‹ Études sur les arts du Moyen âgeChapitre 26 sur 62 · XIV. — Nef, côté sud : Abraham et Lot se séparent · texte numérisé non relu

XIV. — Nef, côté sud : Abraham et Lot se séparent

Il me semble que le geste du personnage principnl indique la séparation amiable des deux patriarches. Les deux figures du second groupe seraient Lot et un de ses gendres se dirigeant vers Sodome. La porte et la tour marquent une ville ; et quant à cette espèce de nain sonnant de l'oliphant sur la terrasse du beffroi, il est là, je pense, pour faire voir qu'il s'agit d'une ville, et d'une ville fortifiée.

En dessinant cette composition pour l'ouvrage déjà cité, M. Gérard Seguin a commis une légère en-eur, inévitable en quelque sorte à l'époque oîi il travaillait à Saint-Savin. Il n'a vu que deux personnages se disposant à entrer dans la ville; aujourd'hui on en distingue au moins quatre. D'après son dessin, on pourrait croire que l'un de ces personnages est revêtu d'une tunique mi-partie rouge et jaune, et d'un pantalon ayant une jambe blanche et l'autre jaune. Les vêtements mi-partis , très-

communs au xiv® siècle, étaient inconnus, je crois, à l'époque byzantine. Dans la réalité, il y a deux tuniques, et les jambes appartiennent à deux personnages différents.

Cette composition peut encore recevoir une autre explication, mais, à mon avis, moins probable que la précédente; on pourrait y voir les reproches du pharaon, qui, trompé par Abraham, lui vend Sara, qu'il avait prise pour la sœur de ce dernier. Mais, outre qu'il est peu vraisemblable que cette scène dont le sens mystique échappe à la foule ait été choisie de préférence pour être retracée dans une église, je ne vois point de personnage portant u.iB couronne, et le pharaon ne pouvait être représenté autrement. De plus, si tel était le sujet du tableau qui nous occupe, il faudrait supposerque le pharaon est le personnage vêtu d'un manteau et qui semble s'éloigner du groupe où l'on voit deux femmes. Abraham alors serait imberbe, ce qui n'est point admissible, puisque, dans la composition précédente et dans les suivantes, il est représenté barbu et dans la force de l'âge. Enfin, la ville et les deux hommes qui vont y entrer demeureraient sans explication dans cette hypothèse.

XY. — Troisième travée sud du narthex : Défaite des quatre rois par Abraham (?).

L'action me parait assez clairement exprimée

pour laisser peu de doutes sur le sujet. Abraham, la lance à la main, à la tête d'une petite troupe d'infanterie, poursuit la cavalerie des rois. Lot, qui vient d'être délivré embrasse son oncle, qui le repousse doucement pour achever la défaite de l'ennemi. Derrière Abraham est une femme tenant une lance à la main : c'est sans doute une des captives qui a pris celte arme pour l'offrira Lot. Je ne connais point d'amazone dans la Genèse; mais il en est si souvent question dans tous les romans grecs du moyen âge, que des peintres byzantins, ont pu, à l'imitation des poêles, se complaire à les représenter dans leurs ouvrages.

Aucun des personnages de ce tableau ne. porte de cuirasse. AiDraham a la tête couverte d'un casque ou plutôt d'une espèce de capuchon d'étoffe ou de cuir : telle est la coiffure de ses gens et des cavaliers ennemis. Les rois vaincus portent en tête des diadèmes ornés de pierreries ; quelques-uns de leurs soldats ont des boucliers. Il faut noter que pas un seul de ces boucliers n'a d'armoiries ni même d'emblèmes. A une époque où cette fresque était bien mieux conservée, je me souviens d'avoir remarqué que le cavalier vêtu de jaune du premier plan n'avait point d'étriers. J'ai déjà indiqué ce qu'il faut penser de ce trait d'archaïsme.

L'absence de mouvement est remarquable dans

toule cette composition. Si le lecteur veut bien me pardonner mon insistance à lui présenter les mêmes observations, je dirai qu'ici, dans los altitudes compassées de toutes ces figures, il me semble retrouver quelque trace du système de l'art antique, qui évite les mouvements violents, parce qu'ils nuisent à la beauté.

XVI. — Deuxième travée sud du narthex : Melchisédech donne le pain et le vin à Abraham et le bénit.

Bien que cette fresque soit fort mutilée, le sujet ne me semble pas incertain. Les Pères de l'Église ont vu dans cette scène une figure de la communion, et l'artiste a suivi leur interprétation en mettant dans les mains de Melchisédech un calice et un pain rond et plat au milieu duquel est tracée une croix. Une main divine bénit le grand prêtre et derrière lui un chœur d'anges paraît prendre part à la scène dans une altitude d'adoration.

XVII. — Deuxième travée du narthex, rangée in» férieure : Abraham refuse la part du butin que lu< offre le roi de Sodome (?).

Tout le haut de celle composition a disparu Mais on voit sur son trône, auprès duquel son* couchés des bœufs et des moutons, un personnage qui s'éloigne du roi ; enfin, la position de ce tableau rapproché des précédents, me paraissent des motifs

suffisants pour juslilier l'inlerpréUUion que je propose. Le roi a un manteau et une chaussure de pourpre : on sait que c'était la couleur essentiellement royale chez les Grecs du Bas-Empire.

Jusqu'à présent, l'ordre des compositions s'est toujours maintenu de gauche à droite; nous devons à présent suivre l'ordre contraire.

XVIII. — Troisième travée sud du narthex, rangée inférieure : Funérailles d'Abraham (?).

Les deux jeunes gens qui soutiennent le cadavre me déterminent à croire que le sujet de cette fresque est l'enterrement d'Abraham. On remarque que l'un et l'autre sont vêtus d'une tunique sans ceinture : c'est, je crois, un signe de deuil.

XIX. — Nef, côté sud, rangée inférieure : Jacob envoie Joseph à Sjchem (?).

Les compositions suivantes, se rapportant à l'histoire de Joseph, nous donnent, je pense, la clef de celle-ci, qui, si elle était isolée, serait d'une explication difficile. On pourrait, à la rigueur, y voir la bénédiction donnée par Isaac à Jacob ; mais les mains du jeune homme sont nues, et il est douteux que la main du vieillard soit étendue pour une bénédiction. Il fait plutôt uu geste de commandement ; il montre à son fils la direction qu'il doit prendre. D'ailleurs, il faut tenir compte des habi-

tudes du peintre ou de celui qui le dirigeait dans ses travaux. On voit qu'il choisit dans l'Ecriture quelques personnages à l'histoire desquels il s'attache particulièrement et qu'il se complaît à développer. C'est ainsi que Gaïn a ét(^ le sujet de deux ou trois tableaux. Noé en a inspiré sept; Abraham, sept. Nous commençons ici l'histoire de Joseph, qui en fournira un aussi grand nombre.

XX. — • Nef, côté sud, rangée inférieure : Joseph vendu par ses frères aux marchands madianites.

La scène me paraît assez clairement indiquée par la pantomime des personnages. Un des marchands, saisit Joseph par le bras, tandis que l'un de ses frères le pousse par les épaules.

XXI. — Nef, côté sud, rangée inférieure : Joseph vendu à l'eunuque Putiphar par les marchands madianites.

Plusieurs des acteurs de la scène précédente figurent dans ce tableau. Joseph et les marchands ont le môme costume; ces derniers sont revêtus du bournous arabe. Il est assez singulier que deux compositions presque semblables aient été placées de la sorte à la suite l'une de l'autre. C'est pour moi une raison de croire que le choix des sujets o, été abandonné au peintre. Assurément, si l'abbé de Saint-Savin lui avait donné un programme, il au rait évité cette espèce de répétition.

XXII. — Nef, côté sud, rangée inférieure : Josepli accusé par la femme de Putipliar,

Quoique la femme de Putiphar ne tienne point le manteau de Joseph, je pense que l'explication que je propose est la véritable. Putiphar est probablement le personnage vêtu d'une longue robe et d'une espèce de voile, costume féminin qui rappelle sa position. L'homme à sa droite est sans doute le gardien de la prison royale.

XXIII. — Nef, côté sud, rangéeinférieure : Deux sujets : A, Josephen prison ; B, Joseph conduit devant le pharaon.

L'artiste n'a point suivi fort exactement le texte, sacré. En elïet, Joseph a le même costume dans la prison qu'en présence du roi. On lit le nom de Joseph au-dessus de sa tête. Vraisemblablement autrefois les principaux personnages étaient partout désignés de la sorte par des inscriptions. Il y avait encore au-dessous de chaque sujet une légende explicative; mais aujourd'hui toutes ces inscriptions sont devenues absolument illisibles,

XXIV. — Nef, côté sud, rangée inférieure : Deux sujets : A. Joseph explique les songe? du pharaon; B, Triomphe de Joseph.

Un des versets de l'Ecriture me parait expliquer la présence d'une femme auprès de Joseph et lu pharaon. Ce serait cette Aseneth que le roi lui donna

en mariage. La forme du char est singulière : il n'a |ioinl de timon, mais on voit dessous une pièce de bois qui paraît faire office de ressort.

Il faut maintenant revenir au côté nord de la nef, et poursuivre notre examen, en allant du narthex vers le chœur. D'abord se présente une lacune considérable, à partir de l'arc-doubleau du narlhex. L'enduit ancien est complètement disparu. Vient ensuite une grande composition trop mal conservée pour pouvoir être appréciée ici. Grâce au dernier nettoiement, on distingue ou plutôt on devine un roi assis sur son trône et plusieurs personnages debout auprès de lui. Dans l'étal où se trouve cette peinture, toutes les suppositions sont possibles, et il est inutile d'en fatiguer le lecteur. Ce qu'on peut affirmer, c'est que le sujet est tiré de l'Exode et qu'il appartient à l'histoire de Moïse.

Vers le troisième pilier de la nef commence une série de peintures d'explication facile, toutes tirées de l'Exode.

XXV. — Nef, côté nord, rangée inférieure : Passage de la mer Rouge.

Dans la première partie de la composition, on voit le pharaon, reconnaissable à son diadème, debout sur son char, dont les chevaux se cabrent. Un ange étend la main vers lui, et les eaux s'élèvent pour l'engloutir. L'ange est une invention du pein-

tre. C'est, d'ailleurs, une des meilleures figures de toute l'église, et son attitude est remplie de noblesse et de grandeur. Moïse, tenant on mainsa verge divine, est suivi du peuple hébreu, hommes et femmes. La colonne de flamme et de fumée sépare l'armée israélile des Égyptiens.

La première fois que je visitai l'église de Saint- Savin, je remarquai la tunique du pharaon semée de paillettes dorées, que l'altération de la peinture a fait disparaître aujourd'hui. Peut-être était-ce une armure du genre de la cotte d'armes attribuée à Philippe le Bel, que l'on conserve au musée de Chartres, et dont l'étoffe est doublée intérieurement de petites plaques de fer attachées avec des clous rivés. Cette sorte d'armure est, je crois, fort ancienne en Asie; on en voit souvent dans les musées, qui viennent de la Chine ou du Japon. Les Tartares en faisaient usage. Si ces clous n'étaient pas une simple broderie, ce serait le seul exemple d'armure qu'offriraient les fresques de la nef.

On entrevoit plusieurs cavaliers, galopant derrière le char du pharaon. Ces figures, bien que débarrassées aujourd'hui de la poussière qui les dérobait entièrement à la vue il y a quelques années, sont trop effacées pour pouvoir être décrites. Je crois pouvoir assurer cependant que le cavalier du premier plan n'a point d'étriers.

XXVI. — Nef, côté nord, rangée inférieure : Le Seigneur apparuîl à xMoïse sur le mont Siiiaï, et lui remet le.s tables de la Loi.

Après cette composition, il devait y en avoir encore une ou deux ; mais tout l'enduit est tombé jusqu'au mur du transept, et il ne reste plus la moindre trace de peinture. Probablement l'adoration du veau d'or et la punition des coupables terminaient la série des peintures de la nef.

Nous passerons maintenant à celles de la crypte^

Fresques de la crypte.

L — Voûte de l'escalier conduisant à la crypte; Le Christ ' dans une gloire, entouré des attributs symboliques des quatre évangélistes. Deux vers latins étaient tracés autour du Christ; ils sont illisibles aujourd'hui, à l'exception de quelques mots.

IL — Crypte, paroi nord, à partir de l'autel : Saint Savin et saint Cyprien sont arrêtés par le peuple d'Amphipolis et accusés de professer la religion chrétienne.

lïl. — Même paroi : Saint-Savin et saint Cyprien sont conduits devant le proconsul Ladicius.

1. Dans le chapitre iv de ce travail, j'ai qualifié de grand le. Christ peint sur la voûte de l'escalier de la crypte. Cette expression doit être rectifiée. Cette figure est de proportion médiocre, mais d'un style noble qui trompe sur ses véritables dimensions. -,

IV. — Crypte, paroi nord, à partir de l'aulcl : Les deux saints sont déchirés avec des ongles de fer.

V. — Même paroi : Ils sont ramenés devant Ladicius, qui essaye vainement de les faire sacrifier à l'idole de Dionysius.

Les deux personnages derrière saint Savin et saint Cyprien sont ou les satellites du proconsul, ou, peut-être, Asclepius et Valère, qui n'osent encore se déclarer chrétiens.

YI — Paroi sud, à partir de la porte en allant vers l'autel : Saint Savin et saint Cyprien amenés devant le proconsul Maximus,

VIL — Même paroi : Saint Savin est mis à la torture dans mie roue.

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