C-azelte des Bea^ax-Arts
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fréquentes. Gros occupe en dehors d'eux une place distincte '. Les limites de son oeuvre déterminent à souhait l'étape parcourue par l'école depuis les approches de la Révolution jusqu'à l'avènement de Louis- Philippe : de Troy n'eût pas renié la composition avec laquelle Gros
PORTRAIT Db M M... PAR VICTOR MOTTEZ, PKINT A LA FRESQUE
obtint le second prix de Rome, et VEinhanjuement Je la duchesse J'Arigoulème à Pauillac consacrera le triomphe du romantisme. Nous savons que l'évolution aboutira, selon la régie, à une émancipation des esprits et à la prédominance d'idées, de principes depuis plus ou moins longtemps
I. Gucrin indiquz quelle est cette place au cours d'une causerie avec M"" de Bawr : « Girodet, dit-il, dessine à la perfection; mais il porte plus loin que les autres le vice de l'école, celui de peindre la iljlue. Le dessin et la couleur de Gérard ne sont pas irréprochables, mais ils suffisent, parce qu'il y joint, surtout dans ses portraits, un goiit exquis. Combien Gros cependant est plus peintre qu'eux ! Il a le grandiose de l'art ».
familiers à l'art. Dès le début du siècle, avant même , plusieurs artistes s'étaient piqués d'échapper à l'antiquomanie tt d'instaurer, en dépit de l'oppression, le principe de la coloration riche et chaude. David avait doué la peinture de « philosophie »; en l'invitant à refléter le tumulte de l'âme, nos angoisses, nos inquiétudes, les nouveaux venus la feraient plus humaine. La suite des dessins de Girodet pour les funérailles d'Jltala dénonce déjà, sous une froideur apparente, le désir de révéler l'agitation intime. Entre tous les contemporains. Gros paraît \z plus sensible à l'action du milieu et celui dont l'esprit s'est mûri davantage au spectacle des événements. 11 n'envisage pas la nature avec le calme de David eu la plasticité d'Ingres; la fatalité du destin le touche; ses tableaux gardent la chaleur communicative d'un cœur ému. Le Combat de T^azareth saisit dés le premier regard, comme une ébauche héroïque, d'une fougue palpitante. Je ne sais point de tableau plus fertile en enseignements; il constitue à lui seul une profession de foi ; il découvre la genèse des efforts et des recherches qui vont suivre. Une fois qu'on l'a étudié, médité au point d'en mesurer le prix et d'en saisir la prescience, nul ne s'étonne plus de voir Géricault magnifier la douleur et montrer la torture des affamés rampant sur le radeau battu par la vague. Désormais la peinture moderne est initiée à la beauté de la souffrance, et le domaine de l'art en semble agrandi; libre à Charlet, à Raffet, à Boissard de Boisdenier de retracer les péripéties sanglantes ou désolées de l'épopée impériale; libre enfin à Eugène Delacroix d'incarner la passion, le drame et le rêve ' .
Chez lui, plus d'observation directe — les portraits de Delacroix sont rares, — mais une inspiration ardente, enthousiaste, emportée à travers l'espace et le temps, et que sert une faculté d'expression immédiate, aussi spontanée que la pensée. La fièvre est à la fois dans le cerveau, dans le regard, dans la main; à la poétique entraînante corres-
1. Après i8i5, la tranquillité rendue au pays permettait à l'attention de revenir aux choses de l'art et l'esprit. On savait gré à M"" de Stacl de dévoiler à la France le grand siècle allemand, et aux polyglottes de répandre la connaissance des littératures étrangères. De ce côté surtout se porte la curiosité, et, de i8îj à 1824, les traductions précipitamment se succèdent. En maint endroit de son Hisloire du romantisme, Théophile Gautier insiste sur l'effet de ces révélations, sur le profit qu'en doivent tirer les peintres aussi bien que les poètes : « Quel temps merveilleux! dit-il. Walter Scott était alors dans toute sa fleur de succès: on s'initiait aux mystères du Vaust dz Goethe, qui contient tout et même ci quelque chose de plus que tout »; on découvrait Shakespeare sous l'adaptation un peu accommodée de Letourncur, et les poèmes de lord Byron, le Corsaire. Lara, le Giaour. Manfred, Beppo, Don Juan, nous arrivaient de l'Orient, qui n'était pas banal encore. On li;ait beaucoup alors dans les ateliers ; les rapins aimaient les lettres et leur éducation spéciale les mettant en rapport familier avec la nature, les rendait plus propres à sentir les images et les couleurs de la poésie nouvelle. »
pond une palette diaprée. L'étude parallèle des maîtres flamands et vénitiens; la fréquentation des artistes anglais : Lawrence, Bonington, Constable, admirés par Delacroix dès leurs premières expositions; un voyage au Maroc, qui lui faisait découvrir l'Afrique aux peintres, exaltaient le
ALBAYDE ». PAR A. CABANEL
[Musée Je JHcnfpellier. )
sens inné de la couleur; si somptueuse soit-elle, elle reste cependant le « vêtement approprié » de l'idée et du sentiment n et garde toujours une vertu suggestive de la plus persuasive éloquence; loin de faire oublier l'action, elle en exalte l'allure pathétique. La subordination de l'attrait pittoresque — à laquelle Decamps, bien moins profond, ne saura
pas parvenir — décèle, autant que le répertoire des sujets, l'élévation et les tendances littéraires d'un esprit admirablement orné. « La religion, la poésie, la politique, l'allégorie, Delacroix a touché à tout», dit Biirger- Thoré. Plus que nul autre, il a vibré à l'unisson de Goethe, de Shakespeare, de Byron, et professé la curiosité des civilisations étrangères, lointaines; la flore et la faune l'ont ébloui, et les interprétations qu'il en propose éblouissent à leur tour; il a parcouru triomphalement le champ de l'histoire sacrée et profane, ancienne et moderne, de cette Histoire dans laquelle il voit, comme Michelet, une résurrection. Telle est l'universalité de son génie, qu'il recommence la création et enfante un monde ardent, tourmenté, aux beautés de malade. En quelques tableaux, que de visions inoubliablement suscitées : Le Bon Samaritain, Saint Georges en lutte avec le dragon. Saint Sébastien expirant, la mêlée furieuse de Taillebourg, les croisés victorieux dominant le paysage héroïque de la Corne d'or, Les "Femmes d'Alger accroupies dans l'ombre silencieuse. Les Soujfons arabes, Le Lion au Caïman, Le Prisonnier de Chillon, puis cette allégorie qui laisse présager, dès 1827, la Barricade : la Grèce expirante sur les ruines de Missolonghi! Tous les enthousiasmes éprouvés par ses devanciers, Delacroix les partage, les dépasse, les porte à leur degré extrême; si bien que son c:uvre apparaît comme le couronnement et la conclusion logique du romantisme.
Un génie tel que celui de Delacroix — « Delacroix, un tempérament tout nerfs, le passionné des passionnés » — ne saurait qu'être exceptionnel. Autour de lui, les espérances tôt déçues, les défections, ne se comptent pas. Des titres de tableaux typiques, La ^Naissance de Henri IV, Locuste, Les T^omains de la décadence, sont restés dans le souvenir; mais que sont devenus leurs auteurs? Eugène Devéria ne vaut guère, hors de la peinture des costumes et des moeurs; Louis Boulanger regrette à tout moment les audaces de sa jeunesse; Sigalon se retire à Rome pour copier Michel-Ange ; les promesses de Couture sombrent dans la nuit des avortements. Et combien encore s'abusèrent à vouloir faire ressurgir le passé sans posséder les doubles donsdepenseur et d'exécutant impérieusement requis. Pour un Bouchot, un Robert-Fleury, un Cogniet parfois, et plus tard un Jean-Paul Laurens, qui y réussissent, combien d'autres insupportent par leur présomption et aussi par le dépit qu'ils nous causent d'avoir mésusé de leurs moyens! Ingres, de son côté, voit ses doctrines surtout défendues par quelques rénovateurs de la décoration murale —
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H. Flandrin, Amaury-Duval, Mettez — et par Delaroche, Court, E. Dubufe (Cabanel ensuite), plus estimables dans certains portraits que dans