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LA TOILETTE DESTHER. PAR THEODORE CHASSERIAU

( Appartient à M. JJrthur Chassériau.)

telles compositions, prétentieuses ou anecdotiques, très réputées et d'ordre souvent secondaire. Le sentimentalisme affecté d'Ary Scheffer ne rachète pas la pauvreté et l'impuissance de son invention; Horace Vernet, qui ne s'élève guère, avec le Mazeppa aux loups, au-dessus de la vignette de

keepsake, trouve à intéresser davantage par sesbatailles, inspiréesplusdirectenient de la réalité ; pourtant « tout le monde fait mieux aujourd'hui », avoue tristement Jules Breton à propos d'Horace Vernet, et il rappelle combien la J{evue nocturne ou la J^efraite de J^ussie s'élèvent au-dessus du Combat de la Smalah. Dés iSby, Meissonier avait inspiré à Thoré une réflexion identique : « Ce n'est pas moi qui l'encouragerai, écrit-il, aux batailles de Solférino, aux souvenirs de chauvinisme. L'œuvre militaire de Meissonier ne tient pas auprès des lihographies de Charlet et de Raffet. » Que fut Meissonier, à parler franc? Un descendant de Gravelot et de Cochin, dont les vignettes peuvent agréer lorsqu'elles servent d'en-tète ou de culs-de lampe à une page de ILazarille de Tormés, mais dont la prétention devient inacceptable s'il sort de son emploi pour usurper le rang de peintre d'histoire; au total, un dessinateur d'illustrations égaré dans la peinture, et dont la carrière fut une bruyante erreur.

Au plus fort de la bataille romantique, un artiste se rencontra pour concilier, dans une manière unique, les leçons d'Ingres et d'Eugène Delacroix. Ne voyez dans son parti, ni un jeu, ni un calcul prémédité, mais bien une résultante du tempérament. Créole d'origine, Théodore Chassériau goûtait, chez le classique, le galbe de la forme, chez l'autre, l'opulence du ton; il aspirait à donner, dans son art, la somme de ces voluptés, et la fortune lui échut d'y parvenir '. La raillerie, comme bien on pense, n'épargna pas son entreprise; n'importe, cette dernière épreuve venge Chassériau des dédains d'antan ; il s'impose par l'autorité d'un exemple qui fut de grande conséquence sur les destinées de l'école française comme par l'originalité de son oeuvre : portraits [Les deux Sœurs), évocations de l'Orient (Le Harem), de la Bible (Esther), de la mythologie [Apollon e^Dap/>//e'), décorations murales aussi [LaPaix ^). — Une fin prématurée a pareillement frustré de la célébrité le Dijonnais Trutat ; son talent, comparable à celui de Géricault, devance Henner; il n'a laissé que quelques toiles, mais la plupart confinent au chef-d'œuvre ; le portrait du père de l'artiste et la Temme nue, ont provoqué l'enthousiasme et la réhabilitation a tourné au triomphe.

Déjà les tableaux de Duplessis, de Danloux, de M LabilJe-Guiard, de Delacroix surtout, portaient trace de l'influence anglaise; elle éclate

1. Dans la suite, le cas d'une admiration également compréhensible et passionnée pour Ingres et Delacroix s'est encore constaté chez Bracquemond et chez Fantin-Latour, chez Manet et chez Degas.

2. Ce dernier ouvrage était un fragment, transporté sur toije, de la décoration exécutée par Chassériau pour l'ancienne Cour des Comptes.

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encore indéniable chez Eugène Lami. Notre génération, à laquelle sont seules familières les illustrations exécutées par Lami durant sa vieillesse,

PORTRAIT DE FRION (lyqb), PAR JACQUES GAMELIN

\ M usée Je 'Perpignan.)

sur la» demande des éditeurs, ne prise point à sa valeur l'auteur de la bataille de Wattignies, du Combat Je Claye, du Contrat de mariage;

elle l'assimile trop volontiers à Eugène Isabey qui n'est cependant point son égal. Bien français par l'humeur, doué du sentiment très fin des élégances mondaines, Lami a, pour formuler sa notation, une touche spirituelle, verveuse, une facture large, grasse et souple dont la saveur Boningtonienne » s'est accrue avec les années. Par surcroît il renoue avec Gabriel de Saint-Aubin; grâce à son effort et à celui de Granet, la peinture de genre est émancipée; malgré M"' Gérard, DroUing, Taunay, Swebach, malgré Garbet même, elle ne s'était guère élevée au-dessus de la miniature du temps de Leprince, de Demarne, du temps de Boilly dont le talent documentaire n'excuse qu'à demi le métier propret, mesquin, et la tentation serait grande d'opposer à ces façons trop jolies le franc parler provincial d'un Gamelin, d'un Maurin et d'un F.-J. Watteau de Lille.

Gardons-nous cependant d'attribuer à une époque, à un groupe le privilège exclusif de la sincérité. Il en va de la convoitise du réel comme du besoin de rêve; ces aspirations contraires peuvent l'une ou l'autre s'affirmer par moments avec plus d'insistance, sous la pression d'abus et pour rétablir l'équilibre; loin de s'exclure, elles se complètent; elles sont immanentes et nécessaires à l'art comme à l'humanité; on les voit, chez le même individu, se succéder, se supplanter tour à tour. C'est le cas pour Granet, pour Heim, et plus tard pour Millet, Daumier, Decamps, Fantin-Latour : fidèles à l'idéal du xvm" siècle, ils eussent estimé déchoir s'ils avaient limité leur effort à la culture d'un genre spécial. François Granet ', qu'inspire aussi volontiers une Salle d'asile ou la BénédicHon des drapeaux au temps des croisades, entraîne à l'analyse des ambiances exactes, et à la représentation de la vie des humbles; la peinture du tiers-état ne réclame plus l'excuse du sentiment ou du pittoresque; elle passe de l'amabilité de Martin Drolling à la gravité presque austère de François Bonvin. Les facultés observatrices de Heim, et d'Eugène Lami, s'appliquent à la notation d'autres milieux; même s'ils retracent quelque solennité {Louis-Philippe recevant les députés au Palais- T{oyal, par Heim, l'Entrée de la duchesse d'Orléans, par Eugène Lami), ils y mettent tant d'entrain, tant d'esprit, que la contrainte coutumière s'abolit, que la scène officielle garde de l'aisance, de l'enjouement et de la grâce.

1. Une visite au musée d'Aix en Provence peut seule donner conscience de l'importance de son oeuvre et de la diversité de ses initiatives.

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