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LE PONT DARGENTEUIL, PAR M CLAUDE MONET

(Colleclion Je M. Pellerin.)

les pires outrages; il prenait maintenant la tenue tranquille des tableaux classiques. Le Sculpteur Devillez et une Maternité synthétisaient l'œuvre de Carrière, œuvre de douleur, d'intelligence et d'amour, parallèle à celle de Rodin, et dans laquelle se résume et s'amplifie magnifiquement le rêve de pitié sociale et de tendresse fraternelle de Prud'hon, de Daumier et de Millet.

D'autre part, il convenait d'assurer la représentation des artistes dont aucune création importante ne pouvait figurer à la Centennale, soit à cause du défaut de place ou des risques de transport (constants pour la grande sculpture), soit en raison de la règle suivie de ne rien réexposer

de ce qui parut en i88q. Par quel moyen pallier cette absence, si ce n'est en faisant appel à l'ébauche? Chacun devine l'agrément apporté par ces inventions spontanées et libres au milieu d'un ensemble qui n'eût pas laissé de paraître un peu bien sévère si l'on n'y avait rencontré que l'expression définitive d'une pensée toujours mûrie à loisir. Cependant la présence de productions de primesaut, où l'artiste s'avoue et se livre dans le feu de l'inspiration n'était pas uniquement apte à fournir un lien et à déguiser l'enseignement sous un aspect plus varié; elle le fortifiait, elle découvrait le tréfonds du tempérament et mettait l'observateur en contact direct avec l'individualité même de l'artiste.

Puis, combien de fois n'arrive-t-il pas que la verve se calme, se compassé, durant la lente conduite à terme d'une trop vaste entreprise? Les galeries de Versailles abondent en exemples décisifs de vocations contrariées et de méconnaissances des ressources natives. Nombre de titulaires de commandes, même parmi les plus illustres, ont déplorablement failli parce qu'ils se méprenaient sur leurs propres forces. Ne réussit pas qui veut à illustrer l'Histoire; dans l'espèce, la faculté d'agencer une vaste machine ne saurait suffire; il faut qu'un métier approprié vienne mettre en valeur la composition afin de lui donner tout son sens et son plein effet. Bien avant Louis-Philippe et son musée, des peintres s'étaient fourvoyés en convoitant, pour leurs ouvrages, un format hors de rapport avec leurs aptitudes; rapprochez, en votre pensée, deux esquisses exposées à la Centennale : la "Leçon de labourage de Vincent ' — si symptomatique des hantises du temps — puis la Mort de Priant, par Guéri n, des tableaux eux-mêmes (qui se voient l'un au musée de Bordeaux, l'autre au musée d Angers), vous percevrez à quel point les dons précieux viennent à se diluer, à s'évanouir même, quand les dimensions de la toile atteignent au monumental. D'ailleurs, qu'il s'agisse de Psyché et l'amour, par le baron Regnault, ou de la Mère nourrice par M" Gérard, de l'extraordinaire Combat de T^azareth, par Gros, ou du JNaufrage de la Méduse et des Jockeys de Géricault, du Prévost démontrant les panoramas, par Cochereau, ou de l'Etude de bataille de Heim, de la Mort de César de Court, ou du même sujet traité — avec quelle fougue admirable! — par

I. Vincent était représente, d'autre part, par deux portraits, l'un dessine, l'autre peint; ainsi s'attestait chez lui le don spécial de l'observation physionomique. Ses charges de camarades et d'amis, auxquelles, sauf Rcnouvicr. nul n'a guère pris garde, diffèrent des benoîtes » calotines » de naguère ; l'ironie y est plus mordante; elles devancent Debucourt et J.-B. Isabey; elles signalent une importance inaccoutumée donnée au dessin d'humour, et, par là même, décèlent en Vincent un fondateur ignoré de la caricature moderne.

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