‹ Etudes sur le traité de médecine d'Abou Djàfar Ah'mad, intitulé:Chapitre 4 sur 25 · TRADUCTION DF. LA BIOGRAPHIE D’IBN EL-DJAZZAR ABOIJ · texte numérisé non relu

TRADUCTION DF. LA BIOGRAPHIE D’IBN EL-DJAZZAR ABOIJ

DJ/tFAR AH'MAD, FILS D’IBRAHIM , FILS D’A BOL KHÂL1D.

Médecin , fils de médecin . neveu d’Abou Bakr, qui était aussi médecin , Abou Djàfar, natif de K'aïrawân , fut un des contemporains^des compagnons2 et des élèves d’Isbak', fils de Solaïman3. Il était au nombre

de ceux qui retenaient par cœur (le K'orân, les h'a-

1 Je lis : <|l JkJÎv^aj , bu bien J à la place de (J[ .

2 Le mot « accompagner quelqu’un , être compagnon, ami,»

est pris ici dans le sens de fréquente r dans un but d’instruction.

1 Voyez p. 47 la notice sommaire de ce médecin célèbre. Sa vie a été donnée par S. de Sacy , Relation de l'Égypte , p. 43.

dit lis , etc. ) ; appliqué , investigateur, il étudiait la me decinc et les autres sciences, et les comprenait parfaitement.

Solaïmân, lilsde ll'assàn, connu sous le nom d’Ibn Djoldjol1, rapporte qu’Ah'mad ibn Abi Rhâlid avait adopté pour sa tenue, sa conduite et ses habitudes, une règle invariable, à laquelle on n’a pas le souvenir à K'airawân qu’il ait manqué une seule fois. Sans penchant pour aucun plaisir, il assistait aux convois funèbres et aux noces; mais il n’y mangeait pas. Il ne se rendait auprès d’aucune personne de l’Ifrik'ia, ni chez le sultan, excepté chez son vieil ami Abou T'àlib 2, oncle de Màd : ce n’était que le vendredi seulement qu’il y allait. Chaque année, il se transportait à un ermitage3 situé sur (le bord de) la' mer et y restait tout le temps des chaleurs; il revenait ensuite en Ifrik'ia.

1 Voyez sa Biographie, traduite d’Ibn Abi Oçaïbyya par S. de Saey, Relation de l’Egypte d’Abd el-Lat’if, p. 4 Ibn Djoldjol est auteur de Mémoires sur la vie de divers médecins et philosophes qui ont vécu du temps de Moayyad billah. (Hécham, II, 366, 392, de J. C. 976 , 1001.)

1 Abou T'àlib était fds de Kâym Abou’I-K'àcim , deuxième calife fatimite. ( Voy. la Notice de M. Et. Quatremère sur Moizz lidin Allah, Journal asiatique, 1837, p. 89.}

■1 ïb->\y Ce mot, pris dans le sens d’ermitage, manque au dictionnaire. H est l’équivalent de fcyxÀ/o «lieu de retraite». On le trouve dans Ibn Batoutah. (Voyez ses Voyages dans l'Asie Mineure, traduits par M. Defrémery, p. 92.) Les manuscrits dont s’est servi M. de Slane, pour faire sa note sur Abou Djàfar, portaient probablement JsL^, au lieu de : «Abou Djàfar passed the days ol

summer, every year in one of ribâts or garrisons on the sea-coast. > ( Voy. Ibn Khallican, t. I, p. 673, trad. de M. de Slane.)

À Ja porte de sa maison, il avait placé un long banc, sur lequel il faisait asseoir un serviteur nommé Rachyk'. Celui-ci préparait devant lui tous les électuaires, les boissons et les remèdes. Lorsque le matin Abou Djàfar apercevait les vases (d urine), il invitait les gens à passer vers son serviteur, de la main duquel il recevait les remèdes, évitant (de son côté), de prendre lui-même quelque chose de quelqu’un.

Une personne en qui j’ai confiance, ditlbn Djoldjol, me raconta le fait suivant : «J’étais chez lui, dans son vestibule, où il y avait encombrement de monde , lorsque le neveu de Nômàn le k'âd'y s’avança. C’était un jeune homme considéré dans l’Ifrik'ia; le k'âd'y en faisait son substitut lorsqu’il était empêché de juger. Le neveu de Nômân ne trouva dans le vestibule d’autre siège que celui d’Abou Djàfar. Celui-ci sortit (de l’intérieur de la maison). Le neveu du k'âd'y s’étant levé, Abou Djàfar ne le fil pas asseoir. Ce jeune homme lui montra un vase d’urine qu’il avait apporté de chez son cousin, le fils de Nômân (qui était malade). Il recueillit sa réponse au sujet de son cousin, tout en restant debout; puis il s’éloigna et monta à cheval sans faire attention à ce qui venait de se passer. Il revint les jours suivants avec l’urine, jusqu’à ce que le malade fût guéri L »

1 En étudiant le texte de ce récit, depuis* JjLs* ^ol JL, j’ai eu beaucoup de soins à prendre pour ne pas confondre un personnage avec l’autre. Le style d’ibn Abi Oçaïbyya est, en général, d’une grande concision, et par cela même assez souvent obscur. Il manque de clarté, surtout dans l’emploi des pronoms; c’est là, au reste, une des difficultés de la langue arabe. Lorsqu’il y a plusieurs per-

Celui qui me raconta ce fait ajouta : «J étais chez Abou Djàfar au moment du d'oli'a 1 du jour, lorsqu’un envoyé du k'àd'y Nomân s’avança avec une lettre dans laquelle il le remerciait de ses soins pour son fils. L’envoyé apportait un mandil 2 contenant un kaçoua 3 et trois cents mithk'âls. Abou Djàfar lut sa lettre, répondit au k'àd'y pour le remercier; mais il ne prit ni l’argent, ni même le kaçoua. «Abou Djà- « far, lui dis-je, c’est là un bien que Dieu t’envoie.» — «Par Dieu! répondit-il, je n’ai pas à recevoir de « présent des gens de Màd 4. »

sonnes en scène, on est souvent embarrassé de savoir à quelle personne on doit attribuer tel ou tel fait. Il faut une grande attention pour ne pas se tromper. Cette ambiguïté disparaîtrait si l’auteur répétait plus souvent le nom des individus qu’il met en scène.

1 De neuf heures du matin à midi.

‘i Voy. le Dictionnaire des vêtements chez les Arabes de M. R. Dozy, au motJjjji^o, p. 4 1 4 - Ce savant orientaliste a donné tous les

sens de ce mot: turban, ceinture, mouchoir,' serviette , tablier, linge. Ici il est probablement question d’un mouchoir. M. Lane ( The Thousemd and one Nights, t. I , p. 4 2 4 , cité par M. Dozy) fait l’observation suivante: «C’est une coutume générale, parmi les Arabes, de donner un présent qui consiste en argent, noué . dans le coin d’un mouchoir brodé.» Dans le passage d’Jbn Abi Oçaïbyya, le mandil sert à contenir les présents, mais n’est pas offert; ce qui le prouve, c’est la phrase : mais il ne prit ni l'argent, ni même le. kaçoua. Ces mots confirmeraient la correction que j’ai proposée en écrivant Jlj jJsjo , au lieu de i

3 Voy. le Dictionnaire des vêtements , au mot pU«4=>, p. 333. Le kaçoua doit désigner d&ns ce passage le h Ayk. Ce mot a ce sens dans le Mar'reb; mais en Syrie et en Égypte, le kaçoua répond au djobba et au k’kjtân.

Abou Tamim Màd, surnommé Moizz lidm Allah , fils du calife Ylançour, né en Ai’] de l hégire (de. J. C. <)2§) > quatrième des califes fathimites d’Afrique, premier de ceux d’Egypte, régna de 34 i

Ah'iïiad ibn al-Djazzâr mourut âgé de plus de quatre-vingts ans. On Irouva chez lui vingt-quatre mille dinars et vingt- cinq k'int'ârs (quintaux) de livres sur la médecine et autres sujets Il forma le projet d’un voyage en Espagne; mais il ne le mit pas à exécution. Il vivait sous le gouvernement de Màd.

Le poète Kochàdjim 2 fit , à la louange d’Abou Djà-

à 365 de l’hégire (de J. C. 952-975). Il faisait de K'aïrawân sa capitale. Cette ville renfermait une foule d’hommes, même de personnages influenls, qui détestaient profondément les Fatbimites. On sait quelle opposition ils rencontraient au milieu même de la capitale de leurs États. (Voy. Vie du khalife fathimite Moizz lidin Allah, par M. Quatremère, Journal asiatique , novembre 1 836 , p. 409 ,4u.)

1 Singulière manière d’apprécier la bibliothèque d’un savant.

1 Abou Mançour Abd al-Malik Etthàlabyy le mentionne dans son Iatimat Addahr (fol. 2 v. ms. ar. n° 1870 ancien fonds) , au chapitre des poêles de Syrie, qu’il met au-dessus de tous les poètes arabes, y compris ceux du paganisme. D’après lui, ce poète n’était pas originaire de la Syrie, il était moallad, c’est-à-dire étranger, mais nuturalisé Syrien. (Peut-être naquit-il en Egypte ou au Mar'reb, et vintil se fixcren Syrie.) Après avoir cité les poètes modernes jcasJf, Etthàlabyy ajoute :

cl yi J^t ci

Us

«Parmi les naturalisés de Syrie, El-Moàwouadj Errakyy, Al-Marimyy, Al-Abbassyy et Abou’l-Fath Kochàdjim, sont les parterres de la poésie et les jardins des yeux. »

Ce nom de Kochàdjim paraît n’être qu’un surnom. 11 n’y a au-

cune racine arabe de ce mot. Le cheikh Fârès Ecchidiâk', que j’ai consulté sur ce poète, n’a pu me donner que le renseignement suivant : «Les oadaba d’Égypte disent que le nom de est composé de la première lettre des mots suivants : obV» écrivain», ^.cLw «poète», «littérateur», «qui réunit» (la

science), «astronome». Abou 1-Fath Mah moud ibnou’l-ll o-

çaïn, surnommé Kochàdjim, célèbrepocte et philosophe, était contem J. As. Extrait n" 4- ( 1 8 53 .) a

lar Ah'inad ibn al-Djazzâr, les vers suivants (sur le mètre tfawil), dans lesquels il mentionne son livre connu sous le nom de Zâd al-Moç.âfir :

Abou Djàfar, tu as perpétué, vivant ou mort, des qualités glorieuses, élevées sur le dos du temps1.

J’ai vu chez nous une foule (de personnes) examinant et connaissant le Zâd al-Moçâfir.

Je suis certain que si Abou Djàfar eût vécu au moment (de la renommée de son livre), il serait devenu, parmi les noms les plus célèbres, une perfection.

D’Ah'mad je louerai les actions dont les promesses sont grandes aux yeux des (hommes) généreux.

Ibn al-Djazzâr est auteur des ouvrages suivants : Livre sur le traitement des maladies, connu sous le nom de Zâd al-Moçâfir ; Traité sur les remèdes simples , connu sous le nom d Ttimâd «appui;» Traité sur les remèdes composés , connu sous le nom de Bor'ia « chose qu’on désire;» Livre du préparatif pour prolonger l’existence, le plus important qu’il ait fait sur

porain de Motenabby. Il mourut peu après l’année 35o de l’hégire de J. C. 961. Son Diwan est à la bibliothèque de Leyde, n° 549- Il existe un autre exemplaire de son Diwan au Musée asiat. de Saint- Pétersbourg. (Voy. CataJ. cod. or. Bibl. acad. Lucjd. Balav. par M. R. Dozy, vol. II, p. 52.)

Quelques vers de Koclmdjim sont cités dans le commentaire des Séances de Hariri, par Silv. de Sacy. (Voy. la nouvelle édition des Màk&mat, par MM. Reinaud et Dercnbourg, aux notes et additions, p. 85, 86. Voy. aussi Ibn Khallikan, traduction de M.de Slane, t. I , p. 3oi . )

1 J’ai traduit I d Ur. par «élevées», regardant ce mot comme le pluriel de çy b c. «grand», et comme oa-> deyi.Là». Ce mot est aussi le pluriel de ^.Jic , qui signifie «os». En conservant ce dernier sens, on aurait: des qualités glorieuses, os dans le dos du temps.

la médecine; Livre où il fait connaître la vérité de l’histoire, cesl une histoire abrégée1; Riçâla «opuscule » sur l’âme et sur la divergence d’opinion des anciens sur elle ; Traité sur l’estomac, ses maladies et son traitement; Traité de médecine des pauvres 2 3; Riçâla sur les médicaments que l’on peut substituer les uns aux autres ( succedanea ) ; Traité sur la différence entre les maladies dont les causes sont semblables , mais dont les résultats diffèrent ; Riçâla sur T éloignement ( qu’on doit avoir) de tirer du sang sans qu'il y ait un motif qui y invite; Riçâla sur le coryza, ses causes et son traitement ; Riçâla sur le sommeil et le réveil; Expériences médicales; Discours (chapitre) sur l’éléphantiasis , ses causes et son traitement ; Livre des propriétés; Livre de conseils aux honnêtes gens; Traité des expériences; Livre de la description des causes qui produisent la peste en Egypte, moyen de repousser et de traiter ce qu’on en craint; Riçâla à quelques-uns de ses frères sur le mépris de la mort.

1 M. de Slane, dans les notes de sa traduction d’ibn Khallikân, en donnant une courte notice sur Abou Djàfar, mentionne un. autre ouvrage historique de cet auteur, intitulé: Akhbûr edduula «l’Histoire de la dynastie actuelle » , contenant uq récit des commencements et des progrès de l’empire fondé par Obaïd Allah el-Mahdi. (Voy. Dict. biog. trad. de M. de Slane, vol. I, p. 672, 673, note,

Voy. aussi Relation Je l’Egypte, trad. par S. de Sacy, p. 43.)

3 C’est probablement par erreur que M. Wüstenféld identifie cet ouvrage: «Livre de médecine des pauvres», au Zàd al-Moçâfir. (Voy. Archives des Missions, art. de M. Darembcrg, p. 4 91, septembre 1 85 1 . )

TRADUCTION DU CHAPITRE XX DU I.IVRE PREMIER DU ZAU AL-MOÇÀFin. 1 i « DE D’AMOUR. ))

L’amour [ichk') est une des maladies qui prennent naissance dans le cerveau. C’est l’excès du désir accompagné de préoccupation et de concupiscence. Aussi cette maladie est-elle suivie des plus grandes douleurs de l’âme2, telles qu’une forte tension de la pensée et l’insomnie. Quelques philosophes disent que Yichli' «amour, passion» est un nom (qui désigne) l’excès du mah'abba «affection, » comme le naçh' « fidélité, sincérité » est l’excès de l’amitié mouudcla. Souvent la maladie de l’amour est la violence du besoin naturel que l’on éprouve de l’émission de l’humeur superflue.

Rùfus le médecin prétend que le rappro-

chement sexuel est salutaire à celui dont se sont emparées la bile noire et la frénésie; cet acte rend l’esprit au malade; la violence de sa passion s’apaise, quand même il cohabite avec une femme dont il n’est pas amoureux, et la nature s’adoucit.

Quelquefois l’amour est le désir ardent de lame vers la jouissance (que l’on éprouve) de la vue d’une jolie chose3 ou d’une belle figure, parce qu’il est de

1 Voy. ms. D. fol. 28 v°, même folio recto de la copie du ms. de la Bibl. impér. n° 6863.

1 (lis.

? ^u.SL âJÎ pro-

pose de lire : ^ <J| ) ^

la nature de l’âme d’aimer avec passion et d’admirer toutes choses belles, telles que pierreries, plantes (Heurs) ou autres objets. Si une beauté de ce genre se rencontre dans quelque individu de l’espèce humaine , cette passion et cette admiration étant pour ( le malade ) de la nature de l’amour, sa concupiscence s’excite 1 et son âme est avide de se joindre â lui et de le posséder.

D’autres fois, l’amour est toujours suivi des accidents les plus graves de l’âme raisonnable; la pensée est fortement tendue, les yeux sont enfoncés, leur mouvement est prompt , ce qui provient de l’agitation de l’âme, causée elle-même par la préoccupation et le désir de rencontrer l’objet qui les excite. Les paupières sont lourdes et de couleur jaune, par suite du mouvement de la bile que provoque l’insomnie. Le pouls de leurs veines (artères) est fort; il n’est pas dilaté comme le pouls naturel. C’est une pulsation effrénée. Lorsque l’âme s’enfonce dans la peu sée, ses actions deviennent mauvaises \4iUil ,

ainsi que celles du corps, parce que le corps suit lame dans ses mouvements, comme l’âme suit le corps dans les siens.

Galien 2 dit que les facultés de l’âme

1 (jC 1*S : 8 j — stu'lt 1 .

5 Dans le long article qu’Ibn Abi Ocaïbyya (fol. 5a v.) consacre à Galien , on trouve ce passage sur l’amour :

c (j) 1 J Lï j < ^ ,6-b a-1 I t » L^aj I I bsi

d ) ça. 11^ <>A — a l (j /Xtk' ^ j jjJulf Jjo

suivent la coinplexion du corps. Si, en traitant le malade d’amour, on ne lui présente pas l’objet qui préoccupe son esprit, ce qui serait un bien pour son Ame et l’empêcherait de s’enfoncer dans la pensée, il tombe dans la maladie connue (sous le nom) de « mélancolie ». De même que la fatigue corporelle produit des maladies graves et dont la pire est l’impuissance (apathie des sens) ou la mélancolie, de même la fatigue de l’âme produit les plus graves maladies, dont la pire est également celle de la mélancolie.

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«L’amour, dit Galien, est l’action de trouver beau (un objet), jointe au désir (de le posséder). L’amour vient de 1 action de 1 ame-, il est caché dans le cerveau , le cœur et le foie. Le cerveau a trois facultés: l’imagination, qui réside devant la tête, la pensée, au milieu, le souvenir derrière. On ne peut pas donner entièrement le nom de aâchik' «amoureux» à quelqu’un dont le cerveau, le cœur et le foie ne sont pas préoccupés au moment où il sc sépare de l’objet aimé. Après la séparation, l’action du foie 1 éloigne de

Le meilleur moyen de détourner le malade d'amour de s’enraciner dans la pensée , c’est de boire en chantant, de s’entretenir avec des amis, de s’occuper de poésie 1 et de regarder l’eau, les jardins, la verdure et les visages Irais.

Rufus prétend que le vin est un remède efficace pour les gens tristes, timides et amoureux.

Galien dit que cehii qui fait vieillir avec soin le premier jus du raisin , en sorte qu’il égaye et réjouisse lame triste, est un homme sage et supérieur2.

manger et de boire; le cerveau, que préoccupent l’imagination, la pensée et le souvenir, l’éloigne du sommeil. Toutes les places de l'àme sont habitées (par l’objet aimé). Lorsqu’il n’en est pas préoccupé au moment de l’éloignement, il n’est pas aâchih' «amoureux». Lorsqu’il le rencontre, les places (de l’âme) se vident (la préoccupation cesse). »

Honaïn, fils d’Ishak’, rapporte que sur le chaton de la bagiie de Galien étaient tracés ces mots : «H est difficile de guérir celui dont le mal est caché. »

1 Plus littéralement : yciit .iLidt «s’occuper de la ré-

citation des vers. » L’auteur veut dire, je crois , qu’il faut s’occuper de poésie, soit en faisant des vers soi-méme, soit en récitant ceux des autres. Cette prescription d'Abou Djàfar rappelle ces vers d’Hé gésippe Moreau ;

Lorsque les fléaux de la vie ,

Sur mes pas pleuvaicnt tour à tour,

Dans les bras de la Poésie,

J’échappais du moins à l’Amour.

(Myosotis.)

! <3 >' (j, jJ t qÎ ^ju U. J (3 i>-3 ^ ( h».

* Voy. aux notices, p. 48.

tfcy cl

«opprimez avant

Le frelon de la science a dit : « De même que le lupin amer, lorsqu’il est placé dans l’eau, devient doux, ainsi je deviens dans le vin-, le vin chasse l'amertume et la tristesse de lame x. »

Rufus dit que le vin, bu avec mesure, n’est pas seul .à détendre lame et à chasser d’elle la tristesse; mais d’autres remèdes produisent aussi cet effet, comme les bains d’une chaleur moyenne ; aussi quelques personnes, lorsqu’elles sont entrées dans ces bains, leur âme les pousse â chanter2.

Des philosophes ont prétendu que la musique est comme lame et le vin comme le corps, et que, par leur réunion, les vertus qu’il y a en eux se confondent. Elles s’aiment l’une l’autre. Iàkoub fds d’Ishak' al-Kendyy rapporte les paroles suivantes d'Ark’âous9, l’inventeur des sons : «Les rois m’affec-

1 Diogène de Lacrte (VII, i, 22) rapporte cette sentence à Zénon. Voy. aussi l’édition de Ménage (1O98, in-4°) , p. 276. Galien cite ce mot de Zénon dans le traité Que les mœurs de l âme suivent les tempéraments du corps, cliap. ni. Zénon, auquel la citation d’Abou Djàfar est rapportée , ne paraît pas avoir mérité ce sur nom étrange de 4 Jre^on ( guêpe ) » de la scieuce (de

la philosophie ). On peut supposer qu’on a mal traduit en arabe le surnom grec, et qu’au lieu de frelon, on a voulu dire 1 abeille de la science.

(lis. )•

Al-Kendyy a-t-il voulu parler du poète grec Alcée (ÀAxaîos) de Mylilènc, qui vivait vers 6o4 avant J. C.? Les deux mots Ark âous et ÀXxaïbî, sont évidemment identiques; d’autre part, Al-Kendyy

talent à leur personne pour prendre du plaisir et se divertir par ma présence. Je me plaisais aussi avec eux et me divertissais, car je pouvais changer leurs dispositions, et les faire passer de la colère au contentement, de la tristesse à la joie, de la contraction à l’expansion , du refrognement à l’épanouissement, de l’avarice à la générosité et de la lâcheté à la bravoure.» Voilà, en somme, les effets de la musique et du vin pour la guérison des accidents de l’âme et le traitement de ses maladies. Ce que nous avons mentionné achève de s’accomplir, lorsqu’en buvant (on voit) assises (autour de soi) des figures agréables dont le Créateur a perfectionné la forme , a complété les grâces, et sur lesquelles lame fait briller sa lumière, son éclat et sa beauté, et y ajoute des caractères agréables et des cœurs purs et sincères. C’est à cette occasion que quelqu’un a dit : «Le plaisir consiste à boire et à s’entretenir avec des possesseurs de cœur (des amis).» En s’entretenant avec ceux qu’il aime, dit Galien, l’homme arrache de ses jointures la fatigue et la maladie.

S’il est possible que ce que nous avons recom

désigne Ark'âous comme l'inventeur des sons; on n’ignore pas qu’Alcée fut l’inventeur du vers alcaïque, et l’on se rappelle ces vers d’Horace :

Et te sonantem plenius aurco ,

Alcee, plectro.

Et toi , Alcée, qui tires des sons si pleins de ton archet d’or....

Cependant les paroles citées par Al-Kendyy ne se 'trouvent pas dans les Fragments d’Alcée. Faudrait-il, au lieu de »Ar-

kâous», lire «Arfàous, Ôp^etij, Orphée?» am^o~LJI.

mandé ait lieu dans des jardins Irais et des parterres verdoyants, c’est encore plus parfait; sinon, dans des salles tapissées de roses, de saule, de myrte, de basilic doux connu sous le nom de qui signifie «réjouissant le cœur du triste». On se gardera de l’excès de l’ivresse, et on usera du sommeil dans ses moments, ensuite on reconfortera le corps en prenant un bain dans un lieu où l’eau soit douce, la température moyenne, la lumière abondante , et où ne viendra pas une personne dont l’approche serait désagréable à son âme.

Quelqu’un dit à Iakhtichou’, fils de Djabraïl le médecin1 2 : « Pourquoi l’homme lourd est-il plus lourd que le poids lourd? » — «Parce que, répondit-il, l’homme lourd a son poids seulement sur l’âme et à l’exclusion de tous les membres, tandis que le poids lourd pèse sur les membres, les organes et lame, qui s’entraident pour le porter.»

Voilà le moyen de traiter les malades d’amour; nous l’avons démontré. Qu’on le suive à leur égard

1 Le manuscrit porte : II

oJlà (1!»= «Le basilic doux,

connu sous le nom de , dont le sens est: réjouissant le

cœur du triste.» Si l’on décompose ce mot persan, on trouve: tAij3L citrium et odor. L’auteur a voulu dire probablement: «dont la vertu est de réjouir le cœur du triste. » En effet, cette plante est la mélisse, qui a cette propriété , comme on le voit dans le c)b^=, publié et traduit par Ro-

meo Seligmann, p. 4o : Timorem cordis el anxielulein auferl, si ex melancolia veniunt.

1 Voy. p. 48, aux notices sommaires.

et dans tous les cas que nous avons indiqués, il fera oublier 1 la pensée pénible , et chassera la tristesse (si Dieu veut; il est très-haut!).

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