P. IX HEM
JKAN I MiltlDAN (DE BÉTHUNE)
LEONARD Di: VINCI
Une date relative a Maître Albert de Swe.
L'importance des écrits scientifiques d'Albert de Saxe avait passé complètement inaperçue, au cours des temps modernes, jusqu'au jour où Thurot, retraçant l'histoire du principe d'Archimède, fut amené à la signaler1. A ce propos, le savant auteur mentionnait que la Bibliothèque Nationale possède, sous le n° 1/17 23 du fonds latin, une copie des Subtilissimœ qusesliones in llbros de Cœlo et Mundo composées par Albert; cette copie, disait-il, est de l'an 1378. Sur la foi de Thurot, nous avions reproduit cette indication en l'élude que nous avons intitulée : Albert de Saxe et Léonard de Vinci2. Or, nous Talions voir, cette indication était erronée.
L'Administration de la Bibliothèque Nationale a bien voulu confier pendant trois mois à la Bibliothèque Universitaire de Bordeaux le manuscrit cité par Thurot; cette obligeance nous a permis d'examiner avec grand soin les pièces contenues en ce recueil ; c'est de cet examen que sont nées la présente étude et l'une de celles qui lui feront suite.
Le manuscrit latin 1/4723 de la Bibliothèque Nationale est un volume épais; il contient près de trois cents feuillets de fort
1. Ch. Thurot, Recherches historiques sur le principe d'Archimède. 3° article {Revue archéologique, nouvelle série, t. XIX; pp. 1 19-123).
2. P. Duhem, Albert de Saxe et Léonard de Vinci, I (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, I ; première série, p. /»).
papier vergé que couvre, sur deux colonnes, une écriture semicursive du xve siècle, souvent très fine, et où les ligatures abondent; il est relié en parchemin vert, et sur le premier plat sont frappées les armes de l'abbaye de Saint-Victor; il provient, en effet, du fonds Saint-Victor, où il figurait sous le n° 712.
Au recto du second feuillet, en bas, on retrouve les armes de l'abbaye de Saint-Victor avec cette devise : Ihs — Maria — S. Victor — S. Auguslinus. Au-dessous, se lit cette indication : Tabulam hic contentorum repe ries folio 270.
En effet, le recto du folio 270 et dernier porte une sorte de table des matières dont voici la teneur :
Que secuntur hic habentur, scilicet : Questioncs totius libri phisicorum édite a Magistro Johanne Buridam. 2. — Questiones super totum librum de celo et mundo composite a Magistro Alberto de Saxonia. 113. — Questiones super très primos libros melheororum et super majorem partem quarli a Magistro Jo. Buridam. Î64. — X scilicet tercii nec continuit B quiafrixata C. 269 et usque 272.
Le manuscrit a, d'ailleurs, été mutilé, de nouveau, depuis la rédaction de cette table, car les folios 260 à 269 ont disparu.
Au folio 1 13, col. a, de ce manuscrit, commence, sans aucun titre, le texte mentionné par Thurot; au folio 162, col. b, ce même texte prend fin, et voici la formule qui le termine :
Et sic cum Dei adjutorio finile suut questiones super totalem librum de celo et mundo per Magistrum Alberlum de Saxonia juxta Ma que didicil a Magistris suis. Parisius in facultate arcium anno Domini M°CeGeG°LXVIIJ.
C'est donc de l'année i368 que ce texte est daté, et non pas de l'année 1378, comme une faute de copie ou d'impression l'a fait dire à Gh. Thurot.
Mais à quoi cette date se rapporte-t-elle? Est-ce, comme le pense Thurot, à l'œuvre du copiste? S'il en était ainsi, le copiste qui a achevé, en i368, de transcrire les questions d'Albert de Saxe, ne saurait être celui auquel nous devons le manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale. L'écriture de ce texte accuse nettement le xve siècle, et une preuve encore plus convaincante nous contraint de faire descendre jusqu'à cette époque la composition du recueil autrefois possédé par
JEAN i muiDVN (DE iu'tiii m i il LÉONARD DE VINCI 5
L'abbaye de Saint Victor; les trois pièces <|ui forment ce recueil soni visiblement de La même main, et L'examen qu'en une étude suivante nous ferons de La troisième de ces pièces, nous montrera qu'elle reproduit un écrit du xv" siècle.
Si donc la date de i368 est celle (Tune copie, elle est celle d'une ancienne copie dont le manuscrit conserve à la Biblio thèque Nationale nous présente une réplique; le scribe auquel nous devons cette réplique aurait religieusement conservé la mention inscrite par le copiste primitif.
Cette hypothèse, toute gratuite, est rendue fort peu vraisemblable parla teneur même de cette mention; celle-ci, en effet, fait remonter aux maîtres d'Albert de Saxe l'honneur des doctrines qui sont exposées dans les Quxstiones in llbros de Cxlo et Mundo; il paraîtrait bien osé, le copiste assez irrévérencieux pour dépouiller de tout mérite personnel l'auteur dont il reproduit l'œuvre; le cas serait fort rare, croyons-nous, et peut-être unique en tout le Moyen-Age.
Combien cette mention semble naturelle, au contraire, si nous l'attribuons à Albert de Saxe lui-même ! Nous y voyons, alors, une preuve de la modestie de l'auteur et de la gratitude qu'il vouait à ceux dont il avait suivi les leçons.
Ces sentiments , d'ailleurs , nous savons qu'Albert les éprouvait. Lisons, en effet, la préface par laquelle débutent, en notre manuscrit, les Quxstiones in libros de Cxlo; cette préface, que toutes les éditions imprimées ont reproduite, se termine ainsi :
« Secundum exigentiam islarum materiarum Domino concedente quasdam conscribarn questiones super totalem librum Arestolelis antedictum. In qaibus si quid minus bene dixero bénigne correctioni melius dicentium me subjicio. Pro bene dictis autem non mihi soli sed magistris meis reverendis de nobili facultate arcium parisiensi qui me talia docuerunt peto dari grates et exhibitionem honoris et reverentie. »
Celui qui plaçait cette déclaration au début de son ouvrage n'est-il pas bien évidemment le même qui inscrivait, à la fin, la mention faussement attribuée au copiste par Ch. Thurot? Cette mention, c'est la signature même d'Albert de Saxe.
De cette signature, il résulte qu'Albert a rédigé en i368 ses Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo et qu'à cette époque, il appartenait à la Faculté des Arts de l'Université de Paris. Une opinion très répandue identifie Albert de Helmstedt, surnommé Albert de Saxe, avec Albert de Ricmerstorp qui quitta Paris en i365, pour devenir le premier recteur de l'Université de Vienne. En une autre étude1, nous avions montré tout ce que cette opinion renfermait d'invraisemblable ; les documents contenus au Chartularium Universitatis Parisiensis et au Liber procuratorum nationis Anglicanx nous avaient permis d'établir, croyons-nous, qu'Albert de Helmstedt et Albert de Ricmerstorp étaient deux personnages distincts. Le texte que nous venons d'étudier ne laisse plus aucun doute à cet égard; en i368, Albert de Helmstedt appartenait encore à la Faculté des Arts de l'Université de Paris, tandis qu'à cette époque, Albert de Ricmerstorp était, depuis deux ans, évêque d'Halberstadt.
Jean I Buridan (de Béthuïse).
Au début comme à la fin de ses Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo, Albert de Saxe prend soin de proclamer qu'il doit beaucoup à ses maîtres; cette modestie fort louable n'est pas, sans doute, dénuée de raisons; nous devons croire qu'en effet, renseignement d'Albert reflète fréquemment celui qu'il avait reçu « en la noble Faculté des Arts de l'Université de Paris ». Est-il, d'ailleurs, un seul maître dont les leçons ne soient, en grande partie, l'écho de celles qu'il a entendues alors qu'il n'était que disciple?
L'aveu d'Albert nous pose un problème : Parmi les théories qu'il expose en ses divers écrits, quelles sont celles qu'il tient de ses prédécesseurs, quelles sont, au contraire, celles qui lui sont personnelles? En particulier, lorsque Léonard de Vinci
i. P. Duhem, Albert de Saxe, II (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu; VIII. Première série, pp. 3a7-33i).
JEAN i BURIDAN (i»i: m'iiii m.) i: i LÉONARD DE \i\m 7
puisait, pour alimenter le coins <ie ses propres pensées, aux Qusesliones in libros de Cselo, les doctrines qu'il recueillait étaient-elles prises à leur sonne même? Venaient-elles, au contraire, d'ailleurs, et pour découvrir l;i Fontaine dont elles étaient issues, faut-il remonter plus haut qu'Albert de Saxe?
Ce problème, nous nous sommes maintes fois efforcé de le résoudre; mais, toujours, la solution esl demeurée; fort incom plète. Pour l'obtenir pleine et certaine, il faudrait connaître parfaitement renseignement qui se donnait a L'Université de Paris au moment où Albert est venu s'asseoir sur les bancs de la rue du Fouarre. Or, de cet enseignement, il ne nous reste que des monuments peu nombreux; les rares livres qui le conservent, qu'ils soient demeurés manuscrits ou qu'ils aient été imprimés à l'époque de la Renaissance, sont souvent presque introuvables; à la longue seulement, au prix de beaucoup de recherches et d'efforts, nous voyons se reconstituer la filiation des principales doctrines enseignées par Albertutius.
Le manuscrit que nous avons décrit au paragraphe précédent, en reproduisant les Quœstiones totius libri physîcorum de Jean Buridan, nous fournit un document qui importe extrêmement à la restauration de l'enseignement reçu par Albert; une comparaison, même très rapide, de cet écrit avec les œuvres du Maître allemand suffît à reconnaître l'influence très profonde que celui-ci a subie de la part du Maître picard. A cette question : Qu'est-ce qu'Albert de Saxe doit à ses maîtres? nous aurons répondu en très grande partie lorsque nous aurons montré ce qu'Albert doit à Buridan.
Les données certaines relatives à la vie de Jean Buridan sont peu nombreuses; la renommée de ce philosophe est due, surtout, à des légendes douteuses.
Buridan est né à Béthune; c'est l'affirmation d'une tradition qui n'a rien que de très vraisemblable, car de nombreux documents nous prouvent qu'il était du diocèse d'Arras.
Sa date de naissance est inconnue; on ne saurait, cependant, sans grande invraisemblance, la placer après l'an 1000. En 1 3^7, en effet, Jean Buridan était déjà recteur de l'Université de Paris. C'est à ce titre qu'il fut appelé à établir, le
9 février 1828, un statut dont le texte nous a été conservé1; les étudiants aussi bien que les maîtres, pour les motifs les plus futiles, citaient devant la Caria Conservationis de l'Université ceux avec qui ils étaient en litige; pour mettre fin à cet abus, il fut décidé qu'une lettre de citation ne serait accordée au plaignant qu'après comparution devant le recteur et des délégués de l'Université ; le statut se termine par ces mots : u Data faerant hœc in nostra congregatione generali apad S. Matharinum facla per venerabilem et discretam virum M. Joannem Baridan rectorem Universitatis sapradictœ anno 1327? die Martis in octava Parificationis B. Mariœ Virginis. »
Le 3o août 1829, Jean Buridan, « clerc du diocèse d'Arras, » n'est encore pourvu d'aucun bénéfice ecclésiastique3. Mais le 2 novembre i33o, nous voyons^» que, tout en continuant à résider à Paris, il est titulaire de la cure d'Illies, en son diocèse d'origine.
Faut-il, sous le pontificat de Jean XXII, placer un voyage de notre philosophe à Avignon? Cette conclusion semble découler d'un passage5 des Quœstiones in libram Aristotelis de sensa et sensato que l'Écossais Georges Lokert publia à Paris, en i5i6 et en i5i8, comme étant l'œuvre de Jean Buridan. Voici ce passage :
« J'ai vu un certain écolier breton qui était aveugle de naissance; cependant, il discutait fort bien et fort clairement sur la Logique et la Physique; je sais qu'il se rendit à la Curie Romaine, car je m'y trouvais alors moi-même, au temps du
1. Bulrcus, Historia Universitatis Parisiensis, tomus IV, al) anno i3oo ad annum 1/400, p. 212. — Deniile et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, tomus 11, sectio I, abanno MGCLXXXVI ad annum MGCCL, pièce n<> 870, pp. 3oG-3o7.
2. L'année, à cette époque, ne commençait qu'à Pâques; cette date correspond donc au 9 février 1828, octave de la Purification.
3. Iieg. Vatican. Comm. Joh. XXII, an. XIII, p. h, ep. 3iGg. — Cité par Deniile et Châtelain, Chartularium Universitatis Pariensis, tomus II, sectio I, p. 307, en note.
h. Reg. Vatican. Comm. Joh. XXII, an. XIV, p. 1, ep. 950. — Cité par Deniile et Châtelain, lbid.
5. Joannis Buridani In librum Aristotelis de sensu et sensato quœst. III. (Quœstiones et decisiones insignium virorum Alherti de Saxonia, Thimonis, Buridani... Parisius, per Jodocum Badium Ascensium et Conrardum Resch, MDXVI et MDXVIII, pars III, fol. XXX, col. a. — On trouvera la description de cette édition dans nos Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui Vont lu, première série, p. 5, en note.)
JEAN i iiihiiiW (DB HÉTHUNE) ET LÉONARD i»i VINCI <|
pape Jean ; par la belle discussion (jii il soutint devant les
cardinaux, il obtint qu'il lui pourvu à sa subsistance Sur l«
vc\ omis d'une abbaye. »
Le pontificat de Jean Wll a dure de [3l6 à [334. Il n'\
aurait donc aucune invraisemblance à ce (pic Buridan eût été
député vers lui, en une de ees missions qui assuraient de constants rapports entre l'Université de Taris et la (Joui- pontificale. Une difficulté surgit, cependant; le passage cité parle de la Curkt Romana, et Jean Wll résidait à Avignon; assu rément, on peut prétendre que Caria Romana signifie simplement la Cour pontificale, que celle-ci peut avoir été désignée de la sorte alors même qu'elle se trouvait à Avignon; mais une telle impropriété de termes surprend quelque peu dans la bouche d'un maître habitué aux subtiles précisions de la Scolastique; d'ailleurs, nous n'avons jamais trouvé le mot Caria Romana dans les nombreux documents, relatifs aux rapports de l'Université avec les papes d'Avignon, que nous avons pu lire au Chartalariam Universitalis Paris ie ns is ; au contraire, ce mot se rencontre à chaque instant dans les lettres échangées entre les papes de Rome et l'Université.
Nous verrons que les Quœstiones in libram Aristotelis de longitadine et brevitate vitœ que Georges Lokert, dans les mêmes éditions, attribue à Jean Buridan, n'étaient assurément pas du Philosophe de Béthune; nous serons amené, en une prochaine Étude, à les attribuer à un maître qui enseigna à Paris pendant le premier quart du xve siècle. D'ailleurs les questions sur les divers traités d'Aristote que l'on nomme Parva naturalia, et aussi les questions sur le De anima, réunies sous le nom de Jean Buridan dans les diverses éditions données par Georges Lokert, forment un ensemble très homogène de style et de doctrine; il est bien difficile de ne pas en faire l'ouvrage d'un même auteur. Les Quœstiones in librum de sensu et sensato ont donc été rédigées, sans aucun doute, par le maître qui, au xve siècle, a composé les Quœstiones in librum de longitudine et brevitate vitœ; le pape Jean mentionné au premier de ces deux écrits n'est pas Jean XXII, qui résida à Avignon, mais Jean XX 111, qui passa plusieurs années en la Curia Romana,
où l'Université de Paris entretenait auprès de lui des nonces chargés d'incessantes négociations1.
Pour retrouver un document authentique qui concerne le Philosophe de Béthune, il nous faut arriver jusqu'à l'an i34o; en cette année-là, selon le Livre des procureurs de la Nation Anglaise *, « Maître Jean Brudan (sic), de la Nation Picarde, » fut, de nouveau, nommé recteur de l'Université de Paris. Le 19 juin i3^2, « alors qu'il enseignait à Paris les livres de la Physique, de la Métaphysique et de la Morale, » il fut nommé chanoine d'Arras 3.
Plusieurs fois recteur, chanoine d'Arras, maître JeanBuridan était assurément un très notable personnage de l'Université de Paris; un exemple, que nous empruntons à Du Boulay^, nous montrera dans quelle estime il y était tenu.
En i344, pour faire face aux dépenses de la guerre contre les Anglais, Philippe VI de Valois créa l'impôt sur le sel et les marais salants. La gabelle fut, dès l'origine, d'une impopularité extrême; nul n'en était exempt, pas même l'Université. Contre cette charge nouvelle, l'Université protesta. « A cette occasion, Maître Jean Buridan, philosophe de grand nom et de grande réputation, plusieurs fois nommé procureur de la Nation Picarde, à laquelle il appartenait, et deux fois élu recteur de l'Académie, fut chargé de haranguer le roi. Mais, » ajoute Du Boulay, « nous ignorons quelle fut l'issue de cette harangue. »
De cette grande estime en laquelle était tenu Maître Jean Buridan, il allait bientôt recevoir un nouveau témoignage.
En i3o8, Maître Jehan de ïhélu, docteur en droit, avait légué une certaine somme pour qu'une charge de chapelain fût fondée à l'église Saint-André-des-Arcs.
C'est seulement le 22 novembre i347 que les exécuteurs testamentaires de Symon Vayret mirent l'Université en posses-
1. Dcnifle et Châtelain, Chartularium Universitalis Parisiensis, ann. i'ho scqq. ; tomus IV, ab anno MCCCLWXXJV ad annum MCCCCLII, pp. 1 83 seqq.
2. Deniile et Châtelain, Auctarium Chartularii Universilatis Parisiensis ; Liber procuratorum Nationis Anglicanse, tomus I, ab anno MCCCXXXI1I ad annum MCCCCVI, col. t\\.
3. P.eg. Comm. Clément. VI, n° 1/49, fol. 37G. — Cité par Deniflc et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, tomus II, sectio I, p. 307, en note.
4. Bulaeus, Historia Universitatis Parisiensis, tomus IV, ab anno i3oo ad annum i4oo, p. 282,
h \\ i BURIDAN (DE BÉTHUNE) El LÉONARD DI VINCI il
sion ' de La somme Léguée par Jehan de Thélu; N niversib lit aussitôt m» devoir de satisfaire à la volonté du docteur en droit; le 5 août r348, elle présenta u discretum uirum Johannem Buridan, magistrum in artibus», ;'i Faucon, évêque de Paris, afin
que celui ci lui conférai Le Mire de chapelain de Saint \ndrr des Arcs; le 10 octobre de la même année, Faucon ratifia le choix de l'Université ".
Jean Buridan nous apparaît, d'ailleurs, comme un maître zélé en ses fondions, toujours dévoué aux intérêts de l'Université et, spécialement, de la Nation Picarde. Le 22 décembre 1V17, il figure :i parmi les maîtres qui règlent, en un statut, une série de mesures, d'ordre pratique et financier, relatives à la Nation. Les rôles remis au pape, à Avignon, le 22 mai i34q, mentionnent le nom'1 de ce maître, non point parmi les « nichil actu habentes » ni parmi les « modicum habenies », mais parmi les « secundum statum eorum et sufficientiam modicum habentes » ; c'étaient les maîtres les plus fortunés.
Le temps, en prolongeant le séjour de Maître Jean Buridan à l'Université, ne fit qu'accroître sa réputation et l'ascendant qu'il exerçait sur ses collègues; il était, en toute négociation délicate, le représentant de la Nation Picarde.
Le 19 février 1807, la Nation Anglaise, dont Jean de Mynda était alors procureur, eut à juger un cas embarrassant 5; un nommé Jean Mast, du diocèse de Liège, après avoir subi chez les Picards l'examen de déterminance, souhaitait de subir auprès des Anglais l'épreuve de la licence. Maître Thémon, le fils du Juif, voulait que cette requête fût rejetée; l'écolier devait rester invariablement lié à la nation dont dépendait le
1. Dcniile et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, tomus II, sectio I, ab anno MCCLWWI adannum MGCGL, pièce n° ii55, pp. 619-620.
2. Toutes les pièces relatives à cette présentation, extraites des Livres des procureurs des Nations de Gaule et de Picardie, sont reproduites dans : Bulœus, Historia ( niversitatis Parisiensis, tomus IV, ab anno i3oo ad annum 1A00, pp. 3o3-3o8. — Dcniile et Châtelain (Chartularium Universitatis Parisiensis, tomus II, sectio I, ab anno MCCLXXXVI ad annum MCCCL) reproduisent la présentation de Jean Buridan faite par l'Université à Faucon, évoque de Paris (pièce n° n5G, pp. G2 1-622).
3. Denille et Châtelain, Chartularium. Universitatis Parisiensis, tomus II, sectio 1, p. 608, pièce n° n46.
\. Denifle et Châtelain, Ibid., p. 645, pièce n° n65.
.). Denifle et Châtelain, Auctarium Chartularii Universitatis Parisiensis; Liber proeuratorum Nationis Arujlicanse, t. I, ab anno MCCCXWIII ad annum MCCCCVI,
COl, 2O0,
lieu de sa naissance; à quoi Jean Mast répliquait que Liège n'était pas plus picard que flamand. Au cours de ce débat, deux maîtres picards se présentèrent, non comme délégués de leur nation, mais à titre privé et comme amis du Liégeois ; leur conférence amiable avec les maîtres de la Nation Anglaise eut bientôt apaisé la querelle; Jean Mast fut admis, selon sa requête, à prêter serment auprès des deux nations et à partager entre elles les redevances qu'il devait solder. Les deux émissaires conciliants qui avaient obtenu cette transaction avaient nom Johannes Juvenis et Jean Buridan.
Le litige qu'ils avaient heureusement contribué à aplanir était de ceux qui se peuvent reproduire; pour en éviter le retour, il importait que l'on fixât avec rigueur la commune frontière des deux nations. Approuvé par le procureur de la Nation Picarde, Buridan rédigea une pièce où une telle délimitation se trouvait proposée; le 29 juin i357, il présenta1 cette pièce à la Nation Anglaise assemblée sous la présidence de son procureur, l'écossais William de Spyny. La proposition de Buridan donna lieu, entre les deux Nations, à d'activés négociations; celles-ci aboutirent à un concordat où la ligne de séparation entre Anglais et Picards était marquée avec précision; ce concordat, dont le texte nous est conservé en double par les livres des procureurs des deux Nations^, fut arrêté en présence de maîtres picards et anglais appartenant aux diverses Facultés ; les maîtres es arts qui figuraient au nombre des témoins étaient : Jean Buridan, Nicolas de Soissons, Kobert fils de Godefroi et Albert de Saxe. Selon le Livre des procureurs de la Nation Anglaise, ce document fut lu devant la Nation assemblée, et scellé de son sceau, le 12 juillet i358.
Ce document, où le nom du vieux maître es arts Jean Buridan figure à coté de celui d'Albert de Saxe, son jeune collègue, est en même temps le dernier qui mentionne la présence, à l'Université de Paris, du Philosophe de Béthune.