‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 57 sur 126 · R. Gaverni, Op. cit., vol. IV, p · texte numérisé non relu

R. Gaverni, Op. cit., vol. IV, p

Caverni ira pas eu l'idée ou le moyen de recourir aux manuscrits ; il s'est contenté de lire les textes imprimés ; il semble même qu'il ait ignoré le Liber Jordani Nemorarii de ponderibus qu'Apian fit imprimer en i533, à Nuremberg, et qu'il ait connu seulement le Jordani opusculum de ponderositate, Nicolai Tartaleae studio correclum queCurtius Trojanus fit imprimer à Venise en i565.

Trompé par les impudents mensonges de Nicolo Tartaglia1, Caverni a cru que les énoncés seuls étaient, en cet- ouvrage, l'œuvre de Jordanus, tandis que les démonstrations avaient pour auteur le géomètre de Brescia ; il ne lui est pas venu à l'esprit que ce dernier ne fût qu'un fripon. « L'opuscule posthume De ponderositate, publié en i565, à Venise, par Curtius Trojanus, est, dit-il2, important pour l'histoire, car il nous révèle combien l'auteur tenait à commenter de près Nemorarius, et avec quel fervent amour de disciple, comparable à celui avec lequel Maurolycus commentait son grand géomètre de Syracuse. Mais cet ouvrage est superflu comme document scientifique, car toutes les propositions mécaniques qu'il démontre trouvent un ample développement dans les Quesiti e invenzioni publiées en i546 par le même Tartaglia. »

Réduit au seul texte, souvent incompréhensible ou absurde, du Jordani opusculum de ponderositate, Caverni ne pouvait être fort exactement instruit de ce qu'enseignait l'École de Jordanus. On conçoit donc qu'il ait attribué à cette École la connaissance de la loi de composition des forces concourantes, alors que cette loi semble avoir été ignorée de tous jusqu'à Léonard de Vinci.

Léonard de Vinci a découvert, à l'aide des propriétés du levier angulaire, la loi de composition des forces concourantes ; nous avons minutieusement analysé l'histoire de cette découverte3.

Avant de parvenir à l'exacte connaissance de la loi des forces concourantes, Léonard avait longtemps tâtonné; longtemps il s'était attaché à une loi incorrecte. Caverni a mentionné 4 un seul des nombreux passages où le grand artiste a parlé de la composition des forces concourantes, et ce passage est précisément consacré à l'énoncé de la règle fausse. Mais, par suite d'un raisonnement géométrique erroné, Caverni a pris cette règle fausse pour un corollaire de la règle exacte. Il a donc affirmé que Léonard connaissait la loi de composition des forces concourantes, ce qui est vrai, mais il l'a affirmé en vertu d'un texte qui aurait dû lui faire porter le jugement contraire.

i. Les Origines de la Statique, t. 1, pp. 197-205.

a. R. Caverni, Op. cit., vol. IV, p. 87.

3. Léonard de Vinci et la composition des forces concourantes (Bibliotheca mathcmatica, 3* série, t. IV, p. 338, 190^). — Les Origines delà Statique, ch. VIII, § 2, t. I,pp. 172-179. — La scicntia de ponderibus cl Léonard de Vinci, VI (Études sur Léonard de Vinci, première série, pp. 3oi-3o5).

!\. II. Caverni, Op. cit., vol. IV, p. 59.

Caverni a été beaucoup plus exactement informé lorsqu'il a parlé i de « certains faits qui semblaient merveilleux aux gens du vulgaire et même aux savants, et que Léonard expliquait naturellement en appliquant ce principe : Un corps ou plusieurs corps liés ensemble, quelque étrange que soit leur figure ou leur position, demeurent en équilibre stable lorsque le centre de gravité de l'ensemble se trouve en la verticale du point de suspension. »

A l'appui de cette remarque, Caverni reproduit les deux cas paradoxaux d'équilibre, étudiés par Léonard, que nous avons également présentés 2. Il ne semble pas, d'ailleurs, s'être soucié de suivre les pensées qui avaient conduit l'inventeur à la connaissance d'un tel principe.

Caverni fait remarquer, d'après Libri, que Léonard a su déterminer le centre de gravité de la pyramide; il observe à ce sujets, comme nous l'avons observé depuis ^ que Libri a donné de fausses indications au sujet des figures qui accompagnent l'énoncé formulé par le Vinci et qu'il en a tiré une induction peu vraisemblable sur la démonstration que le grand peintre avait pu employer.

Caverni a écrits : « Dire que Léonard a créé la Science expérimentale, c'est une hyperbole telle que l'on pardonnerait difficilement à un historien des Mathématiques de la formuler. De la part de l'homme, la création serait une absurdité bien plutôt qu'un propre et véritable prodige ; c'est l'office de l'historien de révéler les causes cachées qui ont produit les soi-disant prodiges et, par là, de réduire ceux-ci à l'ordre naturel.

» On découvrirait dans les traditions scientifiques des siècles qui ont précédé le xvie les sources naturelles dont découle la variété encyclopédique des doctrines professées par un artiste de cette époque. »

Nous ne connaissions pas ces lignes lorsque nous avons entrepris nos Études sur Léonard de Vinci, et cependant elles esquissent, en quelque sorte, le plan de notre ouvrage.

i. R. Caverni, Op. cit., vol. IV, p. kh.

2. Études sur Léonard de Vinci, première série, pp. 3o8-3oc).

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