Fossés
Les plus anciens fossés étaient creusés dans la terre et dépourvus de revêtements, du moins du côté de la campagne, car, du côté de la place, les murs, s'élcvanl verticalement ou en talus fort
l'ARCHITECTURE MILITAIRE. 229
raide, formaient un des bords du fossé. L'inclinaison des bords opposés était celle qu'exigeait la nature des terres excavées \
Dans les châteaux plus modernes, la contrescarpe, ou le bord extérieur du fossé, est revêtue de maçonnerie. Quelquefois c'est un mur vertical, plus souvent un talus. Il est fait mention de fossés en terre à parois verticales, mais alors probablement les terres étaient retenues par des madriers, et il est présumable que ce n'était qu'une disposition temporaire adoptée au moment d'un siège. On les désignait par le nom de fossés à fond de cuve.
La profondeur d'un fossé et sa largeur étaient proportionnées à la hauteur des murs et à l'importance de la forteresse. Dans tous les cas, la contrescarpe devait être à portée des traits lancés des remparts.
1. Voir dans la Chronique de du Guesclin, l'accident qui occasionna la prise de Saint-Sévère. Un chevalier français, nommé Geoffroy Payen, se promenait le long de la contrescarpe.
Geoffroy ot une hache dont le tranchant li.isi;
Un bout sur le fossé en la terre feri.
La terre de la contrescarpe cédant, la hache tomba dans la fossé; pour la reprendre, Payen y descendit, malgré les traits des Anglais. 11 demanda une échelle pour remonter. On la lui apporta. Alors, la trouvant assez haute pour atteindre le rem part, il monta bravement à l'assaut, entraînant à sa suite toute l'armée française. (Cuvelier, T. II, p. 224).
Autant que la chose était possible, les fossés étaient remplis d'eau, ou, du UT^iViS, susceptibles d'être inondés au besoin. Quelquefois l'eau baignait le pied des remparts; d'autres fois elle remplissait seulement la cunette^ c'est-à-iire un canal pratiqué au milieu du fossé, entre deux berges qui restaient à sec.
Lorsque les fossés étaient dans une telle situation qu'ils ne pussent jamais être inondés, les difficultés naturelles du terrain rendaient presque toujours cette précaution inutile, et d'ailleurs on y suppléait, soit par une profondeur plus grande, soit par l'emploi de chausse-trapes , de pieux aiguisés, etc., cachés sous les herbes qui tapissaient le fond du fossé.
Outre l'eau destinée à remplir la cunette du fossé, et qu'on prenait, comme il semble, assez peu de soin de renouveler, ce fossé recevait encore les égouts du château. Les ouvertures des canaux qui y portaient les immondices étaient soigneusement munies de grilles et de hérissons.
L'absence de fossé est une exception rare, même dans les châteaux situés sur des hauteurs oîi des escarpements abrupts paraissent rendre cet obstacle tout à fait superflu. Presque toujours, à moins que les remparts ne s'élevassent au bord même d'un précipice, s'il restait un peu de terrain uni
entre les escarpements et l'enceinle, on regardait comme indispensable de creuser un fossé. En effet, la destination de ce genre de défenses était principalement d'empêcher l'assaillant de conduire au pied du mur ses machines de siège ou ses mineurs. Aussi, la première opération de celui-ci était de combler le fossé, et de niveler le terrain jusqu'en bas du rempart.