lier les nerfs cardiaques.
Déjà Winslow et Bichat, regardant le grand sympathique comme présidant à l’accomplissement des fonctions intérieures des organes de nutrition, avaient conclu que , puisque parmi ces derniers le cœur joue un si grand rôle, il devrait être placé sous l’influence de ce long nerf. Prochaska plaçait le principe des mouvemens de cet organe dans le grand nerf de la vie organique.
La science en était là , c’est-à-dire qu’elle ne s’appuyait que sur des conjectures et des hypothèses , lorsque M. Brachet en appela à l’expérimentation , voulant, par cette voie, infirmer ou démontrer ce que le génie de quelques hommes célèbres avait émis sans preuve certaine et sans démonstration mathématique.
Opérant à cet effet sur un chien lévrier, il put, mais non sans de grandes difficultés, mettre à découvert les ganglions cervicaux inférieurs , après avoir toutefois placé des ligatures sur les deux artères sous-clavières. Ayant alors isolé les ganglions cer-
vicaux , il opéra la sectiôn des filets nerveux qui en partent. A l’instant, dit-il, les battemens du cœur sont devenus irréguliers, ils ont cessé, et la circulation s’est arrêtée. Les artères carotides n'étaient plus ni distendues ni colorées : l’incision de ces vaisseaux n’a fourni que quelques gouttes de sang. Ayant répété la même expérience sur un autre chien , il parvint à découvrir les ganglions cervicaux inférieurs à droite et à gauche, et à diviser les filets nerveux qui en partent : le résultat fut le même. M. Brachet en conclut que puisque la paralysie du cœur arrive après la division de ces rameaux , le grand sympathique préside aux mouvemens du cœur.
M. Brachet continua ses recherches sur plusieurs animaux, et les résultats ne furent pas semblables aux précédens. Les battemens du cœur reparurent après être devenus irréguliers; en un mot, la circulation se ranima assez pour que la section de la carotide pût donner un jet de sang artériel.
M. Brachet chercha alors la cause de cette réapparition de la circulation, et il crut l’avoir trouvée dans l’existence du ganglion cardiaque, dont il put facilement apprécier l’importance , puisque , l’ayant divisé, il vit l’animal mourir instantanément. La divi sion du plexus cardiaque amena aussitôt la cessation des mouvemens du cœur.
Ayant coupé sur un chien basset le plexus cardiaque, il vit bien la contraction devenir irrégulière, mais la circulation continua même pendant quelques minutes. M. Brachet expliqua ce phénomène par une disposition anatomique anormale de ce plexus.
Ainsi l’action du grand sympathique sur le cœur serait suffisamment démontrée, suivant M. Brachet. Ce physiologiste appelle en outre à l’appui de son expérimentation, et pour la confirmer, une expérience de M. de Humbolt sur les nerfs du cœur.
Ce savant, pour prouver l’influence des nerfs sur le cœur, a mis en usage le galvanisme: il a soumis un des nerfs cardiaques à des rapports successifs avec les plaques métalliques, et aussitôt les monvemens du cœur ont augmenté. Hom a signalé le même phénomène après l’excitation galvanique du grand sympathique.
Voulant rendre ses expériences plus convaincantes encore, M. Brachet en a appelé au développement embryonnaire et aux recherches anatomiques d’Akermann et de Malpighi , qui ont observé que le ganglion cardiaque commence avant le système nerveux, ce qui lui a valu de la part du premier le nom de quille.
Si l’on considère enfin, suivant M. Brachet, que le cœur , premier organe qui entre en action , est toujours accompagné de son ganglion , qu’enfin le grand sympathique est développé avant la moelle épinière , et qu’il ne prend pas son origine dans le cordon nerveux, comme le prétendait Legallois, il demeure suffisamment démontré que l’opinion de M. Brachet est , selon lui , loin d’être hypothétique , puisqu’elle est basée sur un travail matériel et sur l’expérimentation.
L’opinion exclusive de M. Brachet ne peut pas être adoptée par nous; car, loin de croire, comme
lui, que le cœur soit soumis seulement à l’influence du grand sympathique, nous pensons que cet organe reçoit, ainsi que nous l’avons déjà dit, des courans nerveux de plusieurs sources.
Je suis d’accord avec M. Braçhet sur les difficultés que l’on rencontre à mettre à découvert les ganglions cervicaux inférieurs. Cependant , en suivant le filet de communication du ganglion cervical supérieur, on peut, aidé d’une grande patience, l’isoler et en faire l’extraction. C’est en vain que, répétant les expériences de iVI. Brachet , j’en ai attendu les mômes résultats; je n’ai observé dans la région du cœur qu’un trouble ordinaire après ces expériences longues et douloureuses. Les chiens ont survécu toutes les fois qu’un gros vaisseau n’avait pas été mis à découvert, ou qu’une inflammation diffuse ne s’était pas emparée du tissu cellulaire environnant.
Je me propose d’examiner dans de plus grands détails ces expériences contradictoires à celles de M. Brachet, quand je parlerai du grand sympathique.
Si l’on se reporte à l’opinion de M. Brachet, ne serait-il pas étrange qu’un nerf comme le grand sympathique, n’étant ni sensible ni douloureux, fût seul destiné à animer le cœur, tandis que d’autres nerfs, entièrement semblables à ceux qui président à la locomotion et qui viennent se rendre dans le cœur , n’auraient aucune influence sur cet organe, si ce n’est pour établir, suivant M. Brachet, une chaine de communication entre le cerveau et le cœur, et pour servir aux sympathies? Si je combats cette prétention
exclusive, on doit comprendre d’avance que je veux parler du pneumo -gastrique.
Wiflis pensait que ce nerf était destiné aux fonctions intérieures ; qu’il présidait aux mouvemens du cœur et aux actes organiques des viscères centraux.
Lower et Wieussens ont attribué à la paralysie du cœur la mort des animaux chez lesquels on avait fait la section des nerfs pneumo-gastriques. Mais M. Bracliet , qui avait adopté le nerf grand sympathique , a refusé au pneumo-gastrique la faculté excitative, que lui avaient accordée les auteurs célèbres que je viens de citer; et, conséquent avec lui-même, il n’a pas , même après avoir expérimenté sur lui , accordé qu’il eût de l’influence sur la contraction du cœur; il ne consent qu’à en faire un conducteur de sympathies.
M. Brachet ajoute que si, dans le cas de divisions ou de déchirures du pneumo-gastrique, les battemens du cœur sont troublés , il faut en rechercher la cause dans la douleur que l’animal a éprouvée; qu’enfin, lorsque la mort arrive après la division des deux nerfs pneumo-gastriques, il ne faut pas l’attribuer à la paralysie du cœur, mais bien à la cessation des autres fonctions sur lesquelles ces nerfs ont de l’empire. M. Brachet pense ainsi que leur action est nulle sur les contractions du cœur, puisque après leur division la circulation continue, et que ses battemens persistent encore.
M. Brachet fit, sur un jeune dogue de six mois, la section des deux nerfs pneumo-gastriques , après avoir pris toutefois des précautions pour que l’animal
ne suffoquât pas ; Payant examiné une heure après , il trouva les battemens du cœur réguliers : il déchira sur le même animal les lobes cérébraux, et le cœur demeura calme malgré la stupeur dans laquelle le chien était tombé; il poussa ensuite un stylet dans la moelle alongée, et il observa la même impassibilité du cœur; il enfonça enfin le stylet dans la moelle épinière par le trou occipital : la respiration s’arrêta alors, quelques mouvemens irréguliers survinrent dans le cœur, et l’animal périt.
M. Brachet rapporte une autre expérience dans son ouvrage sur le système nerveux , page 118. Ayant fait une incision comme pour mettre à découvert les deux nerfs pneumo-gastriques , mais sans les intéresser, il irrita une heure après les plaies du cou, et il sentit le cœur précipiter ses contractions. Une demi-heure après, les battemens de ce viscère étaient rentrés dans l’ordre. Il ouvrit ensuite le crâne, enleva de la substance cérébrale , et porta même un stylet jusque dans la moelle alongée , et aussitôt, ditil , le cœur s’agita très irrégulièrement. Ayant coupé ensuite les deux nerfs pneumo-gastriques, il fait observer que le trouble du cœur continua. M. Brachet rétablit alors la circulation d’une manière artificielle et les battemens du cœur se firent avec plus de régularité.
Un stylet porté de nouveau dans toutes les directions de la moelle alongée n’obtint de la part du cœur aucun signe d’impression, et cet organe ne cessa ses contractions que quand l’expérimentateur eut enfoncé le stylet dans le canal rachidien.
C’est sur ces expériences que M. Brachet se fonde pour refuser au pnçumo-gastrique toute action sur les fibres musculaires du cœur , et pour assurer que ce nerf n’est formé par la nature que pour établir une corrélation entre le cerveau et le cœur , et pour servir d’intermédiaire chargé de transmettre les sympathies , la douleur , etc., ou pour exciter le cœur quand le cerveau est lui-même sous l’influence de quelque excitation.
Les expériences de M. Brachet nous semblent conduire à des conclusions toutes contraires , puisque l’excitation de la moelle alongée précipite et multiplie les baltemens du cœur ; puisque la section des nerfs pneumo-gastriques laisse continuer ce trouble; puisqu’enfin après cette dernière opération l’excitation de la moelle alongée n’a produit aucun changement dans le cœur, sans doute à cause de la cessation de l’influx nerveux. M. Brachet parait avoir oublié qu’après la section d’un nerf quelconque, le muscle auquel il se distribue ne donne aucun signe d’excitation.
Il est difficile d’ailleurs de ne pas trouver la première expérience de M. Brachet empreinte d’un caractère très remarquable , par celte persévérance des baltemens du cœur qui , une heure après la section du pneumo-gastrique, étaient encore réguliers, et par l’impassibilité du même organe, qui est resté calme après les lacérations du cerveau.
Nous allons maintenant envisager la question sous un point de vue qui nous est propre, et, comparant
nos expériences avec celles deM. Brachet, nous verrons si elles ont donné les mêmes résultats.
Avant d’expérimenter sur un lapin , j’ai examiné les battemens du cœur, et je les ai trouvés réguliers, forts et rapides. Ce point préliminaire déterminé, j’ai procédé à la section du nerf pneumo-gastrique dans la région cervicale, au dessous du larynx. Après l’avoir découvert entre l’artère carotide et la veine jugulaire , j’opérai la section qui provoqua une douleur vive. Bientôt l’animal éprouva de la difficulté à avaler le mucus ainsi que les liquides versés dans la bouche. La section du second nerf détermina une difficulté dans la déglutition plus grande encore, et dès lors les gaz et les liquides ne trouvèrent plus d’obstacle à leur expulsion de l’estomac.
Quand j’eus coupé le premier nerf, les battemens du cœur avaient déjà perdu de leur force et étaient devenus très irréguliers. La section du second ne fut pas plutôt opérée , qu’on ne sentit plus dans la région du cœur que des oscillations répétées et irrégulières, ou mieux, de faibles battemens sans caractère arrêté.
Voulant renouveler celte expérience, je l’ai tentée sur un autre lapin avec les mêmes conditions, c’està-dire dans le même lieu et de la même manière. Les résultats ont été les mêmes. Ainsi même difficulté dans la déglutition , mêmes changemens dans les mouvemens après la double section des nerfs , qui avait entraîné une altération semblable dans la force d’impulsion et dans la régularité des battemens.
Après avoir mis à découvert, sur un mouton, les
nerfs pneumo-gastriques gauche et droit, je les ai coupés au dessous du larynx. Celte double section a entraîné une douleur vive et le gonflement de la veine jugulaire, au point de lui faire prendre le volume d’un petit intestin grêle.
L’artère carotide s’est contournée, de manière à imiter une véritable courbure à convexité; elle semblait , en un mot , ployée en deux.
Au moment de la section, l’animal a poussé des cris qui témoignaient de la souffrance; il s’est agité et cherchait évidemment à se soustraire à la douleur que déterminait l’attouchement des filets nerveux. Les mouvemens de la poitrine sont restés réguliers, mais le cœur a cessé d’offrir la même force et la même régularité dans ses batlemens.
J’ai coupé les deux nerfs pneumo - gastriques sur une chèvre forte et âgée de deux ans. Les artères carotides se sont courbées, et les battemens du cœur ont perdu de leur régularité et de leur force. J’ai ensuite arraché les deux nerfs; mais cette opération a déterminé à peine quelques douleurs qu’il n’était pas possible de comparer avec celles qu’avait entraînées la section. J’ai enfin ouvert les artères crurales; le sangest parti par jets , mais les saccades étaient faibles, et ce liquide avait perdu de sa couleur rouge.
Nulle expérience ne peut, a notre avis, faire mieux ressortir le phénomène de la diminution des battemens du cœur et de la force de contraction , Après la section des deux nerfs pneumo-gastriques. Si dans ce cas le sang n’avait perdu qu’un peu de sa rougeur, cela s’expliquerait parla persistance delà respiration.
Le 30 mars 1834, j’ai, sur un agneau, misa découvert et coupé les deux nerfs pneumo-gastriques. La section a donné lieu à de vives douleurs et à une altération sensible dans la régularité des battemens du coeur. Elle a aussi déterminé d’autres phénomènes dont je m’occuperai plus tard en parlant de l’action du pneumo-gastrique sur l’oesophage.
Ces diverses expériences, si nous les comparons maintenant a celles de M. Brachet, démontrent, contrairement a ses assertions , que le nerf pneumogastrique n’est pas aussi étranger qu’il l’a prétendu aux mouvemens du cœur; que, si de la section de ce nerf ne résulte pas sa paralysie complète, du moins elle apporte dans les fonctions de cet organe des changemens assez considérables pour qu’il soit permis de dire que le pneumo-gastrique contribue à lui fournir les moyens de renouveler sans cesse ses contractions.
Le moment est venu d’examiner l’influence de la moelle épinière sur le cœur.
Legallois n’ayant pas trouvé dans le cerveau le principe animateur du cœur et des organes qui concourent a l’entretien de la vie , il le chercha ailleurs, et pensa l’avoir rencontré dans la moelle épinière. Il plaça donc dans cet organe la source de ses battemens.
M. Brachet fut séduit d’abord par ses expériences, qui conduisaient à ce système ; mais, renonçant bientôt «à cette impulsion première, il douta d’abord, et finit par croire que la moelle épinière n’avait pas sur
le cœur l’influence que Legallois avait cru devoir lui attribuer.
Expérimentant sur des lapins, sur des cabiais, sur des chats, en un mot sur des mammifères d’un certain âge, M. Brachet a sans cesse obtenu les mêmes résultats que Legallois, soit qu’il détruisit complètement la moelle épinière, soit qu’il la désorganisât seulement en partie à la région cervicale ou à la région dorsale; il a constamment vu le cœur perdre de la régularité de ses battemens et de sa faculté de continuer la circulation. Après ces expériences, les contractions du cœur sont semblables à celles de cet organe quand il a été extrait de la poitrine.
La désorganisation instantanée de la région lombaire jette aussi un grand trouble dans la circulation; mais il est souvent permis de la rétablir, quand le premier trouble est passé.
M. Brachet dit, h propos de ces expériences, que pour obtenir les phénomènes qu’entraîne la destruction partielle de la moelle épinière aux régions cervicale ou dorsale, il faut porter une désorganisation prompte sur.la partie qui doit être intéressée.
Les résultats obtenus par M. Brachet ne l’ayant pas satisfait complètement , il demanda d’autres faits à de nouvelles expériences.
Sur un lapin de 16 jours, il passa un stylet dans toute la longueur du canal vertébral depuis l’occiput jusqu’au sacrum. La mort survint immédiatement. La respiration fut entretenue ; l’amputation des jambes ne fut suivie d’aucun jet de sang; la poitrine ouverte permit de reconnaître que les battemens du
cœur étaient très irréguliers. Ils cessèrent bientôt complètement.
Sur des cabiais et des chats nouvellement nés, M. Brachet opéra la destruction graduelle et lente de la moelle épinière; en poussant un stylet dans le canal vertébral au dessous de l’occiput jusqu’à la région dorsale, et ayant entretenu artificiellement la respiration, il vit la circulation continuer, comme le prouva le jet de sang sorti d’une artère d’un membre thoracique amputé.
M. Brachet continua ses expériences sur des reptiles.
Ainsi , sur une salamandre , il poussa avec lenteur un stylet dans l’intérieur du canal vertébral, et détruisit la moelle épinière dans toute sa longueur. Les pattes de l’animal devinrent immobiles. Malgré cette désorganisation profonde , M. Brachet put sentir les battemens du cœur en pressant la poitrine de l’animal. Il obtint un faible jet de sang par la section de la queue.
Sur une autre salamandre chez laquelle la décapitation avait entraîné une paralysie générale, M. Brachet put sentir encore les faibles battemens du cœur; il put même , en découvrant l’aorte , reconnaître les saccades qui agitaient ce vaisseau.
Dans un autre cas , la désorganisation de la moelle épinière chez une grenouille avait été suivie d’une paralysie générale ; les mâchoires seules avaient conservé la faculté de s’écarter et de se rapprocher. M. Brachet mit le cœur à découvert, et le vit se contracter.
De ces expériences , M. Brachet conclut que la destruction de la moelle épinière n’empêche pas la circulation; à l’appui de cette opinion, il appelle comme preuve le jet de sang fourni par une artère, et coïncidant avec la persistance des batlemens du cœur.
Il ne me semble pas que l'examen des expériences de M. Brachet puisse supporter de longs débats; et, contrairement à ce qu’il avance , je pense que la moelle épinière a un empire, sinon absolu, au moins très puissant sur l’organe central de la circulation. Alors même que M. Brachet invoque l’absence de la moelle épinière, du cervelet et du cerveau, pour rendre ses conclusions convaincantes ; qu’il en appelle aux longues séries des monstruosités du système nerveux ; qu’il dirige notre attention sur l’existence constante du grand sympathique , il ne saurait me faire partager son opinion, car pour nous il est démontré que le grand sympathique reçoit son influence de la moelle épinière , source commune à laquelle puisent tous les nerfs. Il y a assurément une différence essentielle entre la vie fœtale et la vie extra-utérine. Parle placenta, en effet, la circulation maternelle entretient celle du fœtus : ce n’est qu’une vie organique ou, si l’on aime mieux, une vie de nutrition. Or l’expérimentation de M. Brachet nous démontre seulement que le sang a bien jailli par une artère, que le cœur battait encore; mais il est loin d’avoir fait voir dans ces phénomènes la preuve de la non-influence de la moelle épinière sur le cœur. M. Brachet a le plus ordinairement , en effet, dans ses expé-
périences, détruit la moelle épinière sans toucher au nerf pneumo-gastrique qui, suivant nous, a continué le reste des battemens du cœur. Cela ressort d’ailleurs de l’expérience de M. Brachet lui-même, expérience dans laquelle il a arrêté complètement les battemens du cœur en introduisant un stylet par le trou occipital ; c’est ce que M. Flourens, du reste , a très bien expérimenté et très ingénieusement exprimé en disant que la moelle alongée était le nœud de la vie. Quoi qu’il en soit, le cœur, comme les autres muscles, palpite encore quelques minutes après la destruction des renflemens nerveux et des nerfs, à cause du fluide nerveux conservé et non encore entièrement épuisé dans l’organe.
Nous ne pouvons donc penser avecM. Brachet qu’il existe deux vies bien distinctes, l’une appelée organique , sous la dépendance du nerf ganglionnaire, l’autre extérieure ou de relation , comme le disait Bichat, puisque enfin dans la matière vivante tout se tient, s’enchaîne et concourt au même but. Ainsi la circulation est sous la dépendance du fluide nerveux, et celui-ci est sous l’empire de la première. M. Brachet invoque encore les expériences de M. Flourens en disant que cet ingénieux physiologiste n’a pas anéanti la circulation en détruisant la moelle épinière sur des carpes et des barbeaux ; ceci démontre seulement qu’elle n’agit pas seule sur le cœur, mais non pas qu’elle ne contribue point à l’animer et à entretenir la circulation.
Sur un animal sur lequel j’avais fait la section du nerf pneumo-gastrique et qui avait encore conservé
des battemensdu cœur, j'ai coupé la moelle épinière à la région cervicale, et à l'instant même les contractions ont disparu dans l'organe. Il ne restait plus que quelques oscillations dues à la liquidité du sang, ou à un reste de chaleur et de fluide nerveux.
Sur un autre animal (un lapin), au moment où les deux nerfs pneu mo-gaslriques ont été coupés , j'ai porté la main sur la région du cœur, et j’ai pu reconnaitrë les curieux changemens qui avaient lieu dans cet organe. Les baltemens, devenus plus faibles et irréguliers, ont fini, comme chez l’animal précédent, par être anéantis aux oscillations près.
Sur des hommes atteints d’une lésion de la région cervicale de la moelle épinière, outre les symptômes de paralysie des inembres supérieurs et inférieurs, de la poitrine, de l’abdomen et du diaphragme, j’ai observé des difficultés dans la déglutition et des battemens fréquens dans la région du cœur, jusqu’au moment de la mort.
J’ai coupé les nerfs pneumo-gastriques sur un autre animal, après avoir ouvert la poitrine, et j’ai vu, au moment même de la section, le cœur présenter de l’irrégularité dans les battemenset perdre la plus grande partie de sa force d’impulsion. J’ai immédiainent coupé la moelle épinière dans la région cervicale , les baltemens ont cessé à l’instant même, et il n’est plus resté alors que des oscillations dans les fibres de l’organe.
Dans une autre expérience, j’ai coupé la moelle épinière dans la région cervicale, et instantanément les battemens du cœur sont devenus fréquens et irré-
guliers. Le cœur a été arraché de la poitrine de l’agneau sur lequel j’expérimentais ; les contractions ont continué d’elles-mêmes pendant quelque temps, sans doute sous l’influence du milieu excitant (l’air) dans lequel l’organe était exposé, et enfin elles ont été réveillées par des piqûres ou par l’impression de l’eau à 28° du thermomètre de Réaumur.
Assurément, si l’on avait fait à la fois la section de la moelle et celle du nerf pneumo-gastrique, les battemens n’auraient pas persisté si long-temps. La portion du cœur qui était restée attachée à l’aorte était encore agitée de contractions , bien que depuis plusieurs minutes , l’autre partie extraite de la poitrine présentât la rigidité cadavérique.
Sur un mouton que j’ai fait périr d'hémorrhagie , j’ai mis le cœur à découvert presque au moment de la mort, et j’ai vu que les battemens étaient bien précipités, rapides, mais qu’ils n’étaient pas désordonnés comme lorsque le système nerveux était détruit.
Il résulte de ces diverses expériences que le cœur, ainsi que l’avaient démontré Legallois et plusieurs autres, reçoit une partie de son irritabilité de la moelle épinière par l’intermède du grand sympathique. Je vais maintenant tâcher de prouver que la moelle épinière , le pneumo-gastrique et le grand sympathique fomentent les contractions du cœur, et sont la source, le principe de ses battemens.
Sur un cheval fort, court, irritable, dont les forces musculaires étaient très puissantes, j’ai mis à découvert les nerfs pneumo-gastriques, et je les ai coupés au même niveau à la région cervicale. L'animal a eu
de la difficulté à respirer; il a témoigné par ses cris la douleur occasionnée par cette division ; cependant les mouvemens du diaphragme se faisaient librement et d’une manière régulière.
Immédiatement après la section de ces nerfs, les artères carotides se sont tordues, et sont devenues courbées et flexueuses. On ne peut, il me semble, trouver l’explication de ce phénomène remarquable que dans les trois causes suivantes : dans l’absence d'agent d’impulsion pour opérer le passage du sang des artères dans les veines ; dans l’impossibilité où se trouve le sang de passer des cavités du coeur dans le poumon , celles-ci se laissant distendre et ne pouvant par conséquent admettre de nouvelles quantités de ce liquide, qui nécessairement reflue dans les veines qu’il a déjà traversées ; dans l’absence d’influx nerveux.
J’ai divisé l’artère carotide qui a donné un sang rouge, qui avait été élaboré dansles poumons. Lejet, quoique continu, était faible et non saccadé. La poitrine ouverte , on a|vu que le cœur était le siège de battemens irréguliers et peu énergiques. Les nombreux rameaux du grand sympathique et du pneumogastrique ont été divisés de l’un et de l’autre côté ; et toute communication étant ainsi interrompue avec la moelle épinière, le cœur a cessé de battre instantanément, et l’on n’a plus a perçu la plus légère oscillation.
Sur un autre cheval, j’ai mis l’artère carotide à découvert et je l’ai coupée. Le sang est sorti avec force et impétuosité. Le jet rouge, rutilant, était lancé à une grande distance; il est survenu des con-
vulsions. Dans ce moment la poitrine a été ouverte, et le cœur volumineux de cet animal a présenté une grande régularité dans ses battemens et une grande force d’impulsion. Ayant alors saisi les nerfs pneumogastriques, je les ai coupés dans la poitrine, puis j'ai détruit toutes les anastomoses qui établissent une communication avec la moelle épinière; à l’instant même le cœur a cessé de battre ; plus de mouvemens, plus d’oscillations. Cette cessation de mouvemens de l' organe fut aussi prompte que le passage d’une étincelle électrique .
Cette expérience nous montre un cbeval que l’on fait périr d’hémorrhagie, et dont le cœur, demeurant sous l’influence du système nerveux, conserve, quoique presque vide, de la force dans l’impulsion et de la régularité dans les mouvemens ; mais aussitôt qu’il ne communique plus avec les centres nerveux , cet organe est tout à coup et complètement anéanti. Les fibres du cœur ne possèdent donc pas en elles-mêmes, comme l’avait pensé Haller, une faculté spéciale, l’irritabilité; elles la reçoivent du système nerveux, source de vie et de tout mouvement.
La nature , dans sa sage prévoyance , a établi de chaque côté , pour le cœur , trois larges sources: le pneumo-gastrique , le grand sympathique et la moelle épinière, si bien que lorsque l’une d’elles vient à lui manquer, il y en a plusieurs autres pour lui suppléer.
Une autre expérience non moins curieuse que la précédente a été tentée sur un troisième cbeval. Une lame de couteau a été enfoncée dans la région cervicale , entre l’occipital et l’atlas. Elle a divisé dans
cet endroit la moelle épinière , et l’animal est tombé commesi, pour me servir d’unecomparaison vulgaire, il avait été frappé de la foudre. Tous les muscles se sont relâchés , et leur brusque détente dans tout le corps, au dessous du point divisé de la moelle, a suivi sa chute. En un mot il est tombé lourdement, sans convulsions.
Tout était donc sans mouvement au dessous de la section de la moelle. C’était une chose vraiment remarquable que le contraste de la physionomie de cet animal, qui avait conservé son expression, avec le reste de ce grand corps qui était dans la plus parfaite inertie, dans le relâchement le plus complet. Ainsi les mouvemens de la face étaient conservés ; les paupières étaient agitées , et la supérieure s’élevait et s’abaissait sans cesse. Il y avait un clignement qui augmentait par l’irritation de la conjonctive, l’attouchement des cils , et la ventilation. Les larmes coulaient et les narines se dilataient régulièrement, mais beaucoup plus largement que dans l’état ordinaire, comme si elles avaient voulu remplacer par là les forces respiratoires anéanties. La peau de la face avait conservé sa sensibilité , tandis que celle des membres l’avait perdue. Enfin l’oeil se mouvait dans l’orbite, mais d’une manière irrégulière, et les paupières se fermaient à l’approche de la lumière.
Ce cheval était donc, si je puis dire ainsi, un cadavre dans les trois quarts de son corps. La tète seule semblait vivre , et cette vie elle la devait, sans aucun doute , aux nerfs qui prennent leur origine au dessus du point divisé de la moelle, et qui nécessaire-
ment étaient placés alors sous i’influencede la volonté.
La poitrine fut ouverte , les gros vaisseaux incisés ; le sang qui les gorgeait en sortit à flots , il avait perdu sa couleur vermeille et brillante.
Le cœur était énormément distendu oar le sans, de telle manière qu’il était difficile de saisir Je péricarde. Cependant il était encore agité avec une certaine force , non pas par des mouvemens partiels , mais par des mouvemens de totalité. Le cœur était évidemment paralysé en grande partie, puisqu’il se laissait distendre parle sang qu’il ne pouvait pas expulser.
Je coupai «alors le nerf pneumo - gastrique sur les côtés des bronches. Le cœur cessa instantanément de se mouvoir. Ce n’étaitdoncpasla qualité, la nature du sang qui anéantissait entièrement cet organe en partie paralysé , puisque la section du nerf pneumo - gastrique anéantit complètement les batfemens. Ainsi l’influx nerveux qu’il recevait encore du pneumo-gastrique suffisait pour l’animer et même pour l’agiter.
On lit l’autopsie du cheval et l’on put voir que la moelle épinière avait été coupée un peu au dessus de sou renflement supérieur. La surface coupée était légèrement rougeâtre et ecchymosée.
En conséquence , les nerfs pneumo - gastrique , glosso - pharyngien , facial, optique, trifacial, moteur oculaire commun, moteur oculaire externe, pathétique, et olfactif, avaient été conservés intacts ; ce qui explique les mouvemens volontaires de la face, la sensibilité de l’œil et des narines. Le cœur a résisté pendant quelque temps, parce que les nerfs pneumo- gastriques lui portaient l’influx nerveux.
L'animal a succombé à la paralysie du cœur et à l'asphyxie , deux causes tendant, dans ces circonsiances, à anéantir les sources de la vie.
Il est évident, d’après ces expériences, que les auteurs ont été trop exclusifs en plaçant le cœur sous l'influence de tel ou tel point du système nerveux. Je crois avoir démontré que les expériences de M. Brachet sur le grand sympathique sont loin d’avoir toute l’importance qu’il leur a donnée. Enfin je pense que le nerf grand-sympathique a une action réelle sur le cœur, mais par l’intermède de la moelle épinière, et que le nerf pneumo-gastrique, contrairement à l’opinion de M. Brachet , a une grande influence sur cet organe , comme le prouvent les expériences que j’ai rapportées en détail,
Action du nerf pneumo-gastrique sur le larynx et le
poumon.
Le nerf pneumo-gastrique envoie au larynx quatre nerfs volumineux qui portent le nom de l’organe auquel ils se terminent.
Parmi ces nerfs, les uns sont plus particulièrement , destinés à la sensibilité de la muqueuse du larynx : ce sont les laryngés supérieurs qui viennent se perdre dans celte membrane ; les autres, laryngés inférieurs, venant se distribuer aux muscles , servent aux mouvemens partiels, et à rétrécir ou à agrandir la glotte.
Le nerf laryngé est, dit-on, destiné aux muscles constricteurs aryténoïdien et circo -thyroïdien , et le nerf récurrent aux dilatateurs thyro-aryténoïdien et
crico-aryténoïdien postérieur. M. Magendie a insisté sur celte disposiîion anatomique qu’il a regardée comme réelle et constante. Mais M. Blandin a prouvé, par des recherches récentes, que le muscle arylénoïdien reçoit un gros rameau du nerf récurrent. J’ai aussi, dans des dissections particulières , démontré l’exactitude des recherches de M. Blandin, et j’ai déposé , dans les cabinets de la Faculté, des larynx dont les nerfs avaient été disséqués, et qui confirment ce que nous venons d’avancer.
Ces dispositions anatomiques rendent difficile l’explication des expériences que M. Magendie a faites dans l’intention de démontrer que le nerf récurrent sert à dilater la glotte , et que 1e laryngé sert à animer les muscles constricteurs du larynx. La difficulté n’est pas moindre pour se rendre compte, d’après l’expérience de M. Magendie, de son explication des sons aigus par la section du nerf récurrent, et des sons graves par la division du nerflaryngé supérieur.
Il est constant d’ailleurs que la section des nerfs laryngés apporte de grands changemens dans les fonctions du larynx.
Si l’on examine avec attention ce qui se passe au moment de la section d’un nerf récurrent , on voit la corde vocale, qui se tendait et se levait alternativement pendant l’inspiration et l’expiration , devenir tout à coup immobile, et perdre toute participation «à l’harmonie des phénomènes mécaniques de la respiration. Si l’on coupe les deux nerfs récurrens, le mouvement cesse des deux côtés. Il faut avoue]1 pourtant que l’on voit survivre chez des animaux un léger
mouvement que l’on peut attribuer à la colonne d’air ou cà l’action musculaire. La première de ces hypothèses nous a semblé être confirmée par l’expérience.
Après avoir, le 1er avril 1834, mis à découvert la trachée, je l’ai incisée dans une étendue suffisante pour examiner les cordes vocales, et pour apprécier les changemens que leur ferait subir la section des nerfs aboutissant aux muscles qui les font mouvoir. Les cordes vocales se rapprochaient et s’éloignaient l’une de l’autre pendant l’inspiration et l’expiration 5 ces mouvemens de la glotte étaient si réguliers et tellement en harmonie avec ceux de la poitrine , qu’il y avait un isochronisme parfait entre la dilatation de la glotte et celle de la poitrine.
J’ai, sur le même animal, coupé les nerfs laryngés supérieurs gauche et droit , et, malgré cette section , les cordes vocales ont continué de fonctionner. Elles sont devenues pourtant un peu plus saillantes dans le larynx. Si après cette opération les changemens ont été peu remarquables, il n’en a pas été de même de ceux que j’ai observés après la division des nerfs récurrens. Les cordes ont cessé de se mouvoir, et la glotte n’a plus éprouvé de mouvemens de dilatation et de resserrement. J’ai pu, en coupant le nerf récurrent gauche, abolir les mouvemens de la corde vocale gauche , et opérer ensuite le même phénomène partiel pour le côté droit, ce qui démontre l’indépendance réciproque des cordes vocales et de l’action nerveuse qui les anime. J’ai remarqué pendant une minute que les cordes vocales étaient agitées de petites convulsions irrégulières et précipitées, qui ont
bientôt cessé pour ne plus reparaître. Je les ai expliquées par les dernières palpitations d’un muscle qui, bien que n’ayant plus de régulateur , contient cependant une certaine quantité de fluide nerveux qui s’épuise ainsi.
Quand on expérimente sur de jeunes animaux qui ont le larynx plus étroit, les cordes vocales se touchent immédiatement après la section des nerfs récurrens, ce qui amène une très grande difficulté dans la respiration ; tandis que, chez les animaux qui ont un larynx plus large et qui ont de l’élasticité dans les cordes vocales, surtout chez ceux qui sont plus âgés, il existe toujours un intervalle entre les ligamens qui les constituent; ce qui permet à l’air d’entrer et de sortir, et s’oppose à l’asphyxie.
J’ai coupé sur un chevreau les deux nerfs récurrens, et à l’instant la voix a été perdue; les cordes vocales avaient cessé de se mouvoir.
Cette expérience , renouvelée sur un second chevreau, a amené le même résultat: l’aphonie était complète; il n’existait plus qu’un son particulier qui se passait dans les fosses nasales, et qui n’était que le résultat des vibrations de l’air.
Bien que ces deux opérations aient été faites, l’une le 27, et l’autre le 30 avril 1835, ces deux chevreaux avaient au 1er mai conservé leur gaité, leur force et leur agilité.
Sur une chèvre noire, forte et âgée, j’ai coupé les deux nerfs récurrens : la voix a été perdue, et il n’existait qu’un son désagréable, qui se formait dans je nez et dans la bouche. J’ai incisé la trachée, et
j'ai vu que les cordes vocales laissaient entre elles un espace qui permettait l’entrée et la sortie de l’air; il n’existait du reste qu’un léger mouvement dû à la colonne d’air qui traversait l’ouverture faite à la trachée , et qui rencontrait sans doute celle qui pénétrait parla bouche. Dans aucun cas, cependant , je n’ai vu ce que les auteurs ont avancé sur la fermeture de la glotte. On sait que, pour expliquer ce phénomène, les physiologistes ont dit que, dans ce cas, les cordes vocales étaient poussées par une colonne d’air venant du poumon et une autre venant de la bouche. Cela pourrait être vrai, si les cordes vocales avaient un excès de longueur ; mais il n’en est rien, puisqu’elles ne se touchent qu’avec une très grande difficulté par la contraction violente du muscle aryténoïdien.
Sur une chèvre blanche, très forte , j’ai coupé les nerfs récurrens; à l’instant , les cordes vocales ont été frappées d’immobilité , et cependant il existait entre elles un espace qui permettait à l’air d’entrer et de sortir librement.
J’ai renouvelé la même expérience sur une autre chèvre le 13 mai, et elle a entraîné la perte de la voix. Le 15 suivant, l’animal fit entendre un son, qui, se formant dans les fosses nasales, alla en augmentant jusqu’au 19 mai.
Trois jours après, j’ai coupé le nerf pneumo-gastrique gauche ; cette section a été horriblement douloureuse, aussi l’animal a-t-il poussé des cris épouvantables , et le son qui se formait dans les fosses nasales a été en grande partie anéanti. Le 28, l’ani-
mal a été pris de toux. Le 7 juin , il avait repris de l’appétit , et donnait beaucoup de lait , produit qui avait été supprimé pendant les premiers jours de la section du nerf. Le 21 juin , le son que nous avons déjà signalé s’est fait entendre avec la même intensité. Ce même jour, je coupai le pneumogastrique droit. La toux se montra plus fréquente et plus violente : la suppression du lait fut totale le 22 ; les mamelles étaient flasques et vides; la respiration se faisait avec peine, et le ventre, très volumineux, résonnait par la percussion ; les yeux avaient perdu de leur éclat; enfin, la mort arriva le 24, après de violons frissons et des frémissemens.
Le cadavre est remarquable par la rigidité de tous les muscles, par le volume du ventre et du cou, dont la peau , ainsi que celle de tout le corps , est injectée de sang veineux; les veines sont gorgées de sang. Le nerf récurrent gauche avait été coupé vers la partie moyenne du cou, et les deux bouts cicatrisés étaient réunis par une substance grise membraneuse. Cette cicatrice est formée par du tissu cellulaire , et non par de la substance nerveuse. Le nerf récurrent droit avait été aussi divisé , et les deux bouts se continuaient par une substance membraneuse.
Les nerfs pneumo-gastriques avaient été coupés dans toute leur épaisseur : l’un d’eux était encore infiltré de sang; l’autre, plus anciennement divisé, présentait un renflement à son extrémité supérieure, qui se continue avec l’inférieure au moyen d un tissu cellulaire un peu résistant. Les veines jugulaires contiennent beaucoup de caillots , et l’œsophage est
rempli de gaz et de matières herbacées. La trachée contient des herbes qui avaient traversé l’ouverture du larynx.
Le poumon gauche , rose dans une partie de son étendue, présente çà et -là des taches noirâtres. Si on le presse, il crépite dans certains endroits ; dans d’auires, au contraire, il reste mat. Le poumon droit est noir dans presque toute sa longueur, et très lourd ; coupé par tranches , il laisse suinter une grande quantité de sang. Le déchirement du lobe droit ne produit aucune crépitation et nul suintement de sang. Le cœur reste rempli de ce liquide coagulé, qui a la forme des cavités qui le contiennent.
Le nerf pneumo-gastrique gauche a perdu de son volume. Si on le coupe dans son épaisseur, on voit que les filets en sont atrophiés et grisâtres. Le pneumo-gaslrique droit est plus gros que le gauche. Chacun de ses filets est distinct, et contraste par sa blancheur avec le gauche. Cette dilférence s’explique, si l’on considère que le premier avait depuis longtemps cessé ses fonctions, tandis que le second les avait au contraire perdues depuis peu de jours seulement.
L’extrémité renflée d’un des nerfs pneumo-gastriques est recouverte d’une membrane dense et blanche , sur laquelle tous les filets nerveux viennent se rendre; du reste, leur insertion est parfaitement isolée et distincte. Le renflement de ce nerf était évidemment dû à l’épaisseur de la cicatrice. Une coupe longitudinale a prouvé que cette cicatrice était formée par du tissu cellulaire, et non par
une substance nerveuse. Ainsi, de la lymphe déposée à l’extrémité du nerf divisé, peut-être la partie coagulable du sang organisé, et des lamelles de tissu cellulaire confondues avec ce liquide exhalé, formaient la cicatrice.
Sur les extrémités du nerfleplus récemmentcoupé, j’ai trouvé une couche épaisse de fibrine qui les protégeait.
On peut conclure de ce qui précède:
1° Que les nerfs récurrens animent les muscles des cordes vocales;
2° Que leur section entraîne l’abolition du mouvement de ces cordes;
3° Que l’immobilité de ces ligamens thyro-arythénoïdiens produit l’aphonie;
4° Que cependant il existe après la paralysie des cordes vocales, chez les grands animaux, ou chez ceux dont les cordes vocales sont très élastiques et longues, un espace qui permet à l’air d’entrer et de sortir, ce qui explique la persistance de la vie;
4° Que, pour les jeunes animaux, la mort arrive plus promptement que chez ceux qui sont plus âgés , parce que les cordes vocales se touchent.
Action du nerf pneumo-gastnque sur le poumon.
Beaucoup de physiologistes ont pensé que le nerf pneuino-gastrique était sans influence sur le poumon , et que sa section n’apportait aucun changement aux fonctions de cet organe ni à l’hématose. C’était l’opinion de Bichat, qui, se fondant
sur ce que la morl n’était pas instantanée après la section du nerf pneumo-gastrique, disait que ce nerf devait être dépourvu d’influence sur la formation du sang artériel. Dupuytren a émis une opinion différente, et accordait à cesnerfs une action directe sur le sang ; il a appuyé sa manière de voir sur une expérience qu’il a regardée comme concluante , et qui consiste à ouvrir l’artère faciale après la section du nerf pneumo-gastrique. Le sang est bientôt sorti noir, et ayant perdu sa propriété la plus vitale , pour ainsi dire , sa coloration rutilante.
Quelques physiologistes ont même pensé que l’air chassé par l’expiration présentait la même composition chimique que celui qui était inspiré.
Il faut dire cependant que, depuis, plusieurs expérimentateurs sont revenus à l’idée de Bichat. MM. Dumas, Brodie , de Blainville , ont annoncé que la destruction du nerf pneumo-gastrique ne modifiait point les fonctions du poumon , et même que par elle la sangnification n’éprouvait pas l’altération la plus légère. M. Sédillot dit qu’il a vu des animaux vivre plusieurs mois après cette expérience. D’un autre côté, Magendie et Mayer ont toujours vu la section des nerfs pneumo-gastriques suivie d’une mort par asphyxie plus ou moins prompte.
Assurément, voilà des expériences bien contradictoires , puisque les faits avancés par les uns sont repoussés par les autres. Les explications pourraient être différentes , mais les faits devraient être les mêmes. A quoi attribuer une pareille divergence d’opinions et des résultats si opposés? Tous les physio-
logistes que je \ iens de citer sont des hommes de bonne foi , des hommes d’un mérite reconnu et également dévoués à la science. Or, on ne peut expliquer leur dissidence qu’en remarquant que les changemens dans la nature du sang n’ont pas toujours eu lieu avec la même promptitude.
Toutes les fois, en effet, qu’on examine le sang qui sort d’une artère , il est évident qu’après la section de ces nerfs il a perdu, sinon tout à fait sa couleur vermeille, au moins en grande partie. Mais la coloration veineuse est d’autant plus prompte, d’autant plus complète, que l’animal est plus jeune, que le larynx est plus étroit, et que les cordes vocales sont plus rapprochées. L’influx nerveux ayant cessé, et les cordes vocales étant dès lors paralysées , l’air circule avec une extrême difficulté.
Je ne pense pas que l’on puisse attribuer la coloration anormale du sang au changement survenu dans les fonctions du poumon. C’est le coeur qui a éprouvé une atteinte profonde dans les mouvemens, et qui, comme je l’ai déjà dit, s’oppose au retour du sang vers l’organe pulmonaire. Je ne veux cependant pas dire par là que le pneumo-gastrique soit sans influence sur les fonctions du poumon , car son influence directe m’est au contraire bien démontrée par l’expérimentation.
Toutes les fois qu’un nerf pneumo-gastrique a été coupé dans la rég ion cervicale, on est sûr, si l’animal est tué, de trouver le poumon correspondant plus lourd que celui du côté opposé. On rencontre des plaques noirâtres disséminées dans son épaisseur, et
toutes sont dues à l'infiltration du sang au sein des tissus qui le composent.
Ces ecchymoses sont accompagnées d’une sérosité sanguinolente que l’on retrouve dans les bronches. Enfin, coupé par tranches, le poumon laisse sortir par les incisions une quantité variable de sérosité. Si l’animal n’est pas sacrifié, le sang est résorbé dans l’épaisseur du poumon. Les vésicules pulmonaires diminuent de calibre et même s’oblitèrent , et lorsqu’on vient à faire mourir l’animal, on trouve le poumon atrophié, et beaucoup moins crépitant.
Le nerf a-t-il de l’influence sur tous les tissus de cet organe, ou agit-il plus particulièrement sur les vaisseaux qui le parcourent? Il me semble, comme le démontre l’anatomie pathologique, que son influence est continuelle sur les vésicules pulmonaires, comme le prouve l’imperméabilité du poumon dans certains endroits. I! agit aussi sur la membrane muqueuse bronchique, et sur la musculeuse trachéale; mais il a surtout une influence bien marquée sur la circulation du poumon , sur les veines et sur les artères.
En effet, l’exhalation sanguine qui se fait dans les bronches , l’infiltration du sang qui a lieu dans l’épaisseur de l’organe pulmonaire ne permettent pas de douter de l’action de ce nerf sur les vaisseaux sanguins.
Action du nerf pneumo-g as trique sur l œsophage et sur Vestomac — Le nerf pneumo-gastrique donne à l’œsophage la faculté contractile : les nombreux filets qui entourent ce conduit sont destinés à en animer
les fibres musculaires. C’est donc à ce nerf qu’est due la faculté de resserrement et de raccourcissement de l’oesophage pendant la déglutition.
Si on irrite le pneumo-gastrique, on fait entrer ses fibres musculaires en contraction ; si l’on établit un courant entre ce nerf et la moelle , au moyen de la pile, l’œsophage est saisi de convulsions et de contractions désordonnées.
En conséquence , puisque l’œsophage tire son irritabilité du nerf pneumo-gastrique , il doit être frappé de paralysie après la section de ce cordon nerveux. Ce résultat a été prouvé jusqu’à l’évidence par les expériences tentées sur les animaux.
Ainsi j’ai toujours remarqué, en coupant un nerf pneumo-gastrique, que la déglutition devenait difficile , et que la portion d’œsophage correspondante était dilatée. La section des deux nerfs entraîne la paralysie complète de l’œsophage; aussi cet organe se dilate-t.-il sur chaque côté du cou et admet-il les gaz. et la masse alimentaire , qui est repoussée de l’estomac dans son intérieur par la seule action des muscles du diaphragme et de l’abdomen. La constance de ces phénomènes ne permet pas de compter sur une seule exception.
Si les liquides et les gaz, qui parcourent l’œsophage de bas en haut parviennent jusqu’au larynx , ils relèvent l’épiglotte , et tombant dans la trachée , amènent une prompte asphyxie et une mort inévitable.
S’il est démontré que le pneumo-gastrique a une action aussi puissante sur l’œsophage, son influence
sur l’estomac n’est pas moins évidente, puisque le mouvement vermiculaire cesse dans ce viscère après la section du nerf qui nous occupe. Les fibres musculaires de l’estomac reçoivent donc leur animation des mêmes sources que l’œsophage.
A l’action directe que le pneumo-gastrique exerce sur la musculeuse , on ajoute une influence sur la muqueuse stomacale , et la masse alimentaire contenue dans son intérieur.
Pour prouver que les nerfs pneumo-gastriques agissent directement sur Pestomac et la muqueuse stomacale, on a tenté diverses expériences qui n’ont pas toujours été identiques , qui même ont produit quelquefois des résultats contradictoires. Pourtant cette influence sur l’organe de la digestion existe réellement, et le doute n’est pas permis après les faits que nous alions rapporter.
Haller a vu, au moment où il faisait la ligature du nerf pneumo-gastrique, l’estomac agité de convulsions perdre bientôt toute puissance contractile.
M. de Blainville rapporte, dans sa thèse inaugurale, qu’il a fait avaler de la vesce à des pigeons, et qu’il n’a remarqué aucun changement dans cette graine , lorsque immédiatement après son ingestion il avait coupé le nerf pneumo-gastrique.
Legallois cite, dans son ouvrage sur le principe de la vie, des expériences qui, faites sur des cochons d’Inde, confirment celles deM. de Blainville, puisque cet auteur a paralysé la chymification par la section des nerfs pneumo-gastriques.
M. Dupuy, après la même opération, tentée sur
des chevaux, des brebis et des chiens, n’a pu découvrir aucune altération dans la masse alimentaire.
Wilson Philipps proclamait en Angleterre des résultats pareils ; mais la société de Londres à laquelle il ht connaître son travail ayant nommé un de ses membres pour en examiner les conséquences , il fut reconnu que l’endroit où la section était faite pou vait amener de grandes différences dans les résultats; qu’ainsi la section du pneuino-gastrique , faite au dessus du plexus pulmonaire , était suivie de l’altération de l’hématose, mais que, pratiquée au contraire au dessous du même plexus , elle n’empêchait pas la digestion de continuer.
M. Magendie pense aussi que la cessation des fonctions de l’estomac dépendait du trouble de la respiration, quand le nerf avait été divisé au cou. Avant opéré cette division au dessous du plexus pulmonaire, il trouva que la chymification avait continué, et qu’il en était résulté un chyle abondant et pur.
Plusieurs physiologistes refusèrent d’admettre la cessation complète des fonctions digestives après la division de la huitième paire; et Wilson Philipps, cherchant l’explication de ces faits contradictoires, crut l’avoir trouvée dans la manière dont l’expérience est faite. Ainsi, suivant lui, la simple division du nerf pneumo- gastrique n’abolit pas complètementla chymification, mais pour produire complètement ce phénomène, il faut faire subir au nerf une perte de substance. Il ajoute qu’on a pu rétablir la digestion, en établissant un courant galvanique.
Ce fait a été signalé depuis par MM. Girard, Bres-
chet, Vavasseur et Milne Edwards, qui ont vu l'avoine réduite en chyme dans l'estomac du cheval, sous l’influence de l'électricité.
MM. Edwards et Breschet publièrent en 1825, dans les Archives de Médecine , des expériences qui tendaient «à démontrer que la division des nerfs pneuino - gastriques ralentit seulement la digestion, et n'entraîne pas l’anéantissement de la chymification. Suivant eux , le ralentissement de la digestion est dû à la paralysie des fibres musculaires.
MM. Leuret et Lassaigne enlevèrent quatre à cinq pouces des nerfs pneumo- gastriques , sur un jeune cheval à jeun depuis quatre jours. L’animal mangea huit litres d’avoine, qui furent chymiflés huit heures après : les vaisseaux lactés étaient remplis de chyle.
M. Sédillot a, dans sa dissertation, dit que la section du pneuino-gastrique entraîne d’autant moins de trouble dans la digestion , que l’animal a un estomac moins musculeux et se nourrit de substances facilement assimilables. Un chien qui avait subi cette expérience , succomba deux mois et demi après la section , quoiqu’il mangeât de la viande avec avidité. Il mourut dans le marasme.
Les expériences que j’ai rapportées doivent avoir pour résultat certain de jeter le trouble dans l’esprit du lecteur, à cause de la contradiction qui les divise. Cependant , puisque la section des nerfs pneumo -gastriques produit des changemens notables dans les contractions de l’estomac , il peut en
conclure qu’une paralysie incomplète des fibres musculaires de cet organe est le résultat de leur division, et produit le ralentissement de la digestion.
Après cette section , l’irritabilité de l’estomac n’est pas complètement anéantie, à cause des filets nerveux qu’il reçoit du plexus solaire : aussi conserve-t-il les faibles contractions vermiculairesentretenues par l’influx nerveux du grand sympathique. On ne doit donc pas s’étonner si après la division des nerfs pneumogastriques la digestion stomacale s’opère encore , l’action du diaphragme et des muscles du ventre contribuant à expulser le chyme et à le pousser dans la première portion de l’intestin grêle.
Pourquoi le nerf pneumo-gastrique aurait - il un pouvoir tellement étendu sur les fonctions de l’estomac, qu’on ne pourrait le diviser sans interrompre la chymification ? Il ne peut pas plus l’abolir qu’il ne peut empêcher l’hématose par une action directe sur le sang. Cependant les physiologistes ont voulu prouver que le nerf pneumo-gastrique agit sur la masse alimentaire, et ils ont fait diverses expériences poulie démontrer. Persuadés que le fluide nerveux est indispensable au bol alimentaire pour que celui-ci se transforme en chyme, ils ont cru qu’il suffisait, pour rendre leur opinion évidente , de faire subir une perte de substance au nerf pneumo - gastrique; d’établir ensuite une communication entre les deux bouts du nerf, au moyen de conducteurs qui communiquaient avec la pile. Pour résultat de cette expérience , ils ont vu l’avoine chymifiée, tandis que cette graine est demeurée intacte chez un autre ani-
mal sur lequel on avait seulement coupé le nerf. Ces faits ne peuvent être réfutés , mais impliquent - ils l'évidence? C’est ce que nous ne pouvons penser.
Nous croyons que l’action de la pile a pour effet d’exciter les contractions musculaires , d'agiter ainsi la masse alimentaire, et de la mettre en contact, dans un temps donné , avec une plus grande quantité de suc gastrique.
Ainsi, nous ne pouvons d’une part croire avec certains physiologistes , que le pneumo - gastrique est inutile aux fonctions de l’estomac, puisqu’il anime les fibres musculaires , comme le prouvent la désorganisation de ce viscère et l’influence de la pile ; nous ne pouvons pas non plus penser, avec d’autres auteurs , que ce nerf soit seul agent dans la chymification, puisqu'il est vrai qu’en le coupant on n’empêche pas cette transformation.
Si ces deux opinions différentes ne conduisent pas à la vérité, c’est qu’il ne fallait pas chercher dans le pneumo - gastrique seul la source de la chymification, mais la demandera plusieurs nerfs, chercher sur quelles parties de l’estomac ils agissent , s’assurer si leur influence porte sur la fibre contractile, et si le bol alimentaire n’éprouve pas de changemens par le fait des liquides versés dans l’intérieur de l’estomac. La question ainsi posée, il devenait facile d’en finir avec la chymification qui s’opère par l’action des sucs gastriques et par les liquides exhalés , et il ne restait plus alors qu’à chercher la cause du ralentissement du chyme dans l’estomac. En suivant cette route on en serait venu à reconnaître que le nerf
pneumogastrique agit comme excitant des fibres musculaires , que de plus le grand sympathique leur porte aussi l’animation , puisque la pile électrique excite des contractions dans l’estomac , quand on a établi une communication entre ces nerfs et le ventricule; phénomène qui se reproduit si l’on place une aiguille dans la moelle épinière, et une autre dans l’estomac. On trouvera enfin que ces deux nerfs animent les vaisseaux de ces derniers organes.
Maladies du nerf pneumo- gastrique.
Le fonctions compliquées de ce nerf ont dû favoriser le développement de ses maladies, à cause de son mode de terminaison et des usages plus ou moins variés des organes auxquels il se distribue.
Les fonctions de ce nerf peuvent être interrompues par des causes qui nous sont inconnues} si cette interruption est momentanée, le trouble fonctionnel cesse aussitôt que la circulation nerveuse est rétablie.
Ce trouble fonctionnel , qui résulte de son altération, réagit sur le système nerveux, sur les muscles du larynx et sur ceux de l’oesophage.
Ce nerf peut apporter à un organe une quantité de fluide plus grande que d’habitude, et, par cet afflux anormal, donner lieu à des contractions que l’on a nommées palpitations du cœur. Quelquefois au contraire la circulation paraît gênée dans ce cordon nerveux , et alors l’équilibre étant rompu dans l’organe , il en résulte des mouvemens désordonnés et
irréguliers. La névralgie de ce nerf a reçu le nom d’angine de poitrine lorsque le plexus pulmonaire est le siège des accidens,ou de gastralgie, lorsqu’elle occupe l’estomac. Quelquefois la névralgie affecte à la fois les rameaux de l’oesophage, ceux du poumon et de l’estomac ; alors les alimens ne peuvent être portés dans ce viscère sans de vives douleurs ; il peut arriver même que la déglutition devienne impossible, comme j’en ai vu un exemple sur un employé du Cirque- Olympique.
Le nerf pneumo-gastrique, étant destiné à apporter des renflemens nerveux le fluide nécessaire à l’animation des organes auxquels il se distribue, sert à porter au cerveau les impressions internes de toutes espèces. C’est lui qui apporte au cœur et à l’estomac l’influence de la douleur ressentie par le cerveau, ce qui , dans cette circonstance , jette le trouble dans les fonctions de l’un et de l’autre organe. C’est lui qui dans les affections morales altère l’organe de la voix, bouleverse les mouvemens du cœur et dérange la digestion.
Enfin c’est le pneumo-gastrique qui , lorsque ces derniers organes sont malades, fait connaître au cerveau les altérations qu’ils ont subies.