G. — SUR L'ORIGINE DE LA LOI DU POLYGONE DE SUSTENTATION
Nous avons retracé (Première série, pp. 73-79) la série des tâtonnements par lesquels Léonard était parvenu à la loi du polygone de sustentation.
« Albert de Saxe avait remarqué que si l'on construisait deux tours au fil à plomb, les couronnements s'écarteraient d'autant plus que les tours seraient plus hautes. Léonard retourne, en quelque sorte, cette remarque; il mène, en un certain lieu de la Terre, la verticale de ce Heu; puis, de part et d'autre de ce lieu, à une certaine distance, il imagine qu'on élève deux tours parallèles à cette verticale et, patconséquent, parallèles entre elles. Il montre que ces deux tours devront forcément s'écrouler si elles sont assez hautes. »
Cette manière de présenter la proposition d'Albert de Saxe est essentielle; elle suggère tous les développements ultérieurs de la pensée de Léonard. Or, il est curieux de remarquer qu'elle s'était déjà offerte à l'esprit de Roger Bacon; voici, en effet, ce que nous lisons dans YOpus majus l :
« Bien des choses nous semblent parallèles parce que leur concours échappe à notre perception ; ainsi les murs d'une maison quelconque semblent parallèles au témoignage de nos sens; mais ils ne le sont pas ; car tout grave tend naturellement au centre du Monde, en sorte que la maison s'écroulerait si ses murs étaient exactement parallèles. »
1. Fratris Rogeri Bacon Ordinis Minorum Opus majus ad Clementem quart uni Pontificem Romanum. Ex M S. Godice Dubliniensi, cura aliis quibusdam collato, nunc primum edidit S. Jebb, M. D., Londini, typis Gulielmi Bowyer, MDCGXXX1II. Pars quarta, dist. III, cap. III, p. 76.