‹ Etudes sur le Timée de PlatonChapitre 65 sur 140 · DES OS, DE LA MOELLE ET DU CERVEAU · texte numérisé non relu

DES OS, DE LA MOELLE ET DU CERVEAU

Le sens de cette phrase paraît être que , dès avant de former les différents os qui devaient contenir la moelle, Dieu la divisa en des parties de diverses formes, suivant les

1 Sur toute cette théorie de l'enthousiasme et de la divination, M. Cousin renvoie au Plièdre, au Banquet , au livre 8 de la République, et à Plotin ,Bnnéade 6, 11 v. 9.

2 V. note 160.

3 Des part, des anim. , III , 14.

0 V. notes 60-70.

310 NOTES STJR LE TIMEE.

formes des os. C'est ce qui résulte de la suite du passage, où Ton voit que la cervelle, considérée par Platon comme la partie la plus importante de la moelle , reçut une forme ronde de tou tes part s, c'est-à-dire sphérique, et que la moelle allongée reçut des formes à ta fois rondes et oblongues, c'està-dire à peu près cylindriques.

Je m'écarte ici beaucoup de la traduction de M. Cousin , principalement pour le membre de phrase où il a cru voir le germe de la pltrénotogie. Mais un autre passage du Timée i me paraît contenir en effet le germe de ce que la phrénologie offre de raisonnable. C'est celui où Platon explique les différentes formes du crâne des diverses espèces d'animaux par l'engourdissement plus ou moins profond de leurs facultés intellectuelles S. Ici même Platon déclare quelques lignes plus loin que les liens de l'âme femelle l'attachent à la moelle contenue dans la partie inférieure de la colonne vertébrale, que ceux de l'âme mâle l'attachent à la moelle coi^nue dans la partie supérieure, et que ceux de l'âme intelligente l'attachent au cerveau, qui , comme une terre lAourée , reçoit la semence divine, c'est-à-dire le principe immortel de l'âme. Platon a donc dû naturellement admettre un rapport étroit entre le cerveau et la pensée. Il n'a pas su, comme Erasistrate et Galien, que les vrais conducteurs des sensations sont les nerfs, qui ont le cerveau pour centre. Il a au contraire attribué cette fonction aux veines , qui suivant lui portent Je> sensations au foie, siège principal de l'âme femelle. Il a cru que les organes du mouvement sont les veines, et que le point de départ du mouvement est le cœur, siège principal de l'âme mâle 3. Mais pourtant il a reconnu que certains liens , par l'intermédiaire de- la moelle épinière, unissent les deux âmes mortelles au cerveau, siège de l'intelligence.

2 V. notes 208.

8 Sur ces erreurs de Platon , v. les notes 111 , lift, 123, lftO etlftS.

PHRENOLOGIE. 311

Au contraire Aristote * prétend que le cerveau n'a rien de commun avec la moêlle , qu'il n'est point le centre des sensations ni le siège de la pensée , mais que sa principale fonction consiste à rafraîchir le sang, le cœur et le corps entier, à être, pour ainsi dire, la glacière du corps humains, et qu'il est seulement un intermédiaire indispensable entre les sensations de la vue et de l'odorat , et le cœur, où elles aboutissent 3. Ici Aleméon, Diogène d'Apollonie& et Platon sont bien plus près de la vérité qu'Aristote.

NOTE CXLVIÏI.

La phrase grecque indique l'étymologie du mot cyxc ? «- >cv , cervelle , formé de h et de xtyoà-n.

NOTE CXLIX

On pourrait être tenté de croire que Platon veut parler ici des nerfs véritables, qui tous partent du cerveau, du cervelet, ou de la moelle épinière. Mais comme les nerfs véritables n'ont été observés et décrits qu'après l'époque de Platon 5, il me parait plus vraisemblable que ces liens de l'âme mortelle, dont il parle ici, sont purement imaginaires.

La fin de la phrase grecque me paraît signifier que Dieu recouvrit la moelle allongée d'une enveloppe osseuse et forma le reste du corps humain , c'est-à-dire les parties molles et charnues, autour de cette enveloppée. M. Cousin comprend au contraire qu'autour de la moelle Dieu .

1 Des part, des anim. , 11,7, 10; Il st. des an toi. , I, 10 '13); De la jeunesse et de ta vieillesse, c. 2. Cf. note 152, $ 1.

2 Cette erreur d'Aristote a été combattue par Galien , De l'usage des parties du corps , liv. 8 , t. 1 , p. Û51-A52, Bâle.

S V. note 152, $ 1.

û Y. note 114. •

5 V. notes 152, $ 1 , et note 187, $ 2.

0 V. AlclDOûs, Introd. à la doctr. plat.,c. 17.

construisit noire corps, auquel il donna pour première enveloppe la charpente osseuse. Mais plus loin Platon , développant sa pensée, expose pourquoi et comment Dieu recouvrit la moelle d'os, et les os de tendons et de chair i. Il dit la même chose dans le Phédon s.

NOTE CL

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