‹ Etudes sur le système nerveuxChapitre 4 sur 28 · XVII · texte numérisé non relu

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signifient ces centralisations et localisations clans les ganglions communiquant par des filets ou des chaînes nerveuses? Faut-il en conclure autre chose, sinon que les auteurs de ces théories n’ont pas pu prouver ce qu’ils voulaient faire admettre, parce quelles n’étaient que l’œuvre de l’imagination?

Si l’anatomie comparée n’a pas jeté un jour éclatant sur les fonctions du système nerveux, du moins elle a détruit un grand nombre d’erreurs, en même temps quelle ajoutait de nombreux faits à ceux que nous possédions déjà. C’est par ce mérite que brillent le savant ouvrage de M. Serres, et celui de M. Desmoulins, qui, moins important, se recommande par d’utiles recherches.

J’ai eu occasion, dans le cours de cet ouvrage, de démontrer, à l’aide de l’anatomie et de 1 expérimentation, à quoi l’on doit réduire les prétentions de la phrénologie. Il serait intéressant de les comparer à un système moins ambitieux, mais beaucoup plus vrai, à la physiognomonie. Le système nerveux aurait - il une grande influence sur la forme extérieure du corps? Les images qui viennent s’y peindre comme sur un miroir, les expressions variées

qui viennent s’y rencontrer comme des rayons lumineux au foyer d’une lentille, peuvent-elles laisser des traces de leur passage sur les traits, dans les yeux, sur la coloration de la peau, sur l’ensemble et sur l’harmonie du visage? Enfin la physionomie peut-elle faire apprécier les sensations intérieures, peut-elle être l’interprète fidèle des goûts et des désirs qui nous agitent et nous bouleversent? ou bien tout cela est-il exprimé sur la voûte du crâne , et faut-il chercher dans les saillies osseuses les moyens de reconnaître les facultés les plus cachées, jusqu’aux moindres penchans?

Il n’est pas un médecin peut-être qui , entraîné par les attraits séducteurs de la phrénologie, n’ait cherché à se rendre compte par luimême de tout ce quelle lui promettait. Moi aussi, alors que je n’avais encore étudié que d’une manière légère les opinions si variées qui partagent les philosophes sur l’intelligence, j’avais été vivement frappé des idées de Gall, et, de bonne foi, j’ai demandé à l’expérience la confirmation d’une doctrine à laquelle je me sentais disposé à croire aveuglément. Mes tentatives ne furent que des déceptions nouvelles, et elles me conduisirent à ne jamais juger des

facultés humaines d’après quelques bosses insignifiantes et trompeuses. J’ai trouvé plus de vérité, je l’avoue, dans les dispositions des traits, la direction des sourcils, la mobilité ou l’immobilité de la face, l’expression des yeux , de la bouche, en un mot dans la physionomie interrogée dans tous ses détails. J’ai été conduit à trouver en elle un interprète souvent éloquent et fidèle , et à ne voir dans le crâne qu’une boîte osseuse, inanimée, sourde et muette à toutes les investigations de l’observation.

Un crâne développé et bien conformé indique, lorsqu’on le considère dans son ensemble, un cerveau en rapport avec ce développement, et des facultés intellectuelles plus ou moins élevées. Examiné dans ses détails, le crâne ne peut servir de base à la localisation des facultés; aussi s’est-on en vain engagé dans des discussions pénibles.

Les efforts de l’observateur sont demeurés stériles lorsqu’il a voulu tracer une topographie à l’extérieur de la tête, dans le dessein de nuancer et de circonscrire les facultés par de nombreuses lignes. C’est pour avoir voulu sillonner les crânes de ces démarcations fictives

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que les phrénologistes ont été obligés de eréer des facultés qui empiètent les unes sur les autres. Du reste, que d’objections débattues sont venues donner un démenti éclatant à ces séduisantes doctrines! Devinez donc cet assassin ou ce sacrilège qui vous offre les bosses si proéminentes de la théosophie! Expliquez donc pourquoi ce musicien, dont le talent vous étonne, vous enchante, ne possède aucune trace de la bienheureuse bosse de l’harmonie! Vous ne le pouvez pas. C’est que, chez le premier, une mauvaise éducation, la misère, l’habitude de s’endurcir dans le mal, ont fini par le faire ennemi de la société; et, chez le second, une volonté ferme, persévérante, un travail opiniâtre, ont été peut-être jusqu’à vaincre une organisation rebelle et peu intelligente. Quel est l’homme d’ailleurs qui, en dirigeant tous ses efforts vers un seul point, ne parvient pas le plus souvent à se rendre remarquable dans les arts mécaniques? Qui voudrait nier qu’un travail assidu ne surmonte d’incroyables difficultés et ne supplée à la prétendue bosse indispensable? J’ai visité le bagne de Brest ; j’ai trouvé les forçats remarquables par leur physionomie fausse, cruelle, stupide ou dissi-

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mulée; mais, chez tous, le crâne muet ne m’a rien pu apprendre sur leurs penchans et leurs

inclinations. J’ai vu le prêtre Contr. ; sa

tête est peu volumineuse, elle est aplatie en arrière et peu étendue en largeur. Mais sur sa physionomie sont profondément empreints les caractères de la bassesse, du mensonge et de la fourberie : la débauche respire dans ses yeux cupides et lâches; et, f dans le curieux hôpital de fous de Nantes, dirigé par un médecin*1 dont la bienveillance égale le mérite, j’ai vu un idiot qui a la manie |de tout| cacher dans ses poches, et cependant il est impossible, avec la meilleure volonté, | de [trouver’ sur le crâne la bosse de la propriété. Les tempes sont aplaties, le front est assez saillant, et le derrière de la tête offre de faibles dimensions, et cependant les caractères de l’animalité dominent; il est touché de la vue des femmes, et est porté aux désirs et à l’amour physique.

Les observations de ce genre sont tellement nombreuses qu’il est puéril de les multiplier ici. Mais la phrénologie a souvent fait ses applications après la mort , et presque toujours sur des individus dont la vie avait été remarquable. Ainsi la tête de Napoléon a passé sous

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son compas et a fait son. désespoir, en ne se prêtant sous aucun point à l’interprétation de la haute intelligence du grand homme. Ici, comme dans beaucoup d’autres circonstances analogues, la phrénologie n’a été que ridicule; c’est un travers qu’on doit lui pardonner. Mais elle est tombée quelquefois dans des écarts plus graves en allant, par exemple, jusqu’à trouver dans le crâne de Dupuytren la bosse de la destructivité, bosse qui l’aurait porté à préférer la profession de chirurgien, pour avoir le plaisir de voir couler le sang plus souvent. On comprend que de pareilles allégations sont beaucoup trop au dessous du langage sévère de la science pour mériter une réfutation tant soit peu sérieuse : on ne se sent pas même le courage de s’en indigner; il faut les reléguer avec cette partie de la phrénologie qui est devenue un des charlatanismes les plus honteux: elles sont dignes à tous les titres de ces magiciens demouveau régime, qui livrent au public des consultations cupides, encouragés par la faiblesse de l’esprit humain et l’amour de l’argent.

On ne saurait assurément adresser aucun de ces reproches au système plus modeste, mais plus ingénieux et surtout plus vrai, deLavater,

système qui repose sur fétude de l’expression du visage , des gestes , de l’attitude du corps. Toutes les parties qui présentent dans leur organisation des muscles et des nerfs, concourent plus ou moins à former cette espèce de miroir, dans lequel viennent se réfle'chir les sensations internes, les impressions perçues, enfin le travail habituel de l’intelligence.

Mais c’est surtout sur le visage que viennent se révéler les sentimens les plus cachés; c’est là que siège cette faculté admirable de l’homme de pouvoir exprimer par le jeu de la physionomie ce qu’il éprouve, faculté refusée à tous les autres animaux, et même au singe, qui peut bien devenir un imitateur grimacier, mais dans les traits duquel on ne saurait jamais lire les besoins et les impressions.

« La beauté et la laideur du visage ont un » rapport étroit avec la constitution morale » de l’homme, a dit Lavater. Ainsi, plus il est » moralement bon, plus il est beau; plus il » est moralement mauvais, plus il est laid. » (Tome III, p. 23g. )

« Il n’est rien plus vraysemblable, dit

» Montaigne, que la conformité et relation du » corps à l’esprit. »

« Je ne puis dire assez souvent combien

» j’estime la beaulté, qualité puissante et ad- » vantageuse »

« Socrate l’appeloit une courte tyrannie,

» et Platon le privilège de nature;.*, nous n’en » avons point qui la surpasse en crédit : elle » tient le premier reng au commerce des hom-

mes; elle se présente au devant; séduict et 3) préoccupe nostre jugement avecques grande 33 auctorité et merveilleuse impression. 33 (Montaigne.)

Chez l’homme, une partie du visage suffit quelquefois pour trahir une sensation : ainsi les yeux peignent l’amour, la haine, la bouche témoigne l’approbation; mais le concours de toutes les parties qui le composent est nécessaire pour exprimer les mouvemens combinés, la conviction, la résignation, par exemple.Les passions se peignent sur tous les traits d’une manière frappante, souvent même désespérante pour celui qui n’a pas la force de se maintenir. Aux yeux de quel homme la physionomie ne trahit-elle pas la joie, la colère, la jalousie? Assurément il faut bien admettre que quelquefois, par une dissimulation long-temps étudiée, on finit par donner au visage une impassibilité trom-

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peuse; mais aussi dans combien de circonstances cette impassibilité n’est-elle pas trahie? combien de fois n’a-t-elle pas dévoilé les plus hautes pensées? Que de fripons auraient pu impunément livrer leurs crânes aux compas phrénologiques, qui n’auraient pu échapper au regard pénétrant, de l’observateur !

Enfin, jusque dans le sommeil, le visage retrace encore par son calme ou son agitation la tranquillité de lame, la douleur, l’envie ou le remords. Dans ce moment, où toutes les passions semblent éteintes, il est encore l’interprète de nos sensations, sans que pour cela il puisse expliquer l’acte intellectuel, qui sera sans doute toujours un mystère impénétrable.

On ne saurait donc refuser, dans le plus grand nombre des cas , une grande vérité au système basé sur l’étude de la physionomie. Quel est l’homme qui, à l’aspect d’un individu, ne s’est pas senti entraîné vers lui, ou n’a pas éprouvé une influence répulsive, et cela sans avoir besoin d’examiner son crâne? Assurément, je suis loin de vouloir proclamer l’infaillibilité de ce système; mais, si je le compare à la phrénologie à laquelle M. Broussais vient

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