Rousselot, Mod. phon., p
l’alexandrin français
d’abord que la durée est indépendante du timbre; puisque de deux voyelles placées dans un groupe dissyllabique, c’est la seconde qui est toujours la plus longue 1 2 ; enfin que les diverses valeurs temporelles n’ont rien d’absolu et ne peuvent s’opposer que par comparaison, la combinaison enregistrée gardant sa physionomie particulière même si la finale s’étend jusqu’aux limites extrêmes du souffle.
Toutefois une question se pose encore : si la voyelle finale d’une formation artificielle dissyllabique est toujours plus longue que celle dont elle est précédée, y a-t-il progression dans la durée des voyelles composantes de groupements plus étendus ? La seconde l’emportera-t-elle sur la première, la troisième sur la seconde, et certaines d’entre elles seront-elles affectées d’allongements réguliers selon la place qu’elles occupent ? J’ai donc inscrit des groupes ata, atata, atatata sans qu’ici encore j’aie eu besoin de me livrer à des expériences plus complètes. Si en effet le groupe ata se comporte comme Atà, lequel à son tour obéit aux mêmes règles que ôté, on peut conclure que ôtôtôtô serait semblable à atatata. Les chiffres obtenus ont été ceux-ci :
Ces moyennes démontrent que l’allongement affecte régulièrement la voyelle finale, mais qu’il n’est point proportionnel à l’étendue du groupement. De plus, la voyelle prononcée indépendamment de la consonne, ici celle qui précède le premier t dans les combinaisons trisyllabique et quadrisyllabique, est légèrement plus longue que les autres % règle qui présente peu d’exceptions, comme le fera voir le tableau suivant. Enfin il n’y a pas à place fixe nécessité absolue d’allongement à l’intérieur des formations qui dépassent trois syllabes.
Les généralités qui concernent les voyelles une fois écartées et sauf les observations complémentaires qui s’imposeront au cours des expériences prochaines, nous pouvons maintenant passer à l’étude des consonnes. Nous avons encore eu recours ici à des groupes artificiels, et nous avons distingué entre les consonnes intérieures et les consonnes initiales. Nous commencerons donc par les premières, qui ont été inscrites plusieurs fois selon les schémas apa, apapa, apapapa, afa, afafa, etc... dont le seul élément inconnu est la consonne. L’enregistrement a été fait dans une seule séance, dans un mouvement autant que possible régulier et en se gardant de toute emphase. Le tableau ci-après (p. 47) indique les moyennes obtenues.
Ces chiffres sont particulièrement instructifs. Ils confirment au point de vue des voyelles les résultats précédents; mais ils permettent d’ajouter que la voyelle non finale a tendance à diminuer de longueur à mesure que le groupe devient plus étendu, et la différence, peu sensible ailleurs, est très notable entre les combinaisons dissyllabique et trisyllabique. De plus les voyelles qui forment syllabe avec une consonne sont souvent un peu plus courtes3 que la voyelle isolée, et la seconde, dans lesformations quadrisyllabiques, est quelquefois, mais non obligatoirement, légèrement plus longue que la troisième. Quant à la voyelle finale, l’étendue du groupement n’a pas d’influence sur sa durée, en ce sens du moins qu’elle a toujours, dans une prononciation dépourvue d’emphase, la valeur temporelle la plus considérable.
Mais les consonnes surtout attirent notre attention. Dans les syllabes intérieures, elles sont parfois égales à la voyelle à laquelle elles sont jointes, rarement plus longues et cela d’une façon minime, le plus souvent moindres de 1 ou 2CS. Dans la syllabe finale, quelle que soit l’étendue du groupement, la consonne est beaucoup plus brève que la voyelle, et sa durée a tendance à diminuer en proportion de la complexité des formations, la différence étant surtout sensible entre les combinaisons dissyllabique et trisyllabique tandis qu’ailleurs elle n’a point la même constance 4.
1 . Saul le cas de déplacement oratoire, comme on le verra plus loin, ou si la voyelle finale, en dehors des groupes artificiels semblables à ceux que nous venons d’uti User, est un e muet (œ).