‹ Études sur le vers françaisChapitre 80 sur 214 · Tisseur, op. cit., p · texte numérisé non relu

Tisseur, op. cit., p

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l’alexandrin français

nablement distribués, q u ils ne soient pas trop rapprochés les uns des autres, et qu’ils tombent régulièrement après deux ou trois syllabes faibles. L’iambe, les pieds d’une et de cinq syllabes, mélangés aux anapestes et aux péons, sont d’un excellent effet.

Mais les conditions que nous venons d’exposer ne sont pas les seules qui font un bon rythme. Il faut encore qu’il y ait de fortes différences entre les brèves et les longues : c’est l’affaire à la fois du poète et du diseur, ou plutôt de chacun d’eux tour à tour. Si le poète écrit des vers familiers, des vers où la tension oratoire, la majesté et la noblesse seraient ridicules dans la déclamation, il s’ensuit que les temps marqués seront d'une durée réduite et ne se distingueront pas assez des autres syllabes : il en résultera une certaine platitude, tandis qu’au contraire le lyrisme est sûr de produire un effet satisfaisant, comme suffirait à le prouver le duo d’Hernani et de Dona Sol. Sans doute quelques hémistiches d’un style simple et même vulgaire sont parfois nécessaires pour le contraste, et l’on en trouvera des exemples dans les morceaux de Ruy Blas et des Pauvres Gens que nous avons enregistrés, mais leur emploi ne saurait se généraliser, sous peine de prosaïsme.

Par contre, il est du devoir de celui qui déclame de donner au texte choisi le ton qui convient. Le diseur est emphatique et boursouflé s’il récite les Plaideurs avec une grandiloquence héroïque. D autre part il est médiocre et commun dès qu’il est incapable de rendre dans son ampleur et sa magnificence 1 œuvre qu il veut interpréter, s’il ne frit aucune différence entre l’indignation véhémente de Ruy Blas et l’abattement de Titus, s’il articule les imprécations de Camille comme on lit une annonce de journal.

Les sujets à cet égard sont capables d atteindre une perfection plus ou moins grande. Voici deux variantes d’un même vers où l’on constatera combien la force du rythme peut dépendre du diseur :

J’ai voulu devant elle en ouvrir le discours

Je

vu

lu

va

tèl

vrir

le

dis

km

ht

ræ

(Ber., 29.)

Evidemment la déclamation de R présente une cadence beaucoup plus atténuée et plus molle, celle de C, des arêtes beaucoup plus vives et plus saillantes; cette dernière seule est bonne, car, sans aller au delà de ce qu’exige le texte, elle ne reste du moins pas en deçà. Nous n’insisterons pas davantage; nous nous proposons d’ailleurs de revenir sur ce sujet dans les pages que nous consacrerons à l’élément personnel dans la diction ‘. « Un vers alexandrin, écrivait déjà Quicherat 1 2, est mal cadencé quand l’accent final ou l’accent médial sont trop peu marqués, quand il a plus ou moins de quatre accents, quand deux accents se suivent immédiatement. »

Cependant une autre observation est nécessaire; c’est que le poète, par suite du choix qu’il fait de certains membres métriques, par les proportions selon lesquelles il les combine, peut déterminer d’avance, dans la déclamation, une certaine force de rythme. Sans doute il le peut seulement jusqu’à un certain point, à cause des accidents oratoires qu’il n’est pas libre de régler et que la forme de sa phrase ne saurait prévoir, mais il n’en est pas moins vrai que certaines combinaisons imposent pour ainsi dire de fortes différences entre les longues et les brèves.

Les deux procédés qui amènent ce résultat sont la succession et le parallélisme. La voix s’accoutume en effet à un dessin répété et s’habitue facilement à marquer les accents qui terminent des groupes identiques : elle attaque le point d’appui qui lui est oftert avec d’autant plus de hardiesse qu il appartient a une formation connue. Sauf dans les cas de déplacement emphatique, les successions iambiques sont d’un rythme

1. Nous indiquerons cependant encore ces comparaisons : IX, G i° et O i°, Anàr., 1 A et J.

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