‹ Études sur les arts du Moyen âgeChapitre 19 sur 62 · Chronicon Malleacense,Bih\. Labb. II · texte numérisé non relu

Chronicon Malleacense,Bih\. Labb. II

sérieux;etilétaitfacile, au reste, par quelques tra«i( vaux, de la fairecontribuer puissamment à la défense d'une forteressebâliesursesbords.liy a deux siècles, l'abbaye était encore entourée de fossés. En 1626, on arrivait par un pont-levis à la porte occidentale, et probablement ce pont-levis traversait un fossé rempli par la rivière. Qu'il lut défendu par la nature ou par l'art, l'emplacement choisi par Charlemagnc n'offrait pas les inconvénients qu'il présenterait aujourd'hui, car la dislance qui le sépare des coteaux voisins est plus que suflisante pour le mettre hors de la portée des machines de guerre connues au moyen âge.

Alors même que le hameau de Cerisier n'eût pas été célèbre au temps de Gharlcmagne comme le théâtre d'un martyre, le voisinage du château fort offrait à une communauté religieuse une protection trop nécessaire à cette époque pour qu'elle ne fût pas recherchée avec empressement. On n'a, d'ailleurs, aucune raison de penser que l'établissement du monastère ait été postérieur à celui de la forteresse de Cerisier ; mais il est incertain que Charlemagne ait terminé ces constructions. Selon la chronique de Maillezais, Louis le Débonnaire les aurait trouvées détruites et les aurait réparées. Dans l'impossibilité d'expliquer comment les bâtiments auraient pu être renversés si peu de temps

ajiivs leur fondalioii, les auteurs de \ixGalliaChi-it>tiaiia supposent avec beaucoup de vraisemblance que le (ils acheva l'œuvre de son père. Quoi qu'il ensoil, Louis le Débonnaire dota riclunnenl l'abbaye et en remit la direction à saint lienoit d'Aniane.

La découverte des reliques de saint Savin et de saint Cyprien mit en réputation le monastère de Cerisier, et sans doute occasionna son changement de nom. Je lis, dans un des mémoires manuscrits déjà cités, que cet événement arriva sous le règne de Charlemagne; mais les noms de quelques personnages qui figurent dans le récit font soupçonner que c'est au temps de Charles le Chauve qu'il faut le rapporter. « C'est, dit l'auteur du mémoire, d'après un vieux bréviaire escript en lettres gothiques, gardé au monastère, en la translation de saint Savin, qu'il a trouvé la relation des miracles qui lirent découvrir les corps saints. » Une brebis égarée du troupeau, passant dans un taillis, tomba tout à coup frappée d'un engourdissement surnaturel. Le berger, qui la suivait à la piste, se frayant avec le fer un passage au milieu des broussailles, voulut faire lever l'animal, et reconnut à son immobilité qu'il s'était abattu sur le tombeau d'un saint. Il se hâta d'en informer le voisinage. Bientôt après, un prêtre, nommé Bonitus, perdit

son cheval qu'on lui déroba. Plein d'une naïve confiance, il alla porter selle et bride sur la sépulture des martyrs, protestant qu'il les y laisserait jusqu'à ce que son cheval fût retrouvé \ De rcLour à sa maison, il le vit qui rentrait de lui-même à l'écurie.

Ces miracles, et bien d'autres encore, furent attestés à Gharlemagne, suivant le vieux bréviaire, par Baydilo, abbé de Maurmoutier, près Tours, et comte palatin, qui s'empressa de donner au nouveau monastère la terre de Cerisier qu'il possédait.

Dès le commencement du ix* siècle, l'abbaye de Cerisier ou de Sainl-Savin jouissait de grands privilèges. Elle est citée, en 817, comme franche et libre de toute prestation et de tout service militaire envers l'empereur, tenue seulement à prier pour son salut, celui de ses fils et la stabilité de l'em-

1. Ce trait caractéristique me semble prouver l'ancienneté, sinon l'authenticité de la tradition. Voici la traduction du texte cité dans le mémoire manuscrit : « Il prit la selle et la bride, les porta au sépulcre de ces martjrs, et, avec une simplicité qui a été souvent suivie de miracles dans la vie des pères, protesta qu'il les laisserait là jusqu'à ce qu'ils eussent réparé cette perte, lui rendant son cheval. » Le même miracle est raconté dans la Translation de saint Savin, attribuée au moine Rimoin, mais en d'autres termes ; le même auteur rapporte un autre miracle de saint Savin, presque aussi notable que celui du cheval.

pire*. Le second abbé de Sainl-Savin, Odon. ou plutôt Dodon, fit exécuter de grands travaux dans le monaslère, ainsi que l'attestait rinscri|)lion gravée sur son tombeau; ce qui donnerait lieu de croire que les bâtiments fondés par Charlemagne ou Louis le Débonnaire n'avaient qu'une médiocre importance. Les formidables remparts élevés autour du couvent assuraient à ses religieux une sécurité enviée par toutes les communautés voisines dans ce temps de troubles et de pillages. Saint-Savin était un lieu de refuge pour les moines chassés de leurs couvents par la terreur que répandaient dans toute la Gaule les incursions des barbares du Nord. En 840, les religieux de plusieurs monastères y arrivaient en fugitifs, apportant de villes fort éloignées leurs reliques et leurs trésors. Les portes de la forteresse s'ouvrirent à la fois pour recevoir les châsses de saint Maixent, de saint Florent et de saint Romard. Les moines de Glanfeuil y déposèrent les dépouilles sacrées de saint Maur; enfin, ceux de Saint-Martin d'Autun vinrent y demander

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