Études sur les arts du Moyen âge
Si l'on étudie les monumenls élevés depuis l'ère romaine jusqu'à la renaissance, l'histoire de chaque style d'architecture sera la même, comme si sesproi^rès et sa décadence élaient soumis à une loi générale. Simples d'abord, les édifices s'ornent peu à peu; lorsqu'ils ont acquis toute l'élégance, toute la richesse que comporte le style auquel ils appartiennent, sans fiu'il en soit altéré, l'époque est venue de la pcilcction de ce slyle. ou, si l'on veut, de son
plus grand développement. Mais bientôt celte tendance à orner, à enrichir le fond original, dépasse la limite que nous avons marquée. Au lieu d'être accessoire, V ornementation devient le but principal. Naguère on admirait le génie d'un architecte, maintenant ce sera l'adresse d'un ouvrier.
Dèslorsil nefaut pluschercherdansunmonument une règle, une pensée générale qui aient présidé à sa disposition. D'ensemble, de système, il n'y en a plus, et le seul mérite auquel on prétende, c'est la finesse des détails, le précieux de l'exécution. Mais le goût se lasse, et d'autant plus vite qu'il s'est attaché à des minuties. On se fatigue donc bientôt de cette ornementation monotone dans ses caprices, et l'on cherche ailleurs des effets plus puissants et plus sûrs.
Alors, on remet en honneur des types oubliés, ou bien quelquefois, choisissant parmi les éléments du style qu'on abandonne, on en compose un système nouveau, de même que l'on construit un palais avec les ruines d'un tem;^le renversé.
Ainsi , de la décadence d'une architecture naît une autre architecture, non point toujours immédiatement, car il faut encore des circonstances favorables à cette rénovation périodique. A l'architecture splendide et surchargée du Bas-Empire ne fiuccéda pas tout de suite une architecture nouvelle.
ESSAI SUR l'auciiiilgtuul; uliliuiluse. 3 L'art mourut en quchiuc sorte avec l'empire romain, et sa résurrection, au moyen âge, fut aussi lente que celle de la société qui se forma de l'amalgame des Romains et des barbares. Au contraire, lorsque la décadence d'un style a lieu en pleine civilisation et quand les arts sont encore cultivés, ilest aussitôt remplacé par un autre style, car les artistes ne font jamais défaut, lorsque les événements ou les mœurs ne leur apportent pas des obstacles invincibles.C'est une mode remplacée par une autre mode. Arrivée au dernier terme de son développement, l'architecture byzantine tomba, vers la fin du xii° siècle, étouffée, pour ainsi dire, sous le poids de ses ornements; le siècle suivant vit s'élever une autre architecture, grave et sévère à son début, mais, qui, dans la suite, oubliant son origine, périt comme celle qui l'avait précédée, et, de même que celle-ci, après avoir laissé disparaître sous des ornements étrangers ses formes caractéristiques.
Je me suis proposé d'étudier principalement la première de ces révolutions, qui s'opéra du xu" au xiii' siècle, et de montrer comment les deux styles, byzantin et gothique, si différents en apparence lorsqu'on les considère chacun à son point de développement, se confondent pour ainsi dire in- .sensiblement à leur point de transition. En effet, et c'est ce que je m'attacherai à prouver, l'art
nouveau emprunta tous ses éléments à l'art qui le précéda, etlechangcmentd'anseul ijrincipcsuriit pour déguiser ces emprunts, et pour l'ornicr d'une masse de matériaux étrangers un ensemble harmonieux et icvètu d'un caraclci'c original.
Pondant phisiours siècles, Ips monuments de l'arrliitecUire romaine, échappés aux. fureurs des barbares , furent les seuls modèles à suivre pour les constructeurs du moyen âge, de même que l'organisation de la cité romaine offrit aux chefs barbares les bases de la sociélc qui se reforma après leur conquête. Mais, pour reproduire ces chefsd'œuvre, il fallait des ricliesses, du goût et du repos, toutes choses qui manquaient alors absolument. Les imitations furent do;vj très-incomplètes, proportionnées qu'elles étaient aux ressources des imitateurs. Dans le petit nombre de ruines où nous pouvons encore juger de leurs essais, nous trouvons toujours la preuve de leur impuissance dans les palliatifs grossiers dont ils essayèrent de la cacher. Ils parvinrent, il est vrai, à copier la
disposition des monuments antiques; mais, au lieu de ces blocs énormes taillés avec une si étonnante précision, que,, pour me servir de l'expression d'IIôrodien, une muraille semblait formée d'une seule pierre ^ , ils durent se contenter d'un appareil moins beau et moins solide, mais d'une exécution plus prompte et plus facile. L'emploi de la brique, intercalée dans l'espèce de maçonnerie appelée opus incertum, avec le but évident de rétablir le parallélisme des assises, était déjà fréquent dans les derniers temps de l'empire ^ pour les constructions rapides et d'une importance secondaire; le moyen âge l'adopta pour ses palais et ses basiliques ^. Tout nous prouve, d'ailleurs, l'embarras qu'on éprouvait à entreprendre toute bâtisse exigeant quelque adresse ou quelque précision. Aussi les voûtes furent-elles rares, les arcades étroites. On donnait aux basiliques des toits en charpente, peut-être môme, dans la construction d'une église, entrait-il plus de bois que de pierre; de là ces incendies continuels dont Ihistoire ecclésiastique fournit des exemples à chaque page. Quant à l'or-