‹ Études sur les arts du Moyen âgeChapitre 44 sur 62 · SIEGES · texte numérisé non relu

SIEGES

Pour rendre ce travail moins incomplet, nous y joignons un exposé très-sommaire des opérations usitées au moyen âge pour l'attaque et la défense (les places.

Avant le perfectionnement de l'artillerie, il y avait un grand nombre de places imprenables. Tout cbâteau construit sur des bauleurs assez escarpées pourqu'on n'y pût conduire des macbines, tout ro.iipart fondé sur le granit, et, pai- conséquent, inattaquable au pic du mineur, pouvnil braver une armée nombreuse et ne cédait qu'à la famine Or, dans un temps où il n'y avait pas d'armées permanentes, un blocus rigoureux était difficile, et, pour l'ordinaire, on se bornait à surveiller une place par des garnisons établies dans les châteaux du voisi-

286 ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGE. nage; elles lâchaient d'intercepter les convois, et elles épiaient l'occasion de tenter une surprise.

Plus on s'éloigne de l'époque romaine, plus la science de l'ingénieur paraît perdre de son importance dans l'attaque et dans la défense des places. Au xiv' siècle, les sièges se réduisent, en quelque sorte, à des escalades hardies, surtout dans le nord de l'Europe, où les traditions antiques s'oublièrent plus vite qu3 dans le Midi; et l'on peut remarquer, à ce sujet que, tandis que Froissart ne raconte aucun siège mémorable, Avala décrit avec détail des travaux immenses, et des machines puissantes, employées pour réduire des villes de premier ordre. Les ingénieurs espagnols étaient, pour la plupart, des musulmans, et, jusqu'au XVI® siècle, les Turcs et les Arabes passèrent pour supérieurs aux occidentaux dans la poliorcétique.

Après avoir reconnu une place, la première opération des assiégeants consistait à prendre et à détruire les ouvrages avancés, tels que poternes, barbacanes, barrières, en un mot toutes les fortifications élevées en avant du fossé. La plupart de ces ouvrages étant en bois, on les démolissait à coups de hache, ou bien on les brûlait avec des flèches garnies d'étoupes soufrées ou de toute autre composition incendiaire

Si le corps de la place n'était pas trop fortifié pour rendre impossible une attaque de vive force, on tentait aussitôt l'escalade. A cet effet, on comblait le fossé avec des fascines, ou l'on y descendait avec des échelles qu'on dressait ensuite contre le rempart. Cependant des archers écartaient à coups de flèches les défenseurs des plates-formes et des fenêtres. Les soldats chargés de ce service portaient de grands boucliers, nommés pavois, souvent terminés à leur extrémité inférieure par une pointe de fer qui permettait de les ficher dans le sol. A l'abri de ces boucliers, les gens de trait, postés sur le revers du fossé, protégeaient les soldats qui montaient à l'assaut. A défaut de pavois, on se servait de planches, souvent de portes enlevées aux maisons du voisinage. Il était rare que les archers s'exposassent à découvert aux décharges de l'assiégé. Les arbalétriers surtout, qui bandaient leurs arcs au moyen d'un appareil assez compliqué et exigeant du temps pour mettre l'arme en état de tirer, avaient besoin d'être h'ien paveschiés (couverts de pavois), selon l'expression de Froissart. Des parapets portatifs en bois, nommés mantelets, étaient employés au même usage.

Si le siège tirait en longueur, l'assiégeant protégeait ses approches par des ouvrages en bois, en terre et même en pierre, assez élevés pour permet-

tre à ses archers de plonger sur les plates-formes de la place investie et de tirer d'en haut avec avantage sur ceux qui les défendaient. Des tours en bois à plusieurs étages étaient montées pièce à pièce au bord du fossé, ou bien on les construisait hors de la portée des machines de l'ennemi, et on les faisait avancer sur des rouleaux jnsqu'au pied des murailles. Au siège de Toulouse, en 1218, Simon de Montforl fit fabriquer une semblable machine, qui, si l'on en croit l'auteur du poëme des Albigeois, suspect d'exagération, il est vrai, devait contenir cinq cent cinquante hommes.

Yeu fas fer una gâta...

Quelh soler e las alas, el trau, el cabiron, Elh portai e las voûtas, el fiai, el estaon, Son de fer e d'acer tuit lassât eaviron. Quatre cens cavalier dels miilor c'ab nos son, Cente L arquier complits de garnison Mettrai ins on la gâta.

« Je ferai faire une chatte^ dont les planchers, les côtés, les poutres et les chevrons, la porte et les voûtes, les balcons et les parapets seront de fer et d'acier tout à l'entour garnis. Quatre cents chevaliers, des meilleurs que nous ayons, cent cinquante archers pour garnison complète, je k.3 mettrai dans la chatte. »

Le nom roman de gâta., chatte, donné à cette

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machine, est une allusion à la ruse et à l'adresse (lu chat pour saisir sa proie. Dans le nord de la France, ces tours sont désignées sous les noms de clnils, châteaux, brotesches, belfrois. L'auteur de la Chronique en vers de Bertrand Du Gucsclin appelle de ce dernier nom la tour que les Anglais lircnt construire au siège de Rennes en 1350.

Un grand beJfroi de bois orent fait cliarpenter Et le tirent a dont à Resnes amener, Jusque près des fossés ils le firent traisner Si belfrois fut moult hauz quant le firent lever; Grande plenté de gent y pooit bien entrer.

Quand les traits lancés des étages supérieurs de ces tours avaient chassé les assiégés des platesformes, on abaissait un pont sur le rempart, et le combat s'engageait alors main à main.

L'assiégé, pour empêcher ou retarder l'approche de ces redoutables machines, lançait contre elles des pierres énormes et des traits enflammés; quelquefois, il minait ou inondait le terrain sur lequel elLs devaient rouler, en sorte qu'elle se renversassent par leurp ropre poids. On a vu, par les vers romans cités plus haut, que des ferrures multipliées paraissaient suffisantes pour garantir les beffrois du choc des projectiles. On les recouvrait de peaux fraîchement écorchées et enduites de glaise pour les préserver du feu; enfin, on sondait et on nive-

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lait soigneusement le terrain tju'elies devaient parcourir jusqu'au pied des remparts.

Les tours roulantes avaient pour l)ut d'amener rapidement l'assaillant sur la crête des murailles. On employait encore, pour réduire les places, la sape, la mine et des machines.

Des mineurs arraôs de pics descendaient dans le fossé, sous la protection d'un corps d'archers. Un toit incliné, composé de madriers épais ou bien de mantelets, les mettait à l'abri des projectiles qu'ofi lançait sur eux du haut des courtines. Sous ce loil, ils travaillaient à percer la muraille en arrachant pierre à pierre, jusqu'à y faire un trou assez large pour que plusieurs soldats pussent y pénétrer à la fois.

On sent que l'assiégé, voyant de quel côté l'ennemi dirigeait ses efforts, cherchait à réunir sur ce point tous ses moyens de défense. Tantôt il tâchait d'écraser les mantelets sous le poids de grosses pierres; tantôt, en construisant un contre-mur, il retardait indéfiniment les progrès des travaille .rs.

Les mines avaie::! cet avantage sur la sape, que l'assiégeant, n'étant pas en vue, pouvait surprendre son ennemi.

A cet effet, on creusait, à quelque distance de la place assiégée, une galerie souterraine que l'rn

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poussait jusque SOUS les i'uiulal ions des remparts et surtout des tours. A mesure que la galerie se creusait, on soutenait les terres par des blindages. Arrivé sous les fondations, ou les étançonnait avec des madriers, en sorte qu'elles ne se soutinssent plus que sur cette charpente. Alors, on disposait, autour des étais, des sarments et des matières inflammables où l'on mettait le feu. Les étais consumés, les murailles s'écroulaient, offrant à l'assaillant une large brèche sur laquelle il s'élanrait aussitôt.

Cette opération offrait, on le sent, de grandes diflicultés; d'abord, pour dérober le travail à l'assiégé, que pouvaient alarmer le bruit des pioches, l'enlèvementdes terres ou les oscillations mêmes des murailles minées. On voit cependant, dans Ayala, que les ingénieurs deHenride Transtamare, en 1368, parvinrent à miner une tour de Tolède, sans être découverts; mais leurs étais avaient été mal disposés, et, quand ils les eurent brûlés, la tour demeura debout \

Les Anglais employèrent la mine tout aussi inutilement au siège de Rennes, en 135C. Le gouverneur de la place découvrit le lieu où travaillaient les mineurs, en faisant placer, en différents en-

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