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encore d’ajouter l’imposante autorité de son nom, je ne puis m’empêcher de voir, d’un côté, le résultat d’une observation exacte, constaté par une application journalière, et de l’autre une théorie , dont l’erreur se débat vainement contre le raisonnement et l’expérience.
Il me reste à exposer la marche que j’ai suivie dans cet ouvrage. Après avoir analysé les travaux de Charles Bell, qui ont amené une sorte de révolution dans la physiologie du système nerveux, et après en avoir fait l’examen critique, j’ai étudié le fluide nerveux dans l’homme et dans les poissons électriques, chez lesquels il semble accumulé, comme dans la torpille, le silure et le gymnote. Après avoir dirigé mes recherches sur le siège de la sensibilité , et les organes qui sont doués de cette faculté, c’est à dire sur ceux seulement qui reçoivent des nerfs, puisque sans ces derniers il n’y a point de sensibilité tactile et morbide, je me suis demandé s’il n’existait pas des organes conducteurs des impressions et de la volonté. J’ai étudié ensuite avec le plus grand soin la source des contractions musculaires, la sensibilité et le mouvement, l’influence du système nerveux
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sur l’appareil circulatoire , les secrétions , etc.
Après avoir tracé à grands traits ces généralités, j’ai écrit l’histoire particulière de chaque nerf, de chaque renflement nerveux. En m’occupant des fonctions du cerveau et du cervelet, j’ai dû examiner toutes les opinions contradictoires qu’avait soulevées la phrénologie, et je les ai discutées avec impartialité. En décrivant les fonctions du pneumo-gastrique , et son influence sur le cœur, j’ai du m’occuper de ces théories , qui ont pour but l’action des autres parties du système nerveux sur cet important organe , et j’ai aussi dirigé des recherches expérimentales nombreuses sur les fonctions du grand sympathique.
Cet exposé embrasse-t-il tout ce que l’on peut dire du système nerveux, et n’avons-nous pas laissé inexpliqué le mystère de quelques unes de ses merveilleuses fonctions? Nous n’avons pas pu prétendre lever le voile qui les couvre, et l’intelligence est encore un de ces secrets profonds que l’homme admire sans les comprendre. Il faut en dire autant des sentimens intérieurs de l’ame, qui ne peuvent être ni interprétés ni expliqués, de ces peines cachées, de ces chagrins rongeurs qui, exténuant
l’homme, le réduisent à son écorce matérielle, et qui ont échappé à la science des philosophes, des médecins et des métaphysiciens. L’homme doit donc s’arrêter devant cet infini, où il n’a jamais pu lire.
Nous ne pouvons pas connaître davantage ces aberrations nerveuses, la folie, le délire, la colère, la jalousie, et ces mille passions qui agitent le cœur de l’homme , et qui s’enveloppent dans des replis cachés et impénétrables.
Et ces altérations du système nerveux, qui amènent à leur suite une soif brûlante et la faim non satisfaite, peut-on les expliquer , les pénétrer , les comprendre ? Reportons-nous un instant à ces scènes terribles qui suivirent le naufrage de la frégate la Méduse , et rappelonsnous par quelles extravagances, par quelles folies, par quelles imaginations étranges se signalèrent les aberrations du système nerveux, chez les hommes qui couvraient le radeau, auquel la vague et la tempête finirent par servir de pilote : pourrons -nous les expliquer? Torturés par une soif ardente, ces hommes désaltéraient leurs lèvres desséchées par de l’urine refroidie, et cette boisson était pour quelques uns si agréable, qu’ils la volaient aux
autres, bien que l’ingestion de ce liquide fut promptement suivie du besoin d’uriner. Mais comment, chez ces mêmes hommes, des morceaux d’étain, portés dans la bouche, pouvaientils apaiser la soif par la fraîcheur qu’ils produisaient? comment cette sensation de froid agit-elle sur le système nerveux? On ne peut en réalité reconnaître le mode d’action de la privation des boissons et des alimens sur le système nerveux que par ses résultats , c’est à dire par la vivacité des impressions et la violence des sensations.
C’est ainsi que les malheureux naufragés portaient avec avidité leurs lèvres sur les bouteilles qui avaient contenu des liquides aromatiques, et que celui qui pouvait respirer le parfum d’une bouteille d’essence de rose vide trouvait dans cet acte une source d’impressions les plus douces.
M. de Savigny a pu observer sur le radeau de la frégate la Méduse combien dans de pareilles circonstances le vin agit sur le système nerveux avec force, ou d’une manière inconnue.
La plus petite portion de ce liquide produisait promptement l’ivresse, et faisait bientôt
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naître la mésintelligence et l’ insubordination.
' Ces besoins excitaient chez la plupart de ces malheureux naufragés des aberrations étranges du cerveau, à tel point que quelques uns désiraient satisfaire leur volonté, même aux dépens de leur vie.
D’autres fois, loin d’affecter le système nerveux d’une manière douloureuse, ces besoins produisaient des sensations agréables, et fascinaient même les sens des naufragés. Ainsi M. de Savigny était en proie au charme d’un bonheur imaginaire, caractérisé par un engourdissement général , et par les rêves d’une imagination brillante qui le berçait de riantes images, à la vue de plantations agréables et d’êtres aimables qui l’entouraient et flattaient ses sens. Que dire de ceux qui demandaient leurs hamacs pour reposer dans l’entrepont de la frégate, et de ces infortunés qui se précipitaient dans le gouffre et annonçaient que bientôt ils reverraient leurs camarades? que penser de ce délire et des modifications que le système nerveux avait éprouvées dans ces momens pénibles?
Toutes les opinions consignées dans ce livre ont été basées sur l’anatomie et l’expérimenta-