DonjoD
Il n'y a point d'emplacemeut fixe pour le donjon d'une forteresse. Ou peut dire, «n général, qu'on choisissait de préférence le lieu le plus élevé et d'accès le plus difGcile. Tantôt le donjon s'élève au milieu de l'enceinte, lanlât il est tangent aax remparts, tantôt il en est complètement isolé.
L'étendue et les dimensions du donjon sonttoujours proportionnées k celles de l'enceinte dont il doit compléter la défense. Qaelqueroia, c'est une «itadelle avec (ours et courûnes, renfermant une baste-cour et de nombreux billinients. Quelquefois aussi, et c'est le cas te plus ordinaire, le donjon consiste en une haute tour, séparée de ta basse-cour
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par QD fossé a^ec un pûat-levis, souvent élevée sur une base conique arliâcielle et toujours fort escarpée. Ailleurs, enfin, ou donne le nom de doQJon i. une tour plus forte qoe les autres et sans communication avec le rempart. De ces trois espèces de donjons, la première se trouve dans les villes et dans quelques ch&teaux destinés à recevoir une garnison nombreuse. La seconde s'applique à toutes les forteresses seigneuriales, particulièrement aux plus anciennes; enfin, la dernière peut être considérée comme uue sorte de palliatif destiné à remplacer le donjon dans des circonstances exceptionnelles.
Les défenses extérieures des donjons ne donneront lieu à presque aucune observation nouvelle. Elles peuvent consister dans un fosaé, des lignes de palissades, an système de tours et de courtines, etc. En un mot, on peut considérer le donjon comme une place renfermée dans une autre, et ne différant que par les dimensions.
On doit pourtant noter ici quelques dUposilîonc qui, si elles ne sont pas caractéristiques et uniquement applicables aux donjons, s y rencontrent du moins assez fréquemment pour que nous nous arrêtions à les examiner.
Rarement, on le sait, les donjons étaient assez ?aslcs pour renfermer une garnison nombreuse.
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Lorsque les défenseurs d'ane place de guerre se retiraient daos ce dernier asile, ils avaient fait des pertes pendant le siège, et l'espoiT de prolonger Ta résistance était fondé, moins sur le nombre des combattants, que sur la force et la hauteur de leurs murailles. Le donjon n'avait donc point dévastes logements, et ne recevait presque jamais de chevaux. Tous les moyens de défense étaient calculés pour une petite troupe d'infanterie; en conséquence, sa porte était fort étroite et fréquemment placée à une hauteur telle, que l'ennemi n'y pût parvenir que par une escalade périlleuse; souvent même, il n'j avait point de porte, à proprement parler, et l'on n'entrait que par uno fenêtre au moyen d'une longue échelle, ou bien d'une espèce de panier qu'on élevait et qu'oD abaissait avec des poulies. Quelquefois encore, un escalier étroit et raide conduisait â l'entrée, toujours fort élevée au-dessus du sol. Par surcroît de précautions, cet escalier contournait le donjon, de fafjn qne l'assaillant, pendant toute la montée» fût exposé aux projectiles lancés des plates formes ou tombant des mâchicoulis. On conçoi* qu'une attaque de vive force était presque impos sible sur cet étroit passage.
On voit un exemple ancien de ces escaliers ex térieurs dans le donjon d'Alluyes (Eure-et-Loir)
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Us sont encore très-communs en Corse, et ils étalent même usités dans les constructions civiles du siècle dernier. Un grand nombre de donjons, même fort vasle.s, n'ont jamais eu des portes. On observe un exempte curieux de ce système, dans le château de Mauvotsin (Hautes-Pyrénées), dont l'enceinte intérieure est un carré qui n'a pas moins de HO mètres de côté.
Nous avons déjà remarqué qu'avant l'invention de la poudre, les moyens de défense étaient bien supérieurs aux moyens d'attaque; aussi, les ch&teaux fortiGés par des ingénieurs habiles n'étaient pris, en général, que pur un blocus, ou bien par une surprise; contre ce dernier danger, on avait accumule plusieurs moyens de résistance faciles k employer par quelques hommes contre une troupe nombreuse. C'est ainsi que le passage des escaliers conduisant aux salles inlérieures était barricadé par des grilles ou des portes solides, défendu p.ir des mâchicoulis et des meurtrières, interrompu quelquefois par des lacunes dans les marches; lacunes qu'on ne pouvaitfraDchtr que sur une espèce de pont mobile. Enfin, des boules de pierre, d'un diamètre considérable, placées en réserve dans des paliers supérieurs, pouvaient être roulées dans les escaliers de manière k obstruer le passage et à renverser même un ennemi victorieux. On trouve de
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semblables boutes de pierre dans beaucoup de ch&(eaux; mais leur usage n'est pas absolument cerlain. Nous avons rapporté l'opînioD la plus accréditée; toutefois il serait possible que ces espèces de boulets eussent été destinés à être lancés par des machiDes ou même par des bouches à feu.
Si le donjon a quelque étendue, il renferme lui même un réduit destiné ft offrir, après la prise du doDJOD, le refuge que le donjon devait donner aux défenseurs du château dont il dépendait. Ce réduis «st une tour, plus forle que les autres, qu'on appelle, tantôt mattresse-tour, en raison de ses dimen< sioDs, lanlêt tour du belfroi oabeffroi, parce que la «loche d'alarme y était placée d'ordinaire. Dans le Midi, on donne souvent à celte tour les noms de tottrasse, tourillasge, et même trouiUasse, par une transposition de lettres trës-ordinaire aux patois. Nous ne nous occuperons ici que de cette tour, car, iiinsi qu'on l'a dit plus haut, les fortifications du donjon n'offrent que la reproduction réduite de -celles de l'enceinte extérieure.
La maltresse-tour a presque toujours son escalier disposé de manière & ne point rétrécir l'aire des appartements intérieurs. De là, l'usage de Tenfermer cet escalier dans une tourelle accolée à la tour principale. L'épaisseur de l'enveloppe ou cage de l'escalier étant généralement moindre que celle
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des autres murs, od la plaçait sur le point ob lee machines de l'ennemi étaient le moins k craindre. Tràs-souvenl, l'escalier ne conduit pas à l'étage supérieur; il s'arrête h un yalier, et, pour monter pins haut, on se servait d'une échelle qu'on retirait à l'intérieur. Cette disposition, autant que nous ea avons pu juger, est plus fréquente dans le Midi que dans le Nord. Dans les Pyrénées et en Corse, elle est pour ainsi dire, générale. Le logement que le pape Pierre de Luna occupa au château d'Avignon est ainsi séparé des salles inférieures du môme château.
L'escalier, en raison de ses dimensions très-resserrées, ne pouvait guère servir à porter aux étages supérieurs tes armes et les provisions. Pour obvier ft CCI inconvénient, on avait coutume de laisser un vide assez grand dans les voûtes ou les planchers des différentsètageset, par celle ouverture, on montait les objets dont on avait besoin, de la même manière qu'on transporte sur le pont d'un vaisseau les provisions contenues dans saeale.
Le rez-de-chaussée de ta tour servait de magasin, et, comme, en général, il n'y avait point de porte à celte hauteur, on n'y accédait que par l'ouverture dont on vient de parler, ou par un escalier spécialement destiné à ce service. D'ailleurs, les salles basses étaient à peu près inhabitables, en
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raison de l'obscurité qui ; régnait, car c'est h peine si l'on osait y percer d'étroites meurtrières. Ces salles cependant contienoent souvent le four & coire le pain; en outre, des cabinets en communication avec elles serraient de cachot, au besoin, car c'était toujours dans les donjons qae l'on renfermait les ps'isonniers d'importance. Quelquefois, il y a, sous la salle basse, un ou plusieurs étages souterrains.
Destinées k loger le propriétaire du cli&teaa, les salles supérieures de la maltresse-tour étaient décorées fréquemment avec lune et élégance, et c'est là surloatque l'on peut trouver ces ornements qui caractérisent les époques de construction. Presque toutes ont de vastes cheminées à chambranles énormes, surmontées d'un manteau conique. Les voûtes sont ornées souvent de clefs pendantes, d'écassons, de devises ou de peintures. De fort petits cabinets pratiqués dans l'intérieur des murailles sont attenants ù ces salies. La plupart servaient do chambres à coucher, ainsi qu'on le voit à la tour C'inche d'Issoiidun.
En général, le logement du ch&lelain est à une fort grande hautear, soit pour être plus à l'abri d'une surprise, soit surtout pour être hors de l'atteinte des projectiles do l'ennemi. Les fenêtres, presque toujours irrégulièrement percées, ne se
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correspondent pas d'étage en étage. On craignait sansdoute d'aiïaiblir les murailles, en y perçant des ouvertures sur la mCme ligne. Pratiquées dans des murs très-épais, leurs embrasures forment comme autant de cabinets, élevés d'une marche ou deux au-dessus du plancher de la salle qu'elles éclairent. Des bancs de pierre régnent de chaque c6të. G'éLalt la place ordinaire des habitants de la tour, lorsque le froid ne les obligeait pas à se rapprocher de la cheminée.
Par une dernière conséquence du principe général que nous avons exposé en commençant (qui consiste à rendre les parties d'une forteresse susceptibles d'élre isolées), on imagina de diviser la maUresse-tour en deux parties indépendantes l'une ie l'autre, séparées par un mur de refend, ayant chacune un escalier distinct, et ne communiquant l'une avec l'autre qu'au moyen de portes étroites. Le donjon de Chalusset (Haute-Vienne) offre un exemple de cetle disposition, assez rare d'ailleurs.
Dans beaucoup d'anciennes forteresses, on observe, au milieu de la maçonnerie des murs, des vides ménagés ft dessein, formant comme des puits étroits et dont la destination est encore fort problématique, car je ne sache pas qu'on en ait encore exploré aucun, de manière à savoir où il aboutissait. Les uns ont supposé que ces vides servaient
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au mime usage que les ouTertures des voûtes, â<mt nous avons parlé plus haut, c'est-à-dire au tran»fiort des muoitions aux étages supérieurs; d'antres, arec plus de vraisemblance, y oDt vu des coaduitâ pour la voix, desttués à établir une communîcalion entre les persounes placées à difléreots étages. Les dimensions très-variables, mais ordinairement resserrées, de ces tuyaux, peuvent donner lieu encore à plusieurs autres interprétations, qu'il serait inutile de rapporter ici. Il serait à désirer qu'on pût connaître les aboutissants de ces cavités, presque toujours encombrées de pierres, et nous ne pouvons que recommander cette recherche au zèle des antiquaires. Ces tuyaux ou ces puits, car il est difficile de leur donner un nom, sont, en général, verticaux ou légèrement obliques. On ne doit pas les confondre avec des cavités semblables, mais koriiontales, qu'on rencontre dans quelques châteaux, notamment & Gisors. On suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que ces cavités renfermaient primitivement des pièces de bois, faisant office d'ancres ou de chaînes, pour consolider la maçonnerie et en augmenter la résistance. J'ai observé, dans ces trous, des Iragments de bois twurri, qui ne permettent guère de contester la destination qui vient d'élrc indiquée.
Il existe ii Tours, rue des Trois-Pucelles, une
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maison en briques, du sv' siècle, connue sous te nom de Maison du bourruau, et dont une tradilioD populaire fait la demeure de Tristan l'Ermite. (L'origine de cette tradition est des plus ridicules, et repose tout entière sur une cordelière sculptée autour des chambranles; or, cette cordelière, ornement Irës-fréquenl, comme on sait, passe aux yeux du vulgaire pour une corde à pendre, et l'on en a conclu que pareille enseigne ne pouvait convenir qu'au compère de Louis XI 1) Au dernier étage d'une tourelle de cette maison, on remarque une petite niche où aboutit l'ouverture d'un tuyau circulaire, d'environ 0" 15 de diamètre. On ne eonoatt pas l'autre extrémité. On sait seulement qu'il descend assez bas, car des réparations récentes ont fait reconnaître qu'il se prolongeait jusqu'au pied de la tourelle. A partir de là, le tuyau est obstrué. Gomme il n'est point garni de plomb, ni même de mortier, à l'intérieur, on ne peut supposer qu'il ait servi de conduit pour l'eau; peutêtre ce tuyau servait-il de porte-voix pour transmettre des ordres à l'étage inférieur.
11 est rare que la mattresse-tour ne soit pas aussi la plus haute d'un château. Ouelqaefois, cependant la disposition des localités a nécessité la construction d'une tour, spécialement destinée à servir d'observatoire ou de guette^ comme on disait au
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moyen âge. Les tours de celte espèce sont fort élevées, mais d'une bâtisse légère, n'ayant point de râle à jouer dans la défense matérielle. On en voit un exemple curieux au ch&teaa de Gastelaau, près d'Alby. Souvent ces tours correspondent avec d'autres tours' placées sur des points- culminants, en sorte qu'an moyen d'un signal convenu on pouvait être instruit, en fort peu de temps, de l'approche d'une Iroupe ennemie. On voit beaucoup de ces tours dans les Pyrénées (on les appelle dans le Roussillonala/i]/es), et, en Corse, elles fonnent comme une espèce de ceinture autour de l'Ile. On en trouve aussi un assez grand nombre dans les pays de montagnes et le long des grands lleuves. La liaison de ces tours entre elles serait intéressante à étudier, car elle pourrait fournir des renseignements précieux sur les frontières des provinces au moyen âge.
Quelques chflteaux ont deux donjons, ou même davantage. C'est le développement, ou, si l'on veut, l'exagération du principe de l'isolement des ouvrages composant un système de fortification. C'est ainsi qu'à Chauvigny (Haute- Vienne), on voit, compris dans la même enceinte, quatre donjons assez grands chacun pour recevoir le nom de chlleau.
L'existence simultanée de plusieurs châteaux trës-rapprochés les uns des autres, mais non com-
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i)ris diins la même enceiote et appartenant à des propriétaires âilîërents, est an fait qui n'est pas rare, mais dont l'euplicatiDn est encore bien difricile. Aune époque où les seigneurs châtelains vivaient les nns à l'égard des autres dans' un état, sinon d'hostilité, dumoins de suspicion continuelle, ce rapprochement a quelque chose d'incompréhensible. Nous en avons vu tin exemple fort remarquable, à Tournemire, près d'Aurillac, où sur le même plateau existent les ruines de cinq chileanx ou donjons, contemporains en apparence (du xiii* au XIV* siècle), ayant eu différenls maîtres, et situés à un trait d'arc l'un de l'autre. Sur les bords du Rhin et de la Moselle, et le long des versants orientaux des Vosges, on voit aussi nombre de clilteaux situés si prés les uns des antres, qu'il faut supposer que, dans le principe, ils auraient été b£klis par le même propriétaire, et qu'ils auraient fait partie d'un même système de fortifications. (Voir, dans la Chronique de don Pero Nino, la description très-curiease du chAteau de l'amiral Arnaud de Trie, dontla femme demeurait dans un cbftleau séparé, avec pont-levis, mais compris dans l'enceinte fortifiée qui renfermait celui de l'amiral'.)