DE LA NECESSITE ET DK LA PROVIDENCE
Ce passage du Timée est dirigé contre les philosophes de l'école Ionienne, qui prétendaient trouver, soit dans le feu, soit dans l'air, soit dans l'eau, soit dans la terre, soit dans tous ces corps ensemble, soit dans leurs éléments constitutifs et leurs lois nécessaires, les seuls principes de toutes choses t. M. Cousin, d'après un passage du Phédon*, pense qu'ici Platon a eu principalement en vue Anaxagore. Le défaut de la philosophie d' Anaxagore est celui de toute l'école à laquelle il appartenait. Le mérite propre de ce philosophe , mérite qu'il partage cependant avec Hermotime, c'est d'avoir introduit dans la philosophie Ionienne un nouveau principe , celui de la cause intentionnelle 3, mais sans en tirer un parti suffisant. Platon , opposant aux Ioniens et à Anaxagore lui-même ce principe devenu fécond entre ses mains , proclame hautement la doctrine des causes finales, sans nier pour cela l'existence des lois ontologiques nécessaires. Au contraire, il accorde encore trop à la nécessité; car, Dieu seul étant l'être nécessaire, bien des lois que l'on a tort de croire nécessaires sont établies librement par la providence divine, et nous sont révélées,
1 Cf. le Sophiste , p. 242 et suiv.
S V. note 22 , $ 15.
non par la raison intuitive, qui perçoit l'absolu, mais par l'observation accompagnée de la généralisation immédiate, et de la foi irrésistible à la stabilité des lois perçues d'après ce procédé instinctif de l'esprit humain ; et quant aux lois qui sont vraiment nécessaires dans l'acception philosophique du mot , elles ne le sont elles-mêmes que parce qu'elles ont une existence éternelle et nécessaire dans la pensée infinie de l'Être suprême. Suivant le Timée au contraire, la nécessité est une puissance aveugle, qui après avoir régné seule sur la matière éternelle, est obligée, sans abdiquer, de se soumettre à l'action supérieure de la Providence, qui vient enfin organiser le monde