‹ Etudes sur le traité de médecine d'Abou Djàfar Ah'mad, intitulé:Chapitre 5 sur 25 · TRADUCTION DU TREIZIÈME CHAPITRE DU SEPTIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

TRADUCTION DU TREIZIÈME CHAPITRE DU SEPTIÈME LIVRE

DE L’ HYDROPHOBIE 2 cJdfl i.

Le chien, par sa nature (complexion), est froid, sec et soumis à l’influence de la hile noire. Ce kimoas noir3, à cause de son abondance et

de son action chez les chiens, se gâte, et ses mauvais effets, envahissant tout leur corps, déterminent l’hydrophobie. C’est le plus souvent en automne et en été qu’ils sont atteints de cette maladie.

Les signes qui dénotent le chien enragé t-JSÜI sont les suivants : il ne reconnaît pas son maître, il erre devant lui, il ne retourne pas à l’endroit où il se dirigeait, il est désorienté comme l’ivrogne, a la bouche ouverte, la langue pendante; une bave abondante coule de sa bouche , ses yeux sont hagards et rouges, ses oreilles pendent, sa queue rentre dans ses cuisses; il regarde les yeux très-ouverts, ne faisant pas de différence entre les pierres et les gens qu’il rencontre4; il joue avec tout ce qui est de-

' (lis- I 1 .

1 Voy. ms. D, fol. 276 r°. Même fol. v° de la copie.

3 Mot grec, ^vfxos, qui signifie humeur.

4 (»‘r) lo (lis. ocsLj

vaut lui, même avec sou ombre, qu’il cherche à en lever des murailles; il ne rencontre pas un homme, une bête de somme ou un mur, qu’il ne les attaque. Les chiens, en le voyant, le fuient; car ils le reconnaissent et ont pour lui de la répulsion, aussi aboient-ils après lui. L’indice le plus sûr est de prendre un morceau de pain, de l’enduire avec le sang qui sort de l’endroit mordu, et de le jeter ensuite aux chiens. S’ils ne le mangent pas, la morsure est d’un chien hydrophobe1; s’ils le mangent, c’est la morsure d’un chien ordinaire.

Quant aux accidents qui se rencontrent chez ceux que le chien enragé a mordus, les voici : au commencement, ils font des rêves la plupart confus, souvent ils ont peur, dans le sommeil, de ce qui les a épouvantés et leur est arrivé la veille. Une inquiétude sans cause les tourmente. Ils ne peuvent pas supporter ceux qui les regardent; ils se tournent souvent vers les objets qui sont autour d’eux. S’il arrive qu’ils aient peur de l’eau, ils aboient comme les autres chiens, et leur voix devient mauvaise. Us sont effrayés de l’eau, et toutes les fois qu’ils y portent leurs regards, le tremblement les prend et s’empare d’eux tout à fait. Ils sont atteints de contraction, tout leur corps est ébranlé, et en particulier les parties voisines de la face. Si on ne le traite pas promptement, le malade meurt.

Il faut commencer à le traiter avant que les mauvais signes apparaissent en lui, en brûlant aussitôt

'(ajoutez: •

l’endroit mordu avec la pierre infernale fortement appliquée, et qui élargit (la blessure) , ou bien avec des remèdes qui la font suppurer et l’étendent. On n’emploiera pas de remèdes qui pourraient la sécher et la contracter; car le virus agirait à l’intérieur, comme on s’en apercevrait. Si la blessure est large , nous faisons une incision large, profonde, afin que le sang sorte en abondance , et que le virus sorte avec le sang. Si elle est étroite, il faut ouvrir les deux lèvres avec le scalpel, élargir le sommet, scarifier largement autour de la blessure, afin que le sang sorte en abondance, et cautériser l’endroit avec le feu, qui empêche le virus de circuler et de s’introduire dans l’intérieur du corps (avec la permission de Dieu; il est grand et illustre!). On pose sur cet endroit des sangsues pour tirer le sang, qui entraîne le virus au dehors.

Quant aux remèdes qui font suppure] la plaie l’élargissent et en soutirent le virus , ce sont les suivants : on prend un ail , on le broie et on le place sur l’endroit (mordu ) , ou bien un ail et du sel pilés ensemble et pétris avec du miel. On obtient le même effet avec de l’oignon, comme avec de la moutarde, et le pouliot , lorsqu’il est sec. On pile, on pétritavec du vinaigre , et l’on applique le tout sur l’endroit de la morsure1. L’effet de ce remède est celui du feu; car il attire le virus et les humidités de l’intérieur du corps à l’extérieur, avec bénignité et facilité.

1 «aII ^ «U , plus régulièrement :

11 importe de suivre ce traitement au commencement de la morsure, avant que les mauvais signes apparaissent, jusqu’à ce que trois jours se soient écoulés, et que les mauvais signes commencent à se déclarer. Alors il faut donner au malade des breuvages qui purgent de la bile noire, des mets adoucissants, et, en boisson, de la thériaque de la meilleure espèce. On fait évacuer la bile noire avec

des lavements chauds On prescrit des bains.

Le corps s’amollira par l’emploi d’huiles tièdes et dissolvantes. Il faut, avec le traitement que nous avons mentionné, donner des boissons dans lesquelles entrent des écrevisses de rivière, qui sont particulièrement utiles contre la morsure du chien enragé; elles sont moins salées que les écrevisses de mer, plus agréables au goût, plus substantielles, et font moins sécher la plaie. Par la douceur de leur salaison, elles éloignent délicatement le virus, sans dessécher en rien l’humidité essentielle du corps.

Dioscoride ui prétend qu’en prenant de

leur cendre deux mithk'âls1, avec un mithk'âl et demi de racine de coloquinte romaine , et une boisson odoriférante, on a un remède salutaire contre la morsure du chien enragé (avec la permission de Dieu; il est grand et illustre!).

Galien2 joint à ce remède un quart de mithk'âl et la moitié d’un dixième d’encens, ce qui revient à

1 Une drachme et demie.

Galien a fait un opuscule sur la morsure du chien enragé , JL-Jf LLc. j JL) ( Voy. I. A. O. fol. 60 r°.)

deux dànilv el demi; il y ajoute de sa pilule. U a fait une autre composition, qui est également salutaire. On prend trois mi thk'âls d’écrevisses de rivière brûlée, deux mithk'âls de racine de coloquinte romaine, quatre mithk'âls de bol sigillé romain; on réunit le tout que l’on concasse. On en boit deux drachmes avec l’eau dans laquelle l’écrevisse a été préparée.

Autre prescription d’un remède fait par K'rât'imous efficace contre la morsure du chien

enragé (avec la permission de Dieu; il est très-haut!). On prend dix mithk/âls d’écrevisses de rivière brûlées, deux mithk'âls de myrrhe, un mithk'âl et demi de safran, un mithk'âl de racine de coloquinte romaine, dix grains de poivre blanc, et du vin, suivant le besoin, en pétrissant le tout. Il faut en boire un mithk'âl, avec du vin mêlé d’eau.

Recette d’un remède que Galien dit être salutaire contre la morsure du chien enragé et contre la piqûre du scorpion. On prend du basilic sauvage et de l’aristoloche longue, sept drachmes de chacun ; huit drachmes de racine de coloquinte romaine; du poivre et de l’opoponax, une drachme de chacun. On fait dissoudre l’opoponax dans du vinaigre, et le tout est pétri avec du miel. La boisson en sera d’un mithk'âl, avec de l’eau tiède. Lorsque le tout est cuit, on 1 étend sur la plaie. On donne à manger au malade des noix pelées; ou bien, on prend les noix, on les pile avec un peu de sel, et on les pétrit avec

1 Voy. p. 4 ) , aux notices sommaires.

(lu miel; on place le tout sur l’endroit. Le blé brûlé, mêlé au miel , et l’oignon, produisent le même effet. Ou bien, on prend du lait de ligue et de la farine de vesce, et on en fait un emplâtre; on fait aussi un emplâtre avec du sel, du miel, de la menthe et de la rue. Ou bien on fait cuire du lotus, qu’on place sur l’endroit de la morsure du chien enragé.

Quelques médecins prétendent que des cheveux d’homme trempés dans le vinaigre et placés sur l’endroit de la morsure, sont efficaces à l’instant. Si le mordu est atteint de la peur de l’eau, et s’il évite d’en boire, il faut trouver le moyen de lui en faire boire sans qu’il le sache, soit en mettant l’eau dans un vase, auquel on adapte un long tuyau et en introduisant le bout du tuyau jusqu’à la racine de la langue, d’où l’on verse l’eau dans le gosier; de cette manière, il ne sait pas (s’il a bu de l’eau); ou bien, on prend une canne sLiï qu’on vide, dans laquelle on introduit de l’eau, et l’on tâche de la faire arriver jusqu’à l’intérieur (du corps).

D’autres médecins prétendent que le loie du chien, mangé rôti, est bon contre la frayeur de l’eau provenant de la morsure du chien enragé. Pour ceux qui craignent l’eau, il faut prendre, sans qu’ils le sachent, de l’eau dans laquelle les forgerons éteignent le fer1, et l’on en donne à boire au malade. C’est (d’un effet) étonnant.

Quant aux remèdes qui sont salutaires contre la morsure du chien enragé et d’autres chiens qui ne

1 ( lis. «U* j-ku (JôJl.

sont pas enragés, ce sont les suivants : le suc du lycium, dont on enduit l’endroit de la morsure du malade, est salutaire, il est salutaire aussi de l’enduire avec de l’opoponax dissous dans de l’eau tiède ; ou bien, on applique sur l’endroit du sel pilé et du miel, jusqu’à ce qu’ils pénètrent au fond de la morsure ; on applique aussi sur l’endroit de l’oignon broyé avec du sel et du vinaigre; ou bien on mélange avec de l’oignon broyé , du miel , du sel , de la rue , et on applique le tout.

La noix , mêlée avec de l’oignon , du sel et du miel, est bonne contre la morsure du chien et celle de l’bomme. Le blé mâché, appliqué sur la blessure, est bon contre la morsure du chien enragé. La feuille de figue noire broyée, appliquée sur la blessure, est salutaire. La menthe, appliquée avec le sel, est efficace contre la morsure du chien. La vesce, pétrie avec du vin , appliquée sur la blessure , guérit de la morsure du chien et de celle de l’homme. 11 en est de même de la racine de fenouil , appliquée broyée , mêlée au miel. Ce qui est salutaire contre la morsure de l’homme, c’est de prendre un os d’agneau brûlé jusqu’à ce que sa cendre blanchisse, ensuite on le broie et on le pétrit avec du miel , et on l’applique sur l’endroit (mordu). Si la morsure est ouverte, on prend des lentilles cuites qu’on fait macérer, et on les applique sur l’endroit; elles guériront (si Dieu veut; il est grand , illustre et le plus savant!).

J. As. Extrait n° 4. (î 853.)

NOTICES SOMMAIRES SUR LES MEDECINS GRECS ET ARARES, ET LEURS OUVRAGES CITES DANS LE 7.AD AL-MOÇAFIll. .

Il m’a paru intéressant, pour l’histoire littéraire de la médecine , de consacrer un chapitre spécial aux médecins grecs et arabes dont il est question dans le Zûd al-MoçâJir. La plupart des détails biographiques et bibliographiques de ces notices sont tirés du précieux ouvrage d’ibn Abi Oçaïbyya. Je me suis servi du ms. 678, suppl. ar. de la Bibliothèque impériale. J’indique en même temps les maladies à l’occasion desquelles Abou Djàfar a cité les médecins grecs et arabes et leurs ouvrages. Ce n’est pas la partie de ces études qui m’a donné le moins de peine. J’ai retrouvé dans Ibn Abi Oçaïbyya le titre de tous les ouvrages cités dans le Zâd al-Moçâjir; mais je n’y ai pas trouvé tous les médecins arabes dont parle Abou Djàfar. Quelques noms de médecins grecs se trouvent détigurés en arabe, il m’eût été difficile d’en rétablir l’orthographe, si je n’avais eu recours à l’obligeance de M. le docteur Daremberg. Ses indications m’ont aidé à reconnaître, sous la transcription arabe, le véritable nom de la plupart de ces médecins. Je dois aussi à M. Daremberg la détermination des ouvrages des médecins grecs cités par Abou Djàfar, et celle de plusieurs maladies comprises dans la table que je donne plus loin.

Je renvoie, dans ces notices, au manuscrit de Dresde, au moyen de celte abréviation : ms. D. , et à l’ouvrage d lbn Abi Oçaïbyya, au moyen de celle-ci : I A. O.

Si. MEDECINS GRECS.

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