DESCRIPTION DU MANUSCRIT
Les manuscrits arabes du Zâd al-Moçâfir sont rares ; on n’en connaît meme qu’un seul complet, celui de Dresde, sur lequel j’ai fait mon travail. Il est inscrit au catalogue de Dresde sous le n° 209 h Il a appartenu autrefois à la Bibliothèque impériale de Paris; le format est in-8°. Il contient 33g feuillets; mais ce traité de médecine ne va que jusqu’au feuillet 3o3. Le reste est consacré à lin traité sur la fabrication des odeurs, des perles, des chatons de bague, du savon, de la bougie, du kohl, etc. etc. Le manuscrit est, en général, peu correct; les points diacritiques sont quelquefois omis, le plus souvent confondus. Il est écrit de quatre mains différentes : i° du feuillet 1 h 78, écriture assez correcH; 2°de 78 à 26g, autre écriture, très-négligée de 2Ôo à 260;
3° de 270 à 289, autre écriture régulière et cor- % t
' C’est ce manuscrit que M. le docteur Daremberg a obtenu en communication sur la demande de M. le Ministre de l’instruction publique. J’ai été chargé d’en exécuter une copie, qui fait aujourd’hui partie de la Collection orientale de la Bibliothèque impériale (n° 4863). Il serait à désirer que cet établissement possédât des copies des manuscrits les plus importants de la médecine arabe qui 9 se trouvent dans les autres bibliothèques , particulièrement à Ox ford et à l’Escurial.
iode ; 4U de 290 à lu lin, autre écriture peu soignée. Aux feuillets 290 v° et 291 v°, on trouve en marge divers passages ou mots incohérents, tirés du K'orân , donnés comme recettes contre la gale. Je me hâte de dire que ces recettes ne font pas partie de fou vrage du savant Abou Djàfar; elles ont été, sans doute, écrites par quelque lecteur fanatique1.
La copie de ce manuscrit a été achevée le 1 2 de radjah al-fard, en 1009 de l’hégire (de J. C. 1600). Elle fut faite par l’ordre du médecin Ifoeaïn (?) , que le copiste appelle l’unique de son temps. Les diverses écritures de ce manuscrit m’ont paru avoir été tracées par un Syrien. Ou sait que l’ccriture de l’Egyp tien a un type différent de celle du Syrien, et que celle du Mar'rebin a un cachet tout particulier.
Le style d’Abou Djàfar est simple , naturel , comme il convient dans ces sortes d’ouvrages, et est assez facile à comprendre lorsque le manuscrit n’est pas altéré. Cependant le chapitre sur Y Amour m’a donné beaucoup de peine à traduire. L’auteur avait à faire connaître un* maladie difficile h décrire. Aussi la suhli
1 Les Arabes, par l'intermédiaire desquels nous est arrivée la médecine grecque, sont de nos jours dans une ignorance grossière de cette science. En Algérie, les successeurs d’Avicenne, d’Averroès, d’Abou Djàfar, sont, ou des marabouts visionnaires et empiriques, traitant les malades par les sentences du Coran, ou des barbiers, maniant aussi mal la lancette qu’ils se servent du rasoir avec une dextérité incomparable. En Syrie, cependant, on retrouve encore quelques traditions de Galien. L’usage des simples y est lorl répandu. En Egypte, l’enseignement scientifique de la médecine a été introduit, sous Mébcmct Ali, par les docteurs Glot-Bey et Perron, cl autres savants recommandables.
lité du sujet l’a-t-il forcé à employer des linesses d’expressions pour rendre des pensées pleines de délicatesse.
Ahou Djàfar fait connaître l’origine de la maladie; il la décrit et indique le traitement à suivre. Il discute quelquefois l’opinion des médecins anciens qu’il cite à l’appui de ses observations. Le plus grand nombre des recettes contenues dans son ouvrage ont été empruntées à ces médecins, quelques-unes à son oncle, AbouBakr, qui était aussi médecin; les autres, il les a composées lui- même. Il indique assez souvent qu’il les a expérimentées et qu’il en a reconnu l’eflicacité.
L’ouvrage d’Abou Djàfar a eu une grande renommée. Les diverses traductions grecque, latine, hébraïque, qui en ont été faites, le prouvent suffisant ment. C’était un des ouvrages les plus accrédités dans le Bas-Empire et en Espagne, où il fut introduit par le médecin Amrou ibn Ll'afç, ibn Barik.qui avait étudié auprès d’Abou Djàfar à K/aïrawân, et qui vivait sous An-nâçir1. Le poète Koclmdjim a célébré cet ouvrage dans des vers insérés dans la biographie suivante d’Abou Djàfar.