‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 96 sur 126 · II. Roger Bacon · texte numérisé non relu

II. Roger Bacon

L'Évêque de Paris comme le Traducteur d'Aristote a établi un lien qui lui semblait indissoluble entre l'impossibilité du vide et l'impossibilité des mondes multiples. Ce lien a paru également fort à d'autres philosophes, en particulier à Roger Bacon au xiir* siècle et à Walter Burley au xive siècle.

Roger Bacon, en son Opus majus, consacre un chapitre» à l'examen de ces deux questions: Peut-il exister plusieurs mondes? La matière du monde s'étend-elle à l'infini? Voici ce qu'il écrit, en ce chapitre, contre la pluralité des mondes :

« Aristote dit, au premier livre sur le Ciel et le Monde, que le Monde réunit toute sa matière propre en un seul individu d'une seule espèce, et qu'il en est de même de chacun des corps principaux dont le Monde se compose; en sorte que le Monde est numériquement unique, qu'il ne peut exister plusieurs mondes distincts appartenant à cette même espèce, et qu'il ne peut davantage exister ni plusieurs soleils, ni plusieurs lunes, bien que beaucoup de gens aient imaginé de telles suppositions.

» En effet, s'il existait un autre monde, il serait de figure sphérique,

i. Fratris Rogeri Bacon, Ordinis Minorum, Opus majus ad Clementem quartutn, Pontiflcem. Homanurn, ex. Ms. Codice Dubliniensi, cum aliis quibusdam collato, nunc primum ediditS. Jebb, M. D., Londini, typis Gulielmi Bowyer, MDCCXXXHI, p. 102 (marquée, par erreur, 98) Pars quarta, Dist. IV, Cap. XII : An possint esse plures mundi, et an materia mundi sit extonsa i 11 infinituni.

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comme celui-ci. Ces deux mondes ne pourraient être distincts l'un de l'autre, car s'ils l'étaient, un espace vide serait désignable entre eux, ce qui est faux. Il faudrait donc qu'ils se touchassent; mais par la XIIe proposition du troisième livre des Éléments d'Euclide, ils ne se pourraient toucher qu'en un point, ainsi qu'on l'a précédemment démontré par le moyen de cercles. Dès lors, partout ailleurs qu'en ce point, il y aurait entre eux un espace vide. »

En VOpus tertium1, Bacon reprend simplement et sommairement l'argumentation d'Aristote contre la pluralité des mondes. Mais il y joint le raisonnement fondé sur l'impossibilité du vide lorsqu'il écrit ses Communia naturalium, ou mieux ce traité De caelestibus2 dont le célèbre manuscrit de la Bibliothèque Mazarine fait le second livre des Communia naturalium.

Aux raisons d'Aristote, à la preuve tirée de l'impossibilité du vide Bacon ajoute maintenant ces réflexions :

u On ne peut pas, non plus, prétendre qu'un second monde entoure le premier, car alors le centre de l'un serait le centre de l'autre, en sorte qu'il n'y aurait pour tous deux qu'une seule terre; il en serait de même des autres parties du monde3; il n'y aurait donc qu'un seul monde.

» En outre, s'il existait une raison pour qu'il y eût deux mondes, pour la même raison il y en aurait trois, quatre, et ainsi de suite à l'infini, car tout ce qui concerne le monde est indifférent à tel ou tel nombre. Il faut donc qu'il y ait une infinité de mondes ou bien qu'il n'y en ait pas plus d'un; or, les mondes ne sauraient être en nombre infini; donc il n'y en a qu'un. »

Nous ne saurions nous étonner de reconnaître dans les écrits de Bacon l'influence de Michel Scot et de Guillaume d'Auvergne. A plusieurs reprises, il cite le Traducteur d'Aristote, encore qu'il le juge fort durement. Quant à l'Évêque de Paris, il nous conte qu'en sa jeunesse, il en avait reçu l'enseignement.

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