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Etudes sur le traité de médecine d'Abou Djàfar Ah'mad, intitulé:

Quel est le médecin qui ne se fasse pas un plaisir de lire les pères de la médecine dans leur langue , et qui ne regrette pas d’iguorer celle des médecins arabes , dont on n’a jusqu’à présent que de mauvaises traductions?

( A. D. Tissot. De la santé des gens de lettres. )

Ibn Abi Oçaïbyya, dans son Histoire des médecins, nous fait connaître le nombre immense d’ouvrages composés par les médecins arabes. En parcourant ces longues listes, on regrette que la plu part de ces ouvrages soient restés inconnus à l’Europe savante. Ces matériaux, si importants pour l’histoire de la médecine et peut-être pour la médecine elle-même, resteront-ils enfouis dans les bibliothèques? N’y aura-t-il personne pour remuer celte vieille poussière? Doit-on désespérer de voir élever . ;i la science un monument digne d’elle, l’histoire de

la médecine1 arabe, complète, scientifique, puisée aux sourdes? On est malheureusement amené à le craindre, en voyant si peu de médecins adonnés à l’étude des langues* orientales.

Ibn Abi Oçaïbyya donne la biographie de trois cent soixante-huit médecins, dont deux cent trenteneuf arabes, trois arabes du Mar'reb, quatre-vingtsept arabes- espagnols, vingt-trois persans et seize grecs.

L)e tous les- médecins arabes et persans, on ne connaît, et imparfaitement encore, qu’Avicenne (lbn Sina), Averroès1 (Ibn Rochd), Rhazès (Er- Râzi), Abou Djafar, Ibn cl-Beit'âr, Abd el-Lat'if, Aven-Pace (Ibn Bàdja), Al-Fârabyy, Al-Kendyy, Al- R'azalyy. Ces quatre derniers sont plutôt considérés comme philosophes que comme médecins.

Parmi les nombreux ouvrages de médecins arabes traduits au moyen âge, se trouve le livre objet de ces études, le Zud al-Moçàfir «la provision du voyageur», traité de médecine composé par Ibn al-Djazzàr, Abou Djàfar Ah'mad, qui vivait à K'aïrawàn, sous le règne du calife fathiinite Moïzz lidin Allah.

Cet ouvrage a été traduit en grec, en latin et en hébreu. La traduction grecque, qui contient de nombreuses additions au texte primitif, est connue sous le nom d'Éphodes; la traduction latine, qui n’est

1 Nous avons maintenant un livre précieux sur Averroès et 1 âverroisme de M. Ernest Renan. L’auteur, a déployé dans cet ouvrage une grande érudition, une connaissance approfondie des questions philosophiques. Son style est animé. On voit qu’il traite un sujetde prédilection.

qu’un abrégé, porte le nom de Viatique; la traduction hébraïque, celui de Tzeilud derachim; elle a été faite par Mose Tibbon.

M. le docteur Daremberg a publié ( Notices cl extraits des manuscrits médicaux grecs, latins et français. Paris, 1 853 , p. 63), des recherches très-consciencieuses sur les manuscrits des traductions grecque, latine et hébraïque; il a dit quelques mots du manuscrit ai’abe. On ne connaît pas le véritable auteur de la traduction grecque, ni l’époque précise où elle a été faite ; elle est sous le nom de Constantin. L’auteur de la traduction latine porte le même nom; c’est le célèbre Constantin l’Africain, et il s’est donné le mérite de la composition môme de l’ouvrage. Plusieurs savants lui ont attribué les deux traductions grecque et latine. i\I. Daremberg a cherché à démontrer que Constantin l’Africain, auteur de la traduction latine , n’avait pas pu faire la traduction grecque.

«Il existe au Vatican, dit-il, un manuscrit de la traduction grecque qui remonte certainement au plus tard à la fin du Xe siècle, ou au commencemenl du xic; par conséquent, il a été écrit à une époque très-voisine de celle où llorissait Ahou Djàfar, mort, selon M. de Siane (d’après Ad-Dahabi), l’an 35o de l’hégire (961 de J. C.); selon H'adji Khalfa, l’an 4 00 (1009 de J. C.)1; enfin, selon Wüslenfeld, l’an 365 ( 1 oo4 de J. C.). Constantin , qui est mort l’an 1 087,

1 Le mànuscrit de II adji Klialla de la Bibliothèque impériale, porte I!année./i73 , au lieu de 4oo.

était à peine né au commencement du xi* siècle, et n’a probablement traduit le Zâd al-Moçâfir qu’au milieu de sa carrière b »

Parmi les questions dont M. Daremberg s’est occupé dans son travail, il en est une qui a le plus captivé son attention et qui a été l’objet de ses soins les plus scrupuleux. C’est celle de savoir si Constantin l’Africain a traduit le Viatique sur le grec ou sur l’arabe. Cette question avait été tranchée généralement. dans le sens de la traduction sur l’arabe; M. Daremberg est arrivé au même résultat, mais son opinion est raisonnée et accompagnée d’un cortège imposant de preuves. Après les considérations générales qu’il a fait valoir en faveur de son opinion, il a comparé avec l’arabe la transcription des noms propres et des termes techniques, et mis, en terminant, sous les yeux du lecteur quelques fragments du texte arabe, avec une traduction dans laquelle sont indiquées les ressemblances qu’il trouve avec la traduction latine.

Je n’ai à m’occuper ici que du manuscrit arabe dont le texte est tout entier inédit. Pour donner de cet ouvrage une idée à la fois générale et particulière, j’ai ainsi divisé mon travail; i° description du manuscrit; 20 texte de la biographie d’Abou Djàfar, prise dans l’Histoire des Médecins d’Ibn Abi Ocaibyya; 3° traduction de la biographie; li" traduction de deux chapitres du Zâd al-Moçâjir, intitulés De V amour, De i hydrophobie ; 5° notices sommaires sur 1 Voyez Archives des Missions, p. 5oi. Septembre i85i.

tous les médecins et les ouvrages cités par Abou Djàfar; 6° table générale du Zâd al-Moçâfir ; ce sera, en quelque sorte, un dictionnaire spécial des maladies.

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