C4 H‘! O2 + 4 0 = 2 HO + C4 H4 O
équation qui ne se vérifie jamais complètement, parce que la combustion de l’alcool est plus complexe que ne l’indique cette équation et qu’il se forme, outre l’acide acétique, d’autres produits acides et neutres. Aussi l’odeur d’une cuve en fermentation acétique est toujours un peu mêlée, bien que celle de l’acide acétique domine. Je donnerai même des exemples de combustion où tout l’alcool passe à l’état de ces produits suffocants qui provoquent le larmoiement et que fournit la combustion de l’alcool et de l’éther dans certaines circonstances, par exemple sous l’influence d’une spirale de platine incandescente dans une expérience bien connue.
En résumé, l’essai qui précède démontre avec une entière rigueur que le mycoderma aceti peut prendre naissance sans avoir à sa disposition d’autre aliment carboné que l’alcool ou l’acide acétique, ni d’autre aliment azoté et minéral que de l’ammoniaque et des phosphates cristallisables, et il faut en conclure que dans tous les cas de fermentation acétique industrielle, les matières albuminoïdes, loin de constituer le ferment
acétique, n’en sont que F aliment. On sait qu’elles sont toujours
associées à des phosphates. C’est toujours la condamnation de l’ancienne théorie des fermentations (i).
§ Y. — Procédé des copeaux de hêtre.
Le procédé d’acétification par les copeaux de hêtre, si répandu en France et en Allemagne depuis plus de vingt années déjà, a singulièrement accrédité les erreurs que je combats dans ce Mémoire. On sait que ce procédé consiste à faire écouler lentement dans des tonneaux remplis de copeaux de hêtre, rassemblés sans ordre ou disposés par assises après avoir été roulés comme des ressorts de montre, de l’alcool étendu d’eau de manière à ne plus marquer que 8 à 12 degrés à l’alcoomètre, et additionné de quelques millièmes d’acide acétique. Des ouvertures pratiquées dans la paroi du tonneau et dans un double fond sur lequel reposent les copeaux permettent l’accès de l’air qui monte dans le tonneau, comme il ferait dans une cheminée, en cédant tout ou partie de son oxygène à l’alcool pour le convertir en vinaigre.
Les copeaux, dit-on, agissent comme corps poreux, à la façon du noir de platine. Cette manière de voir parait d’autant plus certaine que, dans diverses fabriques, l’alcool que l'on emploie provient de ilegmes, c’est-à-dire d’alcool de distillation qui ne renferme pas de substances albuminoïdes. Quant aux matières
(1) Les faits qui précèdent prouvent surabondamment que l’assertion de Chaptal , rappelée en note à la page /|fi, est exagérée. Le vin le mieux dépouillé n’csl pas privé de tout principe extractif, et, le serait-il, qu’il renfermerait encore des phosphates et des sels alcalins et terreux. 11 est donc toujours propre à servir au développement du inycodenna aceti. Seulement il est d’autant moins propre à nourrir les mycodcrmes, et particulièrement le mycoderma qu’il est plus dépouillé de ses principes extractifs.
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE. 85 que les copeaux eux-mêmes pourraient céder au liquide, leur participation dans le phénomène'est évidemment nulle, puisque ces copeaux ont une durée pour ainsi dire indéfinie. Ce n’est ([ue tout à l’origine que l’on pourrait croire à une influence directe de quelques-uns de leurs principes solubles. Mais ce n’est là qu’un accident.
N’oublions pas toutefois de remarquer que la plupart des auteurs s’accordent à dire que la mise en train doit être faite avec addition de i à 2 millièmes de leviire de bière ou de vinaigre ordinaire, ou de moiit de bière.
Je démontrerai tout à l’heure que les copeaux n’ont qu’un rôle passif dans la fabrication. Ils permettent la division du liquide et ils servent de support au ferment qui est encore ici le mycoderma aceli , sous la forme muqueuse. Je ne me dissimule pas cependant que les apparences sont tout à fait contraires à cette opinion. Que l’on se transporte, en effet, dans une fabrique marchant par le procédé allemand, et que l’on y examine les copeaux d’un tonneau en travail depuis plusieurs mois ou. depuis plusieurs années, on les trouvera d’une propreté en apparence parfaite. On dirait qu’ils viennent d’être lavés avec beaucoup de soin. Mais vient-on à les racler avec une lame de couteau, et étudie-t-on la raclure au microscope, on ne tarde pas à reconnaître qu’un bon nombre portent à leur surface, au moins par places, une couche à peine sensible de mycoderma aceti , qui peut quelquefois se soidever en mince pellicule. Beaucoup de copeaux ne sont pas recouverts de mycoderme, même dans les tonneaux qui marchent le mieux. Je crois que ces copeaux sont tout à fait inutiles, si ce n’est pour diviser le liquide ; et je m’explique les différences considérables que l’on observe entre l’activité du travail des tonneaux de diverses fabriques, ou même des tonneaux voisins dans une même
ÉTUDES SUR LE VINAIGRE, fabrique, par ces lacunes plus ou moins prononcées dans le développement de la plante à la surface des copeaux.
L’utilité de l’emploi des copeaux de hêtre tient si peu, selon moi, à leur nature propre, que je ne doute pas que I on pourrait les remplacer par les matières les plus diverses, voire même par des fragments de verre ou de porcelaine, à la seule condition toutefois que les substances dont on se servirait seraient propres à retenir adhérentes à leur surface le mycoderma aceti, ce qui ne serait peut-être pas le cas du verre ou de la porcelaine. Je ne cite ces corps que pour mieux rendre ma pensée et le peu de confiance que j’attache aux idées généralement admises par les chimistes et les fabricants.
Il ne faudrait pas croire néanmoins que Ton dût s’arranger de façon que la plante prit le plus de développement possible.
J’ai eu à ma disposition des copeaux, rassemblés depuis plusieurs années dans un grenier, que l'on avait dû mettre hors d’usage parce que le travail était devenu impossible par leur emploi. Le fabricant ne savait à quoi attribuer la mauvaise qualité de ces copeaux. Or, en les faisant détremper dans l'eau pendant quelques heures, je vis qu’ils étaient tous recouverts sur leurs deux faces d’une couche grasse au toucher, que je reconnus être le mycoderma aceti.
Dans une autre fabrique on avait dû vider des tonneaux, parce que le travail d’acétification s’était arrêté, et l’on avait trouvé, surtout à la partie inférieure, des masses gélatineuses qui n’étaient autre chose que de la mère de vinaigre.
Les faits que je viens de passer en revue n’étaient guère propres à éclairer la véritable cause des phénomènes. D’une part, on n’apercevait pas le mycoderme à la surface des copeaux lorsque le travail de la fabrique était régulier ; d’autre part, il y avait quelques rares circonstances dans lesquelles on
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE, avait pu reconnaître que la mère du vinaigre, accidentellement fort développée, avait mis obstacle à l’acétification.
Mieux renseignés tout à l'heure sur la véritable théorie de l'opération, nous pourrons conclure que la plante ne doit pas prendre un développement exagéré. Il est certain que si elle se multiplie au point de bouclier le passage de l’air dans les interstices des copeaux, la fermentation s’arrêtera forcément. Sans aller jusque-là, une trop grande abondance de mycoderme à la surface des copeaux peut rendre le travail d’acétification si actif, que la perte d’alcool devient considérable, ou que la trop grande chaleur développée tue la plante. Dans les conditions normales, la perte en alcool est déjà fort sensible, souvent de 3o à 4o pour ioo; c’est même là l'écueil à éviter dans ce mode de fabrication.
Mais j'ai bâte de démontrer expérimentalement la donnée fondamentale de la théorie que je viens d’exposer, à savoir :
que les copeaux n’ont d'effet utile qu’autant qu’ils sont recouverts de mycoderma aceti.
A cet effet, j’ai disposé dans une étuve, à la température de 28 à 3o degrés, un tube de verre cylindrique de 5 à 6 centimètres de diamètre [fig- 7), d’une longueur de 1 mètre environ, rempli de copeaux de hêtre de fabrique. Un bouchon placé à l’extrémité supérieure porte une pipette disposée comme l'indique la figure, et qui laisse couler goutte à goutte, trèslentement, un liquide alcoolique et acétique d’un titre acide déterminé. Une rainure longitudinale est pratiquée sur le bouchon pour la sortie de l’air qui entre par le tube fixé au bouchon de l’extrémité inférieure du gros tube à copeaux. Ue petit tube, qui donne accès à l’air et par lequel s’écoule le liquide en expérience, est taillé en biseau, afin que la goutte de liquide toujours prête à tomber n’obstrue pas le passage de l’air.
(>es dispositions permettent un écoulement de liquide aussi lent qu on le désire. Elles réalisent assez bien toutes les condi-
Fi{T. 7.
tionsdu travail des fabriques. Afin de rechercher si les copeaux peuvent par eux-mêmes acétifier l’alcool à la température de
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE. 89 3o degrés, il suffira de comparer le titre acide du liquide supérieur avec celui du liquide inférieur.
C’est par des expériences de cette nature que j’ai reconnu que des copeaux privés de mycoderme peuvent recevoir pendant plusieurs jours de l’alcool rendu acide par un peu d’acide acétique, sans qu'il y ait la moindre augmentation du titre acide que l’on trouve au contraire un peu diminué à la partie inférieure par suite de l’évaporation sous l’influence du courant d’air. Des liquides alcooliques et acétiques, mêlés de phosphates ou tenant en solution des matières albuminoïdes, se comportent de la même manière tant que la plante n’est pas née spontanément sur les copeaux, et souvent elle n’apparaît qu’au bout de plusieurs jours. Mais si l’on trempe les copeaux dans un liquide où il existe du mycoderma aceti à l’état muqueux, dont quelques parties restent attachées aux copeaux lorsqu’on les retire du liquide, puis que l’on fasse écouler ensuite sur ces copeaux un liquide alcoolique, dans tous les cas l’acétification se déclare sur-le-champ et persiste durant plusieurs jours, même après qu’on a remplacé le liquide albumineux ou phosphaté par un liquide alcoolique pur étendu d’eau distillée pure. Ce dernier fait est digne d’attention, car il prouve que la plante met un certain temps à perdre la structure qui lui donne son pouvoir acétifîant, alors même qu’on lui refuse des aliments appropriés à son développement.
J’ai confirmé ces résultats par des expériences qui me paraissent tout aussi démonstratives que les précédentes. En tendant une corde suivant l’axe d’un tube cylindrique en verre et laissant écouler le long de cette corde de l’alcool à titre trèsfaible, je n’ai jamais vu l’alcool s’acétifier. Mais en trempant la corde dans un liquide en voie d’acétification recouvert de mycoderma aceti , lequel s’attache en partie à la corde lorsqu’on la
retire, Y acétification se déclare dès qu’on fait écouler le long de la corde un liquide alcoolique. Si ce liquide n’est pas composé de façon à permettre le développement de la plante sur la corde, l’acétification se maintient pendant un certain temps
jusqu’à ce que la plante soit morte, ou mieux jusqu’à ce qu elle ait perdu la structure, le mode d’agrégation de ses parties qui lui donne sa vertu de fixation de l’oxygène de l’air. Mais si le liquide alcoolique renferme des matières azotées et des phosphates, la plante se multiplie sur la corde, et son action chimique peut être longtemps prolongée.
Ces expériences établissent, ce me semble, l’absolue nécessité du mycoderma aceti à la surface des copeaux pour que l’acétification soit possible. Elles jetteront beaucoup de lumière sur la fabrication de l’acide acétique à l’aide des copeaux, fabrication qui ne laisse pas que d’être capricieuse.
Je suis disposé à croire que le travail est le meilleur lorsque le développement du mycoderme est assez faible pour que les copeaux paraissent au toucher n’en être pas recouverts. Le danger est qu’il y en ait trop peu, et qu’une grande partie des copeaux n’agissent pas. Toutefois il est probable qu’avec la dimension que l'on donne ordinairement aux tonneaux, il faut garder une certaine mesure; car si tous les copeaux intervenaient, l’action serait peut-être beaucoup trop énergique. Comment faut-il faire pour que le mycoderme existe dans la proportion convenable? Je crois qu’à cet égard le fabricant doit porter toute son attention sur la composition des liquides qu’il veut acétifier, c’est-à-dire sur la quantité et la qualité plus ou moins bien appropriée des matières qui peuvent servir d’aliments à la multiplication de la plante. Si l’on se sert du moût de bière, du vin, des jus d’orge ou de grains saccbarifiés et fermentés, on se trouvera dans les conditions d’un développement facile et ra-
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE. 91 pide de la plante. Le travail sera difficile, parce qu’il arrivera promptement à s'exagérer, et peut-être à la combustion partielle de l’acide acétique. Avec des flegmes, au contraire, sans mélange de matière azotée ni de substances minérales, 1 acétification ne tardera pas à devenir impossible , et même elle ne prendrait pas naissance si dès le début on avait fait usage d’un pareil liquide.
C est entre ces deux extrêmes qu’il faut se tenir. 11 doit y avoir constamment dans le liquide un peu de matière albuminoïde pour servir d aliments à la plante, ou tout au moins un sel d’ammoniaque et des phosphates alcalins et terreux. S il existe, comme je l’ai entendu dire, des fabriques où I on n’utilise que des flegmes étendus d’eau pour alimenter les cuves, Je ne doute pas que la plante ne trouve ses aliments dans les sels d’ammoniaque, dans les phosphates et peut-être aussi dans les matières organiques de l’eau commune que le fabricant ajoute forcément aux flegmes afin d’en diminuer le titre pour les ramener au degré voulu par l’acétification. Aussi je suis porté à croire que, dans ce cas, l’addition directe de phosphates rendrait de grands services.
Je n’hésite pas cependant à reconnaître que les considérations que je viens de présenter devraient être soumises à un contrôle expérimental, et je l'aurais fait si j’avais pu disposer dans une fabrique, de tonneaux d’acétification, et les soumettre à des essais variés. C’est un travail facile que les industriels intelligents peuvent entreprendre sans peine dès qu’ils se seront familiarisés avec les principes que j’expose dans ce Mémoire. Il y va de l’intérêt de leur industrie. Il me semble que l’on peut aujourd’hui arriver à une sorte de perfection dans ce mode de fabrication par les copeaux de hêtre.
§ VJ. — Combustion de L’acide acétique par le mycoderma
aceti.
On sait depuis très-longtemps, car Yan Ilelmont en parle déjà dans ses écrits, que le vinaigre abandonné à lui-même finit par se détruire complètement. Mais on ne saurait trouver dans les anciens auteurs rien de plus précis que ce qu’a écrit sur ce sujet l’illustre Sclieele. Voici les remarques qu’il nous a laissées sur la manière de conserver le vinaigre ( i ) :
« C’est une chose généralement connue que le vinaigre ne peut se conserver longtemps ; qu’il s’altère au bout de quelques semaines, particulièrement dans les chaleurs de l’été ; qu’il devient trouble et se couvre à la surface d’une viscosité épaisse, d’où il arrive que son acidité s’affaiblit de plus en plus et disparait à la fin entièrement, au point qu’on est obligé de le jeter là.
)) Il y a jusqu’à présent quatre procédés connus pour conserver le vinaigre.
» Le premier est de préparer un vinaigre très-acide. De cette manière il se conserve à la vérité plusieurs années ; mais comme il y a bien peu de personnes qui travaillent elles-mêmes leur vinaigre, et que la plupart se servent de celui qu’elles trouvent dans le commerce, cette méthode ne pourrait être utile qu’à un très-petit nombre.
» Le second procédé consiste à le concentrer par la gelée. On fait un trou à la croûte de glace, et on met dans des bouteilles ce qui n’a pas été gelé. Cette opération est très-sûre ;
(1) Mémoires de V Académie royale des Sciences de Stockholm, 1782. — Mémoires de Chimie de Scheele, traduction française; Dijon, 1785.
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE. 03 mais on perd au moins la moitié du vinaigre , quoique la portion qui forme la croûte de glace ne soit presque que de l’eau. Les gens économes n’en feront pas volontiers usage.
)) Le troisième procédé est de tenir le vinaigre à l’abri de toute action de l’air, c’est-à-dire dans des bouteilles ou flacons bien bouchés, et qui soient toujours pleins. Le vinaigre se conserve très-longtemps de cette manière ; cependant elle est peu en usage, sans doute parce qu’on serait obligé, aussitôt qu’on en aurait employé quelque peu, de remplir tout de suite la bouteille avec du vinaigre pareil et clair d’une autre bouteille, et que, celle-ci restant vide en partie et recevant l’air, le vinaigre y deviendrait trouble et gâté.
» Le quatrième procédé pour conserver le vinaigre est de le distiller ; il se conserve alors plusieurs années, sans que l’air ni la chaleur lui causent aucune altération ; mais comme il est plus cher, il n’y a pas d’apparence qu’on adopte cette méthode, surtout quand on connaîtra celle qui suit, et qui est la plus facile de toutes.
» Il suffît de jeter le vinaigre dans une marmite bien étamée, de le faire bouillir sur un feu vif un quart de minute, et d’en remplir ensuite des bouteilles avec précaution. Si l’on pensait que l’étamage fût dangereux pour la santé, on pourrait mettre le vinaigre dans une ou plusieurs bouteilles, et placer ces bouteilles [dans une chaudière pleine d’eau sur le feu ; quand Leau aurait bouilli un petit moment, on retirerait les bouteilles.
» Le vinaigre ainsi cuit sé conserve plusieurs années sans se troubler ni se corrompre, aussi bien à l’air libre que dans des bouteilles à demi pleines ; il remplacerait avantageusement le vinaigre commun chez les apothicaires, pour les vinaigres composés qui deviennent bientôt troubles et perdent par conséquent
9i ÉTUDES SUR LE VINAIGRE.
toute leur acidité, à moins qu’on ne les prépare avec le vinaigre
distillé. »
Il serait difficile de présenter des remarques plus justes au sujet de la conservation du vinaigre. Mais quelle est la cause de la disparition de l’acide acétique dans le vinaigre qui est exposé au contact de l’air ?
Je vais démontrer que si le vinaigre perd sa force, c’est uniquement par l’effet d’une combustion lente, et que cette combustion est déterminée par le my coder ma ciceti , qui, après avoir transformé l’alcool en acide acétique, porte l’oxygène de l’air sur cet acide lui-même, et le réduit complètement à l’état d’eau et d’acide carbonique.
Le 8 novembre i86r, je place dans une grande fiole de verre de V'^oo i5o centimètres cubes d’un liquide composé de :
Eau contenant 5 grammes acide acétique cristallisable. 5o cent, cubes.
Eau de levûre de bière 5o »
Eau pure 5 o »
puis je sème à la surface du liquide une trace de mycoderma aceti non muqueux, en si petite quantité, que la semence est presque invisible. Les jours suivants, développement lent et très-peu vigoureux de la plante. La pellicule se disjoint par la moindre agitation. J’analyse le gaz de la fiole le 20 novembre. Il renferme 19,8 pour 100 d’acide carbonique et pas la moindre trace de gaz oxygène. L’absorption de ce dernier gaz a été de igr,3o6, et la proportion d’acide acétique de la liqueur avait diminué précisément dans le rapport de cette absorption et de la formation de l’acicle carbonique. La pellicule, uniquement formée de mycoderma aceti , a pesé sèche 1 centigramme.
Lette expérience démontre deux choses : i° le mycoderma aceti peut vivre et se multiplier sur un vinaigre entièrement
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE. 95 privé d’alcool ; 20 il fixe 1 oxygène de 1 air sur 1 acide acétique en transformant son carbone en acide carbonique.
L’essai suivant conduit au même résultat, mais il prouve en
outre que le mycoclerma aceii , après avoir provoqué la combustion de l’acide acétique, peut agir de nouveau sur l’alcool, en le transformant en acide acétique.
Le 26 décembre 1861, je place dans une fiole de 2üt, 322 i5o centimètres cubes d’un liquide iormé de :
Eau de levure de bière 5o cent, cubes.
Eau tenant en dissolution ogl', 885 d’acide acétique pur. 10 »
et je sème une trace de mycoderma aceti gélatineux. La température de l’étuve était de 25 degrés en moyenne. Le 27, pas de développement sensible de la semence. Le 28, taches mucilagineuses sur toute la surface. Le 29, il est plus développé encore (1).
Le 29, j’analyse le gaz. Il renferme déjà 17,1 5 pour 100 d’acide carbonique, et seulement 3,49 c^e ë’az oxygène. Le 3o, il n'y a plus de gaz oxygène, et la quantité d’acide acétique est réduite à <j£r,328. Plus de \ gramme d’acide acétique a donc été brûlé.
Je renouvelle l’air de la fiole, puis j’ajoute au liquide 2 centimètres cubes d’alcool absolu, après les avoir mélangés à 10 centimètres cubes du liquide de la fiole retirés à l’aide d’un siphon, sans déchirer le voile. J’ai déjà fait observer que l’alcool, s’élevant par sa légèreté spécifique à la surface du liquide, tuait le voile. 11 faut toujours le diluer avant de l’ajouter aux liqueurs.
(1) On voit par cet exemple que la forme mucilagineuse de la plante se développe assez facilement sur un liquide acétique, même lorsqu’il est privé d’alcool.
Le 5 janvier, j’étudie de nouveau l’acidité du liquide de la fiole, et, au lieu de oer,3a8 d’acide, j’en trouve igr,74o, c’està-dire deux lois plus qu’il n’y en avait dans le liquide à l’origine avant la première combustion.
En résumé, le mycoderma aceti a la propriété de porter l’oxygène de l’air sur l’alcool pour faire de l’acide acétique, et, tant qu’il y a de l’alcool, l’acide acétique n’éprouve pas de combustion complète ; mais dès qu’il n’y a plus d’alcool dans le liquide, l’oxygène se fixe sur l’acide acétique et le transforme en eau et en acide carbonique. Replace-t-on de l’alcool dans la liqueur, le phénomène change : l’acide est respecté et l’alcool se transforme à nouveau en acide acétique.
Ces faits méritent au plus haut degré d’attirer l’attention. Ils nous offrent le curieux spectacle de petits organismes qui fixent l’oxygène de l’air, tantôt sur un principe (l’alcool), tantôt sur un autre (l’acide acétique), exclusivement sur le second si le premier est absent, exclusivement sur le premier malgré la présence du second, tant que le premier ne fait pas défaut.
Pourrait-on rencontrer un exemple de combustion plus voisin de la combustion respiratoire, qui s’effectue, elle aussi, par de petits organismes, les globules du sang? Nous voyons également dans ce dernier phénomène tel principe brûlé complètement et ramené à l’état d’eau et d’acide carbonique, tel aufre s’arrêter à un degré de combustion intermédiaire, comme il arrive pour l’urée et l’acide urique.
Mais la comparaison peut aller plus loin, et de même que dans certaines circonstances les globules du sang deviennent malades et que les matériaux de l’économie ne sont plus comburésdela même façon, d’où résultent des produits d’excrétion divers, et par suite des désordres plus ou moins graves, de même nous allons voir nos petits organismes mycodermiques
MÉMOIRE SUR LA FERMENTATION ACÉTIQUE, s’altérer dans certains cas si profondément, qu’ils ne pourront même plus porter la combustion de l’alcool jusqu’au terme acide acétique. Quelles importantes et trop souvent dangereuses modifications ne doit pas amener dans l’économie un changement de cet ordre s’appliquant aux globules du sang ! Dans bien des maladies, c’est d’eux que doit procéder tout le mal.
§ VII. — Altération spontanée dans la structure du mycoderma aceti. — L’alcool peut disparaître sans qu’il soit transformé préalablement en acide acétique.
On sait que dans l’oxydation de l’alcool ou de l’éther par le noir de platine en fils maintenus incandescents dans des vapeurs de ces liquides, il prend naissance des produits à odeur suffocante et qui excitent le larmoiement au plus haut degré. Ces produits sont encore mal connus. Chose bien curieuse assurément ! le mycoderma aceti peut également les fournir. J’en ai eu de nombreux exemples dans le cours de ces recherches. Ils ont toujours coïncidé avec une altération profonde du voile mycodermique , qui paraissait ne plus prendre de nourriture et perdre beaucoup de sa consistance naturelle. Au lieu de conserver son aspect ordinaire , qui a quelque chose d’un peu translucide, il devenait opaque, blanchâtre, blafard, se détachait des bords du vase et était prêt à tomber dans le liquide par lambeaux. On peut à volonté, pour ainsi dire, provoquer de tels changements dans le voile et dans sa manière d’agir sur l’alcool. D’ordinaire, ces changements se manifestent à la suite d’addition d’alcool au liquide en train de s’acétifier, surtout quand on n’a pas eu le soin de diluer l’alcool avant de l’introduire dans les vases.
Je vais donner un exemple de ces combustions dévoyées et toutes particulières de l’alcool. Reportons-nous à l’expérience de la page 77. Le 7 mars, j’ai introduit dans le liquide de la fiole icc,6 d’alcool absolu à io degrés délayé dans Jo ou 5o centimètres cubes du liquide en expérience, puis j’ai renouvelé par insufflation d’air nouveau le gaz de la fiole. Cette opération s’est faite à ih4om. Yoici les hauteurs du mercure dans le tube manomé trique, hauteurs qui donnent une mesure de l’absorption de l’oxygène :
Le 7 Mars.
b m cenl.
Le 8 Mars.