‹ Études sur le théâtre latin (volume 2)Chapitre 7 sur 7 · SYRUS · texte numérisé non relu

SYRUS

Quoi, sérieusement, vous approuvez ceux qui trompent leurs maîtres ?

CHRÊMES.

Dans certaines occasions je les approuve N'est-ce pas le moyen de

leur épargner de grands chagrins ? etc.» — Comme la morale de T érence est hypocrite et cherche à prévenir toutes les objections 1

(3) Id, 688. Il dit de même, 695 :

videndum est, inquam, Amici quoque res, Clinia, tui in tuto ut collocetur.

334 l^TDDES SUR LÀ CÔMÉÔIE LATINE.

adoucir l'a peihe du vèillârd (1). Mais il ne Vteut plus de toiis ces valets atterib'fs et inutiles, de ceâ femmes qui tissaient ses habits'; il les met à l'encan, s'en défait, et ne garde que les esclaves de la campagne, ceux qui peuvent lui donner quelque revenu par leur travail (2).

Il y a plus de vie et de mouvement dans les Adelpkes. Ce n'est pas une comédie paisible, une stataria , comme l'avait dit le prologue de VHéautontimorwnenos, Térence , dans les Adelplies, a mis en regard de la vieille discipline romaine les adoucissements et les progrès de l'éducation nouvelle. Par une de ces transpositions qui lui sont familières, il

(1) Id, 12/i-27. Donat, au vers 126,ocœnam adparare, etc.. » signale ces habitudes de bien-être et d'aisance que j'ai déjà notées dans Térence :

« Nihil significanlius de sene dicere poluit , qui voluptates et commoda, quœ aspernatus gratia filii narrât, n — Voir aussi les vers qui suivent dans le récit de Ménédérae. Rien ne marque mieux ces airs de richesse que les nombreux esclaves qu'on voit partout, soit auprès des courtisanes, soit auprès des jeunes mariées. — Id. Ii5i et 89/i. — Les laquais traitaient autrement leurs maîtres au temps de La Bruyère. Voir Caractères, au cbap. de l'Homme, sur Ménalque , ad fin,

(2) Voir pour tous les renseignements relatifs k la vente ù l'encan des esclaves et à l'usage des esclaves rustiques, Pignor. de Servis, passim. et Dézobry , loc, cit. tom. i, p. Zi23, et tom. m, p. 271. — L'autel était un refuge inviolable pour les esclaves. Ileautont. 976. — Cf. Mosiell, 1068. — Fragm. Mosiell. éd. Nisard, p. 535. et le premier vers des Carbonaria^ p. 537. — lîudens, 632, 753. Aristoph. Equit.iSil, 1312, ei fragm. 394 et 477. — Les Dissertations de Ménage et de l'abbé d'Aubignac sur l'/AV/utontimorumenos auraient bien dû toucher ù ces points divers, au lieu des questions futiles qu'elles traitent.

a croisé et fait contraster entre eux ses principaux personnages. Deméa , qui personnifie le passé, est colère, sans pitié, brutal comme la vieille sévérité romaine , il protège Ctésiphon son fils qui , à son école, n'a gagné qu'une douceur hypocrite, qu'une apparence de sagesse et de calme. Micion , qui représente le présent , est doux et conciliant. Gomme le Philinte du Misanthrope^ il s'accommode des imperfections de la jeunesse, des infirmités humaines; il protège Eschine , caractère bouillant , emporté dans ses passions, pétulant comme un jeune Romain d'autrefois, et bon tout ensemble comme un élève de Térence et de Ménandre (1). Les désordres d'Eschine donnent naturellement lieu à des scènes plus vives que celles que nous avions vues et sont destinés à contraster avec les mœurs environnantes. Les esclaves devaient par suite y avoir leur part d'action et de mouvement.

Plante , à la fin du Persan^ nous avait donné le spectacle d'un prostitueur , battu , raillé , bafoué , assailli de coups et d'affronts en plein théâtre par l'esclave Pe^nion (2). On dirait que Térence a voulu renouveler la même scène au début du second acte des Jdelphes. Le prostitueur Sannion est battu là

(1) Consulter sur ces divers caractères une brochure de Zimmermann : Terent und Menandery ein beitrage zûr erldaerung der Adelplien des Terenz. Berol. in-h". 1841.

(2) Cette scène finale du Persan a été imitée par lui dans le Miles gloriosuSy dont le dernier tableau représente aussi l'esclave Garion frappant, menaçant , bafouant le Fanfaron,

aussi; Eschine, aidé de l'esclave Parmenon et d'autres , lui enlève une jeune fille de naissance libre et tous font pleuvoir sur lui une grêle de horions dont les spectateurs de ce paisible théâtre devaient être fort surpris (1). Une telle situation devait nécessairement amener quelque coup de tête remarquable de l'esclave en titre et lui donner l'occasion de se faire valoir et remarquer. Mais Térence, là encore, n'a pas osé, il n'a été qu'à moitié comique, il est resté un demi-Ménandre.

Syrus, le vieil esclave des deux frères , qui les avait portés dans ses bras ('2), n'a montré de l'astuce que dans la coulisse. Ce n'est qu'à la fm de la pièce que Demée reconnaît qu'il a contribué à l'achat de

(1) La fm d'une des scènes qui suit, 285-88, annonce aussi une gaîlé un peu plus hardie, des mœurs un peu nioins goun.iées, qui devaient frapper l'auditoire. — Cf. 377, où il s'agit de poisson à désosser pour festoyer, etc., etc. — Cf. Id» 421 , sqq. Dans cette énumération enjouée des préceptes de cuisine, étalés par Syrus, se retrouve encore l'homme de bonne compagnie, le citadin familier des Scipions : « En un mot, dit Syrus, je veux que mes camarades se mirent dans leurs plats comme dans un miroir. »

Postremo, tanquam in spéculum, in patinas, Demea, Inspicere jub'eo. . .

Horace, en invitant Torquatus, lui promettra la même propreté, Epist, I. 5. 24 :

Ne non et cantharus et lanx Ostendat tibi te. . .

L'esclave Syrus, 591 et 767, qui se régale en l'absence de ses maîtres, à peu près comme Toxile et Slichus dans Plaute, dit, 587, que son maître a commandé des petits lits à pieds de chêne pour manger en plein air. — Cf. Horac. Ibid, vers 1.

(2) Adelpli. 565. — Voir aussi, 967, les bons préceptes qu'il leur a donnés. Singuliers pédagogues à qui rien ne coûtait pour aider les fredaines de leurs élèves I

la chanteuse et qu'il a donné des soins à cette affaire (1). Mais pendant tout le cours de h comédie, à part deux scènes où il raille et éconduit Démée (2) , il ne montre ni invention , ni activité et ne nous donne que quelques jolis vers sur sa gourmandise d'esclave et sur le plaisir de festoyer. Son personnage est à peine un peu plus important que celui de Geta, l'esclave des femmes, qui est un composé fort peu naturel de sentiments tendres et de sagesse pédantesque :

Hoccine sseclum 1 o scelera ! o gênera sacrilega I o horoinem impium I (3)

La femme de Syrus, dans cette comédie où les instincts affectueux sont abondamment développés , reçoit la liberté avec son mari, parce qu'elle a la première présenté le sein à l'enfant d'Eschine, et Micion pousse finalement la bonté jusqu'à prêter de l'argent au nouvel affranchi (4), dont il demeure le patron et dans la prospérité duquel il aura encore sa part. C'est le cas de demander avec Micion :

0 Qu*a-t-il fait pour cela? Quodnam ob factum ? »

VHecyre me paraît être la meilleure pièce de Té-

(1) Id. 972.

(2) là, scènes ut, act. m, et ii, act. iv.

(3) Id, 300 , sqq., 449, sqq. — Lampadion de la CisteUaria offre quelqu'analogie avec Geta, mais il est plus simple, moins emphatique.

(4) Âdelph, 980-99. — Cf. Suétone, CUmd,y 25. — Tacit, xiii. 26.

rence , parce que le sujet en est simple , intéressant et ne se complique pas de ces transpositions de personnages et d'intrigues qui sont une bien faible ressource dramatique, parce qu'elles déplacent les rapports naturels , nécessaires , et égarent l'intérêt. Mais je n'ai pas à y noter un caractère saillant d'esclave. Parmenon, qui ouvre la comédie par une exposition du sujet faite assez maladroitement à une courtisane , est un serviteur sans consistance. Ce n'est pas un personnage. Tantôt il soutient Pamphile par des paroles encourageantes (1) et se montre plein de cœur pour la famille de ses maîtres (2) ; tantôt il fait le moraliste et débite des sentences (3); tantôt enfin il se laisse Bller à tous les défauts de l'ergastule (4) ou s'en va courir par la ville comme un petit valet sans importance (5). Il termine par ces mots, qui définissent bien son intervention secondaire et sa stérile activité dans toute cette fable:

(4) Hecyra, 288-312. Donat me semble avoir jugé à tort que la réponse de Parmenon à son maître, v. 306, était d'un esprit étroit et grossier a servilis ratio et sordida. » Le goût délicat de Térence pour tous les sentiments tendres n'est pas plus en défaut ici qu'ailleurs. Parmenon , en voulant calmer les plaintes de Pamphile son maître, commence à les trouver fondées comme lui : « Haud quidem herclel parvum, » à peu près comme Horace quand il voudra consoler Virgile de la mort de Quintilius. Comparer, pour les réflexions qui suivent sur la différence des humeurs, Lucrèce, de Natur. rer, m. 31 d.

(2) Voir entre autres 328-35.

(3) Id. 3Zi3 et 307.

(4) Voir, dans toute la première scène de la pièce, son dialogue avec la courtisane Philotis.

(5) Id. 359. 435. 800—816.

« En vérité , j'ai fait plus de bien aujourd'hui sans le savoir que je n'en ai jamais fait de dessein prémédité. »

On a dit que Geta du Phormion avait été imité par Molière dans les Fourberies de Scapin. Il faut le reconnaître , de tous les esclaves de Térence , Geta est le plus vif, le plus alerte , le plus esclave en un mot. Mais qu'il est loin encore de la bonne humeur et de l'esprit de Scapin ! Dans la première partie du Phormion^ c'est le parasite qui a tiré d'embarras un des amoureux. Geta a laissé tout le mal se faire, et c'est le parasite Phormion qui a trouvé le remède. L'esclave, qu'on avait chargé des fonctions de gouverneur pendant l'absence des pères de ses deux jeunes maîtres , a laissé flotter les rênes au gré des passions de ceux qu'il devait diriger, et n'a plus à leur service que ce dévouement passif que Térence a décrit partout (1). Il y a des traits assez heureux de familiarité servile de Geta et de Dave dans les

(1) Phormio. 71-100. En vérité, si les gouverneurs ou pédagogues du temps d'Horace avaient été d'aussi facile composition que tous ceux dont nous a parlé Térence, il n'eût pas écrit, dans sa Lettre aux Pisons, que le jeune homme attendait impatiemment réloignement de son surveillant pour s« livrer h la chasse et au plaisir, vers 161 :

Imberbis juvenis, tandem custode remoto, etc.

Remarquons que ce passage est une réminiscence d'un passage analogue de VAndrienne, 55. Seulement Térence , qu'Horace imite si souvent, n'y parle pas de gouverneur :

Quos plerique omnes faciunt adolescentuli,

Ut animum ad aliquod sludium adjungant, aut equos

Alere, aut canes ad venandum, aut ad philosophos.

deux piemîères scènes de la pièce. Des esclaves qui se prêtent de l'argent, qui se confient un secret non sans avoir hésité d'abord , les petits cadeaux qu'ils doivent à leurs maîtres au jour de leur noce, ceux qu'ils devront à l'anniversaire de leur naissance, à la venue du premier-né; voilà bien les réflexions ou les confidences des esclaves , et sans le soin extrême de l'auteur à châtier son style (1), le langage serait presque en rapport avec les caractères. Térence a ingénieusement rappelé Plante par la terreur qu'il attribue à l'esclave au moment de l'arrivée du vieillard redouté (*2) : c'est le même effroi, mêlé de marques d'attachement pour son jeune maître (3) , le même aplomb pour conjurer l'orage et récapituler , sans sourciller , tous les supplices qui attendent le serviteur coupable (ft). Je remarque seulement çà et là cette tendance aux maximes proverbiales habituelles à l'auteur, qui semblent annoncer déjà celles de Publius Syrus.

Fortes fortuna adjuvat (5)

(i) Térence ressemble ici à Ménandre dont le scholiaste disait : « Menander cum fabuiam disposuisset, etiam si nondum versibus adornasset, dicebat se jam complesse. » Vid. Schol. Horat. Cruq. p. 633, au vers : Nec facundia deseret hune de la Lettre aux Pisons, — Térence bien certainement écrivait longtemps après avoir disposé les différentes parties de son sujet, et il ne variait guère son style d'après les divers caractères de ses personnages. — Sur les cadeaux d'esclaves, Cf. Miles glor, 698. Pseudol. 766. — Piaule est moins aristocratique.

(2) Phorm, 179.

(3) Id. 186-191.

(4) Jd. 234-251.

LES £gCLA¥ES. âH

Quot homines tôt sententiae : suus cuique mos (1)

Dictum sapienti satesl(2).

Ita fugias, ne praeter casam (3).

Mais ce n'est qu'au début du quatrième acte que Geta prend une part active à ia fable. Dans cette pièce à doubles compartiments comme les aime Térence , où il y a deux pères , deux fils , deux amantes, deux entremetteurs, la première moitié avait pour moteur Phormion ; la seconde marchera sous l'action de Geta l'esclave. Tout-àl'heure il fallait servir Antipbon : le parasite a trouvé pour lui la femme qu'il convoitait. Maintenant c'est Phédria qu'il faut satisfaire : l'esclave va s'ingénier à lui faire gagner les trente mines dont il a besoin pour acheter la chanteuse qu'il aime. Le moyen sera facile : il ne prouve même ni beaucoup d'invention ni beaucoup de suite chez celui qui l'a imaginé. Geta réclame trente mines pour faire casser le mariage du jeune Antipbon son maître , que son père voit avec regret uni à une orpheline sans fortune. Au fond, ces trente mines seront le prix de la chanteuse convoitée en secret par Phédria, le cousin, l'ami d'Antiphon. Mais il y a là un dilemme dont le maladroit inventeur ne peut guère sortir. S'il fait casser ce mariage , que devient le

(1) Id. /i54.

(2) Id. 540.

(3) Id. 767.

&k^ ÉTUDES SUR LA COMEDIE LATINE.

bonheur d'Antiphon qui, par les mains du parasite, avait si heureusenient réussi à le contracter? Si les trente mines sont refusées, que deviendront Phédria et le génie de Geta? Heureusement le sort se charge ici, comme précédemment, d'avoir l'esprit qui manque à l'esclave. L'orpheline retrouve un père , une famille; personne ne veut plus voir casser le mariage d'Antiphon, tandis que les trente mines sont dépensées depuis longtemps à la plus grande satisfaction de Phédria et de celle qu'il aime.

Voilà, avec l'idée qu'a eue Geta d'aller écouter aux portes l'histoire secrète de l'orpheline (1), voilà l'esprit et les exploits de l'esclave du Phormion, En les étudiant de près, il est facile de reconnaître qu'ils annoncent moins de talents et de ressources que de bonne volonté , plus de finesse dans le langage que dans la conduite (2).

Dave, le camarade de Geta , est roux : c'est Geta qui le dit {?>) , et le commentateur ajoute qu'il est question de plusieurs esclaves roux dans les comédies, sans autre indication (4). Essayons de donner

(1) Id, 867.

(2) Le Phormion nous donne encore une indication sur la vie des esclaves, quMl est utile de remarquer, Geta, 292, répond que la loi défend à Tesclave de plaider. On est étonné que, pour ce passage, Donat ne trouvée citer qu'une phrase de Salluste, où il est dit que Hiempsal se cacha dans le réduit d'une esclave. Il vaut mieux comparer avec cette indication celle de Charançon^ 628-30.

{h) Voir Térence, Weaterhov, 1732, p. 1159 , au mot a si me quaret rufust 9

LES ESCLAYES.

ill&

quelques renseignements plus précis sur Textérieur scénique de l'esclave et de terminer par là notre étude sur ce personnage.

Donat n'a dit qu'un mot sur le costume de l'esclave :

« Servi comici amictu exiguo conteguntur, pauperlatis antiquae gratiâi vel quo expeditiores agant. b

11 faut chercher , sur le théâtre même , la confirmation de cette remarque et voir si d'autres signes ne distinguaient pas cette classe particulière. Plaute a fait plus d'une fois mention du manteau des esclaves. Dans YEpidlque , Périphane promet à l'esclave des brodequins , une tunique , un manteau (2). Sagaristion du Persan, en voyant venir son camarade Toxile, s'avance les coudes en l'air et s'enveloppe fièrement de son petit manteau (3). Pseudolus , au milieu de l'ivresse d'une orgie , s'effraie d'avoir sali le sien (4) ; il se fait prêter par Charin une chlamyde , un coutelas , un chapeau de voyage (5). Les esclaves se prêtaient quelquefois' leurs vêtements, si toutefois c'est de l'un d'eux qu'il est parlé dans un des Maccus deNovius (6). Comme

(1) De tragœdia et comœdiat p. xnx, édiU Lemaire.

(2) Epidiq, 697.

(3) Persa, 304.

(h) Pseudol. 1256. — Cf. id. 9&5, pour la chlamyde de l'esclave Singe.

(5) Id. 724. — Cf. id. 727. — Peut-être c'était là aussi le costume des esclaves qui s'équipaient pour la fuite, voir Epidiq. 589.

(6) Voir Maccus exuL, édit, Munk, p. 173, au mol vescif et la note de Bothe au sujet de ce vers :

Suum vestimentum vesceris.

3Ûi ÉTUDES SUR LA COMEDIE LATINE.

le Dave du Phormiorij Pseudolus est un rousseau. Son ventre est gros , ses jambes fortes , il a la peau brune, la tête grosse, l'œil vif, le teint enluminé, les pieds très-grands (1). Dans les Milites Pometinenses de Novius il y a un vers qui peint à peu près un personnage pareil :

Valgus, veterinosus, genibus magnis, talis turgidis. ^2)

Peut-être les esclaves étaient-ils quelquefois chauves, comme le pêcheur dont il est question dans les Piscatores (3). Les fermiers, villici , avaient ordinairement une longue barbe (4). D'autres esclaves se parfumaient à la manière de Tranion de la Mostellaria (5). En voyage , ils portaient souvent la bourse (6) ou la brosse du maître (7). Il y avait aussi, nous l'avons dit, des esclaves noirs,

(1) Pseudol. 1196. On a cru reconnaître Plante dans ce portrait.

(2) Milites Pometinenses , Munk, p. 175. Ce signe de genibus magnis est la traduction de xaràxvrj/Aos qui se retrouve dans le signalement de Tesclave Bion des deux papyrus du Musée royaly expliqués par M. Letronne. Voyez rAristophane de M. Didot, fin du volume , pages 15 et 28. Bion et son camarade, fugitif comme lui, ont aussi un petit manteau , une chlamyde et tunique, x^«i«y^a» t/*«Ttov x«i ificriSio-^', voir p. 15.

(3) Piscatores, voir Munk , Atell. p. 152. Ils portaient quelquefois la tête inclinée. Horac, Sat, ii, 5. 92

(4) Casine, 354

(5) Mostellaria, 47.

^6) Menœch,, 171.

(7) 7rf. 2 01. Je pourrais y ajouter la fiole d'huile, l'étrille, ampulla, strigilis, que les parasites portaient aussi , ustensiles propres aux esclaves aliptœ qui suivaient leurs maîtres au bain, l'anneau, la ceinture, mentionnés aussi dans le savant Mémoire de M. Letronne déjà cité, et quelques autres rapportés dans le Discours sur la constitution de l'esclavage, par M. de Saint-Paul, p. 102, dans VOnomasticon de Pollux, iv , 19, dans le m* livre de Ferrari : de Re Vestiarid , et dans un curieux Mémoire de Mongez : Recherches sur les habillements des anciens dans les Mém. acad. inscript* 2* série, iv. p. 255. Mais il n'en est pas question dans les pièces que j'ai analysées, et je n'en ai pas vu d'exemple dans le théùtre latin.

comme ceux qui servaient au Cirque (1) ; mais ce n'étaient pas là les serviteurs habituels ; c'était une sorte de manœuvres étrangers. Les femmes esclaves avaient sur la scène des anneaux de fer , des brodequins (2), elles balayaient, nettoyaient, ne devaient pas être belles , si toutefois le père de Charin du Mercator n'exagérait pas leur laideur obligée (3) ; mais celles qui étaient attachées aux courtisanes se fardaient comme celles-ci de vermillon et de blanc (ù). Je ne saurais déterminer avec précision si lesapparus dont il est parlé danslesTV^t/tœ de Naevius était le vêtement d'une fille de pêcheur ou de toute autre (5). Enfin, les nourrices portaient des manteaux rayés ou tachetés (6). Ces détails, on le voit, sont empruntés à peu près tous à Plante etàla vieille comédie indigène. Térence est plus réservé sur ce point. Ses sujets sont mêlés de souvenirs de la Grèce, et les mœurs qu'il représente ne comportaient pas de fréquentes allusions de ce genre (7).

(1) Pœnul, 288, 289.

(2) Casin. 573. — Cf. Plin. Hist, natur. xxxiii. [\, Les hommes en portaient de même, comme Stasime, Trinum. 970, 978. Il y a dans les fragments de Plante une pièce intitulée : Condalium, l'anneau d'esclave,

(3) Mercator. 390.

(à) Trucul. 265.

(5) Voir Ncevius , Klussman , p. 79 et 1 62. Il n'en est pas parlé dans le Nœvius^ édit. Schutte. partie, prim. Herbipol. iSH.

(6) Bacchis. 399. — Cf. Fronton ad Marc. Anton, de Oration. ir. page 271. Ed. Mai 1815.

(7) M. Creuzer, Mém. acad, inscrip, xiv. loc. cit. p. 251, a dit que, dans les comédies, la bulla que portaient les enfants nobles sous leur tunique d'esclave les faisaient reconnaître à la JBn. Je n'ai vu de preuve de cette assertion nulle part.

Il n*est pas besoin de remarquer que chez lui les esclaves diffèrent complètement de ceux de Plaute. Celui-ci qui a peint la petite bourgeoisie, les gens du commun , comme nous disons aujourd'hui, a dû donner plus de saillie à ses figures serviles. Celui-là, qui a été l'écrivain du monde choisi, a dû reléguer la livrée dans un rang plus accessoire , plus indifférent. Je n'ai pas pu m'étendre sur les esclaves de Térence autant que sur les premiers , parce que lui-même leur a moins accordé dans son théâtre. J'y ai cherché plutôt la valeur scénique du personnage, le jeu que lui a donné l'auteur, que sa vie réelle, parce que Térence est plutôt un homme de lettres , un reproducteur d'idées générales , que le poète des vérités particuhères. Je n'ajouterai pas cet autre motif que ses fables sont grecques d'origine , parce que je ne crois pas qu'un auteur, malgré les protestations de ses prologues , puisse être si entièrement rebelle ou étranger aux idées de son moment, de son temps, qu'il oublie la vérité locale, les préférences du plus grand nombre, et ne courtise plus le succès , qui ne vient que de là. Oui , Térence a copié Ménandre , les preuves et les passages en sont cités partout (1), mais on a facilement reconnu en même temps chez lui les

(1) Voir surtout, à ce sujet, une excellente dissertation de M. KœnighofT, Colon. 1843 :De ratione quam Terentius in fabulis Grœinê latine convertendis secutus est, p. 17-25.

traces de la vie romaine. Déjà en 1795 , Boettîger , revenant sur Topinion contraire qu'il avait exprimée neuf ans auparavant dans son discours sur VExplication de Térence^ reconnaissait avec Lessing et Schmieder des traits de mœurs exclusivement latines dans les deux dernières scènes des Adelpkes et ailleurs (1). Ce n'est pas ici le lieu d'analyser, dans les œuvres de l'ingénieux poète, les inspirations qu'il dut à sa terre d'adoption et celles qu'il imita des Grecs. Qu'il me suffise de rappeler, à ce sujet, ce passage d'une préface {iniiXxAè^ Proemium verum) sur sa vie, dont quelques-uns ont tenu trop peu de compte et qui fait de beaucoup de Romains, ses contemporains, les complices de notre opinion:

« Sed cum criminarentur quidam Terentium non veré Graecorum mores exprimere , pleraque in latina fore consuetudine ; ut instituta moresque Graecorum cognosceret, Alhenas profectus

est (2) ; ))

ou plutôt, pour nous borner à l'objet de cette Étude, regrettons que Térence, qui a donné aux esclaves de ses comédies des mœurs généralement honnêtes, moins de méchanceté que de saillies, et leur a fait commettre plus de péchés d'intention que de fait,

(4) Boeltiger, Spécimen novœ edit. Terent Opuscul. p. 236. — Cf. Ritsch , Lib. cit. p. 635. Térence aura sa place entière et plus opportune dans un autre volume, où je donnerai aussi sur Piaule et sur les fragments des autres comiques de nouveaux Essais que je prépare depuis longtemps.

(2) Accî Plaut, fragm. inedita item ad Terentium Commentât, et picturœ ineditœ inventor, AngeU Mai, Mediolan, 1815, in-i", p. 37.

soit mort^ s'il en faut croire Porcius Licinius, sans avoir reçu de ses protecteurs une modeste maison à loger* où un pauvre esclave pût au moins apporter la nouvelle que son maître n'était plus (1). »

[1) Voir les vers de Porcius Licinius dans la Vie de Tèrence^ attribuée à

Suétone.

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