‹ Études sur le théatre LatinChapitre 9 sur 10 · SYRUS · texte numérisé non relu

SYRUS

Quoi, sérieusement, vous approuvez ceux qui trompent leurs maîtres?

CHRÊMES.

Dans certaines occasions je les approuve. • • • » N'est-ce pas le moyen de leur épargner de grands chagrins ? etc.» — Gomme la morale de Térence est hypocrite et cherche à prévenir toutes les objections!

(3) Jd, 688. Il dit de même, 695 :

videndum est, tnquam, Amici quoque res, Clinio, tui in tuto ut coUocetur,

88& ÉTUDES SUR LA COMÉonS LATINE.

adoucir la peine du veillard (1). Mais il ne vent plus de tous ces valets attentifs et inutiles, de ces femmes qui tissaient ses habits; il les met à l'encan, s*en défait, et ne garde que les esclayes de la campagne, ceux qui peuvent lui donner quelque revenu par leur travail (2),

Il y a plus de vie et de mouvement dans les Adelphes. Ce n'est pas une comédie paisible, une statU' ria , comme l'avait dît le prologue de YHéautonti" morumenos. Térence , dans les Adelphes, a mis en regard de la vieille discipline romaine les adoucis* sements et les progrès de l'éducation nouvelle. Par une de ces transpositions qui lui sont famUières, il

(1) Id, 124-97. Donat, au vers 126, «oœnam adparare, etc.». » sig^nale ces habitudes de bien-être et d*aisance que j*ai déjà notées dans Térence :

a Nihil significantius de sene dicerc potuit , qui voluptates et commoda, quaB aspernatus gratia filii narrât s — Voir aussi les vers qui suivent dans le récit delVfénédéme. Rien ne marque mieux ces airs de richesse que les nombreux esclaves qu'on voit partout, soit auprès des courtisanes, soit aihprès des jeunes mariées. — Id, 451 et 894. — Les laquais traitaient autrement leurs maîtres au temps de La Bruyère. Voir Caractères , au chap* de t* Homme, sur Ménalque , ad fin,

(2) Voir pour tous les renseignements relatifs à la vente à Tencan des esclaves et à Tusage des esclaves rustiques , Pignor. de Servis, passim. et Dézobrj , loe. cit. tom. i, p. 423, et tom. m, p. 371. — L'autel était un réliige inviolable pour les esclaves. Heautont, 976. — CL MostelL 1068* — Fragm, MosielL éd. Nisard, p. 535. et le premier vers des Carbonaria^ p. 537. — Rudens, 632, 753. Aristoph. Equit.iMi, 1312, ^l fragm. ^H et 477. — Les Dissertations de Ménage et de Tabbé d'Âubigoac sur r/ZiAciiftoniimorumenos auraient bien dû toucher à ces points divers, au Heu des questions futiles qu'elles traitent.

a croisé et fait contra&ter entre eux ses principaux personnages. Deméa , qui personniûe le passée est colère , sans pitié , brutal comme la vieillet sévérité romaine, il protège Ctésiphon son fils qui» à soi;i école, n'a gagné qu'une douceur hypocrite , qu'une apparence de sagesse et de calme* Micion , qui représente le présent, est doux et conciliant* Comme le Philinte du Misanthrope^ il s'accommode des imperfections de la jeunesse» des infirmités humaines; il protège Eschinc» caractère bouillant, emporté dans ses passions, pétulant comme un jeune Romain d'autrefois, et bon tout ensemble comme un élève de Térence et de Ménandre (1)* Les désordres d'Eschine donnent naturellement lieu à des scènes plus vives que celles que nous avions vues et sont destinés à contraster avec les mœurs environnantes. Les esclaves devaient par suite y avoir leur part d'action et de mouvement.

Plaute , à la fin du Persan ^ nous avait donné le spectacle d'un prostitueur , battu , raillé , bafoué , assailli de coups et d'a£fronts en plein théâtre par l'esclave Pegnion (2). On dirait que Térence a voulu renouveler la même scène au début du second acte des Jdelphes. Le prostitueur Sannion est battu là

(1) Consulter sur ces dirers caractères une brochure de Zimmermann i Terenz und Menander^ ein bdtrage zûr erklaenmg der Adelphen des Te^ renz, Berol. in-4**. 18Ai.

(2) Cette scène finale du Persan a été imitée par lui dans le Mites gloriosusj dont le dernier tableau représente aussi Tesclave Carion frappant, menaçant , bafouant le Fanfaron,

BS6 ÉTUDES SUR LA COMÉDIE UTINE.

aussi; Eschine, aidé de Tesclave Parmenon et d*autrès , lui enlève une jeune fille de naissance libre et tous font pleuvoir sur lui une grêle de horions dont les spectateurs de ce paisible théâtre devaient être fort surpris (1). Une telle situation devait nécessairement amener quelque coup de tête remarquable de l'esclave en titre et lui donner Toccasion de se faire valoir et remarquer. Mais Térence, ta en* core, n'a pas osé, il n'a été qu'à moitié comique, il est resté un demi-Ménandre,

Syrus, le vieil esclave des deux frères , qui les avait portés dans ses bras (2), n'a montré de l'astuce que dans la coulisse. Ce n'est qu'à la fin de la pièce que Demée reconnaît qu'il a contribué à l'achat de

(i) La fin d*ime des scènes qui suit, 285-88, annonce auiii aMKalté «a peu plus hardie, des mœurs un peu moius gourmées, qni deraîent ftappcr l'auditoire. — Gt 377, où il s*agit de poisson à désosser pour fesU^jer, ctait etc. — ce I(L &21 , sqq. Dans cette énuroération enjouée des préceptes de cuisine, étalés par Syrus^ se retrouve encore Thomme de bonne ooin|Nigniej le citadin fSemûlier des Sdpions : « En un mot, dit Syrus, je reax que bmi camarades se mirent dans leurs plats comme dans un miroir, a

Postremo, tanquam in spéculum, in patinas, Demea» Inspicere jubeo. . •

Horace, en invitant Torquatus, lui promettra la même propreté, BpUU

Ne non et cantharus et lanx Ostendat tibi te. • •

L^esclave Syrus, 591 et 767, qui se régale en Tabsenoe de ses maltrei , à peu près comme Toxile et Stichus dans Piaule, dit, 587, que son mallie a commandé des petits lits à pieds de chêne pour manger en plein air» — Cf. Horac Ibid. vers i.

(2) Adelph, 565. — Voir aussi, 967, les bons préceptes qa*il leur a donnés. Singuliers pédagogues à qui rien ne coûtait pour aider les fredalaei de leurs élèves !

LES ESCLAITËS. Sd7

la chanteuse et qu'il a donné des soins à cette affaire (1). Mais pendant tout le cours de la comédie, à part deux scènes où il raille et éconduit Démée (2) , il ne montre ni invention , ni activité et ne nous donne que quelques jolis vers sur sa gourmandise d'esclave et sur le plaisir de festoyer. Son personnage est à peine un peu plus important que celui de Geta, l'esclave des femmes, qui est un composé fort peu naturel de sentiments tendres et 'de sagesse pédantesque :

Hoccine ssclum I o scelera ! o genara sacrilega I o hominem împiiim 1 (8)

La femme de Syrus, dans cette comédie où les instincts affectueux sont abondamment développés , reçoit la liberté avec son mari, parce qu'elle a la première présenté le sein à l'enfant d'Eschine, et Micion pousse finalement la bonté jusqu'à prêter de l'argent au nouvel affranchi (4), dont il demeure le patron et dans la prospérité duquel il aura encore sa part. C'est le cas de demander avec Micion :

c Qu'a-t-il fait pour cela? Quodnam ob faetum Tw

VHecyre me paraît être la meilleure pièce de Té-

(1) Id. 972.

(2) Id, scènes m, act iiit et ii, act iv.

(3) irf. 300 , sqq., 449, sqq. — Lampadion de la CUteUaria offre quelqu'analogie avec Gela, mais il est plus simple, moins emphatique.

(4) Adelpfu 980-99. — Cf. Suétone, ClawLy 2^. — Tacit. xtti. 26.

rence « parce que le sujet en est simple , fntéressam et ue^êe complique pas de ces transpositions db personnages et d'intrigues qui sont une bien faible ressource dramatique , parce qu'elles déplacent les rapports naturels , nécessaires , et égarent rintérét. Mais je n'ai pas à y noter un caractère saillant d'esclave. Parmenon, qui ouvre la comédie par une exposition du sujet faite assez maladroitement à une courtisane , est un serriteur sans consistance* Ce n'est pas un personnage. Tantôt il soutient Pam*phile par des paroles encourageantes (1) et se montre plein de cœur pour la famille de ses maîtres (2) ; tantôt il fait le moraliste et débite des sentences (S); tantôt enfin il se laisse aller à tous les défauts de l'ergastule (4) ou s'en va courir par la ville comme un petit valet sans. importance (5). Il termine par ces mots , qui définissent bien son intervention secondaire et sa stérile activité dans toute cette fable:

(0 Hecyra, 288-81S» Doliat me semUe avoir jugé à tort qve la réponse de Parroenon à son maître, v. 306, était d'un esprit étroit et grossier c ser- TÎIis ratio et sordida. » Le goût délicat de Térence pour tons les sentiments tendres n'est pas plus en défaut ici qu'ailleurs. Parmenon , en voulant calmer les plaintes de Pamphile son maître, commence à les trouver fondées comme lui : « Haud quidem hercle I parvum, » à peu près comme Hwaee <{tiand 11 voudra consoler Virgile de la mort de QuintlUos. Comparer, pour les réflexions qui suivent sur la différence des humeurs, LncrÊce, de SatwTm rer, in. 3H.

(2) Voir entre autres 828-35.

(3) Id. 343 et 307.

(4) Voir, dans toute la première scène de It pièWi soo dlitokilt a!fte la courtisane Philotîs.

(5) Id. 359. 435. 800—816.

« En Yérité , j*ai fait plus de bien anjonrd'hni sans le savoir que je n'en ai jamais fait de dessein prémédité. »

On a dit que Geta du Phormion avait été imité par Molière dans les Fourberies de Scapin. Il faut le reconnaître 5 de tous les esclaves de Térence , Geta est le plus vif, le plus alerte , le plus esclave en un mot. Mais qu'il est loin encore de la bonne humeur et de Tesprit de Scapin ! Dans Ja première partie du Phormion y c'est le parasite qui a tiré d'embarras un des amoureux. Geta a laissé tout le mal se faire, et c'est le parasite Phormion qui a trouvé le remède. L'esclave, qu'on avait chargé des fonctions de gouverneur pendant l'absence des pères de ses deux jeunes maîtres , a laissé flotter les rênes au gré des passions de ceux qu'il devait diriger, et n'a plus à leur service que ce dévouement passif que Térence a décrit partout (1). Il y a des traits assez heureux de familiarité servile de Geta et de Dave dans les

(1) Phormio, 74-100. En vérité, si les gouverneurs ou pédagogues du temps d'Horace avaient été d'aussi facile composition que tous ceux dont nous a parié Térence, il n'eût pas écrit, dans sa Lettre aux PisonSj que le jeune homme attendait impatiemment Téloignement de son surveillant pour se livrer à la chasse et au plaisir, vers 161 :

Imberbis Juvenis, tandem cuêtode remoto^ etc.

Remarquons que ce passage eit une réminiscence d^un passage analogue ûeVAndi'iennet 55. Seulement Térence , qu'Horace imite si souvent, n'y parle pas de gouverneur :

Quos plerique omnes faciunt adolescentuli.

Ut animum ad aliquod sludium adjungant, aut equos

Àlere, aut canes ad venandum, aut ad philosophost'

3&0 ÉTtDES SUR Là COHÉDIB LATIHB«

deux premières scènes de la pièce. Des esclaves qui se prêtent de l'argent, qui se confient un secret non sans avoir hésité d'abord , les petits cadeaux qu'ils doivent à leurs maîtres au jour de leur noce, ceux qu'ils devront à l'anniversaire de leur naissance , à la venue du premier-né ; voilà bien les réflexions ou les confidences des esclaves , et sans le soin extrême de l'auteur à châtier son style (i), le langage serait presque en rapport avec les caractères, Térence a ingénieusement rappelé Plante par la terreur qu'il attribue à l'esclave au moment de l'arrivée du vieillard redouté (2) : c'est le même effroi , mêlé de marques d'attachement pour son jeune maître (3) , le même aplomb pour conjurer l'orage et récapituler , sans sourciller , tous les supplices qui attendent le serviteur coupable (&)• Je remarque seulement çà et là cette tendance aux maximes proverbiales habituelles à l'auteur, qui semblent annoncer déjà celles de Publiuff Syrus.

Fortes fortana a^jafat (S)

(4) Térence ressemble ici à Ménandre dont le schollaste dîait : « Menander cum fabulam di^osuiaset, etiam si nondura veniboi idornasset, dicebat se jam complesse. » Vid. Schol. HoraL Graq. p. SSS^ au vers : Née facundia deaeret hune de la Lettre au» Piêtmêm -* Térence bien certainement écrivait longtemps après avoir disposé les éUI^ rentes parties de son sujet, et il ne variait guère son style d'après let divers caractères de ses personnages. — Sur tes cadeaux d*esdaves, C£ MUe$ glor» 698. P»eudoL 766. — Plaute est moins aristocratiiiue.

(2) Pkorm 179.

(3) Id. 186-191.

(4) Id, 23A-251.

(5) Id. 203.

LES ESGLATES. &lli

Quot hommes tôt sententûe : suus calque mo6 (1)

Dictum sapienti sat est (2)»

Ita fugias, ne praeter casam (3).

Mais ce n'est qu'au début du quatrième acte que Geta prend une part active à la fable. Dans cette pièce à doubles compartiments comme les aime Térence, où il y a deux pères, deux fils, deux amantes, deux entremetteurs, la première moitié avait pour moteur Phorraion; la seconde marchera sous l'action de Geta l'esclave. Tout-àl'heure il fallait servir Antiphon : le parasite a trouvé pour lui la femme qu'il convoitait. Maintenant c'est Phédria qu'il faut satisfaire : l'esclave va s'ingénier à lui faire gagner les trente mines dont il a besoin pour acheter la chanteuse qu'il aime. Le moyen sera facile : il ne prouve même ni beaucoup d'invention ni beaucoup de suite chez celui qui l'a imaginé. Geta réclame trente mines pour faire casser le mariage du jeune Antiphon son maître , que son père voit avec regret uni à une orpheline sans fortune. Au fond, ces trente mines seront le prix de la chanteuse convoitée en secret par Phédria, le cousin , l'ami d'Antiphon. Mais il y a là un dilemme dont le maladroit inventeur ne peut guère sortir. S'il fait casser ce mariage, que devient le

(1) Id. 454.

(2) Id. 540.

(3) Id. 767.

bonheur d'Antiphon qui, par les mains du parasite, avait si heureusement réussi à le contracter? Si les trente mines sont refusées, que deviendront Phédria et le génie de Geta? Heureusement le sort se charge ici, comme précédemment, d'avoir l'esprit qui manque à Tesclave. L'orpheline retrouve un père, une famille; personne ne veut plus voir casser le mariage d'Àntiphon, tandis que les trente mines sont dépensées depuis longtemps à la plus grande satis* faction de Phédria et de celle qu'il aime.

Voilà , avec l'idée qu'a eue Geta d'aller écouter aux portes Thistoire secrète de l'orpheline (1), voilà l'esprit et les exploits de l'esclave du Phormion. En les étudiant de près, il est facile de reconnaître qu'ils annoncent moins de talents et de ressources que de bonne volonté , plus de finesse dans le langage que dans la conduite (!2)«

Dave, le camarade de Geta , est roux : c'est Geta qui le dit (â) , et le commentateur ajoute qu'il est question de plusieurs esclaves roux dans les comédies, sans autre indication (&)• Essayons détonner

(l)/rf.867.

(2) Le Phormion nous donne oioore une indication sur la fie te ti&éd^ vcs, qu'il est utile de remarquer. Geta , 292 , répond que la loi défend |i TesclaTe de plaider. On est étonné que, pour ce passage, Donat ne trcayeà citer qu*une phrase de Salluste, où il est dit que Hiempsal se cacha daw le réduit d'une esclave. Il vaut mieux comparer avec cette indication cdle de Charançon^ 628-30.

(4) Voir Térence, Westcrhov^ 1732, p. 1159, au mot « si me qiueret rufuét •

LS6 E8CUYES. hlli

quelques renseignements plus précis sur Textérieur scénique de Tesclave et de terminer par là notre étude sur ce personnage, Dona-t n'a dit qu'un mot sur le costume de Tes-

clave :

Servi comici ainictu exiguo conteguntur , paupertatis antiquai gratiâ« vel quo expeditiores agant. b

Il faut chercher, sur le théâtre même, la confirmation de cette remarque et voir si d'autres signes ne distinguaient pas cette classe particulière. Plante a fait plus d'une fois mention du manteau des esclaves. Dans VEpidique , Périphane promet à l'esclave des brodequins, une tunique , un man*teau (2). Sagaiislion du Persan ^ en voyant venir son camarade Toxile, s'avance les coudes en l'air et s enveloppe fièrement de son petit manteau (3). Pseudolus , au milieu de l'ivresse d'une orgie ^ s'effraie d'avoir sali le sien (4) ; il se fait prêter par Charin une chlamyde , un coutelas , un chapeau de voyage (5). Les esclaves se prêtaient quelquefois' leurs vêtements, si toutefois c'est de l'tm d'eux qu'il est parlé dans un des Maccus deNovius (6). Comme

(1) De tragœdia et comœdia^ p. XLix, édit Lemaire.

(2) Ejndiq, 697.

(8) Persa, 804.

(k) Pteudol, 1256. — Cf. id. 9&5, pour la clilainyde de TesdaTe Singe.

(5) Id. 724. — €& id. 727. —Peut-être e*était là aussi le costume des esclaycs qui s'équipaient pour la fuite, voir Epidlq, 689.

(6) Voir Maccus exuL^ édit Munk, p. 178, au mot veici^ et la note de Bothe au sujet de ce vers t

Suum vestimentum ve$ceri&

bhll I&TDDES SUR LA COMEDIB LATINS.

le Da?e du Phormion, Pseudolus est un rousseau. Son ventre est gros , ses jambes fortes , il a la peau brune , la tête grosse , l'œil vif , le teint enluminé , les pieds très-grands (1). Dans les MitUes Pameti" nenses de Novius il y a un vers qui peint à peu près un personnage pareil :

Valgus, Teterinosus, genibus magnis, talis targidis. (2) .

Peut-être les esclaves étaient-ils quelquefois chauves, comme le pêcheur dont il est question dans les Piscûtores (3), Les fermiers, vilUcif avaient ordinairement une longue barbe (&)• D'autres esclaves se parfumaient à la manière de Tranion de la Mostellaria (5). En voyage , ils portaient souvent la bourse (6) ou la brosse du maître (7). Il y avait aussi, nous TavouB dit, des esclaves noirs,

(1) PsèudoL 1196. On a cru reconnaître Plaute dang oe portniU

(2) Milites Pometinenses , Munk, p. 175. Ce signe de genibu9 magniê est la traduction de xarÀxyvj/Ao^ qui se retrouve dans le signalemeDl de Tesclave Bion des deux papyrus du Musée royal, expliqués par M. Letronne. Voyez TAristophane de M. Didot, fin du yolnme , pages 15 et SB* Bion et son camarade, fugitif comme lui, ont aussi un petit manteaa » une chiamyde et tunique, x^^^M-'^^c^t i^'à^rto'» xai iiioLriSiov; voir p. 15.

(3) PiscatoreSf voir Munk , AtelL p. 152. Ils portaient qudqaefbto la tète inclinée. Horac, SaU lu 5. 92

(à) Casine,d5li

(5) Mostellaria^ â7.

f6) MenœcfUf 171.

(7) M 201. Je pourrais y ajouter la fiole d^huile, Tétrille, ampuUOf êtrigUU, que les parasites portaient aussi , ustensiles propres aux esdavea aUpiœ qui suivaient leurs maîtres au bain, Panneau, la ceinture» menti o iméa aussi dans le savant Mémoire de M. Letronne déjà cité, et qnelqoes aotret rapportés dans le Discours sur la constitution de l'eselavage, par If» de Saint-Paul, p. 102, dans YOnomasticon de Pollux, iv , 19, dans le m* livre de Ferrari : de Re Vestiariâ , et dans un curieux Mémoire de Moogei : Recherches sur les habillements des anciens dans les Mém, acad» iiueript» 2* série, IV. p. 255. Mais il n'en est pas question dans les pièces que j*ai analysées, cl je n'en ai pas vu d'exemple dans le théâtre latin.

comme ceux qui servaient au Cirque (1) ; mais ce n'étaient pas là les serviteurs habituels; c'était uncf sorte de manœuvres étrangers. Les femmes esclaves avaient sur la scène des anneaux de fer , des brodequins (2), elles balayaient, nettoyaient, ne devaient pas être belles, si toutefois le père de Charin du Mercator n'exagérait pas leur laideur obligée (3) ; mais celles qui étaient attachées aux courtisanes se fardaient comçie celles-ci de vermillon et de blanc (û). Je ne saurais déterminer avec précision ûXesupparus àonl il est parlé danslesiV^t/tœ de Naevius était le vêtement d'une fille de pêcheur ou de toute autre (5). Enfin, les nourrices portaient des manteauxrayés ou tachetés (6). Ces détails, on lé « voit, sont empruntés à peu près tous à Plante etàla vieille comédie indigène. Térence est plus réservé sur ce point. Ses sujets sont mêlés de souvenirs de la Grèce, et les mœurs qu'il représente ne comportaient pas de fréquentes allusions de ce genre {7).

{\) Pœnul. 288, 289.

(2) Casin. 573. — Cf. Plin. Hisi. natur, xxxiii. 4. Les hommes en por^ taient de même, comme Stasime, Trinum, 970, 978. Il y a dans les frag^ meots de Plaute une pièce intitulée : Condaliunif l*anneau d'esclave»

(3) Mercator, 390, (à) TrucuL 265.

(5) Voir Nœviusy Klussman, p. 79 et i62. Il n'en est pas parlé dans le NœviuSf édit. Schiitte. partie, prim, Herbipol. 48&1.

(6) Bacchis» 399. — Cf. Fronton ad Marc, Anton, de Oration. ii. page 271. Ed, Mai 1815.

(7) M. Creuzer, Mém, acad. inscrip, xiv. loc, cit, p. 251, a dit que, dans les comédies, la buUa que portaient les enfants nobles sous leur tunique d'esclave les faisaient reconnaître à la fin. Je n'ai vu de preuve de cette assertion nulle part.

8A6 ÉTUDES SUR LA COMiDIl LlTUpi.:;^,^

n D'est pas besoin de remarquer que cheK lui les esclaves dififèrent complètement de ceux de Plaute« Celui-ci qui a peint la petite bourgeoisie, les gens du commun , comme nous disons aujourd'hui, a dû donner plus de saillie à ses figures sertiles. Ge-^ lui-là, qui a été l'écrivain du monde; choisi, a dû re* léguer la livrée dans un rang plus accessoire, plus indifférent. Je n'ai pas pu m'étendre sur les esclaves de Térence autant que sur les premiers , parce que lui-même leur a moins accordé dans son théâtre. J'y ai cherché plutôt la valeur scénique du personnage, le jeu que lui a donné l'auteur, qua sa vie réelle , parce que Térence est plutôt un homme de lettres , un reproducteur d'idées générales , que le poète des vérités particulières. Je n'ajouterai pas cet autre motif que ses fables sont grecques d'ori-* gine , parce que je ne crois pas qu'un auteur, malgré les protestations de ses prologues , puisse être si entièrement rebelle ou étranger aux idées de son moment, de son temps, qu'il oublie la vérité locale, les préférences du plus grand nombre, et ne courtise plus le succès , qui ne vient que de lîk. Oui , Térence a copié Ménandre , les preuves et les passages en sont cités partout ((), mais on a facilement reconnu en même temps chez lui les

(1) Voir surtout, à ce sujet, une excellente dissertatîoD de M. Kœnigliofl;

Colon. 18^3 : De ratione quam Tercnlius in fabulis Grœch latine eonver^ tendis secuius est, p. J7-25.

traces de la vîe Tomaîne. Déjà en 1796 , fioettiger , revenant sur l'opinion contraire qu'il avait exprimée neuf ans auparavant dans son discours sur VExplication de Térence^ reconnafmiit avec Les*» sing et Schmieder des traits de mœurs excluftWc^ ment latines dans les deux dernières scènes deÉ Adelpkes et ailleurs (1). Ce n'est pas ici le lieu d'analyser, dans les œuvres de l'ingémeux poète, les inspirations qu'il dut à sa terre d'adoption et celles qu'il imita des Grecs. Qu'il me suffise de rappeler, à ce sujet, ce passaged'unepréface (intitulée Pr(7^m/w/n Tferum) sur sa vie, dont quelques-uns ont tenu trop peu de compte et qui fait de beaucoup de Romains, ses contemporains, les complices de notre opinion:

« Sed cum criminarentur quidam Terentiura non veré Graecorum mores exprimere , pleraque in latina fore consuetudine ; nt instituta moresque Grœcorum cognosceret, Athenas profectus

est (2) ; »

ou plutôt, pour nous borner à l'objet de cette Étude,^ regrettons que Térence, qui a donné aux esclaves de ses comédies des mœurs généralement honnêtes, moins de méchanceté que de saillies, et leur a fait commettre plus de péchés d'intention que de fait,

(4) Boelliger, Spécimen novœ edit, Terenh Opuscul, p. 236. — Cf. Ritsch , Lib, cit, p. 635. Térence aura sa place entière et plus opportune dans un autre volume, où je donnerai aussi sur Piaule et sur les fragments des autres comiques de nouveaux Essais que je prépare depuis longtemps.

(2) Acci Plaut, fragm. médita item ad Terentium Commentât, et pic^ turœ ineditœ inventor» AngeU Mai* Mediolan. iSidt in*4*i p. 87.

8a8 ilCDES SUR LA COMÉDIB LÂTIRB. \' ■

soit mort, s'il en faut croire Porcius Liciniùs, sans * avoir reçn de ses protecteurs Une modeste maisoil à loger f où un pauvre esclave pût au moins apporter la nouvelle que son maître n'était plus (1). »

(4) VoirlesfersdePordasLiciniasdaiisla Fis ife TVtmim, attribuée à

Suétone.

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