PAR LES SONGES
D'après la science moderne , le foie et le fiel ne jouent plus un rôle si poétique : on ne les considère plus comme les organes de l'imagination , des songes et de la divination 2; le foie n'est plus un miroir, ni la rate une éponge destinée à le nettoyer; on n'égorge plus de victimes, pour observer avec une curiosité superstitieuse, que du reste Platon ne partageait pas tout-à-fait, ce qu'il nomme par excellence le lobe du foie, c'est-à-dire le grand lobe appelé par les Latins caput exterum*, et au-dessus duquel se trouve le réservoir delà bile*. Si l'on ne connaît pas encore parfaitement les fonctions de la rate dans l'économie animale ,
1 Des part, des aninu , III , C> , p. 669, col. i , I. 13-24.
2 N'avons-nous pas la divination par le magnétisme animal, qui , do inême que l'antique divination par les souge.s, s'étend, dit-on, au présent , au passé et à l'avenir! Ne nous moquons donc pas trop de la crédulité de Platon. Arislole lui-niéme , qu'on n'accusera pas d'une crédulité excessive, est si peu décidé sur cette question, qu'après avoir exprimé ses doutes sur la réalité de la divination par les songes, il s'efforce d'en expliquer la possibilité par des causes naturelles. V. Aristote, Du sommeil et de la veille, c. 1, p. 453, col. 2, 1. 20-24; De la divination, c. 1 et 2, p. 462 , col. 1— p. 464, col. 2, Brkker. Cependant Aristole déclare qu'il lui semble difficile de croire qu'un homme, même endormi, puisse faire des prédictions relatives à des personnes et à des lieux qu'il ne connaît pas. V. \ te, De la divination, cl, p. 462, col. 2, 1. 24-26, Bekkcr. Il aurait donc probablement hésité beaucoup avant d'accorder aux magnétisés la faculté de voir de Paris ce qui se passe en Amérique.
S V. Pline, Hist. nat. , XI, 37. Cf. Lucain, Pharsale, I, 627.
4 V. Euripide , Electre , v. 828. Cf. Rufus d'Ephèse , Des parties du corps humain , p. 29, Turn, , Paris, 1554, iu-8*, ainsi que Suidas et Heychius au mot X66o;.
on sait du moins que le foie, nourri par l'artère hépathique, transforme en bile le sang veineux , qui lui arrive par la veine-porte avec ses deux conduits, nommés portes du foie, TTÛàat , dans la description de Platon i ; qu'une partie de cette bile se rend dans les petits conduits nommés hépathiques ; que le reste se rend dans le vésicule du fiel , le remplit, et de là passe dans le conduit appelé sistique, et qu'enfin les conduits hépathiques et le conduit sistique viennent se réunir dans un conduit unique, nommé cholédoque, qui verse la bile dans le duodénum , où, mêlée au suc sécrété par le pancréas, elle sert à produire la digestion. Platon paraît avoir ignoré cette utilité de la bile, qu'il considère surtout comme une humeur vicieuse 2. Cependant nous voyons qu'il en a reconnu la présence dans le foie à l'état et qu'il lui a attribué une grande influence sur et la divination. Aristote, en réfutant Platon , i cependant pas des idées plus justes sur l'utilité dans l'économie animale 3.
Rappelons-nous aussi * que le foie est, suivant Platon, le centre secondaire des veines , celui où elles apportent à l'âme femelle les sensations, tandis que du cœur, d'où elles tirent leur origine, elles vont porter dans tous les membres les ordres de l'âme mâle. Nous verrons cependant que certains liens, par l'intermédiaire de la moelle épinière, unissent, suivant lui, ces deux âmes avec l'intelligence qui réside dans le cerveau 3.
1 Cf. Aristote , Hist. des antnu , I, 17 ( 14) , p. AW , col. 2, 1. 31-32, Bekker; Clcéron, De naU deor. , II, 55; Julius Pollux, Onom., II, 215, et Rufus d'Epbèse 1. c.
2 V. note 183.
5 Des part, des anim. , IV , 2. Cf. la noie 1M. A V. note 140.
5 V. note 147.
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NOTE CXLIV
Le mot 7r/)Of>}T»}ff, prophète, d'après son étymologie, signifie celui qui proclame les prédictions, et non celui qui prévoit lui-même l'avenir *. *
NOTE CXLV