Esthétique, t. I, p
chrétien. » Et Wagner est amené de même à considérer l'expression la plus générale du besoin métaphysique de Thumanité, c'est-à-dire la religion, comme la principale source de Tinspiration artistique. Dans son esprit, Tari et la religion sont deux manifestations d'un besoin unique, ou, pour employer les expressions qu'il emprunte volontiers à Schopenhauer, deux représentations intellectuelles (Vorstellungen) d'une même idée: l'art et la religion se complètent l'un l'autre et poursuivent des fins communes. Il a exposé ses théories à ce sujet dans une de ses dernières brochures*, dont voici le passage le plus caractéristique : « On pourrait dire que, quand la religion devient artificielle, il appartient à l'art de sauver l'âme de la religion en rendant "à leur valeur figurée les symboles mythiques que celle-ci prend au sens propre pour mettre en lumière la vérité cachée dans leurs représentations idéales. Tandis que le prêtre s'applique à considérer les allégories religieuses comme des vérités de fait, l'artiste, au contraire, donne ouvertement et librement son œuvre pour un fruit de son invention. Mais la religion ne peut vivre pour l'art qu'autant qu'elle développe ses symboles dogmatiques, et qu'elle voile son élément de vérité sous un entassement toujours croissant