‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 46 sur 140 · ET DE LA FOUDRE · texte numérisé non relu

ET DE LA FOUDRE

Dans les phrases précédentes, Platon, pour arriver à expliquer la dilatation des corps composés de terre et

1 V. un fragment d'Athénion cité par Athénée, XIV, ;p. 861 c. Cf. Pline, XXX, 7. Plutarque, [Symposiaques , V, quest. 19), cite celte phrase de Platon , mais sans l'expliquer d'une manière satisfaisante.

2 V. note 96.

S Cf. la note 103.'

A Cf. la note 17»,$ 2, nV4.

566 *OTM *Vl H TIMél.

d'eau, commence par faire connaître celle des quatre corps élémentaires et de leurs variétés. Or, sur chacun d'eux, ses expressions présentent quelques difficultés.

1' Que nomme-t-il terre compacte ? Il semble que ce soit celle dont la cohésion est assez forte pour résister à l'action dissolvante de l'eau, comme la tuile ou les pierres. Mais le sel et le nitre, solubles dans l'eau, seraient-ils donc suivant lui des espèces de terre non compacte ? Evidemment non ; mais il ne les considère pas comme des espèces de terre pure : ils les range dans la classe des mélanges de terre et d'eau, et il nous dira par quelle raison spéciale l'eau peut les dissoudre, tandis qu'elle est «ans action sur d'autres corps composés également d'eau et de terre.

2* Parmi les espèces d'eau compacte que Platon a énumérées, il est bien vrai que l'or et le diamant ne s'évaporent pas à l'air; mais la glace et la grêle, qu'il semble avoir rangées aussi parmi les espèces dont la cohésion est la plus forte , s'évaporent peu à peu , même au-dessous de la température de la glace fondante. C'est là une observation qui lui avait probablement échappé. Quant aux espèces d'eau faiblement coagulées, comme l'eau liquide, la neige et le frimas, Platon pense que l'air en sépare les parties les unes des autres , mais sans pouvoir décomposer ces parties elles-mêmes. Au contraire, suivant lui, le feu les décompose en leurs triangles primitifs , et alors il transforme ces corps comme il a été expliqué plus haut *.

3° Quant à l'air, suivant Platon , s'il n'est pas condensé, le feu peut le dissoudre , c'est-à-dire le dilater en écartant les octaèdres les uns des autres, sans les transformer en des figures d'une autre espèce; mais s'il est condensé , rien ne peut le dissoudre autrement qu'en le divisant en ses triangles constitutifs , pour le transformer en feu ou en eau 2. Tel est le sens des mots Kntv x«t« tô (rrot^wo» ,

1 V. note 73.

2 V. note 73.

FHYSIQTO. — METEOROLOGIE.

dissoudre suivant C élément , c'est-à-dire en séparant les uns des autres les triangles rectangles, éléments primitifs des corps suivant Platon , et non en détruisant ces triangles , comme M. Cousin traduit. J'adopte ici, à l'exemple de M. Cousin, la leçon donnée par l'excellent texte de M. Bekker et appuyée par l'autorité de tous les manuscrits et de la traduction de Ficin , et je rejette sans hésiter la prétendue correction de MM. Lindau, Ast etStallbaum, qui jugent à propos de mettre iroùtv au lieu de itlîv , et font dire ainsi à Platon que l'air, une fois condensé, échappe désormais à toute division de ses octaèdres, et par conséquent à toute transformation : ce qui est évidemment en opposition avec la doctrine platonique. Voici au contraire quelle me paraît être l'opinion de Platon sur ce point : le feu dilate l'air ordinaire; quant à l'air condensé, le feu ne peut le dilater, et n'a d'autre manière d'agir sur lui que de le transformer en feu. Mais qu'est-ce que cet air con- Mnsé? Ne serait-ce point l'air comprimé dans les nuages et y produisant , d'après l'opinion des anciens i, les orages, le tonnerre et la foudre? Alors la foudre serait, suivant Platon , la transformation en feu de cet air condensé, que le feu ne saurait dissoudre autrement. Ce n'est là qu'une conjecture, mais elle me paraît très-vraisemblable.

5° Quant au feu, Platon pensait sans doute, quoiqu'il ne le dise pas explicitement, qu'aucun autre corps ne peut agir sur lui autrement que pour le transformer, c'est-à-dire pour l'éteindre; car ce ne sontpas les autres corps qui dilatent le feu, c'est lui-même qui se répand et s'insinue entre eux, soit pour les dilater, soit pour les décomposer. Seulement s'il est vaincu , il se trouve quelquefois décomposé luimême et transformé en leur nature *. Cependant d'après Platon une espèce de feu. ou du moins de fluide lumineux , peut contracter ou dilater une autre espèce de ce même fluide'. Voyez la note suivante %

1 V. Aristote, MitioroL, II, 9; Sénèqne, Qaatt. nat. II, 12-î«, 52-20.

2 V. note 73.

3 V. notes 51 et J20.

268 HoTEë «ufi li mit .

NOTE XCVL

(Suite de la note précédente. )

Voilà bien évidemment la conclusion des explication* données dans les phrases précédentes i sur la dilatation des quatre espèces de corps : c'est l'explication de la cause pour laquelle l'eau ne dissout pas certains corps composés de terre et d'eau, par exemple le verre et la cire. C'est que ces corps contiennent d'avance autan td'icosaèdres qu'il en peut entrer entre les cubes dont ils se composent. Au contraire le sel et le nitre en contiennent moins; par conséquent l'eau à l'état libre peut s'y glisser et les dissoudre , tandis que le feu ne le peut pas, parce qu'il y passe sans effort. Mais le feu liquéfie la cire et le verre, parce que passant avec effort à travers l'eau comprimée qui s'y trouve , il écarte les uns des autres les icosaèdres , et par conséquent aussi les cubes entre lesquels ils sont pressés.

Il est évident que Platon ne s'est pas douté de la vraie composition chimique des corps. Mais il faut avouer que son explication physique de la dilatation et de la fusion par la chaleur , de la dissolution et de la liquéfaction par l'humidité, de l'évaporation par l'action de l'air et de la chaleur, est pour le moins fort ingénieuse.

Page 1