‹ Études sur le xixe siècleChapitre 2 sur 32 · LA VIE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

LA VIE EXTÉRIEURE

Les causes positives de tristesse qu'on reconnaît dans la vie de Leopardi peuvent se ranger sous quatre chefs :

GIAGOMO LEOPARDI 5

Sa sanlé était fort mauvaise. — Il vécut dans une petite ville qu'il détestait. — Il fut malheureux dans sa famille. — Il fut malheureux en amour. Les deux premiers points n'ont jamais été contestés, et ne pourraient Têtre.

Les lettres de Leopardi, en effet, ne sont qu'une longue plainte, et décrivent tout au long les symptômes des trois ou quatre maladies qui le dévoraient: la phthisie, l'hydropisie, la névrose, sans parler de ses maux de tête habituels et de ses maux d yeux « qui, disait sa sœur Paolina, rendent sa vie très malheureuse ». Il supportait ses souffrances avec ce courage résigné qu'acquièrent avec le temps les valétudinaires, et se contentait des plus légères améliorations. Il est touchant, par exemple, de Tentendre dire dans une lettre à son père: « Ma santé, grâce à Dieu, est toujours passable : les nerfs me tourmentent, et aucun moyen ne me réussit pour digérer: mais il faut bien savoir supporter quelque chose avec une complexion comme la mienne. » Quelquefois le mieux s'accentuait, Leopardi se mettait au travail avec ardeur, s'abandonnait à des espérances nouvelles : « Giacomo est beaucoup mieux, écrivait alors Paolina. On dit qu'il a changé de genre de vie, qu'il mange comme mange tout le monde, qu'il a fait connaissance de la veuve Bonaparte (il s'agit de la princesse Charlotte) et la trouve très aimable...» Mais le

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mal reprenait bientôt le dessus. Leopardi devait abandonner ses travaux commencés: « Tous ces travaux,., restent et resteront dans ma pensée, car ma santé est réduite à un tel état, que je ne puis fixer mon esprit dans la plus petite application, même pour un instant, sans me sentir aussitôt défaillir... Et quant à Tavenir, je n'ose former aucun projet. » Cette santé déplorable, que des excès de travail, dans sa première jeunesse, avaient achevé de ruiner, était Tobstacle insurmontable qui se dressait entre lui et toute espèce de joie. 11 le savait bien, et il fait dire à Tun des interlocuteurs de ses dialogues :

« Le corps, c'est Thomme ; car, en négligeant tout le reste, — la magnanimité, le courage, les passions, la puissance d'action, le pouvoir de jouir — tout ce qui rend la vie vivante et noble dépend de la vigueur des corps et sans elle ne peut pas 'exister. Le débile n'est pas un homme, mais un enfant et moins qu'un enfant, car son sort est de voir vivre les autres, tandis que lui doit se contenter de parler, et encore — puisque la vie n'est pas faite pour lui*. » Notez — et ceci n'a rien que de fort naturel — qu'il était porté par un immense désir vers les cercles d'action dont l'excluait sa faiblesse : il fut quelque temps patriote,

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