‹ Études sur les arts du Moyen âgeChapitre 45 sur 62 · Cronica del rey don Pedro, p · texte numérisé non relu

Cronica del rey don Pedro, p

droits de la ville, des bassins de métal avec une balle dedans. L'ébranlement causé par les coups de pioche, faisant remuer la balle et résonner le bassin, révélait la présence de l'ennemi.

I-à fit 11 Turs Boiteux commandes à haut ton Que chascuM fit pendre ung bacin en sa maison.,. Et par iceux bacins entendirent le son Là ou la mine étoit, et par ce le seùt-on.

{Chion. de Du Guesclin, v. 1185.)

Le travail lent et pénible du mineur était remplacé avec avantage par l'action plus énergique de machines destinées ù renverser les murailles. Ces machines, d'ailleurs très-iniparfaitcment connues, paraissent empruntées aux anciens; et il est vraisemblable que les ingénieurs du moyen âge avaient conservé maintes traditions qui se sont l)erdues depuis. Alors même qu'on l'ait la part de l'exagération naluielle à de s auteurs étrangers ordinairement à l'art de la guerre, on ne peut méconnaître la puissance formidable des engins en usage avant l'invention de la poudre. Pendant les guerres des guelfes et des gibelins aux xu" et xiii'' siècles, notamment au siège de Ci'ème en 4150 , d'Alexandrie en 1175 , de Modène en ■1249, on vit des tours renversées par le clioc des pierres lancées contre elles; et des auteurs dignes de fui aUesleut que les //r<co/t'5 jetaient, à de grandes

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dislances, des qiuirlitMs de roc a-'^sez gros pour servir de fondations à dos c'dilices. Les Bolonais, au siéi>c de Modène, lancèrent par-dessus les remparts, jusqu'au milieu de la ville, un âne mort, ferré d'arii;ent. La fontaine où l'animal tomba existe encore et porte le nom de Fontana dell'Asino.

Essayons, au moyen de quelques rares monuments et des descriptions que nous ont conservées quelques historiens, de reconstruire ces machines que la puissance plus terrible de la poudre a fait rapidement oublier. On peut les diviser en deux classes : les unes destinées à battre en brèche de près ; les autres à opérer à une distance plus ou moins grande des murs d'une ville assiégée.

Le bélier paraît avoir été connu de toute antiquité. Les monuments de Ninive en donnent une représentation, et on le retrouve, au moyen âge, sous un grand nombre de noms diiîérenls, parmi lesquels on remarque celui de chat ou de chatte, mot générique comme il semble, applicable à toutes les machines servant à pi'ondre des places.

L'auteur anonyme de la chronique des Albigeois le décrit sous le nom de hosson, et les vers suivants expriment assez bien les elTels de cet engin et les moyens employés pour le combattre :

2l)i ÉTUDES SUR LES ARTS AU MOYEN AGE.

A la santa Pasqua es lo bossos teudutz, Ques be loncs e ferratz e adi'eitz e agutz ; Tan fer e trenca e briza que lo murs es fondutz.., Aus feiron latz de corda ques ab l'eiiyenh tendutz, Al quel cap del bosso fo près e retengutz,

« A la sainte Pâques, le bosson est mis en batterie; il est long, ferré, droit, aiguisé; tant frappe et tranche et brise, que le mur est enfoncé; mais ils tirent un lacs de corde tendu par un engin, et dans ce nœud la tête du bosson est prise et retenue. »

Le bélier est une longue poutre suspendue par son milieu à un chevalet. Le côté tourné vers le mur, contre lequel il agit, se termine soit par une chape de fer , soit par une pointe aiguë. Cette poutre, mise en mouvement à force de bras et heurtant sans cesse une muraille, disjoignait les pierres et les renversait, ou bien les brisait les unes après les autres jusqu'à faire une brèche. Quelques manu.--crlts représentent la tête de l'instrument terminée par deux ou plusieurs pointes, et il paraît qu'après avoir choqué contre la muraille, on imprimait quelquefois à la poutre un mouvement de rotation sur son axe; elle opérait alors comme une tarière et perçait un trou dans les pierres déjà fendues par les premiers chocs. Lorsque des circonstances particulières ne permettaient pa^ de sus-

pendre le bôlicr, on le disposait sur des roues et on battait les murailles, en le faisant alternativement rouler en avant et en arrière.

De leur côté, les assiégés faisaient leurs efforts pour rom[)re la tête ferrée du bélier, en lançant dessus des pierres ou de grosses poutres, ou bien, comme on l'a vu dans les vers précédents, en la prenant dans un nœud de cordes. Un puissant levier et un système de contre-poids enlevaient alors le bélier et le rendaient inutile. Quelquefois, on lui opposait un épais matelas sur lequel ses coups venaient s'amortir.

Si les murailles n'avaient qu'une épaisseur médiocre, on ne prenait pas la peine de dresser un cbevalet ou des plates-formes pour mettre le bélier en batterie. Une longue poutre, portée par plusieurs hommes, qui la poussaient tous ensemble contre le mur, suflisait pour faire brèche. Froissart nous fournit un exemple curieux de ces béliers, improvisés au moment d'un assaut.

Le comte de Hainaut, après une attaque infructueuse contre la forteresse de Saint-Amandes, réunit des chevaliers : « Adonc fut là qui dit : — « Sire, sire à cet endroit ici ne les aurions jamais, » car la porte est forte, et la voie étroite ; si couste- » roit trop des vostres à conquérir : mais faites ap- » porter de grands mairains ouvrés en manière de

» pilot, et heurter aux iiuii's de l'abbaye. Nous vous » certifions que par force on hi perluisera en plu- » sieurs lieux, et, si nous sommes en l'abbaye, la » ville est nostre, car il n'y a point d'cntre-deux » entre la ville et l'abbaye. » Adonc commanda ledit comte qu'on lit ainsi comme pour le mieux on lui conseillait, et pour la tost prendre. Si quist-on grands bois de chesne, et puis furent tantost ouvrés et aiguisés devant ; et si s'accompagnoient à un pilot vingt ou trente, et s'écueilloient, et puis boutoient de grand randon contre le mur; et tant boutèrent de grand randon et si vertueusement, qu'ils pertuisèrent le mur de l'abbaye '. »

On comprend que cette manière primitive de battre en brèche, qui pouvait réussir contre l'enceinte d'un couvent, ne pouvait être employée avec succès contre les remparts épais d'une place de guerre.

Les machines destinées à lancer au loin les projectiles sont décrites sous des noms difl'érents, entre lesquels il est aujourd'hui à peu près impossible de découvrir des différences de forme et d'usage. Nous n'essayerons pas d'établir des distinctions entre les pierriers, les bricoles, les mangonneaux, les espringales, les aquerelles, les traiichs, elc. Toutes ces machines semblent correspondre à la catapulte

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