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formés de feu, ou bien de feu et d'eau, sans invoquer d'aucune manière une cinquième essence.
D'autres philosophes médiévaux peuvent encore être cités comme ayant influé sur la Chimie du Cardinal Allemand.
Ainsi ce que dit Nicolas de Cues, après Raymond Lulle, des éléments principaux et des mixtes généraux; du mouvement d'analyse qui, sans cesse, ramène les mixtes généraux aux éléments principaux et, par l'intermédiaire de ceux-ci, à l'élément universel; du mouvement de synthèse qui descend le chemin que le premier a remonté; ce sont pensées dont l'analogie est fort grande avec celles que développe Jean Scot Ériugène1.
Au point de départ de la création, il faut, selon Scot Ériugène2, placer l'Universalité de la créature ; Dieu est la cause de cette Universalité ; il lui donne l'être ; elle existe éternellement en lui ; il ne la précède pas dans le temps; il lui est seulement antérieur par la raison, en tant qu'il l'a formée.
Cette Universalité, éternellement subsistante au sein du Verbe divin, est l'ensemble des raisons ou causes primordiales des choses 3 ; ces raisons des choses, Scot les identifie aux fêéa platoniciennes.
Au sein du Verbe divin, l'Universalité de la création est un individu unique et indivisible; le Verbe divin est l'unité indivise de toutes choses, car il est lui-même toutes choses. En même temps qu'il est absolument simple, le Verbe est infiniment multiple, car il est répandu en toutes choses et ces choses ne subsistent que parce qu'il est répandu en elles.
Ces raisons éternelles des choses, dont l'ensemble forme l'Universalité de la création, « sont les causes de toutes les choses visibles et invisibles 4; il n'y a rien, dans tout l'ordre des choses naturelles, qui puisse être perçu par le sens, par la raison ou par l'intelligence, et qui ne procède de ces causes, qui ne subsiste par elles. »
Parmi elles sont des corps simples invisibles, inaccessibles à toute perception ; des grandeurs et qualités de ces corps rationnels se forment, en premier lieu, des éléments que Scot nomme catholiques ou universels.
Ces éléments catholiques, à leur tour, s'uniront entre eux pour former tous les corps composés du Monde sensible.
Les corps rationnels et éternels, cause primordiales des éléments
1. Joannis Scoti lUpi <1>j<7S0); lu.spio,|j.o"j, id est de divisione Naturae libri quinque. (Joannis Scoti Opéra quae supersunt oninia ad fidem Italicorum, Germanicorum, Belgicorum, Franco-Gallicorum, Britannicorum codicum partim primus edidit, partim recognovitHenricus Josephus Floss. — Patrologiae cursus completus; séries II : Patrologia latina, accurante J. P. Migne ; t. CXXII, i853).
2. Joannis Scoti Eriugenae De diuisione naturae lib. III; éd. cit., col. 63g.